Bien commun

GOUVERNER
CHRISTUS N°246
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La rédaction Christus
Face au constat de la complexité de l’action en politique, et de la pesanteur des charges qui pèsent sur les épaules des personnes en responsabilité, émerge la question de l’enracinement spirituel de ces hommes et femmes, et de leurs pratiques politiques. Certes, on serait tenté d’affirmer que le bon gouvernant est celui qui se laisse guider et mener par l’Esprit. Cependant, il faut aussi honorer la dimension du collectif dans l’action politique, et reconnaître que l’Esprit souffle également dans le « réseau des relations humaines » (V. Albanel). C’est au lieu même où tente de se bâtir un monde commun que se révèle la fragilité de nos actions, en tension entre les intérêts particuliers et le bien commun, entre pouvoir et autorité, et entre justice et équité (E. Perrot). Voilà pourquoi la politique reste un sujet qui provoque au débat et à la réflexion. Ainsi des jeunes professionnels, prêts à se mettre au service de la société, cherchent à donner du sens à leurs engagements et se réunissent au sein d’associations telles que « La politique, une bonne nouvelle » pour tenter de construire ensemble une action politique qui soit véritablement au service du bien commun (F. Delorme). Le cin&ea...
Mots clés : Politique Bien commun Pouvoir
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PETIT GLOSSAIRE DE LA PRATIQUE GOUVERNEMENTALE
CHRISTUS N°246
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Étienne PERROT
Toute autorité, individuelle ou collective (tel un Conseil des ministres), qui s’affronte à des libertés publiques, s’appelle « gouvernement ». La pratique gouvernementale est un acte cybernétique ; elle réagit aux rapports de forces par des décisions contraignantes qui s’imposent à une population sur un territoire. La pratique gouvernementale se confond malheureusement de plus en plus avec l’acte législatif chargé de créer un cadre juridique pour la vie en société. En souffre l’autorité de la loi réduite à n’être qu’un instrument de gouvernement. La pratique gouvernementale, comme toute décision, repose sur des arbitrages, c’est-à-dire sur des préférences données à certaines options (toujours porteuses d’intérêts particuliers) et sanctionnées par le sacrifice d’autres options. Cette pratique s’affronte nécessairement au réel qui remet en question les matrices de pensée, d’évaluation et d’action des gouvernants ; car tout acte politique reflète les limites de l’idéologie du gouvernant et se heurte aux contradictions de la vie en société. C’est la raison pour laquelle l’exemple des politiques passées est un peigne pour chauve, et qui...
Mots clés : Politique Bien commun Pouvoir Gouvernement Autorité Arbitrage
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QUELLE BIENVEILLANCE ?
CHRISTUS N°249
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Nicole Jeammet
« Traiter tous les hommes avec la même bienveillance et prodiguer indistinctement sa bonté peut tout aussi bien témoigner d’un profond mépris des hommes que d’un amour sincère à leur égard. » Rémy de Gourmont, Pensées inédites.     Le Petit Robert donne de la bienveillance cette définition : « sentiment par lequel on veut du bien à quelqu’un ». Mais cette définition de « vouloir du bien à quelqu’un » garde une certaine ambiguïté car elle ne précise ni pourquoi je veux ainsi du bien à celui que je rencontre – ni surtout quel bien je lui veux. Est-ce mon « bien » que j’impose à l’autre afin, par exemple, de me prouver à moi-même que je suis bon et généreux ? Ou ai-je suffisamment d’estime de moi-même pour ne pas être obligé d’utiliser l’autre comme un miroir à mes besoins de réassurance, l’enfermant dans ce que, moi, je décide être « bien » pour lui ? Écoutons ce qu’écrit Emmanuel Levinas : « Est violente toute action où l’on agit comme si on était seul à agir ; comme si le reste de l’univers n’était là que pour recevoir l’action. Est violente p...
