Yves-Marie Blanchard

L’AUTORITÉ DE JÉSUS
CHRISTUS N°218
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Yves-Marie Blanchard
Dans la mentalité contemporaine, la notion d’autorité est ambiguë : d’une part, elle paraît éminemment respectable dans la mesure où elle engage la personne de celui qui l’exerce ; d’autre part, elle est souvent soupçonnée de céder à l’arbitraire et de faire cause commune avec le pouvoir. En ce sens, l’étymologie du mot grec signifiant « autorité », et employé à ce titre dans le Nouveau Testament, mérite d’être relevée. Il s’agit du mot exousia, dérivé du verbe exesti : forme composée du verbe « être », c’est évidemment un verbe d’état, suggérant moins une activité de l’ordre du faire qu’une certaine qualité inhérente à l’être de la personne. De fait, en français aussi, l’autorité est souvent présentée comme une qualité innée, en quelque sorte indépendamment de son exercice concret au travers de responsabilités incluant nécessairement certaines formes de pouvoir. De plus, en grec, le verbe exesti signifie habituellement : « il est possible » ou « il est permis ». L’accent ne porte donc pas sur les actions accomplies par Jésus mais sur la source même de son activit&eacut...
Mots clés : Jésus-Christ Loi Mission Parole de Dieu Parole d’homme Passion
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« JE VOUS APPELLE AMIS »
CHRISTUS N°209
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Yves-Marie Blanchard
Le verbe « aimer » (agapaô) et le nom « amour » (agapê) occupent une place importante dans l'évangile selon saint Jean. A lui seul, le verbe agapaô revient trente-six fois dans cet évangile, contre seulement vingt-quatre occurrences pour l'ensemble des évangiles synoptiques. De même, le nom agapê figure à neuf reprises, alors que les synoptiques ne comportent en tout que deux emplois de ce mot, en revanche omniprésent dans les épîtres pauliniennes. Il n'est donc pas exagéré de prétendre que l'amour constitue un véritable leitmotiv de l'évangile johannique.   Entre amour divin et amitiés terrestres Dans la plupart des cas, les deux termes présentent une acception proprement théologique, puisqu'ils désignent soit la relation réciproque unissant le Père et le Fils, « de toute éternité » (« avant la fondation du monde », Jn 17,24), soit la générosité de Dieu à l'égard de « l'humanité » (« le monde », 3,16), concrétisée par l'envoi du Fils unique pour le salut des hommes. Il ne reste donc que quelques emplois des mots agapaô et agapê dans le contexte des relations unissant à Jésus les compagnons humains mis en scène dans le récit &eacut...
Mots clés : Amitié Amour Bible Démon Dieu Discernement Eglise Evangile Jésus-Christ Mal
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L'AMBIGUÏTÉ DU VOIR
CHRISTUS N°181
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Yves-Marie Blanchard
Il est courant de souligner le carartère symbolique de l'évangile selon saint Jean, c'est-à-dire le fait que les réalités invisibles, relevant de la foi, y sont fréquemment désignées au travers d'images concrètes, voire de métaphores, offertes à l'interprétation du lerteur. Dès lors, il n'est pas surprenant que le IVe Evangile fasse souvent mention du « voir » non seulement pour évoquer l'aaivité sensible de la vue, mais plus profondément en relation avec un engagement existentiel de l'ordre de la foi. Plusieurs verbes « voir » sont en concurrence : le plus fréquent est le terme usuel « horân » (y compris les formes à l'aoriste sur le radical de « ideîn »), mais on trouve également « blépein », « theôreîn » et « theâsthai », sans qu'il soit forcément facile de distinguer les nuances propres à chaque terme. En revanche, lorsque plusieurs de ces verbes figurent simultanément dans une péricope (exemple : la scène des deux disciples au tombeau en 20,1-10), leur conjonction établit un système, au sein duquel les différences s'avèrent tout à fait signifiantes. De même, considérées du point de vue de l'évangile dans son entier, les mul...