Culpabilité

JUGEMENT DE DIEU ET LIBERTÉ DE L’HOMME
CHRISTUS N°222
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Jean-Louis Souletie
Les sociétés modernes démocratiques voient se développer une judiciarisation grandissante qui correspond pour beaucoup à une espèce de démission du politique et de ses tâches qu’il confie aux juges. La question est donc posée dans nos sociétés moder­nes : quelles sont les missions que le corps social veut confier à la justice ? Ses exigences ne sont-elles pas contradictoires ? Les juges se trouvent alors, sous peine de déni de justice, en situation de co-produire les normes susceptibles de résoudre les conflits qui leur sont soumis, et non seulement d’appliquer une règle préexistante à son jugement. Des problèmes analogues se posent à la repré­sentation politique si celle-ci veut reprendre la main et enrayer en amont le risque d’une judiciarisation fatale à la confiance dans les institutions publiques. Bref, au moment où la question du jugement envahit les procé­dures de la société 1, elle est affectée d’un coefficient négatif dans l’imaginaire individuel et social. Elle est chargée du péché d’enfermer les hommes dans leur culpabilité, de les priver de leur liberté et de leur créativité. Elle porte le poids de tous les maux psychologiques qui écrasent les individus. Le christianisme po...
Mots clés : Culpabilité Dieu Discernement Evangile Faute Foi Jugement dernier Justice Liberté
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À CLAIRE QUI AURA TOUJOURS 20 ANS
CHRISTUS N°220
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Robert Scholtus
Vingt ans ont passé, mais tu auras toujours vingt ans, « vingt ans pour l’éternité, devant l’Éternel. Qu’il existe ou non, l’Éternel ce sera toujours cet enfant-là » (Marguerite Duras, si douloureuse). Cette phrase, je l’ai recopiée dans mon carnet le jour où Fabrice s’est suicidé, dix ans après toi. Il avait ton âge. Il était mon élève quand tu es morte. Quelques années plus tard, il était devenu prêtre et exerçait son ministère là même où j’avais commencé le mien. Un jour, on l’a trouvé asphyxié dans sa voiture au fond d’un garage qui avait été le mien. Fabrice n’était que sourire, comme toi.Je viens de relire cette lettre que j’avais écrite quelques mois après ta mort dans mes nuits d’insomnie et de larmes. Je ne l’avais donnée à lire qu’à de rares amis, pour regretter ensuite d’avoir fait peser sur eux le poids de ma douleur. Était-ce pour m’en délivrer ou pour attirer sur moi l’excès de leur compassion ? Je réalise aujourd’hui que mon pathos a dû submerger les paroles qu’ils auraient pu en­core me dire. Seule A. m’a dit avoir, dans mes mots, retrouvé avec joie cette doul...
Mots clés : Amour Culpabilité Dieu Epreuve Espérance Foi Indifférence Jésus-Christ Mourir Parole d’homme Prêtre Salut
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MALÉDICTION ET SAGESSE
CHRISTUS N°216
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Nathalie Sarthou-Lajus
Dans la tragédie grecque, la haine fait partie du destin des hommes. Le héros grec a besoin de ses ennemis pour s’affirmer, la haine des autres le fait vivre. Comment vivre sans combattre ? Et comment combattre quand on n’a plus d’ennemi à poursuivre de sa haine ? Plus originaire et plus vieille que l’amour, la haine prend au sein de la communauté toute son ampleur et sa dimension destruc­trice. Paradoxalement, elle est également créatrice de lien social et permet aux hommes de fraterniser en luttant contre un ennemi commun. La haine ne se réduit pas à un emportement passager comme la colère. Elle a quelque chose de plus tenace qui défie le temps et se réveille dans des flambées de violence dès que l’on baisse la garde. La tragédie grecque révèle le vrai visage de la haine comme un atta­chement passionnel proche de l’amour, ainsi que son caractère fatal. Le héros grec découvre avec effroi l’engeance haineuse qu’il a subie sans échappatoire, sa vie durant. Comment ne pas être désarmé devant tant d’acharnement dans la volonté de nuire ? Pourquoi les hommes prennent-ils tant de plaisir à faire souffrir, à humilier et à détruire leur frère ? Ces questions qui montent de la tragédie, comme des cris de d&eacut...
