Remi de Maindreville

Jésuite. Il est entré en 1974 dans la Compagnie de Jésus après avoir fait des études en histoire médiévale. Il a été ordonné prêtre en décembre 1980. Avant de prendre en charge la revue Christus, il a été 6 ans aumônier national du MCC et 4 ans assistant national de la Communauté Vie Chrétienne. Auparavant, il a exercé différentes responsabilités au sein du groupe d’écoles d’ingénieurs Icam (institut catholique d’arts et métiers), intervenant aussi dans diverses formations de l’EDHEC et du CPA du Nord. Il a contribué à créer l’Icam de Nantes dont il a été le premier directeur des études de 1990 à 1997.
LE PRADO AU SERVICE DES PAUVRES
CHRISTUS N°229
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Remi de Maindreville
Le 10 décembre 2010, toute la famille spirituelle du Prado a célèbré le 150e anniversaire de sa fondation en 1860. C’est en effet à cette date que le P. Antoine Chevrier fit l’acquisition de la salle du Prado à Lyon. Pendant près de vingt ans, il allait y accueillir, former et sauver de la misère des milliers d’enfants pauvres, attirant à cette mission des hommes et des femmes désireux, comme lui, de « suivre Jésus-Christ de plus près ». Tout avait commencé à Noël 1856. Alors qu’il contemplait la crèche, son goût de l’Évangile s’identifia indéfectiblement au service des plus pauvres. Et depuis lors, nombre de prêtres, religieuses et laïcs vivent de cette spiritualité féconde qui les conduit à célébrer leur foi en Jésus Christ dans des situations de pauvreté, d’incroyance et de difficulté humaine de toutes sortes. Dans les Exercices spirituels, pour suivre Jésus Christ de plus près en contemplant sa nativité, saint Ignace invite le retraitant à voir les personnes présentes à la crèche, « me faisant moi comme un petit pauvre et un petit esclave indigne qui les regarde, les contemple et les sert dans leurs besoins, comme si je me trouvais présent… ». Dan...
AVEC SA MÈRE EN SON GRAND ÂGE
CHRISTUS N°229
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Remi de Maindreville Françoise Le Corre René-Claude Baud
D’exceptionnelle il y a encore quelques années, la présence des nonagénaires et des centenaires dans les familles occidentales s’est banalisée. Ce phénomène nouveau oblige sexagénaires et septuagénaires à se rendre disponibles pour s’occuper de leurs parents âgés, et non plus seulement de leurs petits-enfants. Il n’est jamais facile de livrer aux lecteurs ne serait-ce qu’un reflet de ses relations avec sa mère. Lorsque celle-ci atteint un âge que l’on qualifie pudiquement de grand, cela devient périlleux, car bien des repères nous manquent pour appréhender cette situation inattendue. Trois auteurs témoignent ici avec pudeur de l’expérience spirituelle qu’ils ont retirée de leur confrontation au grand âge à travers leur mère. Remi de Maindreville, dont la mère est presque centenaire, tente de montrer ce que nous avons à apprendre de notre relation avec notre mère âgée, pour peu qu’on l’aide à rester mère. Françoise Le Corre nous a fait l’amitié – et nous l’en remercions vivement – de nous offrir une prière écrite au moment où sa mère, décédée depuis, déclinait fortement. René-Claude Baud, enfin, s’est livr&eacute...
Mots clés : Famille Foi Grâce Liberté Mère Sagesse Vieillir Littérature
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EN ATTENDANT LE RETOUR DU CHRIST
CHRISTUS N°228
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Remi de Maindreville
Quand la réconciliation s’avère impossible, quand on rechute sans cesse dans ce qui nous dégrade, quand l’autre s’en va sans parole de paix, quand le conflit est relancé sans répit et ne se nourrit que de morts, que reste-t-il à espérer ? Le choix de la vie, ou de la survie, pourrait bien conduire à se replier sur sa peine, à se barricader en attendant des jours meilleurs ou encore à se laisser gagner soi-même par la violence. C’est pourtant bien là, quand tout se dérobe et se défait dans le non-sens et le chaos, que la foi nous invite à « tenir bon dans l’espérance ». Elle nous invite même, au coeur de nos angoisses et de nos doutes devant l’horizon bouché, à célébrer dès maintenant, dans la liturgie en Église, l’avènement de la paix et de la réconciliation, « définitivement acquise » par Jésus-Christ, qui s’accomplira pleinement à son retour à la fin des temps. Mais comment le vivre concrètement ? Une lecture trop immédiatement spirituelle est d’abord consolante. Elle offre des mots et donne une cohérence à laquelle on s’accroche un temps, mais elle tend à occulter la relation brisée qu’elle ne peut remplacer ; elle risque aussi de conduire...
Mots clés : Discernement Espérance Esprit Jésus-Christ Salut
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JÉSUS MAÎTRE DE VIE
CHRISTUS N°228
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Remi de Maindreville
Salvator, 2010, 154 p., 14,50 euros. Dans un style très vivant et simple, la riche expérience spirituelle de l’auteur, ancien rédacteur en chef de la revue Christus, est ici mise au service de tous ceux qui aujourd’hui cherchent un maître fiable pour leur vie intérieure. Face au marché des spiritualités et à la multiplicité très inégale des propositions et des chemins, Claude Flipo invite le lecteur, de manière très ignatienne, à faire retour sur lui-même pour sentir au coeur de son désir de vivre les échos joyeux d’un Dieu qui l’aime et l’attend en tenant compte de toute sa personne. S’ensuivent 26 petits chapitres ciselés, incisifs, pédagogiques, qui guident le lecteur depuis cette rencontre initiale jusqu’à une vie quotidienne totalement vécue à la suite et en intimité avec Jésus-Christ. De nombreuses références bibliques, quelques textes spirituels en fin de chapitre, mais surtout le discernement expérimenté de l’auteur accompagnent sur ce chemin de liberté et de croissance spirituelle celui ou celle qui s’y laisse conduire. Dans ce trésor, on goûtera plus particulièrement les trois niveaux d’écoute proposés au chapitre 7, ou les trois genres de paroles &...
Mots clés : Livres
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J’AIMERAIS VOUS DIRE
CHRISTUS N°227
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Remi de Maindreville
Bayard, 2009, 350 p., 19 euros. « Le Christ ne nous a jamais deman­dé d’être nombreux, il nous a demandé d’avoir du goût, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. » Voilà qui donne sa tonalité et son ambition au dernier ouvrage d’Albert Rouet, quelques mois avant de quitter le diocèse de Poitiers dont il aura été l’archevêque pendant plus de quinze ans. Une dizaine d’entretiens savoureu­sement mais discrètement menés par Dennis Gira, théologien et journaliste, nous entraînent dans une passionnante visite de l’Église et des questions que la mondialisation et la culture moderne posent au croyant et à la conscience individuelle. Tous ceux qui ont apprécié les précédents ouvrages du P. Rouet re­trouveront avec joie la finesse de ses ana­lyses, ses vues pénétrantes sur l’Église et l’avenir, soutenues par le dynamisme et l’intelligence d’une foi qui continue de nourrir l’espérance de tant de chrétiens et militants. Mais qu’on ne s’y trompe pas ! Il ne s’agit pas d’un panorama des ques­tions posées à la foi ni d’une vision particulière de l’Église actuelle, encore moins d’un testament. Jamais en effet on ne quitte le ter...
Mots clés : Livres
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LIBRES EN JÉSUS-CHRIST
CHRISTUS N°227
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Remi de Maindreville
L’Esprit Saint fait de nous des fils et nous rend libres. De cette liberté dont témoignent les per­sonnages de l’Évangile tels Zachée et Matthieu, qui choisissent librement de mettre leur fortune au service des pauvres et du Règne de Dieu. Spontanément, nous accueillons la liberté donnée en Jésus-Christ comme un détachement et une délivrance : délivrance de ce qui nous asservit, déta­chement de ce qui nous entrave, pour mieux suivre le Seigneur. Nous le vivons dans le sacrement de réconciliation, mais nous le ressentons aussi plus largement dans toute forme de libération intérieure. Elle nous allège de ce que nos envies, nos habitudes, nos insécurités viennent paralyser, barricader en nous. Goliath se mue en David, et la liberté nouvelle sourd en joie et en mobilité. Nous sommes moins prompts à croire, en revanche, que l’Esprit de Jésus-Christ nous libère de la peur d’user vraiment des biens qui nous sont confiés : biens matériels, mais aussi biens spirituels, qualités naturelles ou acquises, vertus patiemment travaillées dans la foi… Tout cela, nous sommes invités par le Res­suscité à l’investir efficacement dans le monde pour qu’y règnent davantage la justice et l’amour de Dieu. Que l&rs...
COMPAGNONS DANS L’ÉPREUVE
CHRISTUS N°226
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Remi de Maindreville
L’accumulation de catastrophes naturelles suscite par bonheur de nombreuses réactions de soli­darité. En témoigne ce qui s’est passé ces derniers mois en Haïti, au Chili, et même en France dans une moindre proportion. Ces catastrophes nous rendent aussi plus humbles, car on y mesure à la fois notre incapacité de prévoir et notre impuissance devant le déchaînement des forces naturelles. Certes, nous savons bien que la nature est violente, que l’acci­dent est toujours possible. Mais, précisément, cela reste un accident. La plupart du temps, nous nous confrontons à une nature incertaine parce que nous le désirons, en faisant des expériences plus ou moins extrêmes en mer ou en montagne… Ce qui nous désoriente, c’est qu’une force implacable puisse ravager tout ce qui a patiemment construit notre vie personnelle, familiale, sociale. « Désem­parés », « abandonnés », « abattus », « au fond du gouffre », « désorientés »… Tous ces mots des psaumes évoquent ce bouleversement intérieur provoqué par la violence des éléments. Dans le livre de l’Apocalypse, l’évangéliste Jean pointe le risque de se laisser entraîner alors dans le jeu de la peur : l&rsqu...
L’AUTRE COMME UN AMI
CHRISTUS N°225
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Remi de Maindreville
L’année 2010 marque le quatrième centenaire de la mort du jésuite Matteo Ricci, une des figu­res majeures de l’évangélisation de la Chine (voir couverture en regard et l’article de Benoît Vermander dans le présent numéro). L’inculturation de la foi lui doit beaucoup, car ce re­ligieux catholique d’une culture humaniste hors du commun a déployé de manière originale l’ambition ignatienne de « gagner les coeurs » à la foi. Il s’agit moins de convaincre que de rejoindre l’autre dans sa culture, d’habiter ses repères et ses goûts, de comprendre les ressorts de son affectivité, de l’aimer. Ce lien amical se nourrit du partage des sciences, des arts et des techniques, développant ainsi une intelli­gence et une sensibilité communes. Elles s’élargis­sent et s’affinent à la mesure d’une différence qui se reçoit précieusement, comme une grâce, signe de la bonté créatrice de Dieu et d’une altérité irréductible qui invite à l’écoute et au respect. La foi, comme l’amour, s’exprime en actes avant de se dire en paroles. Elle emprunte le chemin de l’incarnation où le Christ se fait patiemment l’un de nous et nous révèle la d...
UNE ANNÉE SACERDOTALE
CHRISTUS N°224
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Remi de Maindreville
Le 19 juin dernier, le pape Benoît XVI a ouvert une année sacerdotale afin de « promouvoir un engagement de renouveau intérieur des prêtres ». Sans doute y a-t-il bien des figures et des styles de prêtres. En témoigne depuis des siècles la grande diversité des instituts, des familles spirituelles et ordres religieux. Mais tous ont en commun d’avoir entendu l’appel du Christ à le suivre. Sur ce fonde­ment reposent toute leur vie, leur responsabilité, leur mission : « Il en institua douze pour être avec lui et les envoyer prêcher » (Mc 3,14). Dans cet « avec lui », chacun fait l’expérience saisissante de l’amour du Père qui l’attire vers celui dont il veut partager la vie et témoigner avec joie. Le prêtre demeure jusqu’au bout un disciple attentif à accueillir dans toute sa nouveauté celui qui l’envoie dans le monde rassembler son Église. Découvrant jusqu’où il est aimé du Seigneur, aimant le prier, le servir, le célébrer dans l’Église, il a besoin de recon­naître comment l’Esprit du Christ vient imprégner toute sa vie. Comme Pierre, il lui reste toujours à parcourir le chemin de Jaffa, le chemin qui va du Christ à l’Esprit. Comme pour tout baptisé, les inqui&eacut...
REPRENDRE COEUR
CHRISTUS N°224
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Remi de Maindreville
Dans la société d’aujourd’hui, il est des formes d’inaction, d’atonie, de démotivation qui donnent à croire que tout courage a été ôté non seulement pour agir ou réagir de façon collective, mais pour s’efforcer de comprendre la situation complexe dont dépend notre avenir, notre propre liberté. N’y sommes-nous pas pour une part confrontés dans l’actuelle crise économico-financière qui nous dépas­se de tous côtés ? Un sentiment d’exclusion des réseaux de décisions susceptibles de peser sur les événements engendre chez ceux qui le subissent un doute profond qui s’ajoute à la morosité ambiante. Chez ceux qui cherchent à dépasser ce sentiment, comptent avant tout les signes et indicateurs financiers d’un espoir de reprise, chez soi ou chez les autres, qui épargnera au mieux leurs intérêts ou ceux du pays. Pas, ou peu, d’interrogation sur le « paradigme », sur les orientations de fond, malgré de nombreux appels… Il y a comme une sorte de déni devant la réalité pressentie de la situation, où la peur de l’avenir et la complexité s’unissent dans une forme d’attentisme désabusé, malgré quelques indignations très...
Mots clés : Cœur de Jésus  Courage Eglise Mal Parole de Dieu Parole d’homme Politique Promesse Temps
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CHRISTIAN DE CHERGÉ & CATÉCHÈSES MYSTAGOGIQUES POUR AUJOURD’HUI
CHRISTUS N°224
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Remi de Maindreville Marc LEBOUCHER
CHRISTIAN DE CHERGÉ, Bayard, 2009, 254 p. 18 euros. CATÉCHÈSES MYSTAGOGI­QUES POUR AUJOURD’HUI, Préf. J.-C. Reichert. Même éditeur, 2008, 86 p., 15 euros.   Quelle fut la vision théologique de Christian de Chergé, prieur du monas­tère cistercien de Tibhirine, dans l’Atlas algérien, assassiné – on s’en souvient – avec six de ses frères moines en 1996 ? Déjà auteur d’un Prier 15 jours avec Christian de Chergé (Nouvelle Cité, 2006), le P. Christian Salenson, directeur de l’Institut de Science et de Théologie des Religions (ISTR) de Marseille, répond en soulignant d’emblée que son approche fut avant tout monastique, et donc plus ancrée sur l’expérience mystique que sur des constructions dogmatiques. Pour le P. de Chergé, cette expérience s’in­carne en particulier dans la rencontre de son ami Mohammed durant la guerre d’Algérie, puis de l’émir Sayah Attiyah, le chef d’une bande armée, trois ans avant la mort des frères. Comment parler d’espérance, dans cette Algérie alors pleine de menaces, de violences, au coeur de la précarité et de la peur du lendemain ? Si Christian de Chergé réinvestit dans sa réflexion des thèmes traditionnels de...
Mots clés : Livres
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LE TEMPS DU REPOS DANS LA FOI
CHRISTUS N°223
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Remi de Maindreville
L’année est riche en événements qui ne laissent pas de susciter des sentiments mêlés et parta­gés : inquiétude et repli devant la crise, indignation devant l’inhumanité de certains actes et compassion devant maintes catastrophes, espoir politique grâce à l’élection d’un homme jugé providentiel, attentes et réactions contrastées autour des paroles du pape et du combat de l’Église pour la paix et la vie… Le temps de la Pentecôte est aussi le temps du repos dans la foi, celui où l’Esprit nous invite à prendre du recul, à lire et relire ce qui nous advient, pour y recon­naître le souffle de la liberté et les appels à vivre. Entre le renvoi immédiat de toute progression au re­gistre du savoir et l’urgence compassionnelle, y a-t-il place pour un retour sur soi ? Un temps où se creuse la soif de vivre et d’aimer. Un temps où, malgré l’ari­dité du monde, s’éprouve la bonté du geste créateur de Dieu. Un temps pour la méditation et l’effort de pensée, clarifiant les finalités et ajustant les moyens. Un temps à la mesure de l’autre, où l’espérance naît d’une présence d’écoute et de service… Là...
UN TEMPS DE JEÛNE
CHRISTUS N°222
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Remi de Maindreville
Le Carême est un temps de joie, qui éclatera avec la résurrection, puis le temps pascal. La joie de découvrir que le Seigneur Jésus nous précède dans nos déserts et nos désirs les plus forts : trouver la personne qui nous rendra vraiment heureux, être sauvé de la menace qui pèse sur notre avenir ou notre profession, faire durer cette confiance personnelle et familiale, si fragile, nous réconcilier avec tel ou telle… La joie de la présence et de l’espérance nous rend accueillants à la vie et à l’événement. Pour rayonner, cette joie a besoin d’être désencom­brée. Et l’Évangile nous suggère une méthode : le jeûne. La culture du fitness l’a d’ailleurs annexé depuis longtemps pour rendre notre corps plus sain et plus beau. Le jeûne recommandé par Jésus est différent : il consiste à refuser que « les pierres deviennent du pain », que tout soit assimilé à du consommable. Il s’agit donc de suspendre momentanément notre relation aux choses qui nous comblent, afin de creu­ser en nous un sens plus vif de Dieu, des autres, et donc de nous-même. D’une certaine façon, le contexte social nous y en­courage. La préservation de l’environnement, le so...
LETTRES À MES MORTS
CHRISTUS N°222
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Remi de Maindreville
Bayard, coll. « Christus », 2009, 90 p., 13,50 euros. Robert Scholtus signe ici un petit ouvrage très original, bouleversant de vérité et de délicatesse, d’une envergure spirituelle rare. Sept lettres y sont adressées à des proches disparus, liés à l’auteur qui par le sang, qui par la vocation, qui encore par l’amitié ou par une proximité plus souterraine, hommes et femmes envers qui il se reconnaît redevable d’une part de son humanité. Tel est bien l’enjeu de ce projet audacieux : quitter un moment les morts des autres, qui ont tant occupé sa vie de prêtre, pour s’occuper un peu des siens et « leur donner de ses nouvelles », « pour opposer à l’oubli le chant obstiné de la mélancolie ». Cette exigence intérieure est née de l’insupportable douleur du suicide de sa soeur Claire. Une forme d’écriture qui ouvre la mort à une lumière inédite fut alors inaugurée qui éclaire chez l’auteur des « régions oubliées du passé où s’est tramé mon destin ». Bien plus que de reprendre vie sous la plume, les morts continuent d’habiter ces « régions » et, par ce qu’ils furent, de donner vie, de féconder le plus vivant de nous-mê...
Mots clés : Livres
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J’ÉTAIS ÉTRANGER ET VOUS M’AVEZ ACCUEILLI
CHRISTUS N°222
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Remi de Maindreville
Trad. M. irz. Lessius, coll. « Le livre et le rouleau », 2008, 102 p., 12 euros. Au moment où l’Italie devient terre d’immigration et où l’Europe veut choisir ses immigrés, Enzo Bianchi, le prieur de la communauté de Bose, nous invite, dans une vigoureuse exhortation spiri­tuelle, à méditer sur l’accueil de l’étranger et l’hospitalité. Au coeur de cette lecture biblique, une très belle et riche médita­tion de l’apparition à Mambré articule les deux grandes parties de ce petit livre. La première relit l’expérience de l’étranger dans l’Ancien et le Nouveau Testament. Bien plus qu’une actualisation de la mé­moire de ce que fut Israël en Égypte, puis en exil, cette expérience est l’accueil de Celui qui a pris la condition de l’étranger parmi les hommes. L’étranger est chemin de la révélation de Dieu en Jésus-Christ qui sollicite notre hospitalité, source de partage et de joie, de communauté, com­me le raconte lumineusement l’épisode des pèlerins d’Emmaüs. Toute rencontre avec l’étranger nous rappelle que, comme chrétiens, nous sommes fondamentale­ment des pèlerins et des étrangers sur la terre, que l’« extra...
