Cinéma

JÉSUS, LE JUSTE JUGE
CHRISTUS N°222
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Marc Rastoin
«Le juge, c’est Dieu ! » (Ps 50,6). Cette exclamation du psalmiste décrit bien la conviction commune de tous les Juifs au temps du Christ. Il y a bien un juge qui jugera et les hommes et les nations : « L’impie méprise le Seigneur et dit dans son coeur : “Tu ne demanderas pas des comptes” (cf. Ps 10,13). À cela Rabbi Hanina répond : “Il y a un jugement et il y a un juge !” » 1. Ce qui pourrait apparaître comme une menace est en réalité une espérance. Le jugement de Dieu n’est pas d’abord une mauvaise nouvelle, car la foi que Dieu veut le salut de son peuple et, plus profondément, aime la vie de toutes ses créatures habite tant le Livre que le culte. La foi biblique est traversée de part en part par cette foi que Dieu est le seul juste juge. Aucun empire humain ni aucune autorité ne peut se substituer à lui. Dans l’Évangile, Jésus partage cette foi avec ses interlocuteurs juifs. De nombreuses paraboles, images et paroles témoignent de cette conviction profonde. Dieu fera justice, car il est dans sa nature d’être un juste juge : « Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus qui crient vers lui jour et nuit tandis qu’il patiente à leur sujet ? Je vous dis qu’il leur fera prompte justice » (Lc 18,7-8a). Pourtant, Jésus a des accen...
Mots clés : Discernement Jésus-Christ Jugement dernier Justice Salut Vérité Temps Cinéma
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SCÈNES DE LA VIE CONJUGALE
CHRISTUS N°213
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Natalie HÉRON
Avec Scènes de la vie conjugale, feuilleton écrit pour la télévision en 1973, Ingmar Bergman met en scène un couple qui se déchire, dans un film long (environ 2h50 dans sa version cinématographique abrégée sortie en 1974) et éprouvant, où les affrontements ne seront ni éludés ni édulcorés. Mais si, comme le disait Renoir, « l’art du cinéma consiste à s’approcher de la vérité des hommes et non pas à raconter des histoires de plus en plus surprenantes », Bergman y réussit là magnifiquement, en mettant ses personnages à l’épreuve de la passion qui détruit le couple et rompt l’engagement promis pour toujours, en révélant leur désir de venir à la vérité, fût-ce à travers un chemin chaotique et douloureux. Tout le film est une passion au sens propre 1 : il fait tomber le masque d’une image idéale, mais non moins fausse pour dévoiler la vérité en chacun. « Voyons maintenant ce qui se passe » 2...   Comme en un miroir Le couple de Johan (Erland Josephson) et Marianne (Liv Ullman) accumule tous les signes extérieurs d’une réussite telle que « c’en est indécent », reconnaît Johan. Ils sont « d’accord sur...
Mots clés : Affectivité Art (cinéma, peinture, sculpture) Chair Famille Mariage Désir Cinéma
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MIRACLE EN ALABAMA
CHRISTUS N°205
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Marie Guillet
Lorsqu'un enfant vient au monde, il s'éveille à la vie Tout au long de sa croissance, il aura à accueillir ce qui va permettre le développement de cette vie et à en découvrir la plénitude de sens : éveil au monde qui l'entoure et à l'autre ; éveil à la parole, à l'écriture et à la lecture ; éveil à soi ; éveil à Dieu et à la foi. Les parents et les éducateurs sont les témoins privilégiés et les artisans de ces éveils successifs par lesquels l'enfant, peu à peu, se construit et devient un homme.   Quand le cinéma ouvre au mystère Le cinéma, dit « septième art », peut-il donner à voir, à comprendre quelque chose de l'action éducative qui favorise cet éveil ? Ayant choisi un film pour éclairer ce propos, je ne peux que répondre oui, mais à certaines conditions sur lesquelles je voudrais m'arrêter. Il y a dans le monde et au cœur de l'homme une part de mystère qui lui échappe toujours. L'homme a toujours tenté d'y réfléchir, de se définir, se heurtant à un moment ou à un autre à cette part de lui-même inexprimable par la seule communication verbale. L'art, la création artistique tentent d'appréhend...
