Littérature

AVEC SA MÈRE EN SON GRAND ÂGE
CHRISTUS N°229
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Remi de Maindreville Françoise Le Corre René-Claude Baud
D’exceptionnelle il y a encore quelques années, la présence des nonagénaires et des centenaires dans les familles occidentales s’est banalisée. Ce phénomène nouveau oblige sexagénaires et septuagénaires à se rendre disponibles pour s’occuper de leurs parents âgés, et non plus seulement de leurs petits-enfants. Il n’est jamais facile de livrer aux lecteurs ne serait-ce qu’un reflet de ses relations avec sa mère. Lorsque celle-ci atteint un âge que l’on qualifie pudiquement de grand, cela devient périlleux, car bien des repères nous manquent pour appréhender cette situation inattendue. Trois auteurs témoignent ici avec pudeur de l’expérience spirituelle qu’ils ont retirée de leur confrontation au grand âge à travers leur mère. Remi de Maindreville, dont la mère est presque centenaire, tente de montrer ce que nous avons à apprendre de notre relation avec notre mère âgée, pour peu qu’on l’aide à rester mère. Françoise Le Corre nous a fait l’amitié – et nous l’en remercions vivement – de nous offrir une prière écrite au moment où sa mère, décédée depuis, déclinait fortement. René-Claude Baud, enfin, s’est livr&eacute...
Mots clés : Famille Foi Grâce Liberté Mère Sagesse Vieillir Littérature
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EN CE GRAND ÂGE DE MA MÈRE
01 JANVIER 2011
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Françoise Le Corre
Ô Dieu Toi l’inconnu le plus sûr Toi qui te tiens au plus lourd de nos fatigues Toi, l’accueil de nos insuffisances Toi qui nous sais lointains et pourtant désirants Tiens-moi en ta présence En ces jours vécus auprès de ma mère Qui souffre le déclin de sa vie. Sois auprès d’elle, dans le silence qui gagne Dans sa mémoire faible, dans la lenteur des gestes Dis-lui ce que nous ne savons dire Dans ce murmure des âmes que toi seul connais. Sois vie sur cette vie qui s’en va Souffle pour le souffle qui peine Tendresse où sont les raideurs. Toi, l’enfoui de nos balbutiements, l’oublié de nos fuites. Toi, le Nom à fleur de lèvres, l’amour inespéré Tiens-nous ensemble au plus près de toi Car nous sommes l’une et l’autre dans l’ombre de ta douceur Dans la marche et l’attente tremblante. Courbe-nous ensemble vers la bonté de la terre Incline-nous jusqu’à nous fondre dans la nuit des temps Prends-nous l’une et l’autre dans la sève profonde de l’histoire Dans la reconnaissance de ceux qui nous ont précédées. Donne-nous de nous abandonner à ce qui s’accomplit. Pour le reste, tout le reste Nous te confions les matins à venir Ils viennent, comme furent les jours que nous connûmes...
Mots clés : Mère Sagesse Vieillir Littérature
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LE SENS DE L’ADORATION
CHRISTUS N°227
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Sylvie GERMAIN
Toucher, voir, écouter « Petits enfants, gardez-vous des idoles. » 1 Jn 5,21 Adoration : un mot dense et imposant, qui désigne un sentiment d’amour extrême, une attitude toute de ferveur et de dévotion. Un mot d’emblée superlatif, comme ceux de passion, de vénération, de fascination qui gravitent dans le même espace mental et affectif. Et comme ceux-ci, il est équivoque. Il est même fondamentalement équivoque : son sens dépend de la voix qui parle (aussi discrète, voire muette, puisse-t-elle être) dans la personne adorante. Car la voix ici est en jeu ; la voix, donc l’esprit, le coeur, les pensées et les désirs de l’adorateur. L’étymologie populaire relie le mot adoration au latin os, oris, signifiant « bouche ». Exacte ou contestable, cette origine avancée offre un éclairage intéressant sur ce qu’est l’adoration : une louange montée des profondeurs de l’être, se mêlant à son souffle et s’exprimant par sa bouche, ou se ruminant en elle. Mais que dit, et que veut cette voix en crue, en émoi, en extase ? D’où vient-elle, et à qui s’adresse-t-elle ? Selon la provenance et le destinataire de l’adoration, la valeur de celle-ci change de tonalité, et d’ampleur. Au seuil br&ucirc...
Mots clés : Amour Corps Démon Dieu Ecoute Jésus-Christ Résurrection Tentation Littérature
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RISQUER SA VIE SUR DES ÊTRES DE PAPIER ?
CHRISTUS N°225
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Jean-Pierre Sonnet
Les personnages de la Bible sont, à plus d’un titre, de sacrés carac­tères. Ils illustrent, pour le meilleur et pour le pire, les possibles de la liberté humaine lorsqu’elle croise celle de Dieu, et ils le font en s’affirmant de manière têtue dans nos mémoires de lecteurs et de croyants. Qui a croisé, dans une expérience de lecture un peu persévérante, des personnages tels que Rébecca et Jacob, David et Abigaïl, Job, Nicodème, Pierre et Marie-Madeleine, a reçu des compagnons de route, des proches, parfois des « revenants ». Se mesurer à leurs apparitions dans le récit, c’est vérifier le jugement de Robert Alter : « Les écrivains de la Bible ont conféré à leurs per­sonnages une individualité complexe, parfois séduisante, le plus souvent farouchement opiniâtre, parce que c’est dans l’obstination de son humanité et de son individualité que l’homme rencontre Dieu, ou prend parti de l’ignorer, lui répond ou lui résiste » 1. Est-ce dès lors surprenant : dans l’expérience croyante, ces personnages se sont mués en « présences réelles », apparaissant « comme en vis-à-vis » (Gn 2,18) – ainsi qu’ils le font dans les vitraux des...
Mots clés : Action Bible Dieu Eglise Imagination Réalité Silence Universalité Temps Littérature
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LES RÉSONANCES DE LA PAROLE
CHRISTUS N°225
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Robert Scholtus
Que les chrétiens aient à se nourrir du Verbe de Dieu aux « deux tables de la Bible et de l’Eucharistie » 1, voilà ce qu’atteste la plus ancienne pratique de l’Église. C’est cette symbolique des deux tables qu’a voulu particulièrement honorer la réforme liturgique de Vati­can II, rappelant ainsi que « l’Église a toujours vénéré les divines Écritures comme elle l’a toujours fait aussi pour le Corps même du Seigneur, elle qui ne cesse, surtout dans la sainte liturgie, de prendre le pain de vie sur la table de la Parole de Dieu et sur celle du Corps du Christ pour l’offrir aux fidèles » 2. Il en ressort que l’Écriture est « pain de vie », un pain à manger au même titre que le pain eucharistique, ce pain descendu du ciel dont Tertullien disait qu’il est « la parole du Dieu vivant ». L’Écriture et le pain sont les deux modes de l’unique liturgie en laquelle Dieu parle et se communique. L’Écriture est offerte au croyant comme sacrement de la Parole de Dieu et réciproquement le sacrement « ef­fectue » en lui cette Parole qui guérit et nourrit, lie et délie, réconcilie et rassemble, confirme et envoie.   La conversation humaine Suffit-il cependant d’affirmer la sacramenta...
Mots clés : Action Bible Charité Jésus-Christ Parole de Dieu Parole d’homme Sacrement Sainteté Littérature
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DANS L’AIR DU TEMPS
CHRISTUS N°223
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Robert Migliorini
En France, on connaît bien la chan­son. Chaque génération entretient et revisite son petit conservatoire. L’adage avait inspiré Charles Trenet, qui traduisit dans L’âme des poètes ce qui s’inscrit à chaque époque dans l’air du temps : « Longtemps, longtemps, longtemps, après que les poètes ont disparu, leurs chansons courent en­core dans les rues. La foule les chante un peu distraite, en ignorant le nom de leur auteur. » Quelques décennies plus tard, alors que le rock-and-roll et la pop avaient pris le pas sur le style chanson à textes d’antan, le duo Lau­rent Voulzy et Alain Souchon a parlé de ces « trucs qui collent encore au coeur et au corps », lorsqu’un air vous trotte toujours dans la tête. L’exercice est si populaire que, régu­lièrement, des sondages tentent de dé­signer le meilleur de la chanson du siè­cle, par goût immodéré des classements mais aussi pour nourrir les nostalgies et réincarner les rêves oubliés. Pour le siècle précédent, un de ces palmarès atmosphériques avait distingué Prendre un enfant d’Yves Duteil. Le chanteur a su conjuguer les accents de l’intime et la geste universelle, celle de la filiation et de la transmission, lorsque l’enfant par...