Mots clés : Affectivité Amour Culpabilité Démon Faute Haine Mal Réconciliation (confession) Sagesse Violence
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LE PARDON ET LE SENTIMENT DE CULPABILITÉ
CHRISTUS N°216
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Denis Vasse
Il est difficile de parler du pardon. Car il ne s’argumente pas. Je veux dire qu’il ne se déduit d’aucun raisonnement logique. Il n’a aucune raison. Si le pardon obéit à l’amour, il n’implique jamais pour autant l’abolition de la loi et de la justice 1. Au contraire, si les bras qui s’ouvrent pour nous accueillir à nouveau sur le chemin du droit et de la justice sont ceux de l’Amour, c’est afin de nous remettre à l’école de la vérité de la vie là où nous avons été entraînés dans les sinuosités du mensonge et de la mort.   Le sentiment de culpabilité Entraîné dans cette voie, l’homme va jusqu’à croire qu’il est l’auteur, voire l’origine de l’amour. Comme il le dit, il se « construit » lui-même une vie ou il « fait » l’amour pour s’assurer de « sa » puissance. S’il n’a plus ce sentiment de puissance, voire de toute-puissance, il se sent abandonné et douloureusement incapable d’aimer. Lorsqu’il n’est plus sous l’emprise plus ou moins consciente de sa volonté propre, il se sent impuissant à se donner. Sauf à faire semblant, bien sûr. Mais alors, plus il éprouve cette impuissance avec force, plus il ali&egrave...
Mots clés : Amour Culpabilité Discernement Faute Mensonge Pardon Parole de Dieu Parole d’homme Péché Psychologie Vérité
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LA BLESSURE DE RAPHAËLLE
CHRISTUS N°208
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Nicole Fabre
Discerner nos réactions   Dans nos sociétés hyper sélectives, l’humiliation se banalise à l’encontre des plus faibles, dès l’enfance. Relisons  « la blessure de Raphaëlle », article de Nicole Fabre, qui ouvre le numéro 208 de Christus  L’homme humilié. Victime des propos humiliants de son  environnement familial et social, une petite fille blessée retrouve un amour d’elle-même qui la transforme. Comme une nouvelle naissance. Nos jugements à l’égard des plus faibles,  relèvent-ils d’un désir  juste d’aider à progresser, ou de pulsions mal contrôlées qui perpétuent la violence ? La frontière est souvent ténue nous dit N. Fabre.   Ils m'ont traité de gros. » « Ils m'ont traité de con. » « Ils m'ont dit que je suis la pire. » « Ma mère, elle m'aime pas. Y'a qu'à voir ses yeux ! Je passerais sous terre. » « Mon père, il m'a "déchirée". » « Il a regardé mon carnet et il a dit : "Pff !" » « Tes fleurs, tu pourras les garder ! Ça salit tout. » « Tu t'es regardée ? Tu voudrais quand même pas sortir avec moi ? » « Tu mets quatre fois plus de temps que to...
Mots clés : Amour Culpabilité Enfant Famille Guérison Humilité Mal Maladie Pédagogie Psychologie
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MALAISE DANS LA CONFESSION
CHRISTUS N°204
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Robert Scholtus
Le sacrement de pénitence n'est pas au meilleur de sa forme, on en conviendra. Faut-il en conclure qu'il suffirait d'en changer la forme, d'en renouveler la mise en œuvre liturgique, pour qu'il retrouve la faveur des catholiques ? C'est ce qu'a pu laisser croire un moment la nouvelle pratique de ce qu'on a appelé les « célébrations pénitentielles avec absolution collective ». Le Rituel adopté il y a trente ans indiquait qu'« il est permis d'absoudre sacramentellement de façon collective des fidèles qui se sont confessés seulement de façon générale, mais qui ont été exhortés au repentir, s'il survient une grave nécessité, c'est-à-dire lorsque, vu le nombre des pénitents, il n'y a pas suffisamment de confesseurs à leur disposition pour entendre comme il le faut la confession de chacun dans les limites de temps convenables ». La conjoncture supposée par ces nouvelles dispositions (trop de pénitents, pas assez de confesseurs) ne correspondait guère à la situation de l'Église de France. Certes, on s'inquiétait déjà de la diminution du nombre des prêtres, mais il fallait bien se rendre à l'évidence : la foule des pénitents qui, autrefois, aurait pu éventuellement justifier le recours à l'absolution collective, &eac...