Mots clés : Affectivité Amour Service Bien commun Bien-être Bienveillance Accueil
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AU-DELÀ DES RELATIONS PERSONNELLES
CHRISTUS N°249
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Étienne GRIEU
Serions-nous en train de perdre la bienveillance, cette disposition à nous réjouir de ce qui, en l’autre, est beau, à l’appeler à ce petit air de fête qui lui va si bien ? Sommes-nous entrés dans l’ère de la méfiance ? Ou pire, dans celle de la dérision ? Chaque proposition de sens serait alors immédiatement suspectée, soumise à la question des intérêts dont elle est l’otage pour faire la preuve de son inauthenticité, puis l’exhiber triomphalement dans le cortège des condamnés. Quel monde préparons-nous, que la bienveillance aurait déserté ? Il serait à peine plus hospitalier que celui annoncé par les climatologues du GIEC [1]. Les inquiétudes que je viens d’énoncer, pourtant, ne peuvent être le point de départ d’une réflexion sur la bienveillance car, en se limitant au constat, elles n’entrent précisément pas en bienveillance, laquelle refuse de camper en retrait et de s’en tenir aux faits. Et puis, que gagne-t-on à promouvoir l’idée d’une humanité qui partirait en lambeaux ? Quelle prise offre-t-on au noyé quand on se contente de lui apprendre qu’il est en train de se noyer ? N’est-il pas plus utile de se demander ce qui, aujourd’hui, rend la bienveillance peut-&...
Mots clés : Bien commun Bonheur Bienveillance Sociabilisation
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L'ÉTRANGER ET LE PROSCRIT
CHRISTUS N°249
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Sylvie de Vulpillières
Comme l’indique l’étymologie, « bienveillance » signifie « vouloir du bien ». Toutefois, comment parler de cette « volonté de faire du bien » en évitant de l’associer à la complaisance ou à la gentillesse qui pourrait se rapprocher de la mollesse ? Grâce aux exemples qu’elle donne, la Bible peut nous aider à comprendre que la bienveillance est un regard vivifiant, un acte de miséricorde, mais aussi une révélation, une exigence. Mais de quelle manière aborder les textes bibliques qui en parlent ? Deux méthodes sont possibles. L’une part des textes où le mot bienveillance apparaît : si ce mot n’existe pas tel quel en hébreu [1], plusieurs vocables grecs s’en approchent [2]. Il est également possible de partir des textes où la bienveillance est mise en oeuvre et décrite selon ce que nous entendons aujourd’hui par bienveillance, laquelle consiste à « vouloir du bien » à l’autre. Nous utiliserons plutôt cette deuxième façon de procéder, tout en relevant quelques textes du Nouveau Testament dans lesquels le mot grec apparaît. Dans la Bible, dès les premiers versets, c’est d’abord Dieu qui est bienveillant. Il nous est montré regardant ce qu’il crée comme ét...
Mots clés : Bien commun Bien-être Bonheur Bienveillance Bienfaits
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NELSON MANDELA
CHRISTUS N°249
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Christian SAURET
En 1993, un an avant les premières élections nationales qui allaient le porter à la présidence de l'Afrique du Sud, Nelson Mandela recevait chez lui la visite impromptue de l'équipe de rugby d'East London. Interrompant son travail, il s'est immédiatement rendu disponible pour saluer chaque joueur, quand on lui a passé un appel téléphonique urgent. On l'informait de Johannesburg que le secrétaire général du parti communiste sud-africain, un dirigeant très populaire de l'ANC [1], venait d'être assassiné par un Blanc. L"événement pouvait déclencher une guerre civile. L"appel terminé, Mandela n"en a pas moins repris sa conversation, plaisantant avec les rugbymen. Puis il a regagné son bureau pour étudier les mesures à prendre. Le soir-même, c'est lui et non le chef de l'Etat, Frederik De Klerk, qui passait à la télévision et tenait à la nation des paroles d"apaisement et de fermeté qui évitèrent le drame. Ce jour-là, Mandela a pleinement conjugué sa courtoisie et sa bienveillance à l'égard de ses visiteurs avec l'immense autorité morale dont il jouissait. Un tempérament riche et complexe Bienveillance et fermeté sont indissociables chez Mandela, et sont probablement les clés de sa réussite dans l...