Mots clés : Art (cinéma, peinture, sculpture) Cœur de Jésus  Communion Expérience spirituelle Musique Temps Littérature
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L’ODYSSÉE
CHRISTUS N°219
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Michel Fédou
Ulysse venait de rentrer dans sa patrie d’Ithaque après vingt ans d’absence. Habillé en mendiant pour ne pas se faire reconnaître, il s’approchait du palais où demeurait son épouse Pénélope, convoitée par un certain nombre de « prétendants » qui voulaient la prendre pour femme et s’emparer du trône – car ils étaient persuadés que le héros était mort. Or voici qu’au seuil de la maison « un chien couché leva la tête et les oreilles » :    « C’était Argos, le chien que le vaillant Ulysse achevait d’élever, quand il fallut partir vers la sainte Ilion, sans en avoir joui. Avec les jeunes gens, Argos avait vécu, courant le cerf, le lièvre et les chèvres sauvages. Négligé maintenant, en l’absence du maître, il gisait, étendu au-devant du portail, sur le tas de fumier des mulets et des boeufs où les servants d’Ulysse venaient prendre de quoi fumer le grand domaine ; c’est là qu’Argos était couché, couvert de poux. Il reconnut Ulysse en l’homme qui venait et, remuant la queue, coucha les deux oreilles : la force lui manqua pour s’approcher du maître. Ulysse l’avait vu : il détourna la tête en essuyant un pleur… » 1. Le chi...
Mots clés : Amour Espérance Imagination Mariage Mémoire Religions Sagesse Littérature
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LA VIERGE AU BUISSON DE ROSES
CHRISTUS N°217
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Évelyne Franck
Alors que Jean-Pierre Lemaire se tient plutôt dans l’escalier de l’Annonciade, à Menton, sous la lumière du sud 1, il est allé au bout du monde, dans le nord-est de la France, il s’est ouvert à la mystique rhénane, est revenu. Or voici que la rencontre s’est faite, il a été agréé. J’en veux pour signe ce poème de mars 2006 :  La Vierge au buisson de roses(Colmar)Vous êtes là, Marie, en manteau rouge,majestueuse, aimable, veillant d’un côtéet votre fils de l’autre.Autour de vous, des rosessans épines, comme au jardin d’Éden,et ces oiseaux, rouges-gorges, mésanges,rossignols, peut-être, à l’air étrange :des oiseaux peints qui ne peuvent chanter. Comme eux, je vous regarde,j’apprends à me taire, en pénitence au Paradis. C’est toujours devant une fournaise que vous retrouvez Jean-Pierre Lemaire. Effectivement, La Vierge au buisson de roses est un Buisson ardent. Il est vrai que les oeuvres antérieures du poète disent une fascination pour le feu, véritablement faite d’attraction et de répulsion. Une détresse secrète en est la raison, semble-t-il : « l’accident » 2. Nous n’en saurons pas plus. Le poème est une prière adressée à Marie, qui est i...
Mots clés : Bible Contemplation Marie Littérature
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ABSENT DE BAGDAD
CHRISTUS N°216
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Claude-Henri ROCQUET
Jean-Claude Pirotte est romancier, poète, peintre. Il a été avocat. Il est né en Belgique. « Pour comprendre mon univers, a-t-il dit, il faut me voir dans un paysage. » Ce paysage s’étend entre l’Ardenne et la Hollande. Avec Absent de Bagdad (La Table Ronde, 2006) s’ouvre dans son oeuvre un autre lieu — géographique, mais peut-être aussi spirituel. Bagdad est à ce récit — ce monologue — ce qu’est Amsterdam pour La chute de Camus.    Le livre s’ouvre par une image que tous nous avons vue et qui nous hante. Dans le couloir d’une prison, un prisonnier nu est mené en laisse par une femme soldat. La photo n’avait pas montré que le sol où se traîne l’homme sur les mains et les genoux est semé de tessons de bouteille. Nous le savons parce que cet homme, soudain, nous l’entendons. Cet homme n’est plus une image, il est quelqu’un qui souffre hu­miliation et douleur. Par la voix que prête un écrivain à un supplicié, par la force d’une parole fictive, l’anesthésie et le mensonge des informations cessent. Tout donne le sentiment d’une déten­tion vécue, d’un tourment réellement éprouvé : le contact d’une cagoule sur le visage, la forme particulière d’une cellule s&ea...
Mots clés : Corps Islam Mystique Parole d’homme Silence Littérature
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PLAIDOYER POUR L’IMAGINATION
CHRISTUS N°215
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Jeanne-Marie BAUDE
Ce « plaidoyer » est tiré d’un ouvrage en cours, à paraître chez Bayard dans la collection « Christus ». Si nous en donnons dès maintenant quelques pages à lire, c’est qu’il nous semble urgent de refaire droit à cette faculté qui, dans la société comme dans l’Église, tend à s’amoindrir depuis une trentaine d’années. Pour le dynamisme de la vie spirituelle, ne gagnerait-on pas à l’honorer davantage et, de là, à l’évangéliser ? J’appartiens à une génération qui a pris conscience des traîtrises du langage — au point qu’on l’accuse maintenant de mutisme — et qui pensait que les actes et les choix, même les plus insignifiants en apparence, portaient à eux seuls témoignage de la fidélité au Christ. Dans la période de dépérissement spirituel que nous traversons, il nous faut sans doute sortir du silence. Mais il serait regrettable de retomber dans les ornières de discours trop chargés de certitudes et qui ne sont, si l’on y réfléchit bien, qu’une autre façon de se taire sur l’essentiel. Or, ainsi que le fait remarquer le psychanalyste Jean-Bernard Pontalis dans L’Amour des commencements 1, « Les insuffisances du lang...
Mots clés : Action Communion Contemplation Expérience spirituelle Images Imagination Psychologie Réalité Saint Ignace de Loyola Littérature
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CLAUDE-HENRI ROCQUET
CHRISTUS N°212
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Yves ROULLIÈRE
Malgré une oeuvre foisonnante, protéiforme, Claude-Henri Rocquet (né en 1933) reste un auteur encore trop méconnu. À l’heure actuelle, il est plutôt réputé pour ses superbes et magistraux ouvrages sur des peintres comme Brueghel, Bosch ou Van Gogh, ouvrages qui sont aussi des invitations à regarder de près des tableaux avec tous nos sens : l’histoire de l’art s’y abreuve constamment à la source spirituelle. Par ailleurs, certains se souviennent de la publication de ses entretiens au long cours avec de grandes figures intellectuelles et mystiques de notre temps : Leroi-Gourhan, Eliade, Lanza del Vasto. Grâce à une connaissance aiguë de l’oeuvre de ses interlocuteurs et un fort engagement personnel, Rocquet a su faire ressortir bien des aspects insoupçonnés de leur pensée. Et puis, il est apprécié par un public plus restreint — mais non moins fervent — pour son théâtre original, jamais très éloigné du conte ou du récit, car composé de puissants monologues. Parfois difficile à mettre en scène, ce théâtre se lit cependant avec aisance, surtout qu’il s’adosse, ici comme ailleurs, à une langue magnifique, somptueuse par moments, et pourtant familière avec sa solide simplicité. Tout en revenant sur les c...
Mots clés : Bible Dieu Ecoute Humanisme Incarnation Mystique Passion Littérature
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L’HISTOIRE LITTÉRAIRE DU SENTIMENT RELIGIEUX DE L’ABBÉ BREMOND
CHRISTUS N°211
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François Marxer
M’autoriserez-vous, ami lecteur, la seule objectivité qui vaille, celle de l’admiration, et parviendrai-je à susciter en vous curiosité et sympathie pour cette monumentale Histoire littéraire du sentiment religieux, dont la réédition 1, à près d’un siècle de distance, a de quoi intriguer ? Certes, l’abbé Bremond, dont le propos est littéraire, n’a guère souci des critères de rigueur scientifique qui ont cours aujourd’hui ; n’empêche, il a posé la pierre de fondation d’une discipline nouvelle, l’histoire de la spiritualité, à une époque où la question mystique battait son plein : les médecins et aliénistes du XIXe siècle avaient établi leur diagnostic sans complaisance ; les philosophes (Bergson, Blondel et d’autres) s’en mêlent, scrutant les capacités insoupçonnées de l’esprit et, à l’invitation des religieux (les jésuites de la Revue d’Ascétique et Mystique et du Dictionnaire de Spiritualité, les carmes des Études carmélitaines, les dominicains de La Vie spirituelle), la théologie prend part à ce débat décisif. Il valait donc la peine qu’une équipe d’historiens vous introduisît à cet univers dûment...