Mots clés : Livres
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L’AMOUR SEUL CHANGE LES COEURS
CHRISTUS N°221
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Remi de Maindreville
 Habités par la peur de manquer et l’incertitude de l’avenir dans la crise que nous connaissons, il est urgent de contempler l’enfant qui nous sauve aujourd’hui. Car il s’agit bien de convertir le rapport que nous avons avec l’argent et les biens. Dominé par Mammon, il nous engage dans une course à la survie dont les exclus sont toujours plus nombreux, tandis qu’on est prêt à lui sacrifier des sommes fabu­leuses. Depuis des années pourtant, des prophètes « autorisés » appellent à des échanges fondés sur le choix de ce qui sert davantage la dignité de chacun et un vivre-ensemble plus juste, une vie plus frugale par rapport à la nature, à la planète… Des mesures techniques et une politique de régula­tion et de vigilance plus grande à l’égard des structu­res économiques et financières sont indispensables. Mais le chemin vers une telle liberté est-il possible sans une conversion personnelle, sans un combat quotidien pour creuser et accueillir en soi la pauvreté, le manque qui rendront audibles la parole ou le cri de celui qui n’a rien d’autre à offrir que sa vie ? L’amour seul change les coeurs.
LA PAIX DU RESSUSCITÉ
CHRISTUS N°220
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Remi de Maindreville
Pour la 24e année consécutive, une soixantaine de jeunes professionnels se sont réunis cet été à Penboc’h, près de Vannes, pour relire leur vie et la fonder plus fermement sur l’Évangile. Beaucoup d’entre eux y font le deuil, parfois bouleversant, d’un Dieu qui s’imposerait par un surcroît d’émotion. Au coeur du « trop » qui submerge parfois leur vie, ils laissent venir en eux un Dieu « humble et pau­vre » qui se discerne dans l’accueil savoureux de sa Parole et s’invite dans leur propre désir de vivre en vérité. La paix d’un coeur réconcilié fonde alors un regard plus serein sur une réalité qui bien souvent lui échappe. La paix donne le courage de faire face avec des moyens appropriés. Reçue du Ressuscité comme au Cénacle, elle ouvre les portes, élargit les horizons et libère les énergies de la foi. Cette expérience du Ressuscité et de sa paix témoigne d’une force dont nous ressentons aujourd’hui le manque autour de nous. Là où la peur incontrôlée fait violence à la vie, là où les fantasmes abolissent la justesse du regard, comment trouver la paix inté­rieure nécessaire à une lecture réaliste des probl&egrave...
RUPTURES ET DÉSOLATION SPIRITUELLE
CHRISTUS N°220
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Remi de Maindreville
Les ruptures sont multiples dans nos vies personnelles ou sociales, mais il en est qui nous touchent davantage, car elles engagent notre liberté et notre affectivité. Il en est même que l’on redoute parce qu’à l’arrachement qu’elles provoquent, on ne voit pas d’autre issue que la destruction d’une part de notre existence. Ainsi, le départ d’enfants du foyer familial peut éveiller de la douleur, voire une certaine peur devant le vide ainsi créé ; mais la joie de leur li­berté et l’engagement de leur avenir sont source de consolation et de foi. À l’inverse, un échec imprévisible dans la vie conjugale ou la vie de travail peut plonger dans une spirale de désolation d’où il est parfois difficile de se dégager. Toutes les ruptures ne conduisent pas forcément à la désolation spirituelle ou morale. Certaines sont portées par l’espérance ou vé­cues dans la joie, comme des libérations : rompre avec une pratique qui nous aliène. La vie spirituelle elle-même n’éclôt-elle pas à notre conscience à partir d’une rupture dans le déroulement quotidien de nos pensées, désirs, activités ? Comme Abraham et d’innombrables croyants à sa suite, elle nous met à l’&eacu...
Mots clés : Affectivité Choix de vie Démon Désolation Discernement Epreuve Esprit Foi Liberté
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L’ÉNIGME DES TALENTS
CHRISTUS N°220
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Remi de Maindreville
Médiasèvres, coll. « Études bibliques », 2008, 158 p., 16 euros. C’est une lecture en forme d’« exer­cice spirituel » que Bruno Régent nous invite ici à mettre en oeuvre. La para­bole des talents, si largement utilisée aujourd’hui, se donne comme une énigme qui s’éclaire à mesure que le lec­teur s’y implique. Qui est ce troisième serviteur si proche de quelques figures évangéliques, si proche du croyant que je suis ? Qu’est donc la ténèbre où il est envoyé, comme pour y découvrir sa pauvreté et la lumière du pardon dont il est destinataire ? En quoi consistent les talents ? Une richesse ou la pauvreté dont Dieu désire nous enrichir, son attente, son espérance de justice ? La parabole, finalement, ne peut-elle servir de clé de lecture pour l’ensemble de l’Évangile ? Voilà donc une lecture qui, tout en restant au plus près du texte, donne goût et questionne. Y sont ajoutées quel­ques nourrissantes interprétations des Pères de l’Église. À travers cet exercice et quelques autres ici proposés, Bruno Régent nous invite à découvrir toujours plus avant la bonté infinie et paternelle d’un Dieu si souvent ramené &agrave...
Mots clés : Livres
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PARLER LA LANGUE DE L’AUTRE
CHRISTUS N°219
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Remi de Maindreville
« Vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit, qui descendra sur vous ; vous serez alors mes témoins » (Ac 1,8). Ces dernières paroles du Christ avant de disparaître aux yeux de ses disciples constituent le thème des prochaines JMJ et vont mobiliser des milliers de jeunes du monde entier vers Sydney du 15 au 20 juillet. Ce sera sans doute l’occasion de mettre en lumière le dynamisme spirituel et religieux des délégations des Pays émergents des régions de l’Asie et du Pacifique. Ils tirent aujourd’hui le monde par la force de leur croissance économique. Mais le bouleversement sans précédent et souvent violent des paysages et des modes de vie soulève des enjeux humains et sociaux considérables. Plus que jamais, l’Esprit comme à la Pentecôte appelle à comprendre la Bonne Nouvelle dans le langage, la culture et les aspirations de l’autre. Depuis 2000 ans, l’Église vit de cet appel à parler la langue de l’autre, comme le Christ est venu parler la nôtre. N’est-ce pas là le mouvement même de la vie spirituelle qui fonde l’oraison ? L’été peut être un moment favorable pour s’y ressourcer. Dans ce temps et ce lieu plus gratuits de nos vies, l’Esprit par le silence vient habiter le coeur. Il éclaire l’intellige...
UN NOUVEAU SUPÉRIEUR GÉNÉRAL JÉSUITE
CHRISTUS N°218
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Remi de Maindreville
En union avec tous les jésuites à travers le monde, Christus se réjouit de l’élection du P. Adolfo Nicolás comme préposé général de la Compagnie de Jésus. Les similitudes du parcours et du profil du P. Nicolás avec ceux du P. Arrupe ont été fortement soulignées, comme un signe d’une vie et d’un élan apostoliques renouvelés. Mais on gagnerait aussi à s’attarder sur un point que le Père Général a développé, lors de sa première conférence de presse. À l’image tellement médiatisée d’une stricte obéissance de la Compagnie de Jésus au Pape, le P. Nicolás a préféré substituer celle d’un couple qui cherche à bâtir une vision commune. Or cela ne se fait pas sans blessure. L’amour n’est pas seulement à l’origine ou au terme : il se vit dans l’écoute et l’échange quotidiens. Obéir en Église, c’est d’abord vouloir « sentir » avec elle ce qui relève du Christ et servira le mieux l’Évangile ; c’est partager son jugement en fonction des changements du monde qui requièrent à la fois fidélité et intelligence, un coeur épris de Dieu et discernant.  Beno&ici...
L’ACCOMPAGNEMENT SPIRITUEL
CHRISTUS N°218
-
Remi de Maindreville
Envisager la relation d’accompagnement spirituel sous l’angle de l’autorité et de l’obéissance a de quoi surprendre aujourd’hui. Qu’y a-t-il en effet de moins contraignant, de plus libre et de plus confiant au premier regard que cette relation, où la vie intérieure de l’un s’expose à l’écoute attentive et aux conseils de l’autre, à la recherche de la volonté de Dieu, des signes de l’Esprit, des engagements d’une foi plus vivante ? Tout cela ne s’opère pas sans combat ni résistance intérieurs, mais dans le sentiment d’une grande liberté, si bien qu’on ne voit pas spontanément où se situerait la contrainte de l’obéissance ou le sceau de l’autorité. Pourtant, n’y a-t-il pas là quelque chose de cet ordre quand la personne accompagnée met en oeuvre ce que son accompagnateur lui a proposé ? La tradition est riche en récits de mystiques et maîtres spirituels évoquant, non sans reconnaissance, la fermeté dans laquelle ils ont été conduits ou souhaitaient être conduits spirituellement par leur « directeur » ou leur « confesseur » : Thérèse d’Avila, par exemple, cherchait des « confesseurs » qui lui résistent. Cela signifie-t-il que la r...
Mots clés : Eglise Esprit Obéissance Père Paternité Tradition
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À LA RENCONTRE DES PERSONNES DE LA RUE
CHRISTUS N°218
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Remi de Maindreville
Entretiens avec P.-O. Boiton. Préf. J.-M. Lustiger. Nouvelle Cité, coll. « Vie des hommes », 2007, 157 p., 18 euros. Ce livre d’entretiens est un hommage très vivant à Patrick Giros et à l’association « Aux captifs la libération » qu’il a fondée il y a vingt-cinq ans dans le diocèse de Paris. C’est en même temps le récit d’une triple rencontre spirituelle, et tout d’abord celle d’un jeune journaliste chrétien, Pierre-Olivier Boiton, avec un militant, Jean-Guilhem Xerri, président de l’association. Dans son engagement comme dans l’intuition du fondateur, les gens de la rue ne sont pas d’abord un problème social à traiter, mais des personnes, des frères et des soeurs en Jésus-Christ, « des pauvres à aimer », dont la quête de parole et de proximité interroge la foi et évangélise le regard du jeune chrétien : « Se présenter devant l’eucharistie comme on se présente devant les personnes de la rue, avec ses pauvretés plus qu’avec ses richesses : le parallèle est osé, non ? » C’est aussi la rencontre d’une Église avec le monde de la rue la nuit, « une rencontre à mains nues » avec une population qui bien que marquée par l’ex...
Mots clés : Livres
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L’HUMANITÉ DU CHRIST
CHRISTUS N°217
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Remi de Maindreville
Chaque année, le retour et l’échange des voeux expriment magnifiquement le désir de contribuer les uns pour les autres à un avenir ouvert et heureux. Pour Christus, accompagner l’homme d’aujourd’hui consiste à l’aider à reconnaître et à accueillir dans sa vie et celle du monde la réalité encore cachée du Royaume de Dieu. Cette « perle », ce « trésor » de l’Évangile n’ont jamais fini de nous mettre debout, de nous rendre foi et audace, de nous déloger de nos espoirs perdus... Comme sur la route d’Emmaüs, ce compagnonnage invite à regarder de l’intérieur notre histoire et notre vie personnelles et collectives, jusque là où le Christ se donne lumineusement en partage et joyeusement à naître, fût-ce dans des temps de violence, de souffrance, d’appel à l’action indispensable. Précisément, sortir de l’immédiateté des « prêts-à-penser » d’un côté, de l’activisme – y compris religieux – de l’autre, appelle plus que jamais à prendre, à recevoir comme une grâce le temps de contempler l’humanité de Celui qui ne cesse de s’engendrer en nous comme dans l’Évangile. Une espérance vraie...
PROMESSE
CHRISTUS N°216
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Remi de Maindreville
En 1907, Baden Powell fondait le scoutisme ; treize ans plus tard, le P. Sevin, s.j., en créait la branche catholique en France, l’une des plus importantes aujourd’hui. En invitant des adolescents, garçons et filles, à devenir « scouts », ces deux hommes, en profond accord, ont développé un projet spirituel et éducatif inédit : apprendre à respecter et à servir les autres, la nature et soi-même avec l’aide de Dieu ; s’y entraîner par la responsabilité en équipe et par le jeu, exercice où chacun peut expérimenter que le vrai bonheur consiste à être donné et partagé. La plupart des grandes religions et sociétés ont adopté ce projet qui rassemble aujourd’hui des jeunes de 150 pays autour du même fondement spirituel et pédagogique : la promesse. Ouvrant à la fois un avenir à construire et une conscience personnelle, elle donne à ces jeunes de « naître à leur parole, parole de jeune scout ou guide ou parole de chef ou de cheftaine », et ainsi de découvrir et naître à la Parole qui fonde la leur. Comment en effet ne pas l’entendre comme une réponse personnelle à cette promesse que Dieu faisait à Noë ? Avec elle, Dieu garantit son alliance à toute l’humanité et...
RENONCEMENT ET HAINE DE SOI
CHRISTUS N°216
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Remi de Maindreville
«Si quelqu’un vient à moi sans haïr son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses soeurs, et jusqu’à sa propre vie, il ne peut être mon disciple » (Lc 14,26). Cette parole de Jésus pose aujourd’hui question, et même si « haïr » indique ici plus une préférence qu’un sentiment violent, il n’empêche qu’au moment décisif Jésus préconise la capacité d’écarter des amours légitimes et naturels au profit de lui-même. Or cela ne semble pas avoir dé­couragé ses disciples à travers l’histoire. Comment comprendre cette parole ? De quelle haine s’agit-il ? Et comment a-t-elle été entendue et comprise au long des siècles ? Quelles formes de vie spirituelle a-t-elle nourries ? Comment s’est-elle traduite culturellement ? Il est difficile de répondre, parce que l’on rencontre peu la notion de haine dans la tradition spirituelle, mais aussi parce que, intimement liée à l’amour, la haine de soi peut être source d’illusion et aisément glisser d’une purification de l’amour à un enfermement narcissique sans avenir.   Dans les Écritures La haine proprement dite bénéficie d’un enracinement scripturaire dense et fort d&e...
Mots clés : Ascèse Corps Désolation Gloire Sainteté Tradition Désert
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UN ÉVÉNEMENT MAJEUR
CHRISTUS N°215
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Remi de Maindreville
La récente parution de Jésus de Nazareth (Flammarion) signé Joseph Ratzinger-Benoît XVI, a déjà suscité beaucoup de commentaires et d’appréciations diverses. Il ne s’agit pas pour moi d’ajouter à cet événement majeur, mais simplement de m’arrêter un instant sur le geste proposé, le temps de voir, de recevoir, de contempler peut-être. Car au-delà des questions de réceptivité et d’autorité, au-delà des points de méthode et de lecture que l’on peut toujours discuter, il y a ce geste qui échappe et résiste à toute analyse : comme Jean-Baptiste, le pape désigne Jésus et invite à le suivre au fil du livre. Jésus s’y révèle l’ami des hommes : en leur apportant Dieu, il les ouvre à une autre vision d’eux-mêmes qui rejoint le fond de leur désir et de leur espérance.  Entre le théologien, le pape ou le croyant Joseph Ratzinger et le lecteur de ce livre ou tout homme en quête de Dieu, la relation n’est pas d’abord celle d’un pasteur avec ses brebis ou d’un professeur avec ses élèves : elle relève de la même attirance pour Jésus Christ qui rassemble son Église très diverse. Jean Paul II priant longuement arc-bout&eacute...
PRATIQUE DU DISCERNEMENT EN COMMUN
CHRISTUS N°215
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Remi de Maindreville
Éditions Fidélité, coll. « S piritualité ignatienne », 2006, 300 p., 23,95 euros. Voici un livre bien utile et précieux qui rejoint une urgence et une préoccupation d’Église aujourd’hui : comment aider de si nombreux groupes, équipes, communautés d’Église, à discerner ensemble le sens apostolique de leur présence ? Quelle forme d’accompagnement convient-il de développer pour ajuster le chemin du service et de la responsabilité à celui d’une croissance personnelle et communautaire dans la foi ? La démarche suivie est à elle seule un défi, puisqu’elle propose tout simplement la dynamique des Exercices spirituels d’Ignace de Loyola. La première partie du parcours consiste précisément à examiner les conditions de possibilité et les prérequis autorisant la transposition pour un groupe d’une démarche essentiellement destinée à des individus : une pratique méthodique et approfondie de la « conversation spirituelle », une approche de la psychologie des personnes qui se réfère davantage à la tradition jungienne, qui nous est peut-être moins familière en France, en sont les « piliers » principaux. La démarche elle-même est présentée dans la deu...
Mots clés : Livres
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ATTENTE ET DÉSIR DU CHRIST
CHRISTUS N°214
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Remi de Maindreville
Philip Gröning s’est fondu dans la vie de chartreux pendant six mois, afin de réaliser son documentaire Le grand silence. Sobriété des moyens, discrétion de la parole, longs plans fixes. L’important succès rencontré par cette méditation austère et admirable interroge, ainsi que le recueillement perceptible dans les salles de projection. Comme si nos contemporains manifestaient un fort désir d’intériorité et de silence, de retrait, dans ce monde éclaté et bruyant, et signifiaient en même temps à quel point ils sont démunis dans leur recherche. Car nous n’habitons pas à la Grande Chartreuse ! Comment apprécier la séduction du Dieu qui parle dans « la voix de fin silence » au milieu de nos vies encombrées ? quels chemins d’intériorité et de fraternité inventer, pour chercher Dieu et nous unir à lui au quotidien ? de quelle radicalité évangélique vivre, dans cette vie-ci, et non pas « ailleurs » ? Merci au Grand silence de relancer une attente et un désir du Christ, au plus près de nos existences. Appelé à une nouvelle mission, auprès de la Communauté Vie Chrétienne, par le Provincial des jésuites, je quitte la rédaction de Christus dans la gratitude pour le travail, le...
VICTORIEUX DE LA PEUR
CHRISTUS N°230
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Remi de Maindreville
«N’ayez pas peur ! », aimait dire Jean-Paul II en s’adressant aux jeunes. Et ce sont des jeunes, diplômés sans travail ni responsabilité, qui aujourd’hui, dans certains pays arabes, renversent des dictatures, ouvrant ainsi des possibilités d’avenir neuf. Victorieuse de la peur, leur espérance est éclairante pour tous. Réduire l’avenir à n’être qu’un prolongement du présent, maintenu par toutes sortes de contraintes politiques, économiques et sociales, est une vision de mort. Une vision qui refuse le risque, déresponsabilise les hommes et tout particulièrement les jeunes, en charge de cet avenir. Elle conduit inévitablement, tôt ou tard, à l’éviction des tenants d’une logique gestionnaire aussi compétente que myope, si prégnante pourtant dans un monde globalisé et fasciné par les intérêts immédiats. Le poids de l’insupportable ne suffit pas à vaincre la peur. Il y faut aussi la force de décider de sa vie, de vouloir bâtir ensemble son histoire au lieu de la subir. Affirmer sa liberté est une première conquête de la dignité et de la justice. Mais la liberté ne se décrète pas. Elle se conquiert, et d’abord contre ses propres résistances intérieures, ses pes...
COMME DES ORPAILLEURS
CHRISTUS N°230
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Remi de Maindreville
Préf. F. Poché. L’Harmattan, coll. « Histoire de vie et formation », 2010, 234 p., 21,50 euros.   « J’ai tenté dans ce livre de mieux comprendre ce qui peut permettre à des personnes très malmenées par la vie de pouvoir sortir de leur enfer­mement et donner le meilleur d’elles-mêmes », écrit Maryvonne Caillaux dans la forte conclusion de cet ouvrage. Mais là où le lecteur s’attendrait à la complexité d’une analyse sociale ou à l’émotion d’un récit autobiographique, le voici projeté dans une écoute où se révèlent, aussi librement que rigou­reusement, les ressorts de l’intériorité de l’autre – Anne et Marcel dans le livre. Intériorité dans laquelle tout un chacun, à l’instar de l’auteure, peut reconnaître sa propre source et ses attentes les plus personnelles. C’est ce qui donne à ce livre une profondeur et un souffle spirituels qu’on ne soup­çonne pas au départ, mais que le titre pointe bien. À l’image du chercheur d’or qui remue et tamise inlassable­ment le sable pour que brille un jour la pépite, chacun ne peut accéder au plus précieux de lui-même, la confiance dans la vie, source de sa libert&eacute...
