Préface et notes de Yann Vagneux, Arfuyen, « Ombre », n° 17, 2023, 264 p., 19,50 €.

Une Thérèse d'Avila en cacherait-elle une autre ? Carmélite dans cette ville et maîtresse des novices, Thérèse de Jésus (1925-1976), répondant à l'appel d'une vie de contemplation en solitude, vécut quelque temps comme ermite au cœur de l'Inde hindoue. Après bien des péripéties et une année seulement après un début de réalisation de son projet, elle disparut de son ermitage sur la rive du Gange sans laisser de trace. Yann Vagneux, l'auteur de Portraits indiens, huit chrétiens à la rencontre de l'hindouisme (Christus, n° 276, octobre 2022, p. 123), a pu rassembler une abondante correspondance entretenue avec Henri Le Saux (Swami Abhishiktananda [1910-1973]), moine bénédictin breton qui, une génération plus tôt, avait répondu à semblable appel.

De 1959 à l'arrivée en Inde (1965) et jusqu'à la mort d'Henri Le Saux (1973), ces lettres relatent certes les péripéties d'un projet, mais elles permettent surtout de suivre, sous la conduite souple et ferme du Swami, l'apprentissage d'un détachement exigeant et d'un abandon à la volonté divine. Alors que le départ pour l'Inde se heurte à un énième refus, Le Saux lui écrit : « Bénissons le Seigneur de tout. Dans un abandon total et une totale disponibilité à l'Esprit ! Ni lieux, ni temps, ni conditions n'importent. L'Unique est toujours là, Seul et Unique ! Dans l'attente mais l'attente d'un demain qui est déjà ! » (p. 167).

Plusieurs thèmes se croisent dans ces échanges : le devenir de la vie contemplative à l'époque du concile Vatican II ; les tensions entre aspirations personnelles, vie de communauté et appartenance à un institut ; la découverte spirituelle des autres religions ; la vitalité des communautés chrétiennes de l'Inde mais aussi les lourdeurs héritées du passé ; les contraintes qui s'imposent à une personne étrangère et une femme dans la société hôte ; d'interminables négociations avec les autorités civiles et religieuses ; sans compter les épreuves de santé, l'apprentissage des langues, la solitude. Les aléas du quotidien alternent avec l'évocation des nuits ou des éblouissements de la vie intérieure.