Mots clés : Expérience spirituelle Humanisme Jésus-Christ Mystique Spiritualité ignatienne Littérature
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LE SECRET DU THÉÂTRE
CHRISTUS N°209
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Jean-Luc Jeener
Je me souviens de mon cinquantième anniversaire Ma femme m'avait invité au restaurant pour fêter ce demi-siècle passé comme un éclair, et nous nous apprêtions à rentrer chez nous lorsqu'elle m'a demandé de repasser au théâtre, prétextant, si je m'en souviens bien, un vêtement oublié II était minuit Je ne me doute de rien La nuit, un théâtre respire et bruit comme un navire II y a comme des fantômes Ça craque et ça vit Je ne m'étonne donc pas qu'elle insiste pour que je l'accompagne jusque dans la salle du bas La lumière s'allume d'un coup, et je vois, surpris comme un gamin, cinquante de mes amis du théâtre réunis pour m'accueillir J'ai eu du mal à retenir mes larmes   Une drôle d'amitié L'amitié peut être violente. Au théâtre, elle est souvent cruelle. Le metteur en scène donne ce qu'il a de plus fort et de meilleur, il s'offre avec une impudeur qui n'est finalement seulement supportable que par le pouvoir que sa position lui confère. C'est-à-dire qu'il est maître de la parole et qu'il indique le cap sans vaine discussion. Il noue avec les comédiens des liens d'une intensité inimaginable. Il se met nu et il les voit nus, prenant la boue de leur vie en en faisant de l'or : le personnage. L'autre soi-même....
Mots clés : Amitié Grâce Mal Littérature
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TYRANNIE DU REGARD
CHRISTUS N°208
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Bruno Frappat
C’ était au temps de l'actualité en noir et blanc. Il y avait déjà des caméras de télévision pour filmer l'abaissement de l'homme par l'homme. Et pour l'exhiber, supplice antique. La scène se passait au Congo, que l'on n'appelait pas encore « Congo-Kinshasa » ou « Zaïre », mais « Congo ex-Belge ». A l'arrière d'un camion, sur la plate-forme où s'entassaient quelques militaires surarmés, un homme échevelé, les mains attachées derrière le dos, était saisi aux cheveux par un soldat qui lui tirait la tête vers l'arrière. Pour qu'il ne puisse pas pencher son visage vers l'avant et dissimuler ainsi ses traits à l'oeil des caméras. Scène sans parole, sans cris, sans « bruitage », sans son. Mais on devinait le : « Allez ! montre-toi, montre ta gueule, salopard ! » L'homme était célèbre dans toute l'Afrique, et il avait incarné un espoir pour beaucoup. Jusque-là, il portait des lunettes cerclées d'écaillé. On les lui avait évidemment arrachées, comme pour dénuder son regard à lui. Cet homme s'appelait Patrice Lumumba. Dans quelques heures ou quelques jours, il serait exécuté, loin des regards. C'était en 1961. Pourquoi cette image est-elle la première &...
Mots clés : Amour Guérison Humilité Images Media Psychologie Souffrance Littérature
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PAUL CLAUDEL À L'ÉCOUTE DE LA BIBLE
CHRISTUS N°208
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Annie WELLENS
Rendre compte de ma lecture des 3865 pages (introductions, postfaces et notes des chercheurs comprises) consacrées par Claudel à la Bible 1, je n'y parviendrai jamais... » A l'enthousiasme qui avait accompagné l'ouverture du premier volume succèdent bien vite l'abattement, puis l'angoisse. Il n'est pas de ma compétence d'ajouter à l'admirable travail de ceux qui ont établi, présenté et annoté cette édition chronologique des « commentaires que le poète a consacrés aux livres saints ». La chronologie, ici, établit la succession des oeuvres « d'après la date de la copie du manuscrit définitif », ce qui implique en de très nombreux cas la consultation comparée de cette copie avec le brouillon et le texte de l'édition précédente chez Gallimard. « Ainsi, indique Michel Malicet, devient plus facile une lecture permettant de suivre l'évolution et l'histoire des thèmes développés » par Claudel. Reconnaissante envers ceux qui m'ouvrent l'accès à de telles richesses, je demeure effrayée par ce que je dois trouver à en dire. Mais, fidèle au principe ignatien de ne rien changer aux choix fondamentaux en période de désolation, je continue de lire en pleine tourmente, me sentant liée à ces deux énormes v...
Mots clés : Bible Corps Expérience spirituelle Parole de Dieu Réalité Résurrection Sagesse Littérature
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LE PÈRE FRANÇOIS VARILLON
CHRISTUS N°207
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Dominique SALIN
Je suis constitué par un triangle assez caractéristique dont les angles s'opposent : Fénelon, Claudel, Wagner. Il serait assez difficile de déterminer comment il y a une compensation entre ces trois grands génies. » Ainsi s'exprimait le P. Varillon en 1978, quelques mois avant sa mort soudaine, dans son autobiographie dialoguée avec Charles Ehlinger 1. Cette année marque le centenaire de sa naissance. Plutôt que d'esquisser un portrait de ce prince de la parole, qui a excellé dans l'art de faire accéder les publics les plus variés aux problématiques théologiques et spirituelles les plus subtiles ou les plus rébarbatives, mieux vaut sans doute ici tenter d'aller droit au coeur de sa doctrine spirituelle et, dans la mesure du possible, de son expérience personnelle du mystère de Dieu. Avare de confidences sur lui-même, dans son oeuvre publiée comme dans les rares écrits intimes conservés par les archives de la Compagnie de Jésus, il a cependant semé assez de pierres blanches pour qu'il soit possible de s'y risquer.   Une tension Il faut prendre au mot François Varillon lorsqu'il évoque la tension qui l'a toujours habité, qui l'a longtemps fait souffrir et que Fénelon a contribué à éclairer et à apaiser : tension entre l'amour de l'art et de la vie, et, d...
Mots clés : Amour Ascèse Compagnie de Jésus Dieu Exercices spirituels Expérience spirituelle Mystique Prière Souffrance Spiritualité ignatienne Volonté de Dieu (volonté) Désert Littérature
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CES ÉVÉNEMENTS QUI NOUS RÉVEILLENT
CHRISTUS N°205
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Paul Legavre
Où étiez-vous le 11 septembre 2001 ? Ou plutôt, que faisiez-vous lorsque vous avez appris la nouvelle ? Je gage que la plupart d'entre nous peuvent répondre à cette question. Tout comme les lecteurs de plus de quarante-cinq ans se souviennent de l'annonce de l'assassinat du Président Kennedy à Dallas. Je me rappelle la tristesse de mon père, lorsqu'il a raconté l'événement à son fils de six ans, dans la buanderie, face aux goyaviers à l'arrière de la maison que nous habitions alors en Afrique. Quand des vies s'éveillent Dans son dernier film, Land of plenty (Terre d'abondance), le réalisateur allemand Wim Wenders raconte l'Amérique de l'après 11 septembre à travers la rencontre improbable d'Henry, un vétéran du Vietnam, et de sa nièce Lana, un an après la chute des Tours. Lana, la disciple du Christ, a une vingtaine d'années, elle vient de quitter son ami juif pacifiste et son père missionnaire en Terre sainte. Elle rentre en Amérique qu'elle connaît si peu, après le périple missionnaire de sa famille en Afrique et en Terre sainte. Sa mère décédée voulait que sa fille retrouve son oncle Henry. Ce dernier, un vrai paranoïaque, s'est donné une mission : assurer la sécurité de l'Amérique avec ses amis, ses vieil...
Mots clés : Dialogue interreligieux Discernement Evénement Conversion Littérature Cinéma
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UNE HISTOIRE DE LA PRIÈRE
CHRISTUS N°205
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Jacques Gadille
De ce vingtième siècle si inventif, mais si ensanglanté de guerres et de révolutions sociales, de ce « temps de haine, temps de la douleur, de la douleur infligée par la haine », comme le criait Raïssa Maritain en 1945 1, l'historien doit aussi relever la richesse de sa recherche de Dieu. Il tentera de la saisir sous sa forme à la fois concrète et profonde, celle de la prière. Le grand orientaliste Louis Massignon (1883-1962) a noté le poids, dès les premières années du siècle, de Léon Bloy, Joris-Karl Huysmans et Charles de Foucauld, « ces hommes de prière et de désir qui ont paru au seuil de cette génération » 2. Claudel pouvait se compter parmi « ce grand nombre de poètes chrétiens que nous voyons fleurir, en ce moment, autour de nous » 3. N'avait-il pas, dès 1909, encouragé la création, autour de dom Michel Caillava, d'une « coopérative de prières », que Massignon s'attachait encore, en 1950, à reconstituer ? De ces eaux profondes de l'histoire religieuse du siècle écoulé en France, on ne peut, dans ces quelques pages, donner une vue d'ensemble qui pourrait remplir un volume. On se bornera à parcourir des écrits qui ont traité explicitement de la prière, laissant de côté le...