Mots clés : Livres
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JEAN-PAUL II, UN HOMME CONSOLÉ
07 MAI 2011
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Remi de Maindreville
La personnalité de Jean-Paul II était exceptionnelle : ce fut, et c’est encore ces jours-ci maintes fois souligné. « Un géant », « une audace », « une force… » qu’il puisait dans la ferveur de sa prière. En reconnaître les fruits pour l’Eglise et le monde, et se réjouir ainsi de sa béatification, n’est que justice.   Un jaillissement spirituel cependant donnait sans doute toute leur liberté et leur ampleur à ses qualités humaines. D’autant que, au lieu de situer notre pape dans l’exception qui nous exclut, ce jaillissement nous met au diapason de l’Esprit Saint qui le menait sur son chemin de sainteté. Jean-Paul II était un homme profondément « consolé », habité par la joie, don de Dieu, signe le plus profond de son passage dans nos vies, de l’habitation en nous de son Esprit.    Cette joie, allégresse intérieure nourrie de la Parole de Dieu dans la prière, a plusieurs vertus, note Ignace de Loyola dans les Exercices spirituels. Elle écarte toute tristesse et trouble que suscite en nous notre « ennemi » le plus intime et le plus mortel, cet esprit chagrin de jalousie, de peur, de mort, qui nous ronge ou nous mine si souvent et à notre insu de l’intérieur. Car le p...
UN HORS SÉRIE CONSACRÉ À LA PÉDAGOGIE IGNATIENNE
21 MAI 2011
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Remi de Maindreville
Sauf deux ou trois articles déjà publiés, tous ont été écrits pour l’occasion. Voici donc un beau et passionnant arrêt sur une image très actuelle de la pédagogie des institutions scolaires ignatiennes. Celles-ci sont pour l’essentiel de collèges français de la mouvance jésuite. Dans leur grande majorité les auteurs des articles sont des jésuites. La Belgique et l’Italie, à peine, fournissent un heureux alibi d’internationalité.   Ouvrons ce numéro : - trois articles d’ouverture croisent deux grands fils historiques, celui du ratio studiorum relu par J-Y Calvez, et celui de la spécificité congréganiste dans l’enseignement catholique français par A. Blandin. Deux données incontournables pour élaborer et saisir dans toute sa pertinence actuelle le Projet pédagogique ignatien (J-P Lamy).   On aura aussi tout intérêt à se reporter aux articles de B. Gillibert et E. Vandermeersch très documentés sur la création des collèges, et les apports de la Loi Debré qui donne son cadre législatif à l’Enseignement catholique. (Annexe)   Peut alors se dire, comme un « Principe et fondement » le désir de revenir aux sources spirituelles de la péd...
Mots clés : Volonté de l'homme
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FONDER UNE NOUVELLE SOLIDARITÉ ?
01 JUILLET 2011
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Remi de Maindreville
Remettre l’homme au centre de l’activité économique et sociale apparaît, pour un nombre croissant de personnes, comme l’unique perspective pour sauver la planète et fonder une nouvelle solidarité. Pour y parvenir, il ne suffit pas de combattre des structures d’injustice au nom de valeurs plus justes, plus écologiques et démocratiques. Dans la mesure où il s’agit de changer de manière de vivre, ce combat éthique a aussi nécessairement une dimension personnelle. C’est en soi-même qu’il s’agit d’abord de mener le combat, contre les forces et les pesanteurs, les contraintes et les intérêts qui nous délogent de notre dignité et nous exemptent de nos responsabilités. Il est plus facile d’accuser le financier cupide, intraitable et sans visage, que de reconnaître ma complicité avec un système spéculatif dont, même très chichement, je profite. Il est plus aisé de dénoncer les industries trop gourmandes en eau que de changer ma propre consommation. Là s’affirme pourtant la vérité d’une conversion et d’une solidarité durable.   Il existe une très courte prière qu’Ignace invite à faire préalablement à tout « exercice spirituel ». Il s&rsqu...
DIEU N'EST PAS AILLEURS QUE DANS NOS DÉCISIONS
23 JUILLET 2011
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Remi de Maindreville
« Dieu n’est pas ailleurs que dans nos décisions » (F.Varillon, Joie de croire, joie de vivre).   Si « Dieu n’est qu’Amour » l’homme est profondément libre et c’est au cœur de notre liberté qu’Il nous rejoint et nous invite à partager sa vie, sa liberté. Dans la recherche des décisions qui nous rendent plus libres et des orientations qui humanisent notre intériorité et notre espace relationnel, Il se révèle de manière infiniment paradoxale. Voilà qui pourrait de nouveau nous éveiller à la présence de l’Esprit dans ce monde difficile où pourtant tout mouvement peut être promesse.  Au milieu d’une année marquée par les révolutions démocratiques arabes et leur avenir incertain, n’appelle-t-Il pas à soutenir la force donnée dans la faiblesse, à étancher la soif de justice contre l’arbitraire et l’aveuglement de pouvoirs sans partage ? Dans des contextes de travail et de vies d’entreprise marqués par la tyrannie de l’argent et le primat des biens sur les hommes, ne se donne-t-il pas comme l’amour serviteur dans la violence sans visage, la parole qui ose briser le dilemme et révéler le mensonge, la construction patiente de liens de valeur et de vérit&ea...
L’AMOUR DE LA SOCIÉTÉ
CHRISTUS N°232
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Remi de Maindreville
     Les gens qui font aujourd’hui bouger la société ne sont pas ceux dont on parle le plus, ni ceux qui s’expriment le mieux, ni même les politiques. Ce sont plutôt des hommes et des femmes très diversement situés dans la société, qui, par leur style de vie et de pensée, inscrivent des finalités humanistes dans leur parole, leurs choix, leur action. Leur attention discrète nous touche. Leur liberté nous stimule. Une simple conversation avec eux suffit parfois à changer notre regard. Ils ouvrent des perspectives. Ils attirent par la lumière qu’ils reflètent. Dans l’Évangile, Joseph, l’époux de Marie, allie en lui discrétion et rayonnement. Amoureusement donné à sa mission, il sauve Marie de la honte et du scandale. Attentif à ceux qui lui sont confiés plus encore qu’aux événements, il sauve le Sauveur du monde de la haine d’Hérode. Tout proche du Fils pendant trente ans, il l’aide à trouver sa juste place dans la vie familiale comme dans la vie profession­nelle. Il lui apprend à parler et agir en homme libre et responsable dans la société. L’amour de la société n’est pas une simple exigence de l’éthique chrétienne. Il est le chemin évangélique par le...
« VA AVEC LA FORCE QUI EST EN TOI ! »
CHRISTUS N°232
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Remi de Maindreville
Dans nos sociétés fatiguées, beaucoup sont envahis par le doute. Doute sur eux-mêmes, doute sur Dieu, doute sur l’amour, sur la possibilité réelle de faire de sa vie quelque chose de juste, de beau, de vrai… Ce doute nous fragilise d’autant plus que se multiplient à l’envi les méthodes qui prétendent « fortifier l’homme intérieur » en développant en nous la personne, en consolidant une juste estime de soi que la densité du quotidien rend nécessaire.   Pourquoi Gédéon ?   La Bible, qui n’est pas à court de trésors, recèle un personnage attachant qui peut nous rejoindre dans cette quête, pour peu qu’on y prête attention : Gédéon. Dernier de la famille sans statut ni pré­tention, il est l’homme que Dieu choisit pour rassembler et libérer son peuple exténué par les razzia incessantes de Madiân, dans les montagnes méridionales de la Terre promise. Rien ne l’y prédisposait. À relire cette histoire, surtout les chapitres 6 et 7 du Livre des Juges, on est saisi d’entrée de jeu par deux sentiments : 1. Une très grande proximité intérieure, spirituelle, avec ce qu’aujourd’hui nous pouvons éprouver sur notre vie et celle des autres ; 2. Son ad&...
Mots clés : Bible Combat spirituel Dieu Discernement Expérience spirituelle Liberté Confiance
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FRANÇOIS VARILLON, ÉVEILLEUR SPIRITUEL
CHRISTUS N°232
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Remi de Maindreville
L’Atelier, 2011, 208 p., 18 euros.   François Varillon (1905-1978) n’avait pas fait l’objet d’études qu’auraient méritées sa théologie, son immense culture artistique et littéraire, sa profon­deur et sa finesse spirituelles. C’est ce qui a poussé Claude Thélot – conseil­ler maître honoraire à la Cour des Comptes, et bien connu de ceux qui suivent les questions d’éducation – à proposer, dans le cadre d’un mémoire de théologie, une approche globale de ce jésuite éminent dont l’oeuvre et la pensée continuent d’éveiller tant de personnes à l’intelligence de la foi qui les habite. Il donne avec sobriété un certain nombre de clés qui permettent de pénétrer plus aisément dans l’oeuvre abondante du P. Varillon, d’y repé­rer des influences déterminantes (de Lubac, Teilhard), et de goûter ainsi ce qui unifiait au plus profond une person­nalité passionnée par la rencontre de Dieu dans notre culture. Les « trois axes d’une pensée » qui forment la première partie de l’ouvrage forment de ce point de vue une introduction fort utile. Dans le chapitre intitulé « Dieu est paradoxe », cependant, on aurait aimé qu...
Mots clés : Livres
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L'ÉCRAN DU "MENTAL"
25 SEPTEMBRE 2011
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Remi de Maindreville
A l’évidence une idée de Dieu, voire un désir de Dieu, habite aujourd’hui beaucoup de gens, et même parfois d’une façon récurrente et lancinante qui n’est pas sans évoquer la conversion de saint Augustin.   Rencontres, entretiens, témoignages font affleurer cet élan d’un désir prêt à s’en remettre totalement à cette force si vivante qui attire et appelle au-dedans de soi. Mais là justement, au moment de lâcher prise, de s’abandonner de toute sa foi dans cette relation mystérieuse et à proprement parler « consolante » dans la joie qu’elle donne, les mots et souvenirs qu’elle fait monter de la mémoire, tombe le couperet. Question posée par autrui ou montant du plus profond de soi, peu importe, elle surgit là comme l’écran noir qui vide toute réalité : « Et si Dieu n’existait pas ? Comment être sûr qu’il s’agit de Dieu ? ».   Que se passe-t-il alors ? C’est notre « mental » qui fait ici brutalement écran et interdit le désir spirituel, entendant par mental toutes ces pensées et images pétries de la culture du temps, qui s’animent en nous au fil de nos activités, rencontres et réflexions. Leur...
Mots clés : Affectivité Athéisme Catholicisme Dieu Espérance Expérience spirituelle Joie Liberté Esprit-Saint
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UNE MÉMOIRE LIBÉRÉE DE LA PEUR
31 OCTOBRE 2011
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Remi de Maindreville
Là où l’homme est aux prises avec lui-même et avec le monde où se joue sa vie, là, dans l’obscur de la foi, travaille l’Esprit, là le Dieu d’amour se révèle créateur et sauveur, au service d’une liberté plus juste, plus solide. Sur ce plan justement, nous avons entendu à plusieurs reprises une critique fort intéressante : ne manque-t-il pas dans ce numéro un article de fond sur « l’Eglise et l’estime de soi » ? L’Eglise ne joue-t-elle pas encore à bien des égards un rôle très déterminant sur l’estime ou la mésestime de soi, par les valeurs et les images qu’elle promeut ou qu’elle condamne, par les comportements qu’elle encourage ou ceux qu’elle réprouve ? C’est vrai que nous n’avons pas choisi de développer cet aspect de la question dans ce dossier. Nous avons préféré nous centrer sur les chemins de reconstruction et de croissance d’une juste estime de soi, plutôt que nous mettre en recherche de responsabilités d’une mésestime de soi. Un tel article serait pourtant nécessaire. Il y a d’une part le poids d’images déformées de Dieu, d’injonctions réductrices, mortifères même. Liées à u...
Mots clés : Affectivité Culpabilité Eglise Espérance Expérience spirituelle Images Liberté
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LA PAROLE DE L’ANGE
CHRISTUS N°233
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Remi de Maindreville
L’actualité nous soumet à l’information qui nous entraîne parfois dans un enchaînement proche de l’addiction. Ivres de mots et d’images qui tirent nos affects en tous sens, nos esprits et nos coeurs, saturés de messages, hésitent entre l’accablement et l’attrait de la prochaine information, qui en appellera encore une autre, et ainsi de suite… Et si la prochaine recelait une nouvelle décisive ? Et la ronde continue, affolante et grisante à la fois… Dans un tel encombrement, y a-t-il encore place pour une parole vraie, qu’on prend le temps d’écouter car elle ouvre le coeur, une parole qui mène au silence intérieur, pour vivre et fructifier en nous ? La parole de l’ange a engendré Dieu en Marie pour le salut du monde, mais elle lui a donné aussi de tenir ferme dans sa foi. Ainsi a-t-elle traversé l’épreuve atroce de la Passion et reconnu dans la joie, jaillissant à l’intime d’elle-même, la présence vivante du Fils ressuscité. Si nous l’écoutons et l’accueillons au profond de nous-mêmes, une telle parole nous fonde solidement pour tenir debout dans le vent éprouvant de l’histoire présente. Elle a pouvoir de libérer nos coeurs, de désencombrer nos esprits et de convertir nos sens pour apprendre et esp&eacut...
CEUX QUI REFUSENT L’HÉRITAGE
CHRISTUS N°233
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Remi de Maindreville
Remi de MAINDREVILLE s.j.     Ceux qui refusent l’héritage catholique s’appuient souvent sur une tradition rationaliste et agnostique, enrichie par l’évolution permanente des sciences et des techniques. Cette tradition contribue à soutenir une mise à distance des prétentions religieuses, en particulier des religions révélées dont les affirmations ne peuvent être validées avec la même rigueur de raison. Se poursuit ainsi une vision de l’homme et du monde attirante et efficiente, loin du discours et de la vie des religions dont l’approche nécessiterait alors, chez les personnes intéressées, une motivation et une volonté fortes. C’est plus souvent à partir d’autres dimensions de l’existence, comme la vie affective ou l’intérêt spirituel, ou encore le sens de la vie, qu’une telle approche s’envisage concrètement. Dans ce court article, nous envisagerons trois attitudes différentes de refus de l’héritage, et certaines conséquences qui en découlent.   Méfiance et désaffection Depuis quelques années, des personnes demandent de façon explicite et motivée d’être rayées des registres de baptême de l’Église catholique. On y décrypte la déception profond...
Mots clés : Athéisme Catholicisme Eglise Esprit Sagesse Tradition
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L'EGLISE À LA CRÈCHE
23 DÉCEMBRE 2011
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Remi de Maindreville
Elle naît dans le « oui » fragile et ferme de Marie et de Joseph à Dieu et entre eux, qui transforme leur relation et leur fécondité. Un "oui" qui fonde leur amour en source de vie éternelle. Ce qui s’engendre en eux et par eux sous la mouvance de l’Esprit est déjà le Règne de Dieu, dans « l’humus » de leur vie et de leur réseau familial et social. Marie enfante le Fils dans cette humilité faite de douceur et de recueillement malgré  la dureté des circonstances et souvent des coeurs. Eglise baptismale, humble et familiale, de tous les commencements. Elle chante et célèbre Dieu ami des hommes dans la louange qui habite le cœur et la vie nocturne des bergers. Désencombrés d’eux-mêmes, à l’écart des richesses et valeurs confortables du monde, ils guettent le moindre signe de salut et de paix pour l’avenir du troupeau. L’Esprit qui couvrit Marie illumine leur nuit et les entraîne joyeusement là où la bonté se donne gratuitement et déborde sans retour ni exclusion. Emerveillé, chacun, devant le nouveau-né, se découvre attendu comme une promesse, espéré comme un hôte, respecté et pardonné comme un frère. Eglise eucharistique, fruit et signe de la ju...
Mots clés : Amour Catholicisme Charité Communion Dieu Eglise Espérance Famille Incarnation Paix Lumière
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LA FÊTE DE LA VIE CONSACRÉE
31 JANVIER 2012
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Remi de Maindreville
  Bien plus, même ! N’est-ce pas la première image qui se présente à l’esprit de Jésus quand, initiant et réfléchissant sa mission au désert, il rêve de changer les pierres en pains ? Pour inverser l’ordinaire des choses, il lui faut le temps de la réflexion et de la prière. A la lumière de l’Ecriture, se révèle clairement à lui la tentation mortelle de cette première image. En unique et vrai Fils qu’il est, il fait le choix de vivre et partager la vie reçue du Père, là où, pourtant, un Messie qui comblerait les manques et les potentialités humaines de la vie, serait accueilli sans conteste. Cette démarche de foi n’est pas l’affaire d’un instant, même pour Jésus. Il lui faut peser, faire mémoire, laisser venir au coeur, dialoguer avec l’Esprit qui l’unit au Père, pour trouver sa voie humble, la voie de Dieu parmi nous… Ce choix de suivre le Christ dans le discernement d’une vie simple, frugale et sainte, signifiante d’un amour qui se donne sans partage, cet engagement de soumettre nos choix et désirs à l’Esprit qui rassemble en Eglise la communauté des frères, cette promesse d’accueillir comme compagnon celui pour qui l’on n’a aucun penchant, c’e...
Mots clés : Amour Catholicisme Charité Dieu Evangile Vie religieuse Désir
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HÉRITAGE, TRANSMISSION…
14 FÉVRIER 2012
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Remi de Maindreville
La question en effet est à l’ordre du jour. Elle ne touche plus seulement l’éducation, la transmission de savoir, de culture et de valeurs que le progrès technologique,  l’accès immédiat à toutes sortes de sources, l’individualisation croissante des styles de vie rendent plus difficiles. Aujourd’hui tous les registres de la vie personnelle et collective sont impactés : qu’il s’agisse d’associations, d’entreprises, de civisme, de spiritualité ou d’éthique, comment transmettre, comment former à une véritable responsabilité ? La question est en réalité bien plus profonde et radicale. Ce n’est plus seulement le moyen de transmission mais l’acte même de transmettre qui est en cause. Qu’est-ce que transmettre ? Qui peut ou doit transmettre, et à qui ? Pourquoi et que transmettre ? Nous voici renvoyés à « l ‘élémentaire »: il nous faut comprendre et fonder à frais nouveau nos attitudes les plus basiques, l’esprit qui les fonde et les fait naître. La naissance ou la renaissance d’une pratique est liée à la compréhension de ses enjeux les plus spirituels. C’était déjà la question de Nicodème à Jésus (Jn 3,4) &la...
Mots clés : Accompagnement Ecoute Eglise Expérience spirituelle Jésus-Christ Pédagogie Spiritualité ignatienne Connaissance
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PARCOURS D’UN ALCOOLIQUE
CHRISTUS N°234
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Remi de Maindreville
Remi de Maindreville s.j.     Les pauvres nous gênent, moins pour des raisons sécuritaires hautement invoquées, que parce qu’ils nous renvoient à notre peur intime de déchoir, de tomber nous aussi dans une pauvreté inacceptable à nos yeux. Ils nous renvoient à cette part de nous-même qui échappe à notre maîtrise et qui pourrait, qui sait, nous entraîner un jour vers une vie et une mort indignes. Ils réveillent ce qui en nous est faible et pauvre, et qui parfois nous fait honte, car il arrive que cette part de nous-même non seulement nous échappe, mais nous submerge, nous attache, voire nous gouverne. Parmi d’autres habitudes, la dépendance à l’alcool est une des plus fortes qui soient.     L’illusion de l’alcool ou la pauvreté cachée Le besoin d’alcool est une pauvreté qui peut devenir une misère noire sur un plan affectif et social mais aussi matériel, tant son emprise se révèle totale. Car le propre de cette dépendance est précisément de voiler, de dénier la réalité de cette situation. Le « malade alcoolique », comme disent les Alcooliques Anonymes, ne se perçoit pas en ces termes. Au contraire : même s’il lui arrive parfois de se dire qu’il boit trop, il est convain...
