Véronique Margron

AIMER SANS CRAINTE
CHRISTUS N°213
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Véronique Margron
« Chaque époque a une chose à penser. Une seulement. La différence sexuelle est celle de notre temps. » Martin HeideggerLes premiers chapitres de la Genèse racontent en raccourci ce qu’il en est du monde, de l’être humain et de Dieu. Non comme un conte philosophique, mais depuis une confession de foi primordiale, celle de l’alliance de Dieu avec son peuple. Nous est racontée, en fin de compte, la complexité de la vie, depuis un lieu original : la sûreté que Dieu accompagne l’histoire, une histoire où rien n’est entièrement joué et où chacun n’est jamais définitivement prisonnier des événements. Ce qui s’exprime ici est nourri de l’expérience du peuple d’Israël avec son Dieu. Expérience de la sortie d’Égypte où le peuple découvre un Dieu de liberté et de vie, expérience de l’alliance où il comprend que Dieu veut entrer en relation, en vue d’une vie partagée, d’un bonheur commun. Ces découvertes concernent tout l’humain et tout humain et non le seul peuple élu. Voilà pourquoi nous pouvons nous saisir de ces propos, les écouter — les recueillir en quelque sorte — et les laisser faire leur oeuvre. Ils convoquent à reconnaître ce qui fonde l’humain da...
Mots clés : Bible Crainte Famille Souffrance
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PEUT-ON FAIRE AUJOURD'HUI DES VOEUX PERPÉTUELS ?
CHRISTUS N°193
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Véronique Margron
Il sera assez simple de répondre à cette question par deux postures caricaturales : 1. « Bien sûr que oui, c'est possible : tant et tant de générations les ont vécus ; et surtout, Dieu est fidèle. C'est lui qui appelle. Il suffit de lui faire confiance, de s'abandonner aux heures de doute et de crise, qui sont autant de tentations pour que notre foi se fortifie » ; 2. « Impossible. Ou alors, il faut être aveugle, frustré. La vie change tellement vite, l'avenir est plus incertain que jamais : ce serait une illusion de s'engager ainsi. Et puis, les ordres religieux ne sont pas forcément en très bon état... Surtout, comment peut-on y réaliser sa vie affective, ses désirs ? » Ces deux discours, que chacun peut complexifier à volonté, nous les connaissons bien et nous sommes capables de les tenir. Peut-être même l'avons-nous fait par moments... Alors, comment réfléchir à la possibilité d'un engagement religieux définitif, au sein de notre société, avec les générations que nous sommes ? C'est à cette gageure que nous allons tenter d'apporter des éléments de réflexion. L'individu moderne dans ses « tribus » Une analyse encore répandue des évolutions actuelles consiste à souligner la montée du priv&e...
Mots clés : Choix de vie Passion Vocation
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DÉLIVRÉS DE TOUTE CONVOITISE
CHRISTUS N°240
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Véronique Margron
Mystère de la fraternité, elle qui est souvent une grande joie mais pas toujours une promesse. L’histoire de tant d’entre nous pourrait en effet témoigner de relations difficiles, parfois dramatiques, entre frères et sœurs de sang. La fraternité relève d’une histoire, d’un vouloir lié à une confiance et à une affection. Faire que l’autre devienne ma sœur, mon frère, y compris s’ils le sont, ne peut relever de la seule « nature », pas davantage de l’unique volonté. Se transformer en frères et sœurs. Là où le sang peut être un soutien à ce devenir, mais aussi un handicap. Mais il y a aussi ces femmes, ces hommes, qui sont comme des sœurs et des frères pour nous. Parce que nous avons grandi ensemble, partagé les mêmes joies, les mêmes jeux, les mêmes drames. Ou parce que, bien plus tard, ils nous ont portés, soutenus, crus, quand tant d’autres – ceux peut-être de chair et de sang – nous tournaient le dos. Ainsi la vie se charge-t-elle de donner à ce terme plusieurs significations. À partir de réalités différentes – même parenté ou non –, s’esquisse-t-il que la fraternité – ou la sororité ? – est un devenir, un avenir,...
LA SPIRITUALITÉ AU FÉMININ, UN BIEN PARTAGÉ
CHRISTUS N°255
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Véronique Margron
Définir une spiritualité au féminin semble difficile car ce qui nous caractérise, même comme êtres sexués, est intimement lié aux cultures et aux époques qui nous voient naître. Il est malgré tout possible de nommer une présence au monde plus spécifiquement féminine, pour le bien de tous.   Christus : Qu'évoque pour vous cette question d'une spiritualité au féminin ? Véronique Margron : On se pose la question d'une spiritualité au féminin. Pourquoi donc ? Se pose-t-on celle d'une spiritualité au masculin ? Toute spiritualité est bien évidemment portée par une chair. Cette chair étant celle d'un homme ou d'une femme, elle est toujours sexuée. De ce point de vue là, on peut affirmer que la spiritualité est marquée par l'être féminin ou l'être masculin, mais tout comme elle est marquée par la culture, par l'époque, par la tradition. Voici peut-être la première question qu'il faudrait se poser, et à laquelle il n'y a pas de réponse simple : comment tout ce qui nous constitue (sexe, temps, espace…) marque-t-il notre spiritualité ? Quoi qu'il en soit, évoquer la question d'une spiritualité au féminin veut-il donc dire que la singularité de l'expérience féminine...