Mots clés : Art (cinéma, peinture, sculpture) Catholicisme Islam Prière Sagesse Sainteté Spiritualité monastique Conversion Littérature
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LE COMBAT MYSTIQUE DE MIGUEL DE UNAMUNO
CHRISTUS N°204
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Yves ROULLIÈRE
Si le caractère authentiquement chrétien, mystique, de l’œuvre de Miguel de Unamuno (1864-1936) ne prête plus guère à discussion, sa réputation sulfureuse n'en reste pas moins vivace. Et quand je dis « réputation sulfureuse », je pèse mes mots, car Unamuno est à ma connaissance le dernier auteur à avoir été mis à l'index durant l'agonie de Pie XII, en 1957, juste avant que l'index soit suspendu durant le concile Vatican II et définitivement supprimé par Paul VI en 1966. En effet, la majorité des évêques espagnols avaient bien des raisons d'intervenir ainsi, car, vingt ans après sa mort, son influence, notamment auprès des jeunes catholiques de gauche en Espagne, ne cessait de croître 1. La position philosophique de base d'Unamuno est vitaliste, mais, contrairement à un Blondel, voire à un Teilhard de Chardin, puis aux différents personnalistes qui ont tenté une synthèse entre vitalisme et rationalisme aristotélicien, Unamuno intègre par exemple la position d'un Bergson comme du spiritualisme à l'état pur, et donc, si j'ose dire, comme un parfait « irrationalisme ». Il répète à qui veut bien l'entendre le credo quia absurdum de Tertullien, il revendique le pari pascalien, il se prépare toujours au saut kie...
Mots clés : Athéisme Combat spirituel Eglise Jésus-Christ Mystique Politique Volonté de Dieu (volonté) Violence Littérature
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LE LIVRE, ACCOMPAGNATEUR SPIRITUEL ?
CHRISTUS N°204
-
Annie WELLENS
Le point d'interrogation « accompagnant » le titre manifeste le trouble qui m'a saisie en commençant à réfléchir sur ce thème. Plus précisément, l'écho d'un texte de Bonaventure a précipité une agitation intérieure proche de celle que décrit si bien Ignace de Loyola. Évoquant l'itinéraire de l'âme vers Dieu, du désir humain transformé et transposé en Lui, Bonaventure écrit : « Si tu cherches comment cela se produit, interroge la grâce et non le savoir, ton aspiration profonde et non pas ton intellect, le gémissement de ta prière et non ta passion pour la lecture... » 1. « Dur, dur » à entendre pour une libraire. Je me suis ressaisie en pensant que Bonaventure ne s'était guère privé d'études théologiques et que des lecteurs aujourd'hui se réjouissent en lisant ses écrits. Quelque peu consolée, j'ai regardé par-dessus son épaule et j'ai aperçu, au loin, la silhouette d'Ambroise de Milan, ce lecteur silencieux magistralement dessiné par les mots d'Augustin dans les Confessions. Les étudiants d'Ambroise venaient le voir lire en silence (on lisait alors plus souvent à voix haute) et recevaient l'enseignement de cet acte de lecture silencieuse. Encouragée, j'ai rouvert L'amour des l...
Mots clés : Expérience spirituelle Grâce Vérité Conversion Littérature
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ABBA - HYMNE POUR LE VENDREDI SAINT
CHRISTUS N°202
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Jean Mambrino
      « ... au fond de moi une eau vive qui murmure et me dit : "Viens vers le Père " » Saint IGNACE D'ANTIOCHE    Père dont le nom est Tendresse, Père dont le nom est Caresse, Père dont le Souffle est Amour. Père dont le nom est Père, Et même dont le nom est Mère, Père qui guette le Retour. Père dont le nom est Largesse, Père, Berceau de la Sagesse, Mystère de l'Ancien des Jours. Père, ouvre-moi le secret de ton Nom. Père dont le nom est Patience, Repos, Soleil, Gaieté, Jouvence, Délicatesse de l'Abri. Père, Etreinte de la Lumière, Aimant de tous les Univers, Intimité de l'Infini. Père d'où naît chaque Naissance, Jaillissement de l'Innocence, Fontaine de Ta propre Vie. Père, ouvre-moi le secret de Ton Nom. Père, Puissance de douceur, Origine de la Splendeur, Père, Abîme d'Humilité. Cœur au profond de chaque cœur, Foyer d'innombrables demeures, Père, Extase de l'Agapé. Père de Nuit, Aurore immense, Père, Tempête de Silence, Père, Brise d'Eternité. Père, Amour sans visage, ouvre-moi Ton Visage caché. Louange ! tressaillent les Anges, Sur la Croix gémit l'Assoiffé.  
Mots clés : Affectivité Extase Louange Mère Père Littérature
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ETTY HILLESUM OU RILKE AUX ENFERS
CHRISTUS N°197
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François Marxer
Eh bien, allons-y ! Moment pénible, barrière presque infranchissable pour moi : vaincre mes réticences et livrer le fond de mon cœur à un candide morceau de papier quadrillé. (...) Je n'ose pas me livrer, m'épancher librement et pourtant il le faudra bien, si je veux à la longue faire quelque chose de ma vie lui donner un cours raisonnable et satisfaisant » 1. Ainsi commence une aventure spirituelle des plus singulières du XX siècle où se risque une jeune juive néerlandaise supérieurement douée et qui le sait mais qui sait aussi, pour en souffrir, qu'il y a au fond d'elle-même « quelque chose qui [la] retient dans une poigne de fer ». Aventure d'une élucidation de soi, d'une honnêteté exemplaire : on pourrait dire tout aussi bien guérison, dans la mesure où, au long de cette exploration de l'intérieur par la médiation de l'écriture la « pauvre godiche peureuse », comme die se désigne sans ménagement advient à sa vérité propre délivrée de la peur. Cette odyssée psychique autant que spirituelle est scandée par l'apparition régulière au fil du texte de « la fille qui ne savait pas s'agenouiller » 2. Cette figure anonyme qui n'est autre que son double l'autre d'elle-même surgit curieusement &agrav...
Mots clés : Bible Dieu Judaïsme Mystique Littérature
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LECTURE D'« AMOUR » DE GEORGE HERBERT
CHRISTUS N°195
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Jean-Pierre Lemaire
Amour Amour m'a dit d'entrer, mon âme a reculé, Pleine de poussière et péché. Mais Amour aux yeux vifs, en me voyant faiblir De plus en plus, le seuil passé, Se rapprocha de moi et doucement s'enquit Si quelque chose me manquait. Un hôte, répondis-je, digne d'être ici. Or, dit Amour, ce sera toi. Moi, le sans-coeur, le très ingrat ? Oh mon aimé, Je ne puis pas te regarder. Amour en souriant prit ma main et me dit : Qui donc fit les yeux sinon moi ? Oui, mais j'ai souillé les miens, Seigneur. Que ma honte S'en aille où elle a mérité. Ne sais-tu pas, dit Amour, qui a porté la faute ? Lors, mon aimé, je veux servir. Assieds-toi, dit Amour, goûte ma nourriture. Ainsi j'ai pris place et mangé. George HERBERT (trad. Jean Mambrino) Tiré d'Etudes, février 1974 « Le plus beau poème du monde », disait Simone Weil. On comprend que ce poème, peut-être le dernier que George Herbert 1 écrivit, l'ait bouleversée, au point qu'elle l'apprit par coeur et qu'il fut pour elle comme le porche de l'expérience mystique ; il réunit les traits esthétiques et spirituels qui la touchaient le plus : dépouillement et incarnation. L'Amour inenvisageable pour l'âme indigne s'y fait proche, familier même, et la scène garde pourtant un ca...
Mots clés : Amour Faute Pardon Littérature
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LÉON TOLSTOÏ : LA VIE EN CHEMIN
CHRISTUS N°195
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Brigitte PICQ
La lumière qui vient de s'éteindre a été, pour ceux de ma génération, la plus pure qui ait éclairé leur jeunesse » : ainsi commence la biographie de Tolstoï qu'écrivait Romain Rolland en 1911, quelques mois après la mort de celui-ci. Evoquant son groupe d'amis étudiants, il ajoute : « Chacun l'aimait sans doute pour des raisons différentes : car chacun s'y retrouvait soi-même ; et pour tous, c'était une porte qui s'ouvrait sur l'immense univers, une révélation de la vie » 1. Nombreux sont les échos de cette époque, venant de lecteurs ou visiteurs de Tolstoï, qui s'accordent dans la reconnaissance de « la figure d'un génie littéraire qui a été également la conscience morale du monde et le héraut de l'intégrité de la personnalité humaine » 2. Son autorité était telle de son vivant que le directeur du plus grand quotidien de Russie écrivait : « Nous avons deux tsars, Nicolas II et Léon Tolstoï », ajoutant que Nicolas II ne pouvait rien contre Tolstoï qui lui, au contraire ébranlait certainement son trône 3. Est-ce un tel danger que craignait Lénine devant le rayonnement, même posthume, de Tolstoï ? Il publia une série d'articles en 1908, à l'occasion du 80'...