À CAUSE DE JÉSUS
CHRISTUS N°234
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Remi de Maindreville
L’autobiographie que nous livre Mgr Joseph Doré est passionnante à plus d’un titre. L’auteur y montre d’abord des talents de conteur que le professeur de théologie toujours en alerte ne laissait pas forcément deviner. En termes simples et dans une belle écriture, il retrace les différentes étapes de sa vie. Ce parcours est profondément marqué par les grandes questions que l’évolution du monde et de la société n’a cessé de poser au théologien et au responsable d’Église qu’est Mgr Doré. Ce livre est aussi le témoignage d’une aventure spirituelle : du séminaire de Nantes à l’archevêché de Strasbourg, en passant par la guerre d’Algérie, les études romaines, l’entrée à la Compagnie Saint-Sulpice, l’enseignement et la recherche en théologie, c’est toute la sensibilité d’un homme travaillé par le sens et la pertinence de la foi qui s’exprime à chaque moment de son existence. Jamais le questionnement philosophique et théologique n’est séparé de l’homme qui vit, aime, découvre, expérimente, partage, célèbre, soutenu par la joie profonde qui l’anime : « J’ai été un évêque heureux. &raq...
VERS UN JUSTE REGARD SUR L’ENVIRONNEMENT
CHRISTUS N°234HS
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Remi de Maindreville
L’Église catholique n’a pas toujours bonne presse ni bonne image dans les milieux écologiques, tant y est solidement ancrée l’idée que la foi chrétienne porte une lourde responsabilité dans la domination de l’homme sur la nature et les dégâts environnementaux qui en découlent. En promouvant le développement de la liberté humaine sur la nature, en donnant la primauté aux valeurs de l’esprit sur celles du corps et de la vie biologique, en donnant mission à l’homme de dominer sur la création et de convertir le monde entier, le Dieu de la Bible semble autoriser l’homme à se saisir de l’environnement naturel comme d’un moyen à sa disposition… Trop partiel, ce jugement oublie que le christianisme est aussi à l’origine d’une humanisation de la nature. Dès le haut Moyen Âge, il a permis de trouver le courage d’affronter une nature souvent hostile et de surmonter les peurs qui y étaient liées ; il a permis de rendre l’espace habitable en drainant et équilibrant les sols, en domestiquant les espèces ; il a permis de le rendre durable par la culture des végétaux, par la régénération et l’entretien des forêts et territoires ; il a permis de tisser et pacifier des liens entre l’homme et son e...
Mots clés : Ecologie
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BIENHEUREUX JACQUES BERTHIEU.
13 JUIN 2012
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Remi de Maindreville
Mourir pour la foi n’est pas si simple à accepter pour nous, qui sommes plus spontanément sensibles à la rencontre de l’autre dans toute sa richesse, qu’au partage d’une foi souvent identifiée à sa formulation doctrinale ou catéchétique, un peu abstraite. Dans une telle vision, les « Missions » d’autrefois risque d’être trop vite assimilées à une entreprise de conversion où il s’agit d’inculquer des notions et des pratiques chrétiennes, plus que la découverte d’un Dieu vivant, incarné, qui accueille en Eglise, qui transforme le sens des relations et ouvre la culture.   Une telle image est bien loin des témoignages et de la correspondance du P. Berthieu, qui soulignent à l’inverse et très simplement les liens et la fécondité de l’amour et de la foi, source de la mission depuis Jésus. C’est cet amour des gens et de leur terre qui conduisit Jacques Berthieu à donner sa vie à Dieu, d’abord dans le presbytérat en Auvergne, puis dans la Compagnie de Jésus qui l’envoie à Madagascar. La force et la joie d’aimer, il les tenait de Dieu, qui a mis sa foi et son amour en lui, débordant ainsi toutes ses limites, et il les a manifestées auprès de ces familles, en partageant quotidiennemen...
Mots clés : Saints
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QU’EST-CE QU’UNE SPIRITUALITÉ CHRÉTIENNE ?
CHRISTUS N°235
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Remi de Maindreville
Dans le foisonnement des voies, propositions et expériences spirituelles d’aujourd’hui, est-il possible de tracer les contours ou plutôt de dire à frais nouveaux les incontournables d’une spiritualité chrétienne ? Cette requête a motivé une récente « rencontre du Centre Sèvres », dont ce petit livre publie les sept interventions. Après avoir recueilli quelques questions clés à partir de la grande diversité des demandes spirituelles (Olivier Abel), le lecteur est invité à en parcourir deux lieux très actuels : celui de la littérature (Dominique Salin), où se dessine sous des traits fort différents une forme d’attente chez des auteurs loin de toute approche religieuse, et celui de l’Orient (Jacques Scheuer), symbolique d’ouverture pour les Occidentaux depuis quelques décennies. À quelles conditions, pourtant, la « descente vers la profondeur » peut-elle nourrir une foi plus juste ? Une spiritualité ne peut se dire chrétienne sans la prière fidèle à l’Écriture, mémoire de l’histoire du Peuple que Dieu ne cesse de rassembler, de sauver et de nourrir en Jésus-Christ (Marie- Noëlle Thabut). La quête spirituelle, même la plus personnelle, questionne et reprend inlassablement la réflexi...
RENDEZ-VOUS NOMADES
CHRISTUS N°235
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Remi de Maindreville
Singulièrement spirituel, ce petit livre donne envie d’y revenir comme à une source aux multiples fontaines. Il se présente comme une suite de rencontres liées à la lecture et à l’écriture de l’auteur, jalonnant sa vie et sa pensée. Rencontres, à travers leurs œuvres, d’écrivains comme Tolstoï, de poètes comme Celan, de philosophes ou de théologiens comme Adolphe Gesché ; de héros fictifs et de personnages littéraires (Bolkonski) toujours riches de sens. Les rendez-vous les plus originaux et féconds sont peut-être ceux que nous donnent ces mots aimés, « caressés », chargés de soi, mais aussi de siècles, de passions, de combats, d’histoire, de chair, de mort… Mêlés au tréfonds du corps et de son devenir, ils témoignent du travail de l’Esprit et révèlent l’aventure spirituelle de l’écrivain. Mots « scrupules », dit joliment et douloureusement Sylvie Germain, qui empêchent de s’installer dans une pensée, une croyance ou une ingénuité finalement oublieuses d’humanité, de vérité, de Dieu. Car au plus profond, c’est en se confrontant au Livre dont elle a hérité, à la Bible, dans cette « tente de la rencontre...
Mots clés : Littérature
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ÊTRE MYSTIQUE AUJOURD'HUI.
CHRISTUS N°235
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Remi de Maindreville
 La mystique attire. En témoignent bon nombre de publications et de sessions autour des transes ou d’états limites de la conscience… Dans la tradition chrétienne, la mystique n’est pas le récit initiatique d’une expérience inédite de soi, mais la formulation d’une expérience mystérieuse de l’Autre. Épris du Christ jusqu’à la passion, les mystiques sont façonnés de l’intérieur par une quête inlassable de Dieu. Guettant en toutes circonstances les indices de sa présence dans son absence, son silence et l’amour de sa Parole, ils la trouvent fugitivement dans l’Esprit qui les pousse à la chercher encore davantage. L’ascèse qui en découle n’est ni négation de soi, ni méthodologie de l’extase. Fidélité à la vie reçue gratuitement, elle s’efforce de combattre tout ce qui s’oppose en eux à cette voie d’amour : attachements variés, passions déviantes, mais aussi illusions. Le modèle, le maître et Seigneur par qui tout cela est possible, c’est Jésus-Christ, figure unique et parfaite de l’amour reçu et donné. Loin de faire une expérience extraordinaire sur soi, un mystique ou un « fou de Dieu » est aujourd’hui un homme ou une fem...
L'AMITIÉ SPIRITUELLE
CHRISTUS N°236
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Remi de Maindreville
Depuis les premiers apôtres jusqu’aux communautés les plus récentes, c’est dans la force de l’amitié que se sont souvent constituées des communautés de foi solides et durables. Des confréries, des congrégations religieuses et des mouvements laïcs furent des lieux d’échanges et d’amitié spirituelle où une foi inventive a suscité des solidarités fécondes pour toute la société. L’ami est celui ou celle en qui l’on place sa confiance, celui ou celle dont la confiance ne se dérobe pas, même dans les situations les plus difficiles, donnant ainsi confiance en soi, en l’autre, en la vie. L’amitié tisse une communauté de foi qui est aussi une communauté d’espérance : des discernements communs éclairent la nuit, nourrissant une liberté plus audacieuse et solidaire. En un temps où les liens traditionnels du travail et de la famille sont moins évidents, moins portés collectivement, l’amitié spirituelle s’offre comme « une lampe pour nos pas ». Entrer en amitié, c’est entrer dans la connaissance de l’autre d’une manière totalement gratuite, un don qui nous retourne et nous ouvre à lui. « Je vous appelle mes amis, parce que tout ce que j’ai entendu de mon...
Mots clés : Amitié Spiritualité ignatienne
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L'ART ET LE REGARD
CHRISTUS N°236
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Remi de Maindreville Yves ROULLIÈRE
Sculpteur, longtemps enseignant de l’histoire de l’art au Centre Sèvres, le P. Jean-Marie Tézé nous a quittés au début de l’été. Chacun de ses articles publiés dans Christus, de 1962 à 2005, a été salué comme un événement, tant son regard était puissant et indifférent aux modes. Nous avons voulu lui rendre hommage en reproduisant un entretien publié dans notre revue (n° 181, janvier 1999), où se déploient à la fois sa vision personnelle de l’art et ses dons pédagogiques, qui ont marqué plusieurs générations au Centre Sèvres.   Christus : L’image, dit-on, reflète l’imaginaire d’une société. En quoi l’art peut-il aider à le comprendre ? Jean-Marie Tézé : Les artistes ou les poètes ne sont pas des voyants ou des prophètes qui auraient reçu le don mystérieux de prédire l’avenir, ainsi que l’a prétendu toute une littérature romantique. « L’artiste n’augure pas l’avenir – dit fort bien, à la manière d’une devise, Alain Roger –, il l’inaugure. » Il l’inaugure, c’est-à-dire qu’il commence à mettre en oeuvre le regar...
LETTRE AUX COUPLES D’AUJOURD’HUI
CHRISTUS N°236
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Remi de Maindreville
Connus des lecteurs de Christus par les articles et entretiens qu’ils y ont publiés, Nicole (psychothérapeute et maître de conférence en psychopathologie) et Philippe (pédopsychiatre et psychanalyste) Jeammet écrivent ici leur premier ouvrage ensemble. Ces pages pourraient devenir un compagnon précieux pour les couples affrontés aux multiples défis qui les fragilisent aujourd’hui, jusqu’à les défaire. « Comment durer », comment continuer de « se sentir tout aimable dans le regard de l’autre », alors que s’exacerbent rivalités et jalousies, avec les déceptions, les blessures ravivées, les émotions qui s’enchaînent, dans un contexte où les institutions ne médiatisent plus le lien amoureux ? Aider à lire, nommer et affronter en couple ces difficultés, c’est à quoi s’emploient avec beaucoup de tact les auteurs de ce livre. Sans complaisance et avec simplicité, ils traversent ainsi cinq domaines sensibles du couple : le besoin d’idéaliser (mais aussi la déception), le besoin d’un ailleurs (lequel et jusqu’où), la rivalité et la jalousie (avec la réussite mais aussi le risque d’abandon), l’enfant (et sa place dans la vie du couple), l’amour de l’autre comme l’amour de soi (en...
Mots clés : Livres
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FAITES LE PLONGEON
CHRISTUS N°236
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Remi de Maindreville
Est-il besoin de présenter Timothy Radcliffe, dominicain, théologien à Oxford et ancien Maître général de l’Ordre des Frères Prêcheurs ? Ceux qui ont aimé ses précédents livres retrouveront avec bonheur ce style simple et imagé qui touche le coeur du lecteur, donnant une saveur profondément spirituelle à une approche théologique nourrissante et stimulante. Faites le plongeon est un commentaire théologique et pastoral du baptême et de l’existence baptismale : qu’est-ce que le baptême et que signifie vivre en baptisé dans notre monde ? Pour cela, l’auteur suit très simplement le rituel des sacrements de baptême et de confirmation, dont il commente, avec la liberté qui le caractérise, les éléments les plus fondateurs et les plus signifiants sur le plan anthropologique pour une foi solide, heureuse et vive dans le monde d’aujourd’hui. Chaque chapitre peut se lire indépendamment des autres avec grand intérêt. Les mêmes repères de fond s’y décryptent : l’Écriture et son interprétation, la Tradition, plus ancienne ou plus récente, avec des figures de saints célèbres ou moins connus, l’expérience, la culture et les situations de la vie ordinaire actuelle. Ce qui donne à c...
Mots clés : Livres
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QUAND LE LANGAGE SE FAIT SIMPLE GESTE...
08 OCTOBRE 2012
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Remi de Maindreville
Il est des lieux d'inépuisable gratuité, où l'amour se donne et s'échange dans une présence et un temps qui ne se comptent pas, sinon en tendresse. Elle seule a raison de l'apparente fixité du regard et de la posture figée de l'autre. Une indicible joie s'y recueille et nourrit une patience tenace : jour après jour, geste après geste, cette présence attentive fait de l'absence apparente une source de vie, de relation gratuite et pleine de sens, un avenir imprévisible fait d'amour et d'engagement libre. Ainsi en témoignent beaucoup de ceux qui accompagnent dans la durée, chez eux ou ailleurs, de si nombreuses personnes touchées par la maladie d'Alzheimer. A la différence d'autres accompagnements, on n'y est pas stimulé par une transformation, un mieux, une croissance dans la communication ou la santé, mais tout au plus un ralentissement de l'enfermement sur soi. Pourtant là, dans la gratuité d'une présence aussi mystérieusement féconde que nécessaire, ne cessent de naître la foi qui la nourrit et la bonté qu'elle révèle. Chaque fois que se noueune telle relation, se réaffirme la dignité de chaque personne, surpassant toute parole ou échange, toute infirmité et toute paralysie. Quand le langage se fait simple geste, simple présence qui n'éveille p...
Mots clés : Accompagnement Amour
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« LE FILS DE L’HOMME EST VENU POUR SERVIR »
CHRISTUS N°237
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Remi de Maindreville
«Je suis parmi vous comme celui qui sert », dit Jésus (Lc 22,27), mais il dit aussi : « Ce que vous avez fait aux plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25,40), passant de la place de serviteur à celle de maître qu’il faut servir. Ces versets n’ont cessé de bouleverser les chrétiens à travers les âges ; et la rencontre du Christ dans le plus petit, de provoquer une action continue à son service, dans l’Église et la société. Mais dans la condition du serviteur, comme sous les traits du plus petit, il n’est pas aisé de reconnaître le Christ, désigné par la foi comme Sauveur, qui nous appelle à le suivre et à l’aimer dans toute notre vie. Cette part cachée du Christ, mystique, s’éclaire progressivement à la lumière de nos choix de vie et de l’Évangile, révélateur de l’unique Serviteur d’où provient et où retourne tout service des hommes, envisagé comme service du frère. Comment se présente dans l’Évangile la figure du Christ serviteur, et que donne-t-elle aujourd’hui à voir de l’expérience du service de l’autre ? En quoi est-elle inspiratrice pour notre temps ?   Servir, c’est aimer À pl...
PRENDRE SOIN DES LIENS QUI NOUS FONT TENIR DANS LA VIE
12 FÉVRIER 2013
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Remi de Maindreville
Profondément enfouis en nous et le plus souvent invisibles, ces liens fondateurs et gratuits sont aujourd’hui fragilisés. La prégnance des moyens techniques, la primauté de l’intérêt et du résultat poussent à faire des relations contractuelles et fonctionnelles, l’unique modèle de la relation, mesurée à son utilité pratique ou à son profit, y compris affectif. Tout doit pouvoir s’acquérir et se résoudre par des moyens appropriés en constante évolution. N’était-ce pas déjà ce modèle si séduisant qu’en son temps, celui des évangiles, le Prince du mensonge tentait de substituer habilement à la relation vitale qui unissait Jésus à son Père, Dieu ?  Pour que le pain soit accessible et partagé à tous, il ne suffit pas de savoir transformer les pierres. Il faut d’abord entendre et aimer la Parole qui donne vie à l’attention au monde et à l’amour de l’autre accueilli comme un don. C’est à renouer ces liens de confiance et de foi vitaux, en priorité chez ceux qui en étaient exclus, que Jésus a passé sa vie jusqu’à la donner en signe de l’amour et du pardon qui passent toute mort. Dans ce service du monde et de l’humanité l...
Mots clés : Amour Charité Communion Courage Choix de vie Enfant Famille Mariage Politique Confiance
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LE RENONCEMENT DE BENOÎT XVI.
15 FÉVRIER 2013
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Remi de Maindreville
Déjà, reconnaître les limites de ses forces et les impératifs d’une situation appelle un courage et un sens de la vérité que le pape a manifestés en plusieurs occasions au cours de son pontificat. Mais plus encore,  dans la foi, un tel renoncement se comprend comme une réponse à l’amour et à la volonté de Dieu, une manière de continuer à lui dire « oui » dans une autre forme de service. Car il ne s’agit pas tant ici de renoncer à quelque chose, à un ministère  – fût-il le plus grand dans l’Eglise -,  que de renoncer à soi, à être seul maître de la mission confiée et de la décision à prendre. L’évangile de Jean nous donne une image très forte de cette disponibilité spirituelle qui fonde toute mission d’Eglise dans l’amour du Christ. Après avoir éprouvé par trois fois l’amour de Pierre à son égard, Jésus ressuscité dit à Pierre «… mais quand tu seras vieux, tu étendras les mains, un autre te mettras la ceinture et te mèneras où tu ne voudras pas » (v .19). Puis, de nouveau à Pierre qui désigne Jean et s’inquiète de son avenir, Jésus dit « Si je d&eac...
Mots clés : Religions Sacerdoce Sacrement Sagesse Vie religieuse Vocation Temps Servir
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UNE EGLISE EN CONSOLATION SPIRITUELLE.
06 MARS 2013
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Remi de Maindreville
Mais celui-ci est déjà venu en Jésus-Christ. Dès lors cette attente traduit l’urgence spirituelle d’une Eglise plus incarnée dans ce monde, plus signifiante et débordante de l’amour et du salut de Dieu au milieu des hommes. Cette actualité du salut a certes besoin de se lire dans la joie et le courage du pape à servir l’Eglise. Elle exprime à l’évidence et de façon pressante la soif d’une charité fraternelle plus sensible et d’une vie plus nettement évangélique de la part  des disciples du Christ, partout dans l’Eglise et dans les multiples instances ecclésiales, les plus locales comme les plus universelles.  C’est à tous les baptisés,  qui forment aujourd’hui la chair vivante du Christ ressuscité, et pas seulement au pape, qu’il revient de signifier le plus manifestement possible l’espérance qui les fait vivre et témoigner. Leur engagement de foi ou leur ministère les poussent à emprunter des chemins évangéliques de bonté et d’amour fraternels, en renonçant à ceux qui conduisent au repliement ou aux violences de tous ordres. Ainsi incarnent-ils communautairement et personnellement dans des cultures diverses quelque chose de cette urgence si profondément invoquée.   ...
FRANÇOIS, UN PAPE POUR « AIMER ET SERVIR » L’EGLISE
14 MARS 2013
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Remi de Maindreville
 Aider,  c’est d’abord « aimer et servir », à la manière du Christ lui-même, ceux à qui nous sommes envoyés, quels qu’ils soient. C’est laisser l’amour évangélique discerner et commander le service rempli, de sorte qu’il soit accompli dans une grande liberté intérieure qui laisse la sérénité et la joie déborder. Alors les dossiers, les problèmes, les réformes et procédures peuvent trouver leur indispensable fonction et les compétences nécessaires. Comme François d’Assise et Ignace  Loyola, il semble bien que c’est ce qui a guidé le ministère épiscopal du nouveau pape à Buenos-Aires. Dans un Pays violenté par ses gouvernants, il fallait rendre confiance, foi, espérance, dynamisme et désir de vivre à tous, mais plus encore aux plus pauvres et aux plus souffrants de la population.   Les tout premiers gestes et paroles du pape François ont témoigné de sa simplicité de cœur et de son sens du service. Gageons, mais surtout prions, qu’ils animent tout son ministère d’évêque de Rome et de pape. Un style de vie pauvre à l’écoute et au service d’une Eglise « servante des pauvres », pour le «...