Mots clés : Culpabilité Eglise Foi Jésus-Christ Justice Loi Mal Pardon Péché Politique Réconciliation (confession) Sacrement
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LE RETOUR DU STOÏCISME
CHRISTUS N°196
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Robert Comte
Même si on a pu parler de « permanence du stoïcisme » (Michel Spanneut), il est indéniable que cette forme de sagesse occupe une place non négligeable dans la culture contemporaine : nombreuses éditions de poche des œuvres de Sénèque, Marc Aurèle ou Epictète ; dossiers consacrés aux sagesses antiques — dont le stoïcisme — dans divers périodiques {Magazine Littéraire, Sciences Humaines, hors série du Nouvel Observateur) ; succès d'auteurs contemporains explorant cette école de pensée ou s'en réclamant (Pierre Hadot, André Comte-Sponville...). Ce phénomène s'explique-t-il par le vieillissement de notre société, comme le suggère un article publié dans le Courrier de l'Unesco ? L'auteur écrit en effet : « Seul un nouveau stoïcisme, une règle de vie qui, comme jadis, nous apprendrait à vieillir et à mourir, pourrait éviter que l'allongement de l'espérance de vie ne nous réserve de nouvelles expériences douloureuses. » De fait, tous les travaux consacrés au vieillissement démographique soulignent les craintes engendrées par ce phénomène. Il ne s'agit pas seulement du financement des retraites, mais aussi et peut-être surtout des peurs suscitées par le fait de vi...
Mots clés : Culpabilité Démon Epreuve Espérance Imagination Psychologie Résurrection Sagesse Tentation Vieillir
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LE MÉPRIS COMME UN BROUILLARD
CHRISTUS N°195
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Jacques ARÈNES
Durant les deux premières années de mon mariage, mes rapports avec ma femme furent, je puis aujourd'hui l'affirmer, parfaits. Je veux dire que pendant ces deux années l'accord complet et profond de nos sens s'accompagnait de cet obscurcissement ou, si l'on préfère, de ce silence de l'esprit qui (...) suspend toute critique et s'en remet à l'amour seul pour juger la personne aimée. (...) L'objet de ce récit est de raconter comment, alors que je continuais à l'aimer et à ne pas la juger, Emilia au contraire découvrit ou crut découvrir certains de mes défauts, me jugea et, en conséquence, cessa de m'aimer » 1. Dans Le mépris, Moravia décrit le processus de « désidéalisation », qui s'avère le passage délicat auquel de nombreux couples ne survivent pas. L'idéalisation amoureuse met, dans un premier temps, le jugement en suspens. En ce temps de la « cristallisation », chère à Stendhal, même les défauts de l'aimé(e) semblent aimables. La sortie de l'illusion souligne durement les traits de caractère, autrefois amusants, qui deviennent d'affreux défauts. La désillusion devrait permettre d'aboutir à un point de vue plus nuancé sur l'aimé(e), à un accès à l'ambivalence qui serait la nécessaire reconnaissa...
Mots clés : Affectivité Amour Athéisme Culpabilité Faute Femme Grâce Haine Mensonge Psychologie Réconciliation (confession)
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IMPOSSIBLE ESTIME DE SOI ?
CHRISTUS N°232
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Jacques ARÈNES
JACQUES ARÈNES Psychanalyste, Université catholique de Lille et Collège des Bernardins, Paris. A récemment publié : N’ayons pas peur des ados (Desclée de Brouwer, 2006) et Le psychanalyste et le bibliste : la solitude, Dieu et nous (avec P. Gibert, Bayard, 2007), La quête spirituelle hier et aujourd’hui : un point de vie psychanalytique (Cerf, 2011). Dernier artiste paru dans Christus : « Devenir parent : heureux traumatisme » (n° 226HS, mai 2010)   La question de l’estime de soi prend beaucoup de place dans notre culture, la littérature de psychologie en est un bon exemple. Ce terme est pourtant difficile à cerner… La sphère de l’estime de soi est celle où l’image de soi est importante, dans l’ordre du « moi idéal ». Une mauvaise image de soi « impacte » beaucoup l’action. Le philosophe Axel Honneth met le désir de reconnaissance (ce n’est pas un hasard) au coeur du lien social. Ce voeu s’appuie sur ce que qui se passe de plus fondamental au début de la vie, entre la mère et l’enfant, et cette assurance intérieure acquise très tôt conditionne l’estime de soi dans son versant plus social 1. L’intérêt des penseurs du social pour l’estime de soi montre que cette notion est au coeur de notre culture.   Q...