Mots clés : Amour Désolation Espérance Expérience spirituelle Foi Volonté de Dieu (volonté) Littérature
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LA RÉALITÉ DES POÈTES
CHRISTUS N°189
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Jean-Pierre Lemaire
On soupçonne volontiers le poète de vivre dans ses rêves. Mais la figure du poète s'est presque effacée du monde contemporain, et il faut reconnaître que nous vivons tous dans une sorte de rêve, à la fois individuel et collectif, une caverne aux images dont le nombre s'est multiplié et le rythme accéléré depuis Platon. Dans les couloirs et les rames du métro, paradoxalement, c'est un poème qui nous fait parfois sortir de ce défilé ininterrompu de couleurs et de slogans : nous nous arrêtons pour le lire comme devant une fenêtre ouverte sur le dehors, la vie originale, le temps réel. Qu'avons-nous retrouvé entre ces mots, que nous perdrons peut-être, une fois remontés à la surface ?   Rencontre et signe Puisque les poèmes affichés dans le métro mélangent heureusement les oeuvres d'auteurs français et les traductions d'auteurs étrangers, commençons par un poème italien de Sandro Penna :   FEMME DANS LE TRAM Tu veux embrasser ton enfant qui ne veut pas : il aime regarder la vie, dehors. Alors tu es déçue, mais tu souris : ce n'est pas l'angoisse de la jalousie même si déjà il ressemble à l'autre homme qui pour « regarder la vie, dehors » t'a laissée ainsi 1... Ce qui signa...
Mots clés : Art (cinéma, peinture, sculpture) Corps Imagination Incarnation Réalité Littérature
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LE « PUR AMOUR » DE DIEU
CHRISTUS N°188
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Marie-Louise Gondal
On parle plus volontiers aujourd'hui de l'amour d'autrui, ou même de l'amour de soi, que de l'amour de Dieu. Celui-ci paraît un peu abstrait à notre temps. Il n'en a pas toujours été ainsi. Le xvne siècle y était particulièrement sensible et enseignait que cet amour a une histoire. Une abondante littérature spirituelle expliquait, après François de Sales, que, de « petit amour imparfait » dans ses commencements, l'amour de Dieu peut, s'il accepte une purification, progresser vers un « amour pur et désintéressé », qui est la « maturité de l'amour » 1. Il a"certes un lien intime avec l'amour du prochain, et les carences de celui-ci l'affectent profondément, mais sa marque propre est la manière dont celui qui aime se rapporte à soi. Le débat portait alors sur la division de notre volonté, c'est-à-dire la façon spontanée que nous avons d'aimer Dieu pour nous-mêmes, pour ce que nous recevons de lui, au lieu de l'aimer  « pour lui-même ». Les spirituels appelaient « amour-propre » cet amour « recourbé » sur soi. Ils voyaient là l'obstacle principal à l'amour pur, caractéristique de l'état d'une âme parvenue à l'union à Dieu. Tel était le fond d'une querelle dont les &ea...
Mots clés : Action Amour Contemplation Dieu Expérience spirituelle Grâce Liberté Mystique Prière Providence Tradition Littérature
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L'ACTE DE LIRE
CHRISTUS N°187
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Jean-Louis Chrétien
Mots clés : Action Communion Création Parole d’homme Réalité Sagesse Silence Temps Désert Littérature Connaissance
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LA CONVERSION PAR LA LECTURE
CHRISTUS N°187
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François Marxer
Noël 1886. Un jeune homme entre dans Notre-Dame de Paris à l'heure des vêpres : « J'ai plein mon coeur d'ennui », pourrait-il dire comme le Cébès de Tête d'Or. Ce n'est guère la piété qui le pousse : après le « plaisir médiocre » éprouvé à la grand-messe, son « dilettantisme supérieur » vient chercher maintenant « un excitant approprié et la matière à quelques exercices décadents » 1. Il n'apporte, en cette « noire après-midi de pluie sur Paris », que le désastre d'une âme ravagée par « les infâmes doctrines » distillées par « l'infâme lycée » qu'était alors Louis-le-Grand : le monde explicable, démontable « comme un appareil de tissage », et donc « fort triste et fort ennuyeux ». L'honnête M. Burdeau a essayé en vain de lui faire digérer « l'idée du devoir kantien », sans plus de succès d'ailleurs qu'avec le jeune Barrés quatre ans plus tôt à Nancy — Barrés que bouleversera la lecture de Pascal. Les livres ont saccagé son âme : avec Taine, « Renan régnait », lui qui avait prononcé le blasphème absolu : « Après tout, la vérit&eacute...
Mots clés : Catholicisme Dieu Eglise Evénement Expérience spirituelle Foi Mystique Théologie Conversion Littérature
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PETITE HISTOIRE DE LA LECTURE SPIRITUELLE
CHRISTUS N°187
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André Derville
Quand nous disons « petite », nous voulons dire que, dans ce qui va suivre, nous tenterons de nous centrer sur le « petit peuple chrétien » : comment nourrissait-il sa foi ? Très longtemps, pratiquement jusqu'à l'expansion de l'imprimerie, ce petit peuple ne lisait pas : il entendait les prêches de son curé en sa paroisse, parfois dans la cathédrale lors de grandes fêtes, parfois au terme d'un pèlerinage. Les manuscrits contenant l'Ecriture sainte, les textes des Pères de l'Eglise, comme tout ce qui concernait la culture et la science de l'époque, ne se rencontraient que dans les abbayes, les écoles cathédrales et les universités. Même en ce qui concerne les moines et les très nombreuses religieuses, il ne faut pas se faire trop d'illusions. Seules les grandes abbayes possédaient un certain nombre de manuscrits. La plupart des prieurés et des « granges » (fermes où vivaient deux ou trois moines) en étaient fort démunies : il fallait un bon troupeau de moutons pour confectionner une Bible entière ! Il fallait donc être riche. Disons que la plupart des prieurés ne disposaient que d'un évangéliaire, d'un psautier et de quelques livres liturgiques indispensables. Chez les moniales, la situation était parfois meilleure, mais la foule des religieuses hospitali&egrave...
Mots clés : Catholicisme Eglise Foi Humanisme Imagination Mémoire Tradition Littérature
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DES LIVRES POUR DEMEURE
CHRISTUS N°187
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Annie WELLENS
Jeune libraire, j'avais le sentiment d'inviter les auteurs, par le biais de leurs oeuvres, à demeurer dans ma librairie. Plus le temps passe — ma librairie, spécialisée en littérature religieuse, fêtera ses vingt ans en octobre 2000 —, plus je prends conscience d'habiter maintenant chez les auteurs qui peuplent mes rayons. En fin de journée, après la fermeture du magasin, je penserais manquer à la politesse si je partais immédiatement. Il me faut prendre le temps de faire le tour de mes véritables propriétaires. En redassant un ouvrage, en redressant un deuxième, en savourant quelques lignes d'un troisième, je retrouve une émotion de lecture, je revois le visage d'un client ou découvre de nouveaux horizons. C'est le moment où les livres respirent pour eux-mêmes. Lorsque je quitte la librairie, je les imagine alors bruissant de toutes leurs pages, bourdonnant comme une ruche. L'essaim des livres cisterciens est assez volumineux pour justifier cette image. Saint Bernard, maître en lectio divina, reçut le nom de « Docteur melliflu » pour son art de butiner et de transformer en miel les textes bibliques, ceux des Pères de l'Eglise et le livre de l'expérience quotidienne. Ce temps de simple visite réoriente la finalité de mon métier parfois occultée par le souci financier : proposer...
Mots clés : Bible Ecoute Eglise Media Méditation Prière Tradition Littérature
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EXIL ET RÊVES DE RETOUR
CHRISTUS N°230
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Véronique PETETIN
VÉRONIQUE PETETIN Institut d’Art et de Culture, Université Cheik Anta Diop, Dakar.   Nous lirons trois livres, écrits par deux femmes et un homme. Une des femmes, métisse franco-sénégalaise, est née en France. L’autre, d’origine camerounaise, est exilée en France. L’homme, enfin, vit toujours dans son pays, le Sénégal. Abasse Ndione, dans Mbëkë mi : À l’assaut des vagues de l’Atlantique (Gallimard, 2006), expose la diversité des situations des candidats à l’émigration par la mer, depuis les paysans qui n’ont jamais vu l’océan jusqu’aux pêcheurs qui n’ont plus de poissons dans leurs filets, en passant par la femme seule qui ose partir et la mère qui sacrifie son fils d’à peine seize ans. Marie Ndiaye, dans Trois femmes puissantes (Gallimard, 2010), consacre le dernier récit de ce livre en triptyque à Khady Demba, candidate bien malgré elle à l’émigration par la terre. Léonora Miano, dans Tels des astres éteints (Plon, 2008), a le courage de raconter l’exil des « Afro-européens », leurs rêves de retour, et l’imaginaire de l’Exode du peuple noir. Ces trois auteurs ont chacun leur façon de raconter cet exil forcé, selon sans doute leur propre situation, et...