FRANÇOIS, UN PAPE DE L’ESPÉRANCE
15 MARS 2013
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Remi de Maindreville
Qui ne se réjouirait, dans les milieux ignatiens en particulier, de l’élection du pape François, qui fut jésuite, Assistant national de la CVX et provincial d’Argentine avant d’être l’archevêque de Buenos-Aires ? Mais passé le moment de l’élection avec l’émotion des premiers mots, des premiers gestes, c’est comme s’il fallait s’arrêter un peu et respirer. Comme si on avait besoin de se ressaisir l’espace d’un instant pour accueillir et apprécier au plus juste l’événement et plus encore l’homme qui nous est donné.   Ignace de Loyola, fondateur des Jésuites, était coutumier de ces brèves méditations qui coupent l’émotion et laissent venir au fond de soi un sentiment durable, raisonné, fécond, une « consolation spirituelle ». Son secrétaire, Gonçalves de Camara, raconte, à propos de la maladie du pape Jules III, qu’Ignace ne parvenait à prier vraiment pour le pape qu’en cherchant des raisons  justes et fondées de le faire, et  y trouver ainsi de la ferveur. Ce besoin d’activer notre raison pour prier avec plus de cœur et de vérité peut bien nous rejoindre aujourd’hui devant l’élection du pape François. Car un...
Mots clés : Religions Sacerdoce Sacrement Saint François d’Assise Saint François Xavier Saint Ignace de Loyola Spiritualité ignatienne Servir
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ATTENTE D’UN PAPE, ATTENTE DU CHRIST
CHRISTUS N°238
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Remi de Maindreville
Les nombreuses réactions à la renonciation de Benoît XVI projettent un profil spirituel impressionnant du pape à venir. Sa liberté intérieure face à toute pression tiendra à son humilité, forgée dans l’abandon par l’accueil des limites et des humiliations de toutes sortes. Homme de prière et d’intériorité, il sera aussi prophète, encourageant chaque initiative novatrice dans son gouvernement de l’Église. Habité par l’Esprit, il discernera un avenir salutaire pour l’humanité. Entièrement donnée à Dieu et aux hommes, toute sa vie fera de lui un témoin unique d’un amour éternel, attendu et espéré… On le sent, ce n’est plus là seulement la présence d’un pape, ni même d’un homme, qui se joue ici, c’est l’attente pressante d’un messie, d’un Christ vivant, Fils de Dieu mais parfaitement homme. Cette actualité du Salut a certes besoin de se lire dans la joie et le courage du pape à servir l’Église. Mais c’est à tous les baptisés, qui forment aujourd’hui la chair vivante du Christ ressuscité, qu’il revient de signifier l’espérance qui les fait témoigner. Merci à Benoît XVI de nous renvoyer à notre vocatio...
S’ORDONNER DANS LA NOURRITURE
CHRISTUS N°238
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Remi de Maindreville Emmanuelle Maupomé Yves ROULLIÈRE
Règles pour s’ordonner dorénavant dans la nourriture Ces Règles sont les seules proposées dans la troisième semaine des Exercices spirituels (nos 210-217). Nous reproduisons ici la traduction dite « Gueydan » (Desclée de Brouwer, 1985, pp. 129-131). La première règle. Pour le pain, il convient moins de s’en abstenir car ce n’est pas un aliment sur lequel, habituellement, l’appétit est tellement désordonné ou sur lequel la tentation se fasse pressante, comme pour les autres aliments. La deuxième règle. Pour ce qui est de la boisson, l’abstinence paraît plus opportune que pour ce qui est de manger du pain. C’est pourquoi il faut bien regarder ce qui est profitable, pour l’adopter, et ce qui est nuisible, pour le rejeter. La troisième règle. Pour les aliments, il faut pratiquer la plus grande et la plus complète abstinence car, en ce domaine, l’appétit est plus prompt à se désordonner et la tentation plus prompte à chercher une occasion. Ainsi, pour éviter tout désordre, on peut pratiquer l’abstinence sur les aliments de deux manières : l’une en s’habituant à manger des mets ordinaires, l’autre en n’en mangeant, s’ils sont raffinés, qu’en petite quantité. La quatrième r&e...
L'ESPRIT DE PENTECÔTE...
09 MAI 2013
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Remi de Maindreville
Aujourd'hui, à l’Ascension, plus de 10000 participants de la démarche « Diaconia 2013 » réunis à Lourdes donneront corps et visage à la fraternité qui se tisse et s’affermit avec les plus faibles et fragiles de la société. Dans la discrétion médiatique et la patience des relations,  grandit ici un Christ jeune et tenace, qui trouve sa joie parmi les pauvres, les malades et les pécheurs au milieu d’une incroyable diversité de cultures et de situations. Image à venir de la « Nouvelle Jérusalem » ? Un second visage est celui qui émerge du style simple et fraternel que le pape François donne de plus en plus nettement au ministère de Pierre à Rome. Le « serviteur des serviteurs de Dieu » est appelé à aimer, plus encore que ceux-ci (Jn 21),  le Christ humble et pauvre que l’Esprit fait naître et grandir en toutes communautés, plus jeunes ou plus anciennes.  Veiller comme le désire François, c’est les aimer et les servir « dans leurs besoins » (Exercices spirituels, §114), parfois si contrastés,  en discernant  dans leurs demandes ce qui nourrira davantage la croissance de la foi et maintiendra l’unité du lien ecclésial. Comment aider &ag...
Mots clés : Paix Sagesse Service Esprit-Saint
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TEMPS ORDINAIRE
CHRISTUS N°239
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Remi de Maindreville
Dans le langage courant, l’ordinaire rime plutôt avec le quelconque, l’absence de relief ou de couleur particulière. A fortiori en temps de crise, où la succession de jours sans relief inquiète plus qu’elle ne lève d’espoirs pour l’avenir. C’est tout l’inverse dans la foi où l’ordinaire a goût d’inédit, de nouveauté : le bon vin de Cana donne au quotidien le parfum des noces de l’Agneau avec son peuple. L’eau vive du puits de Jacob donne aussi à nos gestes les plus répétitifs le sens insoupçonné d’une vraie rencontre. Le « Temps ordinaire » de notre liturgie célèbre le temps de l’Esprit qui fait craquer nos étroitesses et enflamme nos énergies. Chaque jour peut être une manifestation du salut de Dieu. Cadeau précieux dans les temps difficiles, car il donne à chercher dans le présent ce qui peut être signe d’avenir et le mettre déjà en œuvre. Dans la foi, en effet, l’avènement de jours meilleurs ne fait pas table rase du passé au profit de modèles qui s’imposent par leur attrait. Il se déroule dans la modestie, quand nous consentons à voir disparaître ce qui ne porte plus de vie, et à reconnaître ce qui donne joie d’espé...
7 SEPTEMBRE : VEILLÉE DE PRIÈRE ET DE RÉFLEXION POUR LA PAIX EN SYRIE
06 SEPTEMBRE 2013
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Remi de Maindreville
Les très nombreuses familles syriennes meurtries par la guerre civile, quotidiennement en quête d’abri, de nourriture et de sécurité ont surtout besoin de sentir notre aide et notre soutien, notre proximité et notre présence, notre sens du partage. Elles ont aussi besoin de nos efforts et pressions pour que la parole et le dialogue viennent là où seules se font entendre les armes les plus intolérables, au profit de la haine et de la destruction.  C’est une démarche qui commence dans les cœurs. La prière est sans doute un chemin bon et sûr pour sortir des logiques et images qui façonnent de manière parfois simpliste notre information et notre jugement. Le courage et le combat pour voir, entendre, penser, agir de façon plus vraie et juste y trouvent forces et ressources. « Ce genre d’esprit ne peut sortir que par la prière » dit Jésus à ses disciples devant le corps convulsé et violenté de l’épileptique. (Mc 9, 29). Le pape nous le rappelle aussi.   On pourra lire avec intérêt l’invitation du pape François à cette journée, ainsi que l’interview donnée tout récemment par le P. A. Nicolas, Père général des Jésuites.
Mots clés : Paix Prière
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DE LA FRATRIE À LA FRATERNITÉ
CHRISTUS N°240
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Remi de Maindreville
C’est dans la vie tumultueuse des fratries que s’initie dans tous les domaines une relation aux autres faite d’attirance, d’amour et d’ouverture, mais aussi de haine et de peur, de frustrations génératrices de blessures et de fermetures. Quel chemin peut s’ouvrir alors pour reconnaître l’autre comme un frère sans céder à un idéal illusoire ? Qu’est-ce qui nourrit en nous cette aspiration constante à rechercher et promouvoir une fraternité plus marquée dans nos relations humaines et sociales ? Nos relations entre frères et sœurs peuvent-elles être vécues comme une expérience spirituelle qui rend crédible l’avènement d’une vraie fraternité entre les hommes ? Repartons de l’expérience initiale, et jamais totalement quittée, de cette vie en fratrie qui met son empreinte sur nos relations adultes. Il nous sera alors possible d’approfondir ce qui ouvre à la promesse d’une fraternité dans notre relation aux autres, et qui appelle conversion et combat intérieur pour demeurer ouverts à l’Esprit en nous mettant en mouvement vers l’autre, notre semblable.  Frères et sœurs pour la vie Tel est le titre du récent ouvrage qu’une psychologue, Lisbeth von Benedek, écrit à par...
UNE FOI QUI CHANGE LE MONDE
CHRISTUS N°240
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Remi de Maindreville
Ce nouvel ouvrage d’Étienne Grieu, théologien jésuite, est pour l’essentiel une réédition d’articles que l’auteur avait publiés ces dernières années dans diverses revues, dont Christus pour deux d’entre eux : « Expérience spirituelle et lien social » (n° 179, juillet 1998) et « Retournements » (n° 234, avril 2012). Ils sont repris dans la perspective d’une foi active capable de changer le monde, qui naît de deux expériences spirituelles fondamentales. La foi peut changer le monde, son influence historique sur le vivre- ensemble des hommes est une donnée historique, car, comme dans l’Évangile, elle se communique, se manifeste, s’affirme dans le croyant aux prises avec les forces et les contradictions du monde où il vit. L’action et particulièrement le vivre-ensemble sont des lieux privilégiés d’une rencontre de l’Esprit et de la croissance d’une foi bien incarnée qui fortifie et déploie la vie intérieure du croyant. Le chemin se discerne au fur et à mesure du parcours, faisant du marcheur un veilleur. La foi en actes est toujours tâtonnement, écoute, discernement, choix inédits entre des réalités très mêlées et des points de vue multiples...
Mots clés : Foi Littérature
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LA JOIE DE L'EVANGILE
16 DÉCEMBRE 2013
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Remi de Maindreville
  L’exhortation apostolique du pape François peut déconcerter par sa longueur, l’abondance des citations bibliques, la difficulté à lire des objectifs clairs et concrets. En voici quelques aspects qui peuvent aider.     Tout d’abord la joie qui ouvre l’exhortation. Il ne s’agit ni de ré-enchanter le monde ni d’afficher un sentiment qui faciliterait la mission. La joie, c’est le don gratuit que nous fait l’Esprit quand il ouvre notre mémoire, notre intelligence et notre cœur à Jésus-Christ. Sa présence en nous nous détend intérieurement et nous donne foi et confiance, même dans la peine et l’adversité. La joie est ce dynamisme intérieur qui nous pousse à agir, à nous tourner vers autrui, à aimer et partager, avec enthousiasme, mot qui revient  souvent sous la plume du pape. C’est la joie de Zachée qui, recevant Jésus dans sa maison, passe de la prédation au partage. L’évangélisation est donc d’abord un style de vie évangélique, personnel et communautaire. Il consiste à vivre tous les instants et aspects de notre vie en présence de Jésus-Christ, qui nous aime, nous appelle, nous pardonne. C’est pourquoi sans doute, le premier lieu de mission qui vient dans le texte est la paroisse a...
Mots clés : Evangile
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DEUX ANNIVERSAIRES
CHRISTUS N°241
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Remi de Maindreville
Avec 2014 s’ouvre une année riche pour la spiritualité ignatienne. C’est d’abord l’anniversaire de la « restauration » de la Compagnie de Jésus par le pape Pie VII, le 7 août 1814, après 40 ans de « suppression ». 140 ans plus tard, en janvier 1954, paraît le premier numéro de la revue Christus qui fête ainsi joyeusement ses soixante ans. Aucune continuité historique entre ces deux événements, mais une même dynamique, celle d’un retour aux sources. Dans une Europe en recomposition après des années de guerres meurtrières et de combats idéologiques, c’est à des spirituels qu’est confiée la tâche de reconstruire la Compagnie de Jésus en 1814, et, en 1954, d’en retrouver l’intuition apostolique. La suppression de la Compagnie a paradoxalement stimulé les ignatiens dispersés à faire des lectures nouvelles de leur tradition. Et au début du XIXe siècle, le renouveau des Exercices spirituels donna naissance à des instituts, masculins et féminins, à des mouvements de laïcs, à des collèges, universités et centres de retraite – témoins du besoin de formation adaptée à une société en mutation. Mais là où en 1814...
CANONISATION DU BIENHEUREUX PIERRE FAVRE
18 DÉCEMBRE 2013
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Remi de Maindreville
Sa disponibilité et sa connaissance très fine de la théologie ne cessèrent de le conduire, souvent à la demande du pape, d’un bout à l’autre de l’Europe alors en profond conflit religieux et politique. Il développa ainsi une sorte de « mystique de l’itinérance » dont il donne des échos très concrets et stimulants pour le lecteur d’aujourd’hui dans son journal spirituel,  le « Mémorial » édité par M. de Certeau (Christus-DDB, vol. 4, 1960). Ses longs voyages deviennent de véritables « évènements spirituels », des occasions de contemplation et de discernement  liées à ses rencontres, qui façonnent chez ce compagnon si désireux d’ouverture et de dialogue avec tous, une écoute et une disponibilité intérieures toujours plus larges, plus simples et bénéfiques :   « En route, tu reçus de grandes consolations dans l’oraison et la contemplation ; tout en cheminant, il te venait en grand nombre des méthodes nouvelles et de nouveaux sujets de prière. Ainsi, en arrivant quelque part, en voyant les lieux ou en écoutant ce qu’on en disait, tu appris à solliciter de notre Seigneur sa grâce… pour que Jésus-C...
Mots clés : Catholicisme Sainteté
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LE CHEVAL, MIROIR DE NOS ACTES
CHRISTUS N°241
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Remi de Maindreville Hubert Brandicourt
Christus : Avez-vous toujours eu le désir de travailler avec les chevaux ? Hubert Brandicourt : Je suis tombé dedans quand j’étais tout petit. La première fois que j’ai vu des chevaux, je crois que je devais avoir sept ou huit ans, et j’ai commencé à monter dessus à dix ans. À partir de treize ans, j’avais déjà ce métier-là dans la tête, et ça ne m’a pas quitté. Deux choses ont joué un rôle de déclencheur : monter à cheval ou m’occuper de chevaux, et enseigner. Au centre équestre, je pourrais n’avoir qu’une fonction de direction, mais ça ne m’intéresse pas trop : je préfère conserver ma fonction d’enseignant, qui est celle où je m’épanouis le plus. Se connaître soi-même Christus : Est-il vrai qu’au moment où l’on voit une personne monter à cheval, on peut déjà deviner dans quel état intérieur elle se trouve ? H. Brandicourt : Lorsqu’on est sur le cheval, dans la première année, au moment où l’on défriche un peu, on est dans un état de découverte complète de l’animal et dans la nécessité de se découvrir soi-même....
« UNE ANNÉE DE CROISSANCE DANS LA FAMILIARITÉ DU CHRIST »
06 JANVIER 2014
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Remi de Maindreville
Devant le nouveau-né en qui Dieu tout entier se fait l’un de nous, Ignace de Loyola nous invite en effet à goûter et accueillir la douceur et l’enthousiasme. Ou plus exactement la « suavité », ce vieux mot de la tradition spirituelle où se dit tout l’exquis, toute la joie, tout le goût à sentir, accueillir, partager la présence mystérieuse de Dieu parmi nous. La douceur et l’enthousiasme nous viennent moins, comme nous le croyons souvent, de nos efforts et méthodes pour réagir positivement aux contraintes ou aux événements, que  par l’amitié et la familiarité, avec la connaissance intérieure de l’autre qu’elles engendrent. La manière dont quelqu’un de proche nous est intérieurement présent se manifeste à la transformation qu’il opère en nous,  et tel est le chemin choisi par Dieu pour demeurer parmi nous. La douceur et la joie sont les fruits de sa présence en nous.  Il habite en nous et nous transforme intérieurement, faisant ainsi, patiemment, de l’ouverture à l’autre et des liens fraternels, la réalité et le signe majeur de sa présence dans le monde. Mandela et François en sont des témoins éloquents, chacun à sa manièr...
LA FORCE DE L'ESPRIT
05 FÉVRIER 2014
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Remi de Maindreville
Nous en faisons le constat pour nous-mêmes, ou dans l’accompagnement des personnes ou simplement dans la vie sociale où nous sommes plongés, il est souvent plus aisé de discerner ce qui est bon pour nous que de le mettre en œuvre et d’aller jusqu’à l’accomplissement de nos choix. « Il faudrait…., ce serait bien si…. », mais c’est comme si la force nous manquait, comme si le poids ou la pensée des gestes à initier nous épuisaient de l’intérieur. Comme si l’Esprit donnait le sens et le goût d’une vie évangélique,  mais retenait le souffle et la force  qui leur donneraient chair et consistance ! De là peut-être, une certaine stérilité de l’action davantage due à un vide intérieur, une sorte d’inertie, qu’à un manque de lucidité ou de discernement. Dans un texte qui n’a pas vieilli malgré les siècles, le P. Lallemant  évoque de manière lumineuse le besoin et les fruits de cette force que seul l’Esprit-Saint peut donner à ceux qui désirent vivre sous sa conduite. « La force est une vertu qui nous affermit contre la crainte et contre l’horreur des difficultés, des dangers et des travaux qui se présentent dan...
ECLAIRER NOS PRATIQUES DU DON
05 MARS 2014
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Remi de Maindreville
Ce n’est pas d’aujourd’hui, à l’évidence, que l’aumône a besoin de publicité pour attirer l’attention, pour convaincre de sa nécessité salutaire tant pour celui qui reçoit que pour celui qui donne. Dimension religieuse d’un acte solidaire qui nous identifie et nous expose. Du côté du jeûne –sauf à être un geste purement rituel et isolé - limiter sa consommation, s’efforcer à une vie plus frugale et ascétique nécessite d’en montrer tout l’intérêt et d’être convaincu du gain personnel et collectif qui s’ensuit. Image d’une foi plus constante, mais aussi d’un bien-être intérieur, d’une maitrise de soi plus heureuse,  de relations plus riches… C’est bien au piège des images et des logiques qui les construisent que nous risquons de nous laisser prendre, et Jésus lui-même fut tenté au désert de s’y laisser enfermer. En se tournant vers son Père, il révèle et démonte ce piège,  et il nous engage avec lui dans une voie plus vraie et juste, mais, comme lui, au prix d’un combat intérieur. La prière elle aussi peut être un lieu piégé où nous cherchons subrepticement ou avec la m...
Mots clés : Communion Choix de vie Eglise Espérance Conscience Don
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LA JOIE DE L'AMI
CHRISTUS N°242
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Remi de Maindreville
La joie jaillit de la présence de l’autre, aimé et ami. Marque profonde de notre relation au monde et aux autres, elle excède de beaucoup la satisfaction du service rendu, ou même une adéquation bien rassurante à soi-même, à ses convictions, aux autres. Elle sourd des effets d’une présence reconnue, qui nourrit en retour une qualité de présence : ouverture et accueil, confiance et prévenance, écoute et attention, dynamisme et service, donc désir d’être pleinement présent à celui qui nous rend présent à nous-même en vérité. Cette joie-là rayonne des disciples témoins de la résurrection du Christ et remplis de son Esprit de vie. En eux comme en nous, la joie du ressuscité change le disciple en apôtre. Il va de l’avant, jusque dans l’inconfort, les contrariétés, la maladie ou l’enfermement, la misère ou le rejet, surtout là où le tragique de la vie fragilise l’espoir des hommes et dresse la croix du Christ. Celle-ci pourtant annonce sa résurrection et sa présence victorieuse de la souffrance, de l’injustice, de la mort. À l’inverse de la jalousie qui annule l’autre ou de la peur qui l’oublie, la joie dilate l’amour et donne à sentir, en soi comme en l’aut...