Mots clés : Culpabilité Dieu Expérience spirituelle Images Maladie Pardon Psychologie
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LE SCRUPULE
CHRISTUS N°232
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Odile LECLERCQ
ODILE LECLERCQ Association Maurice Giuliani, anciennement association de la Bienfaisance, créée par le Père Giuliani (1913-2003), fondateur de Christus et auteur, entre autres, de L’expérience des Exercices spirituels dans la vie (Desclée de Brouwer, coll. « Christus », 2003). Cette association entend permettre à des personnes de vivre une expérience de Dieu sans quitter leur milieu de vie. Elle forme aussi des accompagnateurs et organise des sessions en ce sens. Cet article est paru dans le n° 69 (juin 2011) du Bulletin de l’Association Maurice Giuliani (www. mauricegiuliani.fr). Nous remercions sa présidente de nous avoir autorisés à le reproduire ici. Sujet délicat par sa complexité, le scrupule, pourtant, n’a rien de théorique : dans nos accompagnements spirituels, même si nous nous trouvons peu en présence de scrupuleux « massifs », ne rencontrons-nous pas – plus fréquemment qu’on ne le penserait spontanément – des formes plus ou moins larvées et insidieuses de ce trouble ? Ignace lui-même a éprouvé durant son séjour à Manrèse, au début de sa conversion, une crise de scrupules d’une violence extrême qui, selon ses propres termes, l’ont torturé pendant de nombreux mois (Récit, n° 20-25). Les notes...
Mots clés : Culpabilité Exercices spirituels Expérience spirituelle Jésus-Christ Loi Confiance
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UNE MÉMOIRE LIBÉRÉE DE LA PEUR
31 OCTOBRE 2011
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Remi de Maindreville
Sur ce plan justement, nous avons entendu à plusieurs reprises une critique fort intéressante : ne manque-t-il pas dans ce numéro un article de fond sur « l’Eglise et l’estime de soi »? L’Eglise ne joue-t-elle pas encore à bien des égards un rôle très déterminant sur l’estime ou la mésestime de soi, par les valeurs et les images qu’elle promeut ou qu’elle condamne, par les comportements qu’elle encourage ou ceux qu’elle réprouve ? C’est vrai que nous n’avons pas choisi de développer cet aspect de la question dans ce dossier. Nous avons préféré nous centrer sur les chemins de reconstruction et de croissance d’une juste estime de soi, plutôt que nous mettre en recherche de responsabilités d’une mésestime de soi. Un tel article serait pourtant nécessaire. Il y a d’une part le poids d’images déformées de Dieu, d’injonctions réductrices, mortifères même. Liées à une certaine idée de la religion, elles continuent à marquer parfois l’éducation, à fonder certaines formes d’autorité ou d’obéissance. Mais elles relèvent davantage d’attitudes psychologiques d’impuissance ou de résignation. Il y a aussi, d&r...
Mots clés : Affectivité Culpabilité Eglise Espérance Expérience spirituelle Images Liberté
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REFAIRE SA VIE
CHRISTUS N°236
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Elodie MAUROT
La vie a toujours été une succession d’événements, mais jamais le changement n’a autant dominé nos existences. Nous aimons prendre nos vies en main, les imaginer, les forger, les reprendre comme l’artisan peaufine l’objet sur lequel il travaille pour lui donner la forme souhaitée. Plus que l’artisan, encore guidé par la reproduction d’un modèle à imiter, nous voici même dans le rôle de l’artiste, inventant la forme qui s’incarne sous ses yeux, se laissant guider par son inspiration. Nos vies sont devenues l’expression de nos individualités.   Dans Les Sources du moi, le philosophe canadien Charles Taylor a bien identifié l’« expressivisme » comme l’une des pierres angulaires de la culture moderne et l’une des sources de la subjectivité moderne : « L’expressivisme fournit la base d’une individuation nouvelle et plus pleine. C’est l’idée qui se développe à la fin du XVIIIe siècle que chaque individu est différent et original et que cette originalité détermine la façon dont il doit vivre. […] Les différences ne sont pas seulement des variations accessoires à l’intérieur d’une même nature humaine fondamentale […]. Elles impliquent plutôt l’id&ea...
Mots clés : Action Affectivité Amitié Amour Courage Culpabilité Ecoute Epreuve Famille Sentiments Confiance
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