Mots clés : Bien commun Bienveillance Dignité
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CE QUI CIRCULE ENTRE NOUS
CHRISTUS N°250
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Guilhem CAUSSE
Voici quelques années, devant parler du respect à une classe d’élèves en troisième professionnelle, je leur ai proposé de jouer des saynètes de la vie quotidienne : « j’arrive en même temps que quelqu’un devant une porte », « je vois quelqu’un jeter un papier dans la rue », etc. La même scène était jouée plusieurs fois, donnant lieu à une diversité étonnante de propositions. Le reste de la classe observait, puis chacun pouvait réagir. À la fin, nous avons cherché à rassembler l’expérience en une phrase. La première qui a surgi est : « le respect, c’est me faire respecter ». Au fil des débats, une autre a peu à peu émergé, et c’est sur celle-ci que nous avons fini par nous entendre : « le respect, c’est se parler ». Ces deux définitions illustrent bien le mouvement qu’est le respect : il circule entre moi et l’autre par la parole. À l’inverse, l’absence de parole est souvent signe d’irrespect. Le respect, en effet, est comme une pièce à double face. D’une part, il est une demande : si la demande n’est pas entendue ou si elle ne sait pas se dire, elle peut se durcir en exigence...
Mots clés : Bien commun Fraternité Respect Relation
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MIROIR DU CŒUR HUMAIN
CHRISTUS N°250
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Philippe BERRACHED
À l’heure où cette méditation est rédigée, de nombreuses dépêches nous parviennent, des drames humains se jouent devant nous. Le chemin de l’humanité semble envahi par la violence, la haine et la convoitise. Des noms : Syrie, Irak, Libye, Somalie, Congo et Sud-Soudan nous jettent dans l’effroi en révélant la barbarie humaine. Des dates comme le 11 septembre, le 7 janvier, le 13 novembre sont marquées par le sang. Pourquoi ? En ce début de XXIe  siècle, si la question de la présence de Dieu au cœur de ces événements, de sa passivité ou de son action, reste posée, il est un étonnement qui frappe les esprits : Dieu est invoqué pour justifier cette barbarie. De plus, l'appel à l’Ancien Testament est problématique, car il semblerait venir en écho avec les invocations des barbares eux-mêmes. Pourtant lire des textes bibliques, comme nous allons le faire ici, est sans doute plus nécessaire qu’auparavant. Car la loi, les prophètes et les écrits révèlent sans complaisance et en toute sincérité le cœur malade de l’homme. Ainsi en décrivant ce cœur malade, le Premier Testament est curatif. Sa lecture montre les forces et les faiblesses de l’homme : sa convoitise charnelle, son envi...
Mots clés : Foi Bien commun Bienfaits Respect Relation
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A L'ÉPREUVE DU DIALOGUE INTERRELIGIEUX
CHRISTUS N°250
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Geneviève Comeau
Le respect, cela semble aller de soi dans les religions. Le « Principe et Fondement » des Exercices Spirituels d’Ignace de Loyola ne commence-t-il pas par : « L’homme est créé pour louer, respecter et servir Dieu notre Seigneur… » ? Et en islam, le respect de Dieu tient une très grande place ; car les musulmans ont une conscience très aiguë de la transcendance divine. Mais du respect de qui parle-t-on ? Respect de Dieu, d’accord. Qu’en est-il du respect de l’être humain ? Dans la foi chrétienne les deux commandements de l’amour sont semblables : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu » et « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Peut-on dire autant pour le respect ? Respecter Dieu implique sans doute de respecter l’être humain ; il semble, en première approximation, que les monothéismes s’accordent là-dessus. Cependant, est-ce bien la réalité de ce qui est vécu ? Et de quel être humain parle-t-on ? De celui qui a la même religion que moi, ou, dans une perspective universelle, de toute personne ? Nous commencerons par réfléchir à nos manières de traiter l’autre, pour discerner peu à peu ce qu’elles r&e...
Mots clés : Foi Bien commun Fraternité Respect Relation
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