Mots clés : Enfant Islam Liberté Mourir Paternité Politique Psychologie Violence Littérature Désir
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LA COLLECTION DE L'ABEILLE
09 AVRIL 2011
Comment ? En créant, au Éditions du Cerf, la collection de l’Abeille qu’elle présente ainsi : « La mouche qui nous a piqués n’est pas celle du coche. [...] La lecture de nos livres, je l’espère, témoigne suffisamment de la passion que nous portons à ces œuvres littéraires fécondées par l’amour de Dieu. C’est elle qui est le moteur de notre travail éditorial, c’est elle qui nous donne de découvrir des lecteurs érudits capables d’ouvrir les textes, sans les déflorer, pour des lecteurs novices, c’est encore cette même passion qui nous presse de proposer ces titres au plus grand nombre, connaissant d’expérience les bienfaits recueillis à l’ombre de tant d’auteurs devenus célèbres sans jamais cesser d’être familiers pour ceux qui les lisent. » Premiers livres parus (128 pages en moyenne) : Le Pasteur d’Hermas (lu par Philippe Henne), La Règle de saint Augustin (lue par Pierre Raffin), La Vie en Christ de Nicolas Cabasilas (lue par Daniel Coffigny) et Mon secret de Pétrarque lu par Denis Montebello. Si vous achetez au moins un de ces ouvrages, il vous en sera remis gracieusement un autre signé Annie Wellens : La lecture ou la louange des abeilles. Cette anthologie commentée enten...
Mots clés : Amitié Bible Catholicisme Consolation Contemplation Eglise Expérience spirituelle Louange Méditation Mystique Littérature
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LETTRE À MES MORTS DE ROBERT SCHOLTUS
16 AVRIL 2011
Il se compose de six lettres adressées à des destinataires si vivants dans le cœur de leur correspondant qu’il serait presque inexact de les appeler « défunts » : sa sœur Claire, disparue de façon tragique la veille de ses vingt ans, son père à la foi simple et courageuse, le curé de son enfance, le fils imaginaire qu’il n’aura jamais, enfin, l’écrivain Jean Sulivan et un ami « envoyé spécial » Gérard. Trois lieux d’insistance se dégagent de cette prose savoureuse et féconde : - la résistance de l’humanité à la mort. Il n’existe que « des morts singuliers, uniques, irremplaçables ». La mort en soi n’existe pas, mais le mystère de chaque destin seul a du poids.  Les jugements, les assurances, la fatuité de voir ici l’espérance et là-bas le désespoir, tout tombe, même les discours les plus légitimes, devant la vérité des visages et le genre de respect amoureux que la mémoire exige de ceux qui leur survivent. Face à la douleur et à l’énigme du mal, celle du suicide en particulier, rien d’un spiritualisme béat, mais la gravité d’une douleur qui s’entête à co...
Mots clés : Amitié Amour Catholicisme Communion Dieu Eglise Espérance Liberté Mémoire Sacerdoce Littérature
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L'EXPÉRIENCE DES SENTIMENTS
CHRISTUS N°231
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Christophe ANDRE
  « Et maintenant que nous les connaissons toutes [les passions], nous avons beaucoup moins de sujet de les craindre que nous n’avions auparavant ; car nous voyons qu’elles sont toutes bonnes de nature, et que nous n’avions rien à éviter que leur mauvais usage ou leurs excès. » René Descartes Traité des passions de l’âme Dans la vaste famille des affects, le sentiment occupe une place bien à part. Il est en quelque sorte une émotion subtile : plus discret, plus secret, plus complexe qu’une émotion ; mais aussi plus influent sur le cours de nos vies… Qu’est-ce qu’un sentiment ? « J’ai proposé de réserver le terme de sentiment à l’expérience mentale et privée d’une émotion, et d’utiliser au contraire le terme d’émotion pour désigner l’ensemble de réponses qui, pour bon nombre d’entre elles, sont publiquement observables. » Cette définition du neuroscientifique Antonio Damasio (1) nous rappelle à quel point l’irruption de la conscience a modifié la perception et l’usage des émotions dans l’espèce humaine. Nos sentiments sont ainsi des sortes de cousins évolués et civilisés de nos émotions, restées, elles, plus antiques et plus rustiques : ils...
Mots clés : Affectivité Discernement Expérience spirituelle Humanisme Psychologie Littérature
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A TAIRE ET À PLANTER, DE BENOÎT VERMANDER
31 JUILLET 2011
Un écrivain peut en cacher un autre et le sinologue Benoît Vermander, jésuite à l'oeuvre savante et inspirée, manifeste dans ce recueil d'admirables dons de poète :  A terre et à planter, publié en 2010 chez DDB, regorge de méditations subtiles, d'images graves et de paysages ravissants à la frontière du songe et du voyage géographique. Il foisonne aussi en fulgurances proprement théologiques reliant avec simplicité et légèreté l'expérience de Dieu à la vérité de la chair, de la parole et du mouvement : une pure dépense de l'être et de soi est promise à qui veut bien se mettre à l'écoute du monde et de son perpétuel enfantement de parole.       En voici quelques fragments où affleurent avec netteté l'un des fils rouges du recueil : le jeu de furet du silence et de l'expression, l'infinie course-poursuite du langage et du réel. Le poète ne s'est pas plutôt émerveillé du miracle des mots qu'il sait aussitôt se déprendre de leur sortilège pour nous faire entrevoir une liberté, « un mot sacrement » qui efface le langage en l'accomplissant parfaitement : (extraits du poème intitulé Un mot) « J'avais captifs en moi la montagne et l'abricoti...
Mots clés : Catholicisme Combat spirituel Contemplation Dieu Expérience spirituelle Imagination Littérature Désir Connaissance
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ET SI L’AMOUR DURAIT
06 MARS 2012
  Il y a quelques années, Alain Finkielkraut publiait un petit ouvrage : Et si l’amour durait. A la fin du titre ni point d’interrogation, ni trois petits points. Tout le livre a pout but de faire que le lecteur s’interroge sur le statut de l’amour dans notre société contemporaine.   L’air de ne pas y toucher, lisant avec empathie et finesse quatre œuvres apparemment ‘purement’ littéraires, Finkielkraut fait œuvre de moraliste et presque de théologien. Il part de la question centrale : vouloir bâtir une union qui dure toute une vie avec un autre être humain est-il un projet moral viable ? Est-ce un objectif crédible et désirable ? La fragilité du lien amoureux, encore plus visible en notre époque, ne condamne-t-elle pas les prétentions d’un lien conjugal qui se veut sans limites temporelles ? Selon ces mots : « Qui ose croire que deux êtres vivants depuis longtemps ensemble ne finissent pas l’un ou l’autre, voire plus fréquemment, l’un et l’autre par se lasser ? » (42).             Au travers des quatre œuvres lues, une du XVIIIe siècle, La princesse de Clèves, et trois du XIXe siècle (Bergman, Roth, Kundera), Finkielkraut met en lumière...
Mots clés : Affectivité Amour Catholicisme Dieu Evangile Femme Mariage Sacrement Littérature Désir
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GEORGES HALDAS
CHRISTUS N°234
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Luc RUEDIN
Luc Ruedin s.j. Centre spirituel Notre Dame de la Route (Fribourg). Une première version de cet article a paru dans Choisir, n° 622, octobre 2011. Dernier article paru dans Christus : « Auprès des oubliés de la terre » (n° 230, avril 2011).   « Tout hommage est boiteux. Tout éloge trahit. » Georges Haldas   De père grec et de mère suisse, Georges Haldas, né le 14 août 1917 à Genève où il a vécu la majeure partie de sa vie, est décédé le 24 octobre 2010 à Lausanne. Marqué par les interrogations métaphysiques de son père et par l’attention aux petites choses de sa mère, il alliera en une synthèse créatrice ces deux mondes. À l’Université, Albert Béguin lui fait découvrir l’univers poétique. Traducteur, poète, essayiste, chroniqueur, Haldas est avant tout un homme de la fraternité obscure. Il la trouve dans les cafés, lieu d’inspiration et d’écriture de son oeuvre. Distant des cénacles littéraires, il se veut peintre attentif de la vie des petites gens pour en révéler l’extraordinaire densité. Sa disposition constante à traduire en termes accessibles le tragique et la beauté de la vie en fait un témoin authentique de la conditi...
Mots clés : Exercices spirituels Expérience spirituelle Incarnation Mémoire Parole de Dieu Parole d’homme Littérature
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REPRÉSENTATIONS DE L’AU-DELÀ DANS LA LITTÉRATURE
CHRISTUS N°235
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Jeanne-Marie BAUDE
«Est-il vrai que l’au-delà, tout l’au-delà, soit dans cette vie ? » Cette question, c’est André Breton qui la pose en 1928 dans Nadja, Breton, le pape du surréalisme, si farouchement hostile à l’idée de Dieu en général et au christianisme en particulier. Son interrogation, qui l’amènera à s’intéresser à l’ésotérisme, porte moins sur l’existence d’un au-delà que sur sa localisation, et sur la présence, ici même, d’un ailleurs. La littérature tente selon ses propres modes l’approche des grands problèmes métaphysiques, en faisant appel aux richesses de l’imagination, et en proposant des images et des figurations, que l’on peut considérer comme autant de tentatives d’investigation du mystère. Le langage poétique excelle à suggérer un au-delà des mots, à faire pressentir, au sein de la réalité, la présence d’une réalité différente. La création romanesque, quant à elle, confère épaisseur et vraisemblance à des univers possibles, qui jouent en quelque sorte le rôle de champs d’expérimentation. Il s’avère que les œuvres de fiction sont actuellement, plus que jamais, susceptibles d&rs...