Mots clés : Amitié Joie
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LA NUMÉRISATION A-T-ELLE UN EFFET SPIRITUEL ?
15 AVRIL 2014
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Remi de Maindreville
Au-delà d’une amélioration pratique très évidente, il convient de s’interroger sur l’expérience spirituelle que constitue la lecture Christus. La numérisation a-t-elle un effet spirituel ? Comment impacte-t-elle l’acte de lecture ? Cela modifie-t-il l’attitude intérieure du lecteur, son intérêt pour la revue, ce qu’il vient y chercher … ? Autant de questions qu’il sera bien intéressant de partager entre vous, lecteurs, et nous, rédaction de Christus. Car le premier effet de la numérisation est sans conteste l’interactivité, cette forme nouvelle et inédite de conversation où le corps est si  absent et l’émotion pourtant si présente, immédiate. Bien sûr il est trop tôt pour évoquer le sens de cette expérience nouvelle. Pourtant des questions déjà viennent à l’esprit. Là où la lecture d’un livre suppose une disposition du corps et de l’esprit, une durée suffisante, et souvent rare, pour s’abandonner aux mots d’un autre, pour entrer dans un chemin qu’on s’approprie au fur et à mesure que l’autre s’y dévoile compagnon, la numérisation à l’inverse ne nous rend-elle pas à tout...
LA FORCE DE LA MISÉRICORDE
CHRISTUS N°243
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Remi de Maindreville
C’est par des rencontres, réelles et imaginaires, que l’Évangile nous fait éprouver la force de la miséricorde pour la désirer. Mais elle se heurte en nous à une logique impitoyable, qui privilégie la force sur la faiblesse au nom de la performance à assurer, qui évalue l’action en fonction du profit qu’on peut en tirer. Et cela jusque dans la recherche d’une vie plus spirituelle, plus sainte. L’homme riche de l’Évangile ne peut quitter ses biens sans abandonner aussi sa logique de gagnant décomplexé. La miséricorde, à l’inverse, est cette tendresse pour la vie qui accueille patiemment la faiblesse et le manque non comme des défis personnels à relever, mais comme des promesses de rencontres et d’avenir, des mains tendues qui appellent à marcher ensemble, au pas les uns des autres. Y répondre humblement nous lie à Jésus qui, le premier, s’y est engagé jusqu’à faire de sa vie donnée en partage le signe majeur de la miséricorde. C’est rejoindre « une Église accidentée, blessée et sale d’être sortie sur les chemins » (pape François) pour témoigner du souci de Dieu qui veut sauver toute vie en ce monde.
Mots clés : Miséricorde
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L’AMOUR DU CHRIST, SOURCE DES RELATIONS FAMILIALES
CHRISTUS N°244
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Remi de Maindreville
Tout ce qui touche à la famille suscite des attentes très vives et des réactions contrastées. Incidence des valeurs engagées, certes, mais aussi des réalités et des blessures anciennes ou plus récentes de notre vie affective, immédiatement ravivées. C’était déjà le cas, manifestement, au sein des premières communautés chrétiennes, et les mots de Paul à l’égard des Éphésiens sont presque violents : « Jugement vide, pensées enténébrées, conduites païennes, soumission… » (Ep 4). Pourtant, malgré les images aujourd’hui décalées et à travers les rapports inégalitaires de l’époque, Paul indique une source et un critère ultime des relations familiales, qui renverse les perspectives. Avant une indispensable éthique des relations, c’est l’amour dont le Christ aime l’Église qui fonde et valorise dans la foi toute relation intime, conjugale et parentale, plus solidement qu’un modèle familial nécessairement soumis aux cultures. Le désir d’aimer l’autre avec miséricorde, jusqu’à se mettre à sa place et se livrer pour lui ; voir en lui ce qui rayonne de Dieu et donne d’espérer ensemble ; lui acco...
Mots clés : Amour Enfant Famille Foi
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JÉSUS, VOIE DE SIMPLICITÉ
CHRISTUS N°244
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Remi de Maindreville
L’Évangile ouvre une voie vers une vie plus simple, toute la tradition spirituelle l’atteste. Jésus lui-même invite tous ceux qui l’écoutent à le rejoindre dans une vie allégée et reposée : « Venez à moi vous tous qui ployez sous le poids du fardeau et je vous procurerai le repos !... Mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur. Mon joug est doux et mon fardeau léger » (Mt 11,28-30). Jésus conteste ici une vie spirituelle faite de rites et d’obligations, soutenue par les pharisiens à son époque, au détriment de la plus élémentaire justice et de la joie d’aller de l’avant. Mais alors en quoi consiste cette vie plus légère, qui procure le repos intérieur ? On serait bien en peine de tirer de l’Évangile un programme, une méthode, ou même des éléments, qui aideraient à bâtir une vie simple aujourd’hui. Ce serait revenir peu ou prou aux pratiques illusoires des pharisiens. Or l’Évangile nous tourne vers la simplicité du cœur souvent divisé : celle du regard en quête de lumière mais si vite troublé, biaisé parfois ; et celle de l’intention, droite ou calculée, qui guide l’action. Pas d...
LA JOIE DE L’ÉVANGILE
CHRISTUS N°244
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Remi de Maindreville Françoise Le Corre
Christus : En quoi, selon vous, cette exhortation apostolique serait, comme le pensent beaucoup, un événement spirituel ? Remi de Maindreville : Parce que, me semble-t-il, dans la ligne de celles de Paul, l’exhortation du pape François est très incarnée, très vivante, et touche l’esprit et le cœur de chacun. Ce texte, qui fait suite à un synode sur la « nouvelle évangélisation », n’est pas un plan d’action ni un discours sur la mission, il est en lui-même un envoi en mission. Et il dit dès le début, dès la première phrase, que la mission procède d’une rencontre intérieure, ce qui est donc très spirituel. Dans l’exhortation, en effet, on voit se joindre et se croiser des fils qui touchent la vie individuelle, la vie de prière, son comportement par rapport à la religion, par rapport au monde. Elle renvoie chacun à soi-même, tout en étant repris dans une vision beaucoup plus globale, plus collective. L’Église, pour le pape, est faite de gens qui se laissent traverser par l’Esprit. Françoise Le Corre : J’ajouterais que, pour moi, c’est un texte renversant : il renverse jusqu’à nos inquiétudes, jusqu’à nos angoisses pour l’Église. La joie qu&rsq...
DEUX LIVRES DE MAURICE BELLET
CHRISTUS N°245
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Remi de Maindreville Maurice Bellet
Longtemps rédacteur à la revue Christus et auteur d’un grand nombre d’ouvrages, Maurice Bellet publie cet automne deux petits livres bien différents dans la forme et le projet. Très proches cependant par l’itinéraire spirituel et le visage du Christ qu’ils proposent. C’est dans un combat pour l’homme, soutenu par une foi en l’humain, qu’on rencontre le Christ dans ce monde en crise qu’est la post-modernité. Notre foi en l’humain est un manifeste, court et de lecture aisée, où peuvent se reconnaître bien des baptisés qui cherchent à vivre activement leur foi dans des domaines où l’humanité de l’homme est menacée, en crise. Qu’il s’agisse du respect de chacun et de l’avenir du lien social au travail ou dans les quartiers contre l’exclusion, ou encore de l’avenir de la famille et du respect de la vie, de la conception à la mort. De l’effort quotidien à reprendre chaque jour ou de la mobilisation pour des manifestations et actions collectives de solidarité, c’est une foi « primordiale » en l’homme et commune à tous qui s’exprime d’abord là. Y « ajouter Dieu », comme une réalité venant d’ailleurs et fondant le sens de l’action, n’y ajoute...
EN MARCHE
18 FÉVRIER 2015
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Remi de Maindreville
Le Carême, c’est aussi la marche courageuse de Jésus et des siens vers Jérusalem, où les disciples allaient voir leur Maître de plus en plus humilié, détesté, moqué et finalement crucifié par ceux que la vérité de sa parole et de son amour infini pour tous, inquiétaient et dérangeaient. Marcher vers Pâques, c’est marcher vers la lumière et la vie nouvelle reçue de Jésus dans sa résurrection : quelle obscurité de ma vie, quelle peur suis-je invité à ouvrir à la lumière de celui qui  donne  sa vie pour nous, qui porte nos croix dans la sienne ? La marche, c’est une impulsion à donner,  un rythme à prendre, en mesure avec d’autres : où trouver la vigueur nécessaire ? Dans la prière, les sacrements, le soutien fraternel en Eglise, en communauté, en famille ?  Dans la participation à une équipe synodale ? La marche conduit en des terres inconnues et des rencontres improbables qui sollicitent ma responsabilité à titre personnel mais aussi collectif : Quel geste, quel changement dans ma  relation ordinaire avec l’environnement pourra davantage évoquer une Création confiée à nos soins pour la vie de tous et des généra...
SEULE LA VIE HUMAINE EST SACRÉE
CHRISTUS N°246
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Remi de Maindreville
L’ « année de la vie consacrée » prend l’allure d’une urgence évangélique, quand se répand une violence qui se réclame de valeurs religieuses. Dans la foi chrétienne en effet, seule la vie humaine est sacrée aux yeux de Dieu. Chaque vie d’homme est consacrée dans l’amour et le respect du Père pour tous. Le baptême le célèbre et en révèle le sens. L’état de vie consacrée dans l’église témoigne du don gratuit où la vie prend naissance, ainsi que de l’amour qui en nourrit le désir et en illumine la fin. C’est donc la personne qui est sacrée, et non les structures, les institutions et les lois, tous les moyens que se donnent les hommes pour respecter le caractère unique de chacun. En s’attachant à Jésus Christ qu’ils désirent trouver et suivre en toute situation, les consacrés renoncent à faire de toute réalité, image ou idée, une valeur qui surpasserait l’homme « créé à l’image et à la ressemblance de Dieu ». Les voeux qu’ils prononcent en témoignent et s’incarnent dans une vie et un soutien fraternels dont ils mesurent chaque jour la précarité et la grâce. Le pape François leur demande de...
L'AUTRE DIEU
CHRISTUS N°246
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Remi de Maindreville
L’Autre Dieu, c’est d’abord un style, des images vives et contrastées, des raccourcis qui emportent le lecteur dans la vie et la réflexion de l’auteure, comme une compagne des bouleversements intérieurs où la révélation, la proximité d’un Dieu tout autre se donnent à sentir. L’auteure est une femme mariée et mère de deux enfants, théologienne de confession protestante. Et la vie est ici l’entrecroisement de trois fils : ses visites et conversations, comme aumônier d’hôpital auprès de malades désespérés, la renvoient inévitablement à l’épreuve douloureuse de la maladie d’un fils qui faillit mourir en bas âge. Un travail sur le livre de Job vient aviver sa mémoire et surtout l’ouvrir à un Dieu qui échappe à toute catégorie de pensée : « Il n’existe pas de formation universitaire qui prépare à l’impuissance. » La Plainte, cette lancinante question du « pourquoi ?» et « pourquoi moi ? » qui revient, inlassablement ressassée, n’est pas liée à la perte ou au mal ressentis, mais au sentiment d’abandon et d’injustice, comme Job en fit l’expérience. Dieu n’est pas celui qui « protège mon enclos »....
DE LA COMPASSION À LA PASSION : LA RÉSURRECTION
03 AVRIL 2015
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Remi de Maindreville
La compassion dépasse de beaucoup l’intensité d’une communion suscitée par une catastrophe, un accident, une situation. On y cherche la proximité de l’autre, on a besoin de sentir dans nos gestes, nos regards ou nos larmes, avant même la moindre parole, cette émotion partagée où chacun se reconnait dans notre humanité commune. Elle traverse toutes les frontières, linguistiques et culturelles, religieuses ou politiques. Et l’énergie qu’elle fait naître ne cesse de créer partout dans le monde d’innombrables lieux et modes d’accueil, d’accompagnement, de partage, là où l’humanité subit la souffrance, le mépris, les traitements infamants, mais aussi de multiples handicaps, pauvretés, maladies,… Sagesses spirituelles, religieuses ou laïques, incarnent généreusement une compassion qui dit tout simplement le plus précieux de l’homme : l’amour sans lequel nul ne peut vivre ni grandir. Dans la compassion qu’il a pour tous ceux qu’il rencontre, Jésus ouvre un chemin qui va au-delà d’un partage et d’un soin de la souffrance de l’autre. Et cela le conduit à « l’extrême de l’amour », dit St Jean, jusqu’à donner sa vie, sans rien en garder pour lui, pour que l’amour...
L’ESPRIT, JOIE DE LA CHAIR.
24 MAI 2015
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Remi de Maindreville
La Parole de Dieu qui prit chair en Jésus n’est pas morte avec lui. A la Pentecôte, l’Esprit d’amour vient confirmer la résurrection de Jésus et prendre chair nouvelle des apôtres réunis avec Marie. Un Corps nouveau est en train de naître engendré d’une Parole qui brûle, retourne et relie ceux qui l’écoutent, tandis que son souffle de liberté ouvre à l’infini nos espaces intérieurs et cosmiques.  Evénement immense et pourtant minuscule, car c’est dans la banalité de la vie ordinaire quotidienne que l’extraordinaire se manifeste et prend chair. L’Esprit de Dieu, l’Esprit qui a accompli l’Ecriture en Jésus-Christ, est en même temps l’Esprit qui accomplit l’incarnation. Mais ce n’est plus dans la figure historique de Jésus que s’incarne la Parole. L’Evangile, la Bonne Nouvelle du chemin d’humanité que Jésus a tracé, nous permet d’en relire les marques, les joies et les peines dans nos propres vies, qui deviennent ainsi plus lumineuses, plus incarnées et porteuses de la chair du Christ.   Christian de Chergé (1) aimait vivre et écrire que l’Esprit « qui achève toute sanctification » (Prière eucharistique IV), l’Esprit qui « accomplit l...
SPORT DANS LA VILLE
CHRISTUS N°247
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Remi de Maindreville Marie-Caroline Bustarret
  Christus : Avant de parler de « Sport dans la ville », pouvez-vous nous dire quel est votre parcours personnel ? Philippe Oddou : J’ai 42 ans, je suis marié et j’ai trois enfants. « Sport dans la ville », c’est ma deuxième famille. J’ai grandi à Paris dans un environnement plutôt privilégié : lycée, classe préparatoire, École supérieure de commerce. J’ai travaillé quatre ans en entreprise : deux ans chez L’Oréal, puis deux ans dans une banque.   Un tremplin pour l’insertion Christus : Comment passe-t-on de la banque à « Sport dans la ville » ? P. Oddou : Quand j’étais étudiant, je me suis retrouvé dans un environnement où l’on parlait beaucoup de business, d’entreprise et, au fond de moi, je sentais que cela ne répondait pas à mes aspirations profondes. À 20 ans, il n’est pas toujours simple de savoir ce que l’on veut faire de sa vie. Après un Volontariat international en entreprise (VIE) en Autriche, je suis rentré en France porté par le désir d’aider des gens qui n’avaient pas eu autant de chances que moi. Mon père, dirigeant d’entreprise, et ma mère, directrice d’école, m’ont énormément donné mais, enfant,...
Mots clés : Corps Connaissance de soi Réalisation de soi Epanouissement personnel Estime de soi Sport
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HABITER AUTREMENT NOTRE « MAISON COMMUNE »
07 SEPTEMBRE 2015
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Remi de Maindreville
  Habiter de manière plus juste notre « maison commune », et pour cela, faire le lien entre notre comportement personnel et collectif à l’égard de la planète qui nous est confiée, et nos relations avec les personnes et populations les plus pauvres, les plus injustement traitées : réfugiés, migrants, exclus politiques ou économiques,… personnes en détresse souvent toutes proches de nous. Nous n’avons pas tous la liberté ou le goût de pouvoir en faire un engagement social ou politique.   Mais, engagés ou non, nous avons tous la possibilité de mettre à profit un « exercice spirituel » qu’Ignace de Loyola propose, à l’échelle de l’espace que nous habitons personnellement, par nos relations et par nos responsabilités : « Pour cela, trois choses sont utiles » dit-il (voir E.S. § 56) :   1. La première, regarder le lieu et la maison où j’habite : quelles sont mes possibilité d’accueil ? 2. La deuxième, les relations que j’ai avec des réfugiés, des exclus, des pauvres… 3. La troisième, la manière dont je considère les personnes que j’ai en charge, et dont je gère les biens qui me sont confiés ».   On peut trouver là une porte d’...
Mots clés : Accompagnement Charité Discernement Humanisme Liberté Pauvreté Politique Fraternité Engagement Tolérance Société Lien social
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OÙ ES-TU ?
CHRISTUS N°248
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Remi de Maindreville
  La toute première parole que Dieu adresse à un humain dans la Bible (Gn 3,9) est aussi la question qui monte spontanément à nos lèvres ou qui sourd à nos oreilles dès que nos smartphones ou ordinateurs nous connectent à d’autres. Cette banale question de géolocalisation oblige pourtant à une réponse qui, insuffisante ou trop imprécise, appelle des compléments. Elle ouvre une conversation où peut poindre l’inquiétude ou le sentiment de déranger, ou encore l’impression que tout va bien. La confusion d’Adam dans sa réponse témoigne justement du désordre intérieur où il se trouve avec Ève, alors qu’ils sont présents sans être là, cachés devant Dieu dont ils reconnaissent le pas et la voix. La généralisation du numérique et la densification des réseaux de communication viennent peut-être renouveler en nous la soif de la présence de l’autre, soif bien réelle quand nous nous connectons. La pratique numérique pourrait-elle, en dépit des apparences, rendre son poids de chair et de désir à la parole qui engage nos relations et nourrit nos affections ? Ou restituer opacité et mystère au corps que nous sommes toujours, même en connexion ? À la manière d&rs...
L'ESPRIT DE VÉRITÉ
08 OCTOBRE 2015
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Remi de Maindreville
L’accueil des réfugiés, la session du synode sur « la vocation et la mission de la famille », la préparation et l’approche de la Cop 21 suscitent les réactions les plus vives, dans un sens ou dans l’autre, parfois violentes, au sein même de l’Église. Car il ne s’agit pas là de simples débats d’opinion. Ces sujets questionnent très profondément notre manière de vivre, d’aimer, de nous rapporter aux autres et à l’environnement. Ils touchent à l’avenir immédiat de notre société et de nos familles, à la vérité de nos vies et de leur espace  quotidien, à notre sécurité, à nos biens et valeurs matériels, culturels, spirituels. C’est le vécu de notre foi, c’est notre lecture personnelle et communautaire de l’Évangile qui sont ici mis en question, comme le souligne le pape François dans « Laudato Si ». Notre affectivité est donc fortement touchée, sollicitée, agressée peut-être, et la passion ou la peur peuvent nous prendre, à bon ou  mauvais droit, mais au risque de nous aveugler. Le risque d’y perdre une part de nous-mêmes, en richesse, en pouvoir, en détention de savoir, de techniques, etc… est en effet...
FIGURE DE LA MISÉRICORDE
26 OCTOBRE 2015
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Remi de Maindreville
La miséricorde s’éprouve plus qu’elle ne se définit. Emerveillement, étonnement d’être né, d’être en vie, d’être reconnu, estimé,  aimé, malgré les raideurs, le calcul, l’arrogance ou le dépit qui ferment et dessèchent notre cœur. Nous découvrons que nous sommes l’objet d’un pardon qui nous sauve ainsi d’une mort spirituelle, morale et relationnelle. Davantage,  comme le fils du père prodigue, nous éprouvons comme  une marque  d’amour démesuré et un peu fou, un accueil et une confiance qui nous dépassent et nous  relancent dans  l’existence. Ce goût rendu de vivre et d’aimer, cette joie retrouvée d’aller de l’avant et de prendre  à bras le corps les questions et obstacles qui se dressent sur notre route, sont ceux-là même que le Peuple de Dieu éprouvait dans ses libérations successives et l’ardeur de ses prophètes. Les Exercices spirituels de saint Ignace nous invitent à nous émerveiller tout particulièrement de ce que la création nous a laissés en vie, malgré le mal commis. Accueillir la miséricorde pour en vivre n’est pas une expérience strictement individuelle, qui se jouerait à l’intim...