Mots clés : Affectivité Guérison Mal Maladie Cinéma
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CES ÉVÉNEMENTS QUI NOUS RÉVEILLENT
CHRISTUS N°205
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Paul Legavre
Où étiez-vous le 11 septembre 2001 ? Ou plutôt, que faisiez-vous lorsque vous avez appris la nouvelle ? Je gage que la plupart d'entre nous peuvent répondre à cette question. Tout comme les lecteurs de plus de quarante-cinq ans se souviennent de l'annonce de l'assassinat du Président Kennedy à Dallas. Je me rappelle la tristesse de mon père, lorsqu'il a raconté l'événement à son fils de six ans, dans la buanderie, face aux goyaviers à l'arrière de la maison que nous habitions alors en Afrique. Quand des vies s'éveillent Dans son dernier film, Land of plenty (Terre d'abondance), le réalisateur allemand Wim Wenders raconte l'Amérique de l'après 11 septembre à travers la rencontre improbable d'Henry, un vétéran du Vietnam, et de sa nièce Lana, un an après la chute des Tours. Lana, la disciple du Christ, a une vingtaine d'années, elle vient de quitter son ami juif pacifiste et son père missionnaire en Terre sainte. Elle rentre en Amérique qu'elle connaît si peu, après le périple missionnaire de sa famille en Afrique et en Terre sainte. Sa mère décédée voulait que sa fille retrouve son oncle Henry. Ce dernier, un vrai paranoïaque, s'est donné une mission : assurer la sécurité de l'Amérique avec ses amis, ses vieil...
Mots clés : Dialogue interreligieux Discernement Evénement Conversion Littérature Cinéma
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LE CINÉMA EN QUÊTE DE PÈRE
CHRISTUS N°202
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Joseph Marty
Être père ne va pas de soi. On le devient au fil du temps, et c'est un don. Un don de la femme qui reconnaît l'homme comme père, un don de l'enfant qui reconnaît son père dans cet homme. Don parfois difficile, voire impossible, à offrir ou à accueillir, car la relation d'engendrement concerne le père, la mère et l'enfant. Et il y a aussi des pères spirituels et adoptifs qui, sans passer par la chair, révèlent le sens de la paternité. Et des pères indignes, sans parole, qui tuent la vie. De cette constellation de figures paternelles, le cinéma joue avec plus ou moins de bonheur et de lucidité. Chacun croit savoir ce qu'est le père, puisqu'il en a un, même sans le connaître. Mais père, mère et enfant doivent passer par la reconnaissance. De même que le père reconnaît l'enfant, l'enfant et la mère doivent reconnaître le père. Reconnaissance qui, beaucoup plus qu'une démarche d'identité, est une affaire de cœur, de remerciement, de foi. Le père transmet la vie, il n'en est pas le maître. Il indique l'origine, mais il ne l'est pas. L'exemple d'Abraham est fondateur. Pour être « père d'une multitude », il dut passer par le sacrifice de son propre cœur, et non du corps de son fils Isaac. À l’opposé, Staline n...
Mots clés : Dieu Images Mère Père Parole d’homme Violence Cinéma
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DU MUET AU PARLANT
CHRISTUS N°194
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Jean Collet
Au commencement était le cinéma muet. La merveilleuse machine inventée par les frères Lumière en 1 895 savait capter et reproduire les images mouvantes du réel, mais pas les sons correspondants. Jusqu'en 1928, on s'en accommoda. Entre deux scènes, parfois entre deux plans, les commentaires ou les répliques s'écrivaient sur l'écran. Langage purement visuel, comme la bande dessinée, le film parlait déjà, à sa manière. Muet, l'était-il vraiment ? D'ailleurs, pourquoi emprunter ce mot au vocabulaire humain pour l'appliquer au cinéma ? Une machine peut être silencieuse. Ce sont les hommes qui sont parfois muets. Mais, de silence, il n'en était pas question. Et quand le son viendra rejoindre l'image sur l'écran, le film deviendra parlant. Rarement on le dira sonore. Etrange histoire donc, étrange vocabulaire aussi, qui nous étonne aujourd'hui. Etrange déplacement des mots. Car le véritable muet, c'est le spectateur dans la salle obscure. C'est lui, et lui seul, qui est réduit au silence, puisqu'il est là, justement, tapi dans l'ombre, pour écouter les autres parier à sa place. Avec des mots écrits sur la toile blanche, plus tard avec leurs voix, venues de toutes parts dans nos salles « multiplexes », chacune étant équipée du « son st&eacute...
Mots clés : Communion Images Parole d’homme Silence Souffrance Cinéma
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SUR LE FILM THE TREE OF LIFE
10 JUIN 2011
 Comment expliquer ce paradoxe? Par le long récit familial qui constitue son milieu. Servi par un extraordinaire photographe qui sait rendre le grain de la chair et habiller de couleurs lumineuses le quotidien d’une famille texane, Mallick offre à nos yeux une chronique d’une Amérique ordinaire des années 50. Il choisit - et c’est là tout son pari – de l’enchâsser entre deux moments qui élargissent singulièrement l’espace temps, rien de moins que la création du monde et la résurrection finale !             Ce film est ambitieux, immensément ambitieux, sans doute trop ambitieux. Trop verbeux par instants, mal monté à d’autres, il ne manque pas pourtant de toucher. Et en profondeur. Car, dans ces scènes de la vie d’une famille comme il y en eut d’autres, surgissent des instants de grâce pure. Les acteurs y sont excellents et les plans superbes d’humanité. Outre Job, le film s’ouvre par une voix off qui met en contraste le monde de la nature et celui de la grâce. Entre le père autoritaire mais aimant et la mère douce mais non sans poids, deux garçons grandissent et nous ne connaissons que les pensées intérieures de l’un d’entre eux, le narrateur. Mais qui est la nature et la grâc...
