Tiziano FERRARONI

Jésuite, docteur en théologie, maître de conférences en théologie spirituelle et spiritualité ignatienne, membre de la Faculté de théologie de Naples, pratique l’accompagnement spirituel.
A publié La brèche intérieure. La vulnérabilité dans l’émergence du sujet devant Dieu. Une lecture d’Ignace de Loyola (Éditions des Facultés jésuites de Paris, 2020).
IGNACE DE LOYOLA ET LA VOLONTÉ LIBÉRÉE
CHRISTUS N°267
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Tiziano FERRARONI
S'abandonner, c'est aussi trouver le moyen d'accorder sa volonté propre à celle de Dieu. Mais faire la volonté de Dieu, qu'est-ce à dire ? L'exemple d'Ignace de Loyola, homme de forte volonté, indique un chemin où la volonté de l'homme se trouve fécondée dans la relation intime au Seigneur. Prenez, Seigneur, et recevez, Toute ma liberté, ma mémoire, mon intelligence et toute ma volonté ; Tout ce que j'ai et possède ; Vous me l'avez donné ; à vous, Seigneur, je le rends. Tout est vôtre, disposez-en selon votre entière volonté. Donnez-moi de vous aimer, Donnez-moi votre grâce, celle-ci me suffit1. Comment conjuguer cette prière, emblème de la radicale remise de soi dans les mains d'un Autre, avec la personnalité laborieuse et résolue de son auteur, Ignace de Loyola ? Comment articuler la disposition intérieure d'offrande de soi, visée par ces mots, au fait qu'ils sont suggérés au retraitant qui s'apprête à terminer sa retraite et à regagner le monde pour donner chair à l'élection faite ? Ces interrogations renvoient à l'ancienne, et jamais achevée, question concernant la place de la passivité et de l'activité dans la vie spirituelle, question qui fait écho aussi à celle concernant la manière d'intégrer la volonté de Dieu dans la sienne. Tôt ou tard, tout croyant se trouve confronté à ces questions, souvent lorsque la volonté de Dieu semble ne pas correspondre à la sienne propre. Alors l'invocation « que ta volonté soit faite » acquiert tout son poids. Il n'est plus possible...
LE FEU IGNATIEN
CHRISTUS N°270
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Tiziano FERRARONI
La conversion d'Ignace, événement éminemment singulier, l'a amené à chercher les moyens pour permettre à d'autres de vivre de l'expérience dont il vivait lui-même. « Un feu qui en engendre d'autres1. » Voilà l'image que les jésuites réunis en Congrégation générale, en 2008, ont employée pour décrire le dynamisme qui soutient la Compagnie de Jésus depuis sa naissance. Cette propagation par contact, qui a traversé les siècles et qui a atteint les endroits les plus reculés de la planète, eut sa première impulsion à Paris chez un petit groupe de jeunes étudiants qui se serrèrent autour d'un autre étudiant moins jeune, appelé Ignace. Les écrits qui témoignent de ces réunions – le Récit du Pèlerin ainsi que les mémoires des premiers compagnons – ne laissent pas de doutes : c'était chez Ignace que s'était déclenché le processus de combustion qui, graduellement, impliqua et agrégea ces jeunes hommes. D'ailleurs, quelqu'un pourrait voir, dans cette étincelle première, l'accomplissement d'une aspiration, gravée même dans son nom « Ignace », adopté au temps des études parisiennes, par assonance avec son nom de baptême « Iñigo » et par dévotion envers le martyr d'Antioche, tire ses origines du mot latin ignis, qui signifie précisément « feu »2. Or, faut-il estimer qu'Ignace a été le seul détenteur de ce feu et que la Compagnie de Jésus en a eu l'exclusivité ? Sans doute pas. Combien d'hommes et de femmes, animés par des grâces mystiques ou investis par des charismes de fondation, ont...
IGNACE DE LOYOLA, UN HOMME DOUX ?
CHRISTUS N°275
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Tiziano FERRARONI
Ignace de Loyola était-il un homme doux ? Ce portrait du fondateur de la Compagnie de Jésus montre comment la douceur s'exerçait en lui et par lui. Ce trait acquis, fruit d'un chemin spirituel, se révélait comme une intelligence des situations et des relations. On aurait plutôt dit un homme réservé, étant donné qu'Ignace de Loyola parlait peu et tenait souvent les yeux baissés ; ou bien un homme résolu, dont la parole et les gestes communiquaient une autorité innée qui s'adaptait parfaitement à sa charge de supérieur général ; ou encore un homme tenace – pour ne pas dire obstiné – qui n'abandonnait pas facilement ses objectifs. Pourtant, ceux qui l'ont longtemps fréquenté, et qui ont partagé avec lui sa vie et sa mission, se sont aperçus d'une certaine douceur qui émanait de lui, parfois au cœur même de ses prises de position énergiques : les réprimandes et les pénitences, qu'il élargissait avec générosité – toujours cependant attentif à ne jamais blesser ni le corps, ni le cœur du compagnon – étaient normalement reçues comme des corrections accordées par un père juste et sage ; les refus, voire les expulsions du corps de la Compagnie qu'il était obligé de décréter, étaient à tel point accompagnés par des mots d'explication et de bienveillance que la personne s'en allait souvent persuadée que c'était la bonne solution pour tous. Aussi, quand on avait l'occasion de croiser son regard – ce qui arrivait assez rarement –, on était frappé par ses yeux allègres et pénétrants1....