PRAYERS FOR PARIS
16 NOVEMBRE 2015
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Remi de Maindreville
Après l’horreur et la stupéfaction, c’est peut-être la violence, l’esprit de haine ou de vengeance, ou à l’inverse l’abattement et la tristesse qui  rongent notre cœur, habitent nos pensées  d’images et de mots lancinants, au moment de reprendre le travail.   La prière est ce temps gratuit qui nous dilate et nous pacifie  intérieurement. Conduit par l’Esprit, notre cœur y remet à Dieu, au Prince de la Paix, tout ce qui l’habite et l’agite,  les visages amis et ennemis, les sentiments les plus purs mais aussi les plus bas, les plus naturels, charnels, violents ou souffrants, aimants ou haineux, tout ce qui nous abîme ou nous élève. « D’un cœur brisé et broyé tu n’as pas de mépris » (psaume 50). Les psaumes nous aident puissamment, comme ils ont aidé Jésus lui-même, à mettre des mots sur tout ce qui nous rend muets, confiant à Dieu la soif de vengeance et l’exigence de justice. Sidérée d’abord par les forces de mort, notre intériorité se découvre pas à pas autrement habitée et libérée  par une Parole porteuse de confiance et d’espérance, de douceur. Un goût et une liberté nouvelle accompagne cette écou...
AU-DELÀ DE L'ÉMOTION
11 DÉCEMBRE 2015
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Remi de Maindreville
Devant le tragique de la vie, devant la souffrance qui fait crier, le mal qui s’abat ou la mort aveugle  qui frappe, Jésus ne se dérobe pas. Ni dans une sagesse compatissante mais immobile, ni dans une éthique  qui rassure en condamnant, Jésus est là, bien présent par toutes les fibres de son corps. « Pris aux entrailles » devant la veuve de Naïm qui porte son fils unique en terre ; « ému aux larmes » devant la ruine à venir de Jérusalem, détournant son chemin pour suivre Jaïre dont on pleure déjà  la petite fille, « touché » par la demande du centurion,… Jésus partage les émotions de ses contemporains et trouve les gestes et les paroles qui pacifient, réconfortent, rendent espoir.     Il ne s’installe pas avec eux dans une émotion sans suite et indéfiniment reprise, manipulable à souhait, dont il ferait un instrument de son message et de  sa puissance : quel dieu pervers inspirerait cela ! Tout à l’inverse, Jésus n’invoque pas ici telle ou telle faute ou cause, il désire et agit en sorte que « l’œuvre de Dieu soit manifestée » (Jn 9, 3) dans les impasses du drame et de la faiblesse.   Il sollicite la mémoire  d...
DANS LA FRAGILITÉ, LA CONSOLATION
CHRISTUS N°249
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Remi de Maindreville
La consolation spirituelle est le langage du Dieu d’amour dans nos corps fragiles. Elle donne souffle à la vie et saveur aux rencontres et à la prière. Sensible à ceux qu’accablent des peines et des manques de toutes sortes, elle grandit les hommes et les femmes qui se font proches d’eux, comme Jésus le fit lui-même. Elle nourrit ainsi un style de vie plus évangélique dans un monde qui a appris à vivre sans Dieu. Mais elle est aussi cette vibration profonde qui nous met au diapason les uns des autres quand notre humanité fragile est sauvagement niée par une mort brutale et aveugle, injuste. Des événements violents nous le rappellent. La consolation est ce grand vent de l’Esprit qui abat les murs de séparation, et nous projette les uns vers les autres sur la place publique. Elle est ce feu qui court de l’un à l’autre et brûle nos entrailles du désir de partager et de chanter le fond de notre humanité : la fragilité de la vie reçue où s’engendrent nos relations et s’ouvre un avenir. Les flammèches de la mémoire vacillent sur les trottoirs, et notre feu intérieur semble une veilleuse bien faible face à la violence impitoyable. Cette fragilité si pauvre est pourtant notre appui le plus sûr : en elle, sur la croix, le Christ a triomphé du...
ENTRE TOI ET MOI
CHRISTUS N°249
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Remi de Maindreville
Quand nous disons que nous aimons l’autre, que disons-nous vraiment ? Qu’est-ce qui habite notre coeur et inspire les mots qui expriment notre amour ? Aimer quelqu’un, en effet, c’est viser sous une forme ou une autre « un partage de plaisir avec lui ou elle », mais c’est du même coup prendre un risque, car en livrant ce que nous avons dans le coeur, nous perdons une maîtrise sur une part de nous-même, nous nous mettons en dépendance de l’autre, de ses réactions, de ses sentiments, au risque d’en éprouver de la déception, de l’incompréhension, un échec possible. Devant cette menace que l’autre est aussi pour nous, même quand nous disons l’aimer, se lèvent alors en nous des peurs mal contrôlées qui construisent des stratégies peu conscientes de manière à échapper aux risques d’une vraie relation affective. C’est tout l’enjeu du dernier livre de Nicole Jeammet : repérer et nommer les atours mensongers et les justifications qui, malgré les apparences, empêchent ou travestissent une relation d’amour, pour chercher et inventer pas à pas avec l’autre les attitudes et l’expression d’une relation confiante et vraie, à travers ce qu’elle permet de « co-créer » ensemble. Pour cela, l’auteure fai...
JÉSUITES ET OUVRIERS
CHRISTUS N°249
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Remi de Maindreville
Le livre de N. Barré est passionnant à plus d’un titre. Au plan historique, il raconte dans le détail, avec une grande précision documentaire et une rigueur remarquable, l’histoire de la mission ouvrière jésuite dans les cinquante années de son existence, plus particulièrement l’histoire de la deuxième génération des prêtres ouvriers (1965 et après), dont l’étude n’a pas vraiment été faite. Jésuite lui-même, l’auteur fit le choix du travail en usine en 1965 quand il fut à nouveau possible de le faire, après l’interdiction de 1954. Ce n’est pas un livre d’histoire où les personnes, leurs questions et leurs décisions sont souvent très conceptualisées. Dans la tradition de la mission et de la culture ouvrières où chacun compte, respecté simplement pour qui il est, ce récit prend l’aspect d’un témoignage personnel qui ouvre la parole et la donne à beaucoup d’autres. Toute une série de portraits, de témoignages, de lettres ou de comptes-rendus… donnent à l’histoire un tour particulièrement vivant et concret, et prennent le lecteur dans les débats, les discernements, les actes de foi qui mobilisaient les acteurs à l’époque. On ne perd j...
QUELQUES NOUVELLES RECENSIONS...
17 DÉCEMBRE 2015
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Remi de Maindreville
Les éditions du Cerf publient un magnifique Livre de la Miséricorde : un trésor de textes courts (une demi-page à une page et demi) tirés de la tradition spirituelle de l’Eglise (de saint Augustin à saint Jean-Paul II), évoquant les divers aspects de la miséricorde dans une perspective de de prière et de pratique.  Le théologien canadien Jean-Marc Barreau met en lumière l’audacieuse vision pastorale du pape François à partir de sa vie et de ses écrits relatifs à la miséricorde. (Mediaspaul) Patrice Gourrier nous invite, lui, à vivre la miséricorde, plutôt que d’ en parler.(Médiaspaul) Un peu plus à distance le P. Diego Fares, professeur à l’université catholique d’Argentine, décrypte pour nous dans un court essai « la culture de la rencontre » qui anime profondément la pape François.     
UN LIEN SOCIAL VITAL QUI DONNE CORPS À UNE SOIF DE BONHEUR
07 MARS 2016
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Remi de Maindreville
La Samaritaine a donné à boire à Jésus. Le regard qu’elle portait sur sa vie en fut transformé, au point d’y trouver un fondement et un dynamisme nouveaux. Comme quelqu’un qui, sortant d’un long sommeil, ou d’une addiction peut-être, retrouve goût et fraicheur à la vie. La pratique de la miséricorde nous rend au désir qui nous donne la vie comme au premier jour et permet de la regarder telle qu’on la reçoit : un don. Le fils du prodigue (Lc 15) découvre dans l’attente et l’accueil du père que son désir de  bonheur et de liberté ne peut s’accomplir dans le rejet de sa filiation, mais s’engendre de celui qui le cherche au-delà de toute séparation. Jésus-Christ appelle miséricorde ce goût de l’autre qui passe tout ce qui s’y oppose. C’est pourquoi les œuvres de miséricorde ne consistent pas à assurer les conditions d’un sauvetage d’urgence tout à fait nécessaire, que d’heureuses organisations maintiennent généreusement aujourd’hui : repas, boisson, vêtement,… avec au besoin l’appui de l’Évangile : « J’avais faim, j’avais soif, vous m’avez donné à manger, à boire,… ». L’autre...
MICHEL QUESNEL, LA GRÂCE DU PARDON DONNÉ
09 MARS 2016
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Remi de Maindreville
N’attendons pas le prochain numéro de Christus pour rendre compte de cette remarquable approche spirituelle du sacrement de réconciliation que vient de publier le P. Michel Quesnel, prêtre oratorien et théologien bibliste. Ancien recteur de l’Institut Catholique de Lyon, il a, des années durant,  passé de longues heures à confesser et à vivre ce sacrement dans l’église Saint Bonaventure à Lyon et il  nous en livre une relecture méditée, très authentique, pudique et discrète. Ce petit livre est précieux par deux côtés surtout.   1.       Une expérience durable, fine et approfondie de l’écoute de la personne, si diverse, qui vient se confier à la miséricorde de Dieu, avec ses fautes, se failles, mais aussi ses désirs, ses doutes, sa recherche de vérité et de fidélité.  La Parole de Dieu résonne alors dans son exigence et aide à voir clair, à nommer, à avancer. Le pardon est reçu et vécu comme un dynamisme intérieur. De nombreuses références bibliques, des manières personnelles  et éprouvées de faire et d’écouter sont ici données avec beaucoup de justesse psychologique  et de modestie.   2. &nb...
LE RESPECT
CHRISTUS N°250
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Remi de Maindreville
Le mot respect claque comme un coup de fouet. Rappel d’un autre âge où marquer le corps, pensait-on, forgeait l’esprit et le caractère et inculquait le respect ? Ou simplement, signe sonore d’une grandeur qui s’impose et ne se discute pas ? Mais il évoque aussi la réalité tragique de toute époque, quand les claquements d’armes et de bottes invoquent le manque de respect pour faire de celui-ci la raison mensongère de massacres arbitraires. Au centre de la vie des sociétés, le respect trace en chacun une limite infranchissable, sacrée et pourtant fragile, qui permet de se sentir considéré et de vivre en sécurité, mais aussi de le vouloir pour autrui.   Limite morale qui donne de traiter chacun comme soi-même, le respect est aussi un commencement, le seuil de la relation. Il rend possibles les échanges où se constitue le « vivre ensemble » et où se prévient la violence. Le respect s’exerce jusque dans le combat contre l’oubli et le mépris. Il est mémoire d’une rencontre décisive. Le chrétien l’espère et en vit, il le nomme Jésus-Christ.   Mémoire de l’autre et limite sacrée Une injonction sociale Le respect est une réalité complexe car, à l’inverse de l’attirance e...
Mots clés : Foi Fraternité Respect Relation
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DE PÈRE EN FILS
CHRISTUS N°250
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Remi de Maindreville
 Au moment où le pape François donne une forte résonance à la miséricorde, voici une savoureuse et nourrissante méditation de la Bible, des prophètes en particulier, qui en sonde les profondeurs. Dieu n’a pas d’autre désir que de donner à l’humanité son nom, sa Parole, sa vie, et de la faire ainsi entrer dans son intimité. L’Alliance n’est pas une libéralité extérieure et contraignante, car Dieu se donne à l’humanité à la manière dont un père donne son nom à son fils, sans recherche de paternité jalouse qui introduirait de la violence. Ainsi l’ont vécu tour à tour Moïse, David, Marie et Joseph : c’est dans l’intimité d’une confidence que Dieu leur ouvre son amour créateur et leur confie son nom. Les quatre chapitres (première partie) posent le fondement de cette Alliance qui donne naissance à l’homme, engendré de l’Esprit avant de naître de chair et de sang. Mais depuis le début, elle est aussi objet de soupçon, de méfiance, de cette peur qui conduit l’homme vers l’idolâtrie et le refus de son origine. Les onze chapitres de la deuxième partie racontent l’expérience que le peuple élu fait de la miséricorde de Dieu. La...
LE RÈGNE DU CHRIST, SELON LES EXERCICES SPIRITUELS
CHRISTUS N°250
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Remi de Maindreville
 Le Règne du Christ peut-il encore trouver un écho dans notre société sécularisée ? Cette question ouvre l’introduction et donne l’esprit et la ligne de réflexion de ce douzième ouvrage de la Petite Bibliothèque Jésuite créée en 2013 aux éditions Lessius. Le Père Claude Flipo, qui signe ce petit livre, est jésuite, bien connu des lecteurs de la revue Christus qu’il a longtemps animée, et auteur de plusieurs ouvrages spirituels. Avant d’être un projet ou une réalité palpable, le Règne est un appel personnel, que Saint Ignace a expérimenté dans sa propre histoire. À ceux qui ont commencé à goûter à la vie de l’Esprit et désirent s’y livrer davantage, la méditation du Règne fonde l’appel du Christ à le suivre en lui offrant toute sa vie. Le combat intérieur contre les résistances des sens et des appétits, l’accueil des humiliations que Jésus a connues sont une composante indépassable de l’appel du Règne. Mais la joie d’une vie chaque jour offerte à l’amour de Dieu et du prochain, l’attrait d’une liberté toujours plus grande au service de l’Évangile et de sa justice, sont aussi le fruit reçu quotidiennem...
LOUIS LOCHET, UN HOMME DISPONIBLE.
17 MARS 2016
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Remi de Maindreville
Monique Mazzoléni, membre de la communauté des Foyers de Charité, mais aussi historienne, l’aida dans cette fondation. C’est elle qui retrace aujourd’hui avec bonheur, la vie, la pensée, et l’œuvre du Père Lochet. Ce prêtre rayonnant et profondément disponible fut aussi un théologien et un écrivain spirituel rayonnant. « Fils de l’Eglise » en 1951 et « Fils de Dieu » (1963) gardent toute leur saveur spirituelle et leur inspiration pour une vie évangélique.  Il fut aussi un auteur régulier des premières années de la revue Christus où il laisse 7 articles entre 1957 et 1966.   Ce qui rend stimulante et attachante aujourd’hui la personnalité du Père Lochet, c’est son style de vie tout en simplicité, écoute et prière. C’est un homme libre, unifié,  détaché tout en étant fortement présent et engagé dans les questions et mouvements de son époque. D’une liberté qui repose sur son union au Christ à tout instant : « Comme un ami qui rencontre un ami et ils parlent de tout sans contrainte, comme un homme qui rentre à son foyer et qui ne se demande pas d’abord combien cela va durer » (Christus, n° 6, p. 215). On sent l&rs...
ENTRER DANS LA MISÉRICORDE
20 MAI 2016
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Remi de Maindreville
  Que serions-nous devenus si nous n’avions été l’objet d’une tendresse plus grande et plus forte que les blessures et offenses dues aux errements de notre histoire ? Peut-être est-ce au moment où une situation nous heurte davantage et nous appelle à faire preuve de générosité que nous gagnons une conscience avivée de la largesse qui nous a été prodiguée. On peut alors mesurer à quel point l’espace intérieur de nos vies s’en est trouvé élargi, apaisé, revivifié d’une manière tout à fait gratuite. Là où du désir mal orienté et des blessures toujours vives nous faisaient souffrir, là encore où le poids d’habitudes jamais interrogées tiraillaient le cœur et pesaient sur lui, là désormais s’ouvre quelque chose de neuf et de frais qui rend des forces à notre soif de vivre et d’aimer. Comme le fils prodigue.Un amour en excès Telle est la miséricorde : un excès. Un surcroît d’amour qui rend du champ et du temps, qui rouvre des possibles quand l’avenir se refermait, faute de moyens d’agir sur lui, quand la mort était à l’œuvre. C’est dans la petite enfance qu’elle s’éprouve et se perçoit d&...
Mots clés : Amour Miséricorde Parole de Dieu Parole d’homme
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LA GRÂCE DE RIRE (DE SOI)
01 JUILLET 2016
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Remi de Maindreville
« C’est pour rire ! » L’expression s’emploie souvent pour dire : « Ce n’est pas grave ! » et signifier à quelqu’un que la plaisanterie ou le trait d’esprit qui lui est adressé à pour but de rire ensemble sans intention de blesser. Comme si le rire avait le pouvoir d’alléger une réalité qui pourrait être blessante. Mais nous touchons là l’ambivalence du rire qui a toujours suscité une grande méfiance, tout spécialement dans la vie et la tradition spirituelles. Méfiance qui venait de son usage rituel dans les liturgies païennes, méfiance liée à l’expression de mépris ou de refus qu’il peut signifier, ou encore par la futilité ou la méchanceté qu’il véhicule aussi parfois. Pourtant le rire, dans les différentes formes de la gaieté, n’exprime-t-il pas au mieux l’allégresse intérieure, la joie que l’Esprit nous transmet ? Le rire et plus encore la capacité à rire de soi ne sont-ils pas les meilleurs remparts contre la moquerie qui salit, les meilleurs garants contre un sérieux qui dramatise et durcit la vie ? « Ayez toujours le visage riant » (François d’Assise) Pour les chrétiens, le...
Mots clés : Discernement Parole d’homme Connaissance de soi Société Bienveillance Rire
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AU-DELÀ DE L’EXCÈS, LA PETITE VOIX QUI NOUS RAPPELLE D’OÙ NOUS VENONS
06 JUILLET 2016
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Remi de Maindreville
  Les excès de paroles, ces dernières semaines, de mots et d’images, excès de colère, excès de violence, excès de scandales, d’égoïsmes, en tous domaines et occasions, mènent-ils à autre chose, finalement, qu’à un excès de surdité, d’arrogance et de défiance ? S’il permet opportunément de faire entendre une vérité contrariante, d’emporter une décision difficile ou de reprendre un dialogue, l’excès est peu propice au discernement, il empêche d’entendre et de voir juste, car par définition, il est sans proportion. En lui, nous devenons vite le jouet de la logique qui l’entraîne sans cesse plus loin, dans la démesure. A l’inverse, le discernement appelle l’apaisement, l’intériorisation nécessaire au mûrissement des choix, à la pesée des arguments, au sentiment du meilleur et du plus juste. Mais comment trouver le repos du corps et de l’esprit dans la crainte tumultueuse qu’engendre l’excès ? Comment ouvrir le cœur à la paix qu’il cherche, quand la sécurité n’est pas là et la confiance en ruines ? Deux gestes peuvent au moins y aider, sinon y parvenir. D’abord l’accueil en nous de l’enfant que nous demeurons, au sein de no...
OÙ DONC EST DIEU ?
03 AOÛT 2016
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Remi de Maindreville
    Où donc est Dieu, quand le mal sévit arbitrairement et aveuglément chez nous, en Méditerranée, au Proche-Orient ? Personne n’est à l’abri car tous peuvent en être les victimes, et cela dissémine un sentiment de précarité et d’insécurité qui nourrit une peur collective.  Dieu est d’abord du côté des victimes et de ceux qui en prennent soin : condamné par les pouvoirs politiques et religieux, Jésus souffre sa Passion et meurt sur la croix dans le sentiment d’être abandonné de Dieu, son Père. Mais c’est la puissance et la lumière de la Résurrection qui révèlent la force et le sens divins de son engagement, jusqu’à en mourir, au service de l’amour et du soin des personnes, les pauvres et les victimes du mal et de l’injustice surtout, tout au long de l’Evangile, comme le raconte la parabole du Bon Samaritain. Mais l’engagement de Jésus va bien au-delà de l’humanitaire. Dans la foi, le « Credo » nous dit que le Christ est à l’œuvre dans la mort : il descend aux enfers où il nous libère de l’enchaînement du mal qui aveugle, et il monte aux cieux, à la droite de Dieu où il nous ouvre à son jugement. Il aide ainsi au discernement de voie...