Mots clés : Art (cinéma, peinture, sculpture) Imagination Livres Littérature
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MYSTÈRES LUMINEUX
CHRISTUS N°235
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Jean-Pierre Lemaire
Dans la récitation du Rosaire, les Mystères lumineux, introduits par Jean-Paul II , s’intercalent entre les Mystères joyeux et les Mystères douloureux. Jean-Paul II les présente ainsi dans sa lettre apostolique Rosarium virginis Mariae (« Le Rosaire de la Vierge Marie ») publiée en octobre 2002 : « Passant de l’enfance de Jésus et de la vie à Nazareth à sa vie publique, nous sommes amenés à contempler ces mystères que l’on peut appeler, à un titre spécial, “mystères de lumière”. En réalité, c’est tout le mystère du Christ qui est lumière. Il est la “lumière du monde” (Jn 8,12). Mais cette dimension est particulièrement visible durant les années de sa vie publique, lorsqu’il annonce l’Évangile du Royaume. Si l’on veut indiquer à la communauté chrétienne cinq moments significatifs – mystères “lumineux” – de cette période de la vie du Christ, il me semble que l’on peut les mettre ainsi en évidence : 1. Au moment de son baptême au Jourdain 2. Dans son autorévélation aux noces de Cana 3. Dans l’annonce du Royaume de Dieu avec l’invitation à la conversion 4. Dans sa Transfiguration 5. Dans l’institution de l&rs...
Mots clés : Art (cinéma, peinture, sculpture) Foi Grâce Louange Marie Méditation Parole d’homme Résurrection Littérature
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LE RETOUR DE L'ÂME PRODIGUE
CHRISTUS N°235
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François Marxer Lilian STAVELEY
On penserait à Marie de la Trinité, la dominicaine, mais en plus tempéré et en plus suave (en plus modeste aussi). Lilian Staveley (1878-1928), femme cultivée qui vient de la meilleure société britannique (Bergson est de ses lectures) ne renonce nullement aux obligations ni aux charmes de la vie mondaine. Elle n’en déploie pas moins une expérience spirituelle de haut vol, qu’épargne heureusement la tentation de l’anarchisme illuministe. À défaut d’accompagnateur fiable (elle avait vite évalué ce qu’elle pouvait attendre du monde clérical, si bien intentionné soitil), elle trouvera en Angèle de Foligno et en Richard Rolle (le mystique anglais du XIVe siècle, qui influença Julienne de Norwich) les références qui lui permettront de déchiffrer un parcours singulier où elle avance sous la gouverne d’un Dieu attentionné et pédagogue. Condescendance initiale de ce Dieu qui la mènera à une union intime de tout instant, sans hallucination aucune, que traduit au mieux la métaphore de la vie conjugale (en laquelle, par ailleurs, ellemême fut merveilleusement heureuse). C’est une mystique de l’énergie que nous propose Lilian Staveley, énergie non pas cumulative, mais immédiatement plénière, et qui se donn...
Mots clés : Littérature
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PÈLERINAGE AU KAILASH
CHRISTUS N°235
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Jacques SCHEUER
Septembre 1994. Raimon Panikkar (1918-2010) et une disciple milanaise entreprennent le pèlerinage qui culmine dans le rude circuit autour du mont Kailash, dans le Tibet occidental. Lui rappelle brièvement le sens de la démarche : « Chaque pas est le premier et le dernier. » Elle relate plus longuement les difficultés du parcours, les rencontres, les émotions ; elle note leurs conversations, l’évocation de souvenirs, des bribes d’enseignement. Été 1997. Ils se retrouvent pour une retraite d’un mois dans un ashram de l’Inde du Sud. Le Livre de la Voie et de sa Vertu (taoïste) et plus encore le Nuage de l’Inconnaissance nourrissent le silence et les échanges. Le maître invite la disciple à rédiger le récit de son itinéraire. Ce sera « la simple histoire d’un oui. Un oui au flux de la vie divine, qui fait soudain irruption, et par lequel je me suis laissée porter en confiance ». Lui accepte en retour de livrer quelque chose de son parcours, bien qu’il peine à se défaire de sa position d’enseignant. Elle, plus émotive, se montre attentive aux signes, au contenu de rêves : « Tu écoutais avec intérêt et peut-être amusement : une disciple qui ne te demandait jamais d’explications théologiques, mais qui racontait des rêves ! &r...
Mots clés : Littérature
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MÉDITER, JOUR APRÈS JOUR
CHRISTUS N°235
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Franck DELORME
Christophe André, médecin, psychiatre,est connu pour sa pratique de la méditation. Son nouvel ouvrage propose des exercices pour nous faire découvrir la pleine conscience d’« être là ». Apprivoiser le silence, notre corps (sentir, ressentir, écouter), apprécier ce qui a été vécu, le savourer, trouver un chemin de paix et de repos, accueillir notre réalité telle qu’elle se donne à vivre, autant d’attitudes pour nous aider à retrouver le goût du bonheur et le cultiver au quotidien. De belles illustrations à contempler, une présentation claire et agréable nous conduisent en vingt-cinq leçons vers cet état de conscience universelle. Un CD de méditations guidées accompagne l’ouvrage avec les conseils de l’auteur. Au milieu des sollicitations infinies de nos journées, pris entre vie professionnelle et vie personnelle, jamais déconnecté du téléphone ou d’internet, l’homme d’aujourd’hui découvre la méditation comme un moyen à sa portée pour retrouver la source de son être profond. Ce livre aidera à considérer la nécessité bienfaisante de nous arrêter pour prendre le temps de contempler, d’accueillir. L’auteur puise de manière indiff&eacute...
Mots clés : Littérature
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RENDEZ-VOUS NOMADES
CHRISTUS N°235
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Remi de Maindreville
Singulièrement spirituel, ce petit livre donne envie d’y revenir comme à une source aux multiples fontaines. Il se présente comme une suite de rencontres liées à la lecture et à l’écriture de l’auteur, jalonnant sa vie et sa pensée. Rencontres, à travers leurs œuvres, d’écrivains comme Tolstoï, de poètes comme Celan, de philosophes ou de théologiens comme Adolphe Gesché ; de héros fictifs et de personnages littéraires (Bolkonski) toujours riches de sens. Les rendez-vous les plus originaux et féconds sont peut-être ceux que nous donnent ces mots aimés, « caressés », chargés de soi, mais aussi de siècles, de passions, de combats, d’histoire, de chair, de mort… Mêlés au tréfonds du corps et de son devenir, ils témoignent du travail de l’Esprit et révèlent l’aventure spirituelle de l’écrivain. Mots « scrupules », dit joliment et douloureusement Sylvie Germain, qui empêchent de s’installer dans une pensée, une croyance ou une ingénuité finalement oublieuses d’humanité, de vérité, de Dieu. Car au plus profond, c’est en se confrontant au Livre dont elle a hérité, à la Bible, dans cette « tente de la rencontre...
Mots clés : Littérature
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COMME UN CORPS LOURD DANS UNE EAU SOMBRE
CHRISTUS N°235
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Franck DAMOUR
 Le vers, sublime, qui donne son titre à cette méditation philosophique, est de Dante. Il signe la disparition de Béatrice. L’image est repérée aussi chez Descartes, puis chez Henri Maldiney. Toutes disent que le mal est aussi profond qu’éclatant. Qu’il vibre dans nos chairs, consciences, héritages, familles. D’une sourde vibration, d’un « rayonnement paradoxal » qui, dit Philippe Grosos, est le « mode d’être du mal ». C’est cette approche qui constitue la force et la nouveauté de ce bel essai, où l’auteur nous conduit avec une sérénité forte de la conscience de l’insondabilité du mal (non de sa radicalité, comme il ressort d’une passionnante discussion menée avec Kant et Schelling, révélant des pages fascinantes de ce dernier), d’un mal « immaîtrisable » qui rend vaine toute rationalisation, toute théodicée : « Insondable, le mal n’est accessible que par ses effets. » L’échec de la pensée totalisante à penser le mal n’ouvre sur aucun renoncement à le refuser, mais au contraire, au prix d’une méditation du péché et du destin, à accueillir le réel dans sa surprenante nouveauté. Car le mal est bien immaîtrisable dans...
Mots clés : Littérature
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PETIT TRAITÉ DE LA JOIE CONSENTIR À LA VIE.
CHRISTUS N°235
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Franck DAMOUR Nicolas ROUSSELOT
Martin Steffens est un jeune professeur de philosophie à la foi chrétienne vivante, voire jubilante. Mais ne nous y trompons pas. Malgré son titre printanier, le Petit traité n’est pas celui d’une joie facile, acquise à bon marché. La joie spirituelle dont il est question s’est purifiée au creuset de la fascinante pensée nietzschéenne, avec laquelle l’auteur ne cesse de rester en dialogue de la première à la dernière page. Comme si, pour demeurer évangélique, ce consentement à la vie qu’est la joie devait se partager en chemin, aussi loin que possible, par celui que Paul Valadier appela si justement « l’athée de rigueur ». Ainsi, en compagnie de Nietzsche, face à cette vie que je n’ai pas choisie, je ne dis pas seulement : « Les choses sont ainsi faites », mais je proclame haut et fort : « Qu’il en soit ainsi ! » L’art de consentir se jouera donc dans cet impératif. Il refusera la résignation, inversera le temps en « créant de la liberté à rebours » et permettra ainsi de vivre libre, par delà la fausse monnaie des dépendances ambiguës. Mais le oui chrétien prendra une autre route, préférant l’espérance à l’espoir, la destinée au destin, et ira jusqu&...