Mots clés : Affectivité Art (cinéma, peinture, sculpture) Catholicisme Création Enfant Expérience spirituelle Paternité Résurrection Cinéma
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FRÈRES ET SŒURS AU CINÉMA
CHRISTUS N°240
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Jacques Lefur
Nous avons retenu deux films anciens, reconnus comme de grands films, qui se recommandent par leur qualité artistique, par le talent de leur réalisateur, par la réputation de leurs interprètes, de James Dean à Catherine Deneuve, mais surtout par leur message humaniste : les tensions entre frères, ou entre frère et sœur, peuvent ouvrir un chemin de réconciliation. À l’est d’Éden (1955) Une famille : un père et ses deux fils, aussi différents que possible. Le père, Adam, un fermier, est encore un représentant de la génération des pionniers : rude, courageux, mais étroit d’esprit, parti, la Bible à la main, à la conquête de l’Ouest. L’aîné, Aron, ressemble à son père : il est sérieux, pondéré, travailleur ; il aime la jeune Abram et est aimé d’elle, il songe déjà au mariage et va jusqu’à lui dire, dans un projet de vie tout tracé : « Tu seras une mère magnifique ! » Son père se reconnaît en lui. Plus tard, lors de son anniversaire, lorsqu’Aron lui annonce leurs fiançailles, le père répond : « C’est le plus beau cadeau que vous puissiez m’offrir ! » Le second fils, C...
Mots clés : Cinéma
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LA MANTE RELIGIEUSE, UN FILM DE NATALIE SARACCO
21 MAI 2014
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Guilhem CAUSSE
Ce film, La mante religieuse, pourrait diviser les spectateurs. Certains entreront d’emblée dans l’œuvre, pris de sympathie pour Jézabel et son éprouvant chemin de rédemption. D’autres risquent de la rejeter : plus en empathie avec David, ils réagiront au poids de mort de cet itinéraire. C’est là qu’il importe d’insister sur le mouvement du film : il dirige d’emblée notre attention non sur le prêtre mais sur Jézabel et son parcours. Le douloureux écart initial entre ce qu’elle exprime et ce qu’elle ressent pourra-t-il être comblé, jusqu’à la joie ? Son autoportrait apparaît, visage plein cadre, vibrant d’émotions contradictoires. Lorsqu’elle crée, elle dit vrai, elle est cet être aux traits troublés, terrorisée, « poupée cassée » en quête d’identité et en fuite des autres. Mais dès qu’elle quitte son atelier, elle sombre : les plans se multiplient où elle marche dans un tunnel, sur un trottoir, ces couloirs qui interdisent de tourner à droite ou à gauche, obligeant à avancer vers le lieu où elle ne veut pas aller. La scène inaugurale est en cela remarquable : elle entre dans la galerie où se déroule le vernissage...
Mots clés : Cinéma
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LE CINÉMA DES FRÈRES DARDENNE
CHRISTUS N°246
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Geneviève Roux
Avec deux Palmes d’or au Festival de Cannes (une pour Rosetta en 1999 et l’autre pour L’enfant en 2004), un prix d’interprétation masculine (pour Le fils, en 2002), un Grand Prix du Jury (pour Le gamin au vélo, en 2011), Jean-Pierre et Luc Dardenne font partie des grands favoris de ce festival. Ils y étaient encore présents en 2014 avec Deux jours, une nuit, qui méritait aussi une distinction mais ne l’a pas obtenue. Cependant, ils ne sont pas des auteurs prolifiques. En dix-huit ans (de 1996 à 2014), ils n’ont réalisé que sept films. Dans une interview, ils déclarent : On n’est pas des génies, on est lents… C’est la modestie de l’artisan, il faut du temps pour faire les choses. À chaque fois, on recommence à zéro, créer une relation entre la caméra et le récit, le rythme d’une scène, d’une démarche, c’est long.   Des artisans qui mêlent leurs savoir-faire. Jean-Pierre, l’aîné, s’est formé en art dramatique à l’Institut des Arts de diffusion de Bruxelles, où il a eu pour professeur Armand Gatti. Celui-ci lui a proposé de devenir son assistant, ainsi que son frère Luc qui avait quant à lui étudié la philosophie. Ils vont être ensemble réalisateurs et product...
Mots clés : Justice Mourir Cinéma Fraternité
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