Mots clés : Littérature
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CACHÉS DANS L’AMOUR
CHRISTUS N°235
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Luc RUEDIN
Ce petit livre est un trésor qui livre au spirituel une sagesse de vie éprouvée. Ce qui tisse le quotidien carmélitain (silence, solitude, vie communautaire, récréation, repas, jeûne), ce qui le rythme (oraison, contemplation), le sanctifie (eucharistie, confession), le colore (dévotion mariale, vœux, liturgie matinale personnelle) ou le sous-tend (corps, ordre, travail) est précédé d’une remarquable introduction s’attachant à spécifier l’identité de cette spiritualité. Il repense et adapte ensuite cette sagesse séculaire aux temps contemporains. Est délivré au lecteur un goût de justesse et de joie qui signe l’excellence de ces courtes sentences sapientielles monastiques. Si ce livre est adressé en priorité à des moines et moniales, il n’en est pas moins riche d’enseignements pour le séculier. Ainsi des conseils sur l’ordre extérieur reflet d’une intériorité ordonnée, sur la posture, la détente et la respiration du corps, la valeur et l’ingestion de la nourriture ou encore sur les temps matinaux et vespéraux qui engagent ou terminent le jour laborieux. Bref, le lecteur y trouvera une mine de conseils spirituels à méditer et à intégrer dans sa vie pour qu’il puisse concrèteme...
Mots clés : Littérature
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REPRÉSENTATIONS DE L’AU-DELÀ DANS LA LITTÉRATURE - JEANNE-MARIE BAUDE
01 SEPTEMBRE 2012
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Jeanne-Marie BAUDE
"La littérature tente selon ses propres modes l’approche des grands problèmes métaphysiques, en faisant appel aux richesses de l’imagination, et en proposant des images et des figurations, que l’on peut considérer comme autant de tentatives d’investigation du mystère. Le langage poétique excelle à suggérer un au-delà des mots, à faire pressentir, au sein de la réalité, la présence d’une réalité différente." 
Mots clés : Littérature
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LA VOIE ET LE VOYAGEUR
CHRISTUS N°237
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François Marxer YSABEL DE ANDIA
Dans le précédent numéro de Christus (pp. 496-498), Dominique Salin célébrait avec enthousiasme et avec combien de raison l’ouvrage de Christian Belin, Le corps pensant, qui ouvrait la voie à une nouvelle manière de proposer une anthropologie spirituelle. L’ouvrage que nous offre Ysabel de Andia – une somme de plus de mille pages – ne lui fera pas concurrence, mais n’en constitue pas pour autant un complément. Avec Chr. Belin, notait D. Salin, on était « loin des déductions dogmatiques et aristotéliciennes qui font habituellement la trame des traités de spiritualité ». Ce n’est sans doute pas la voie qu’aura suivie Ys. de Andia, trop acquise qu’elle est à la cause platonicienne, mais l’on a affaire à un traité et donc à cette autre manière de concevoir et de constituer une anthropologie spirituelle. Ce traité ne cache rien de ses origines : un cours professé à l’École cathédrale de Paris sur les étapes de la vie spirituelle et l’on retrouve avec bonheur toutes les qualités d’un travail académique : un souci d’exhaustivité, un ordre clairement structuré, animé par le dynamisme de la figure de l’homo viator, une thématique permanente de l’expérience spirituelle...
Mots clés : Littérature
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SANS MIROIR, LA SOCIÉTÉ EST CONDAMNÉE À MOURIR
CHRISTUS N°240
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Dominique SALIN
Cet essai sur le théâtre mérite de figurer dans une bibliothèque de spiritualité. Ne serait-ce que parce qu’il défend, sans complexe, une conception chrétienne du théâtre – ce qui ne signifie pas promouvoir un théâtre chrétien. L’auteur est un homme de théâtre bien connu, au sens complet du mot : comédien (comédien d’abord), mais aussi metteur en scène, auteur et même critique patenté, aux convictions affichées. C’est à la théologie chrétienne qu’il emprunte les catégories qui lui permettent de penser le théâtre, l’action théâtrale. Pour lui, le théâtre est œuvre d’incarnation, d’incarnation de la vie (la majuscule initiale ne serait pas de trop ici). Le théâtre est un microcosme, miroir du grand microcosme de la création. Une trinité est à l’œuvre pour réaliser ce « miracle » (dernier mot de la conclusion) : l’auteur, qui engendre le verbe (le texte) ; le metteur en scène, qui permet à l’esprit du texte de s’incarner, de prendre chair sur la scène ; enfin, le comédien qui incarne le personnage selon la vérité de la vie. Pour ingénieuse et jouissive...
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AVANCE EN VIE PROFONDE
CHRISTUS N°240
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Jean-Pierre Lemaire
Quoique les deux derniers livres le Philippe Mac Leod appartiennent à des genres différents (l’un est une suite de méditations, l’autre un recueil de poèmes), ils forment un diptyque. Le titre du second fait d’ailleurs écho à une phrase du premier (« Le vif, le pur, le vivant en sa pointe la plus aiguë ») autant qu’à l’un des poèmes du recueil qui développe ces deux mots différemment (« Le vif, le pur, à l’heure où l’azur se boit et se respire »). C’est en effet la même leçon de vie qui court d’un livre à l’autre ; elle est d’abord dispensée au fil de promenades spirituelles au lecteur – qui prend la figure d’une interlocutrice – avant d’être au cœur de l’expérience du poète, approfondie jusqu’au plus intime de la chair et de l’âme. Dans Avance en vie profonde, Philippe Mac Leod rappelle que, pour saint Augustin, la création est notre première Bible. Aussi nous rend-il attentifs aux « leçons » de l’arbre, de la fleur, du chemin à flanc de montagne, du ruisseau. Que nous enseignent-ils ? La fidélité à un élan et à une croissance inscrits dans le germe qui est en nous. C...
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LETTRES DE SOLOVKI
CHRISTUS N°240
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Franck DAMOUR
Les Lettres de Solovki ont été écrites par le détenu Pavel Alexandrovitch Florensky, l’un des plus grands penseurs russes du XXe siècle, incarcéré dans cet îlot du goulag. Cet esprit universel, à la fois chimiste et théologien, ingénieur et critique d’art, y est exilé pour avoir maintenu, dans la Russie soviétique, son activité de prêtre, tout en apportant à son pays ses qualités d’ingénieur et de scientifique. La publication en français de ses lettres est un véritable événement éditorial, d’autant que le livre est beau, reprenant superbement des dessins et croquis de l’auteur, et que le travail de la traductrice impressionne. Ces lettres sont adressées à son épouse, ses fils, quelques amis. Et elles sont stupéfiantes, un témoignage d’une forme de sainteté et d’unification intérieure rare. Florensky vit dans ce goulag comme dans un monastère. Un monastère-prison, sur une île dont il explore la nature, mettant au point des techniques de fabrication nouvelles. Il donne des conférences aux autres bagnards, sur des sujets divers, et sa mémoire convoque Goethe et Racine, Tcherny-chevski et Hume. Il accompagne le développement de ses enfants, les oriente dans leurs choix. Il cherche part...
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UNE FOI QUI CHANGE LE MONDE
CHRISTUS N°240
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Remi de Maindreville
Ce nouvel ouvrage d’Étienne Grieu, théologien jésuite, est pour l’essentiel une réédition d’articles que l’auteur avait publiés ces dernières années dans diverses revues, dont Christus pour deux d’entre eux : « Expérience spirituelle et lien social » (n° 179, juillet 1998) et « Retournements » (n° 234, avril 2012). Ils sont repris dans la perspective d’une foi active capable de changer le monde, qui naît de deux expériences spirituelles fondamentales. La foi peut changer le monde, son influence historique sur le vivre- ensemble des hommes est une donnée historique, car, comme dans l’Évangile, elle se communique, se manifeste, s’affirme dans le croyant aux prises avec les forces et les contradictions du monde où il vit. L’action et particulièrement le vivre-ensemble sont des lieux privilégiés d’une rencontre de l’Esprit et de la croissance d’une foi bien incarnée qui fortifie et déploie la vie intérieure du croyant. Le chemin se discerne au fur et à mesure du parcours, faisant du marcheur un veilleur. La foi en actes est toujours tâtonnement, écoute, discernement, choix inédits entre des réalités très mêlées et des points de vue multiples...
Mots clés : Foi Littérature
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