L’ESPRIT DE VERDUN
CHRISTUS N°251
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Remi de Maindreville Patrick Goujon
Les célébrations qui viennent de se passer à Verdun font prendre conscience que la réconciliation franco-allemande, impensable il y a cent ans, a pourtant bel et bien eu lieu. Et voilà qui, d’un coup, fait sentir ce qu’est la brèche de l’espérance quand rien ne semble possible. Au-delà même du rêve et de l’imagination, tout ce qu’il faut traverser de violence, de résistance, ce qu’il faut mettre en œuvre pendant cent ans de renoncement, de conversion, d’alliances politiques et économiques, mais aussi de gestes humbles et patients, accueillir chez soi des familles qui autrefois étaient l’ennemi. Si la réconciliation a été possible ici, alors l’inespéré pourra se produire ailleurs, sur d’autres terres ensanglantées, mais ce ne sera jamais sans l’acharnement de ceux qui ne regardent pas leurs frères d’abord comme des ennemis. Aujourd’hui, en Syrie, dans des cités dévastées où les armes n’en finissent plus de tuer et d’opposer des familles déchirées, des religieuses et religieux scolarisent plus de 3 000 enfants sunnites, chiites et chrétiens d’Églises diverses. Ils apprennent, lisent, chantent, jouent ensemble, prient, dans l’espoir que, lorsque des aîné...
LA GRÂCE DE RIRE DE SOI
CHRISTUS N°251
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Remi de Maindreville
  « C’est pour rire ! » L’expression s’emploie souvent pour dire : « Ce n’est pas grave ! » et signifier à quelqu’un que la plaisanterie ou le trait d’esprit qui lui est adressé à pour but de rire ensemble sans intention de blesser. Comme si le rire avait le pouvoir d’alléger une réalité qui pourrait être blessante. Mais nous touchons là l’ambivalence du rire qui a toujours suscité une grande méfiance, tout spécialement dans la vie et la tradition spirituelles. Méfiance qui venait de son usage rituel dans les liturgies païennes, méfiance liée à l’expression de mépris ou de refus qu’il peut signifier, ou encore par la futilité ou la méchanceté qu’il véhicule aussi parfois. Pourtant le rire, dans les différentes formes de la gaieté, n’exprime-t-il pas au mieux l’allégresse intérieure, la joie que l’Esprit nous transmet ? Le rire et plus encore la capacité à rire de soi ne sont-ils pas les meilleurs remparts contre la moquerie qui salit, les meilleurs garants contre un sérieux qui dramatise et durcit la vie ? « Ayez toujours le visage riant » (François d’Assise) Pour les chrétien...
Mots clés : Discernement Parole d’homme Connaissance de soi Société Bienveillance Rire
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L’EUCHARISTIE AU CŒUR DES ECRITURES
23 SEPTEMBRE 2016
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Remi de Maindreville
    Il faut sûrement être un peu familier des questions théologiques et de la lecture de la Bible pour tirer tout le sel de ce remarquable ouvrage du P. Cothenet.  Mais il propose une nourriture très solide à tous ceux qui cherchent à faire de leur vie quotidienne une vie « eucharistique », une authentique vie spirituelle à la suite du Christ et en lui. Il abonde en références bibliques et patristiques propres à la réflexion et à la méditation, et des commentaires lumineux enrichissent, élargissent, voire convertissent notre compréhension parfois trop étroite de l’eucharistie. Notamment sur deux points. L’eucharistie pas seulement mémorial du passage du Fils vers le Père pour nous entraîner à sa suite, elle est aussi le sacrement de la  récapitulation, de la Nouvelle Alliance : Dieu, par le sang de la Croix, a voulu réunir en Christ l’univers entier, ce qui est aux cieux et ce qui est sur la terre (Ep 1, 10). L’eucharistie ne nourrit pas seulement une voie de salut personnel et communautaire, c’est l’univers entier qui est sauvé, réconcilié dans la mort et la résurrection du Christ. (p. 28). Cela conduit à interroger les textes de l’Ancien Testament qui annoncent et construisent cette perspective, et p...
CHOISIR D'AGIR
CHRISTUS N°252
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Remi de Maindreville
De nombreuses crises (écologiques, économiques et politiques) secouent le monde aujourd'hui. Face à cela, nous faisons le plus souvent l'expérience d'une impuissance qui vient heurter de plein fouet notre désir de puissance. Par ailleurs, nous allons bientôt être sollicités pour voter et, par là, contribuer à la vie de la Cité en prenant place dans le « jeu » collectif. Nous sommes parfois tentés de situer notre capacité à agir dans une alternative stérile entre un « je peux tout » et un « je ne peux rien ». C'est omettre que nous avons un pouvoir d'action au cœur de ce qui s'impose à nous, un espace de liberté. Il nous faut éviter deux écueils : le premier serait de tomber dans l'illusion d'une toute-puissance collective ou individuelle. Collective quand elle prend corps dans les potentialités que nous ouvre le sentiment de tout contrôler, par le seul pouvoir de la raison, de la technique, de l'économie, de la politique… au risque de provoquer de graves crises, écologiques notamment. Individuelle quand nous imaginons tout pouvoir, par la seule force de notre propre volonté, de notre résistance physique ou de notre position dans la société. Le second écueil serait de sombrer dans une désesp&eacu...
HISTOIRE DU SILENCE
CHRISTUS N°252
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Remi de Maindreville
Ce livre signé de l'historien Alain Corbin n'est pas un ouvrage spirituel, mais il est précieux pour tous ceux qui s'occupent de vie spirituelle et plus particulièrement pour ceux qui ont la charge d'en accompagner la croissance chez les autres. Distribué en neuf chapitres, ce livre rend attentif aux espaces et moments de silence en nous : besoin de sortir du bruit, rôle de la chambre où l'on se souvient, où on lit, médite, pense, revient sur soi, autant d'actions qui requièrent le silence. De Bossuet à Jacottet, en passant par Chateaubriand, Newman ou Maeterlinck, la littérature est ici abondamment convoquée pour illustrer et souligner l'importance de ces espaces de silence et leur valeur éducative. Mais aussi la peinture, qui peut « prêcher par le silence », comme le notait l'abbé de Rancé, le fondateur de La Trappe. Du silence jaillissent la parole et la création, l'œuvre ou le service qui nous transforment. Il est une école de prudence, d'écoute et de construction de la relation. Mais il peut aussi être lourd de haine, de rupture, d'intentions mauvaises, de destruction et de mort. On goûtera particulièrement les chapitres sur « les quêtes du silence » et « la parole du silence », liés par un « interlude » sur &laquo...
NOËL DE PAIX
23 DÉCEMBRE 2016
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Remi de Maindreville
    Comment la faiblesse, si fragile, peut elle sauver le monde ? En comptant sur les liens qu'elle doit tisser pour donner et entretenir la vie. En comptant sur l'amour qui donne un prix et une force inestimables et tenaces à ceux qui l'echangent. Comme l'enfant qui sait que sa croissance, sa réussite,  sa force à venir viennent de l'attention douce et ferme qu'on lui porte, et non de la violence exercée. Et cela commence bien avant la venue de Jésus. A l'image de Dieu, Noe prend soin de la création submergée de violence, il sauve la planète de l'engloutissement en réunissant les forces vives dans une navigation qui arrive à bon port. Jean-Baptiste appelle à une conversion dont on mesure l'impact éthique et social. Joseph choisit Marie, enceinte, et décide avec elle de protéger et faire grandir en force et en discernement, contre toute violence et toute barbarie, le Fils en qui se joignent la Parole créatrice de Dieu et l'espérance des hommes : Jésus, Prince de la Paix. De toute éternité, Dieu a choisi l'amour comme unique force de création et de salut du monde. Il en maintient l'attente et l'accomplissement. Aidons-Le, de toutes nos forces. Le monde en a besoin. Remi de Maindreville, sj
L'ÉCHELLE MYSTIQUE DU DIALOGUE
CHRISTUS N°253
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Remi de Maindreville
  Bayard, 2016, 236 p., 13,90 €. Ce livre de 236 pages, dont l'écriture de grande taille aide la lecture, se compose de deux parties. D'une part, l'édition intégrale d'une communication faite à Rome en 1989 par Christian de Chergé sur le thème : « Chrétiens et musulmans, pour un projet commun de société » (pp. 1-105). Et, d'autre part, le commentaire qu'en donne Christian Salenson (pp. 106-230), qui éclaire et souligne remarquablement la vision à la fois originale et prophétique de Christian de Chergé. Chacun des trois points de la conférence vient nourrir et déplacer le désir spirituel qui creuse en nous la place de l'autre, le différent, autrement croyant et autrement priant. Ce n'est pas tant le débat théologique et interreligieux entre experts qui aidera à progresser dans la compréhension et le rapprochement réciproques que le « dialogue existentiel » quotidien qui naît du vivre-ensemble, comme à Tibhirine, et qui provoque « une transformation dépouillante », comme put l'être celle d'Abraham ou de la Pâque. Elle invite le chrétien à contempler en Jésus Christ « le grand sacrement de l'espérance » toujours plus grand que l'image que nous...
MIGRATIONS
CHRISTUS N°253
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Remi de Maindreville
En Europe, nous sommes tous confrontés à une explosion des migrations, qui affectera inévitablement notre avenir. Nous sommes touchés, comme les migrants eux-mêmes, là où nous ne voudrions pas, dans notre origine même. Nous la tenons des autres, de leur amour ou de leur jouissance de la vie. Peut-être alors pouvons-nous entendre et lire un appel de l'Esprit au cœur de cette situation violente et passionnelle. L'espoir de vivre fait prendre des risques inouïs. Le contexte grec montre que, si le sentiment de débordement y est réel, il engendre aussi une liberté nouvelle chez ceux qui accueillent. C'est l'histoire d'Abraham qui se répète : l'écoute de la promesse divine le met en route, et l'hospitalité qu'il réserve aux hôtes étrangers engendrera, dans le rire et les risques, un peuple nouveau. La migration est un chemin de foi qui fait de celle-ci une migration. De campement en campement, telle est la marche du peuple de Dieu, toujours tenté de transformer en sécurités les dons que Dieu lui fait pour que tous en vivent, nous disent les Pères de l'Église. La migration se fait même intérieure chez le moine, que son vœu de stabilité engage à une disponibilité intérieure radicale et à un combat intérieur constant contre les forces de repli. A...
JOHANN SEBASTIEN BACH
CHRISTUS N°253
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Remi de Maindreville
  Vrin, MusicologieS, 2016, 424 p, 30 €. Le livre est exigeant mais sa lecture ouvre l'oreille et le cœur. Elle dispose à une écoute neuve et savoureuse des deux grandes Passions de Bach. Les auteurs, jésuites, enseignent au Centre Sèvres ; ils ont écrit chacun plusieurs articles dans Christus ces dernières années, et ils signent là leur troisième ouvrage réalisé ensemble sur la musique de Bach. Ouvrage d'autant plus attendu qu'il comble un manque : en quoi Bach se fait-il l'interprète des évangiles de la Passion à travers les deux œuvres qu'il livre ? Sur quel chemin spirituel nous conduisent le choix des textes et la musique qui les lie ? Quelle lecture théologique Bach fait-il de la Passion, et que touche-t-elle chez l'auditeur ? C'est en quoi le livre, avec toute sa technicité, avec des analyses fouillées théologiques et musicologiques, est avant tout un ouvrage spirituel : contempler le Christ des Passions de Matthieu et de Jean tel que Bach nous le donne à entendre et à voir, pour en tirer un profit spirituel, nourrissant pour le cœur, la pensée et la foi, aujourd'hui. Les trois parties du livre font entrer dans ce mouvement intérieur : la première nous dispose à l'écoute, grâce la situation historique et stylistique des Passions qu'elle préci...
BONNE ANNÉE !
31 DÉCEMBRE 2016
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Remi de Maindreville
A tous et à chacun, que l'Esprit Saint vous donne une année où la paix et la joie l'emporteront sur la violence et la morosité, en vous et autour de vous. Elle sera alors une année sainte et non fatale, quelques soient les événements qui la marqueront.  Nous ne résistons pas à vous offrir ces quelques lignes du livre magnifique de Christiane Rancé En pleine lumière, paru il y a quelques mois chez Albin Michel. Une relecture dans l'Esprit que sa vive et chaleureuse écriture donne à partager.   " Janvier. C'est l'époque des voeux de bonne année. Celui d'une excellente santé, je veux l'entendre comme Arthur Rimbaud la proposait dans son idéal : la "santé essentielle". Autant dire l'attention extrême au monde par tous ses sens, aiguisés dans le déploiement de leurs pouvoirs. La vue pour regarder autour de soi, recevoir la beauté de l'univers et s'en réjouir, mais aussi observer les visages, les sourires, les mouvements des autres vers nous, fuissent-ils imperceptibles, qu'il s'agisse d'appels au secours ou d'appels au partage et à la joie. [...] C'est un exercice, comme la marche ou la natation, que de regarder au-delà des préjugés et des conventions. Qu'est-ce qui est vrai dans ce que nous voyons ? L'exercice est le même pour l'ouïe, qu'il convient de met...
L'ACTION, UNE AUTRE PRIÈRE
CHRISTUS N°254
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Remi de Maindreville
    C'est une joie de voir que tant de personnes trouvent aujourd'hui du goût dans la prière, et plus largement dans toutes sortes de manières de méditer. Les intentions, les méthodes, les intérêts sont certes très divers, mais les témoignages s'accordent sur les fruits recueillis. Repos intérieur, bien-être, enrichissement spirituel sont autant de sources de respiration au quotidien, qui confèrent lucidité et vérité dans une vie personnelle et relationnelle plus paisible et fraternelle. Saint Ignace de Loyola, qui alla jusqu'à prier sept heures par jour au lendemain de sa conversion, découvrit plus tard, en organisant sa vie d'étudiant à Paris, que « l'homme ne sert pas Dieu seulement quand il prie ». Davantage, loin de ruiner l'œuvre de la prière, l'action suscite une prière nouvelle, propre aux conditions dans lesquelles elle se déroule. Voilà qui fait « trouver Dieu en toutes choses ». Et, pour Ignace, comme pour tous ceux qui vivent de la force de l'amour, Dieu ne nous rejoint pas dans une prière indéfiniment épurée. Sa tendresse accompagne et suit l'effort de charité active et de discernement d'une action menée au service de son Règne, dans un monde plus juste, plus humain, plus attirant. Cependant, en...
LE COMPLEXE D'ELIE
CHRISTUS N°254
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Remi de Maindreville
    Marion Muller-Colard - Labor et Fides, « Petite bibliothèque de spiritualité », 2016, 176 p., 16 €. Après L'autre Dieu, l'auteure, théologienne protestante, aumônière d'hôpital et écrivaine, retrace l'itinéraire spirituel que balise en elle, pas à pas, la question de l'engagement politique. Question redoutable qui surgit un matin d'hiver, de grippe et de neige, à travers les larmes d'un interlocuteur au téléphone. Et, à partir de là, s'ouvrent ou se rouvrent des portes intérieures qu'on avait soigneusement fermées, plus ou moins consciemment, pour éloigner les désillusions et déceptions, tout en faisant du refuge familial, bien à l'écart, la clairière du bonheur et de la liberté. C'est là que le livre touche, au plus profond. Car il ne s'agit ni de convaincre, ni d'adhérer, ni a fortiori de convertir, toutes choses qui ramèneraient à des images manipulatrices du politique et d'un pouvoir séducteur. Plus que les rêves déçus, plus que les discours et arguments décevants, c'est le désir de l'autre qui nourrit notre élan vers lui et nous fait sortir du « chez soi » et de nos cachettes les plus sûres. Malgré la neige et la grippe, comme la voix de Jo au...
L'ÉTAT DE VIE CHRÉTIEN
CHRISTUS N°254
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Remi de Maindreville
    Traduit de l'allemand par Julien de Vulpillières, éditions Johannes Verlag, 2016, 512 p., 22 €. Belle et heureuse initiative des éditions Johannes Verlag de publier en français, dans les Œuvres complètes de Hans Urs von Balthasar, L'état de vie chrétien, paru en 1977. La lecture peut être difficile mais elle est éclairante et nourrissante. Il s'agit d'une ample et profonde méditation sur « l'appel du Christ » dans les Exercices spirituels (n° 91 s) d'Ignace de Loyola, comme l'écrit l'auteur dans une précieuse « Préface à titre de mode d'emploi » qui ouvre le livre. Trois grandes parties composent cet imposant ouvrage. La première dresse la « toile de fond » en guise de rappel : nous sommes faits pour aimer et c'est dans cette vocation universelle que peut s'entendre un appel à des formes d'amour singulières dans l'Église. Le régime de l'amour est paradoxal, car aimer énonce à la fois ce qui s'impose à soi et ne se commande pas, ne requiert aucune loi ni obligation, et en même temps l'amour fait accomplir toutes sortes d'obligations qui, « prises isolément, ne sont que le pendant objectif d'un état subjectif extérieur à l'amour parfait ». Remarque fondamentale pour la...
CANONISATION DE FRANCISCO ET JACINTA MARTO À FATIMA
15 MAI 2017
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Remi de Maindreville
          Cent ans jour pour jour après la première apparition de la Vierge Marie à Fatima au Portugal, Francisco et Jacinta Marto ont été canonisés ce samedi 13 mai 2017. Plus de 500 000 catholiques sont venus assister à la canonisation des deux bergers par le Pape François à Fatima.   "La canonisation de deux petits bergers de Fatima, samedi, prend une singulière saveur d’espérance dans nos horizons souvent assombris d’aujourd’hui. Car l’avenir n’est pas d’abord affaire de calculs ou de projections, de violence ou de possession. Il est un enfantement. De Marie qui enfante Jésus, de toute femme qui enfante, jaillit jusqu’à la fin des temps, la lumière qui éclaire et ouvre l’avenir à la vie et à la paix. Nous ne sommes donc pas livrés à l’angoisse de l’isolement ou de l’oubli décourageant, rien ne nous soumet à la violence des riches, des fanatiques ou des puissants. C’est dans un enfant que Dieu est venu nous rejoindre et vaincre en nous les ténèbres du mal et de la mort. Et c’est à des enfants qu’Il confie ce message, en un temps de violence inouïe. En lui ouvrant nos zones d’ombres, en combattant avec lui les forces de haine et de repli, nous donnons naissance et croissanc...
PRIÈRE POUR LA SAINTE TRINITÉ
09 JUIN 2017
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Remi de Maindreville
    Pour ce dimanche où nous fêtons la Sainte Trinité, Christus vous propose cette prière très suggestive, tirée des écrits spirituels de saint François de Borgia (1510-1572). Après une vie de père de famille et de responsable politique très proche de Charles-Quint, il entra à près de 40 ans dans la Compagnie de Jésus, dont il fut le 3e Père général. Dans son intégralité cette prière se trouve dans le n° 23 de la revue « Christus » (juillet 1959) consacré à la Sainte Trinité.     « Nous ferons en lui notre demeure » (Jn 14, 23) Prendre soin de la demeure où les trois personnes divines doivent habiter, c’est prendre soin de notre mémoire, de notre intelligence et de notre cœur, car c’est là que travaille en nous la ressemblance de l’Image de Dieu. La mémoire, demeure du Père.  Chaque fois que me viendra le souvenir de quelque bien, j’accourrai au Père éternel, Hôte de ma mémoire, et j’en prendrai motif  pour me souvenir de lui et aller à lui, pour lui dire ces mots, ou d’autres : « Hôte très saint, qui est l’homme pour que tu te souviennes de lui ? Que trouves-tu en moi, pour &ec...
LA DÉMESURE DE L'ESPRIT
CHRISTUS N°255
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Remi de Maindreville
  Notre avocat, l'Esprit saint, nous défend à la mesure de l'accueil que nous lui prodiguons dans la prière et la conversation fraternelle. Quand l'enthousiasme déborde d'une lumière qui masque la réalité, il pointe en nous la complaisance. À l'inverse, quand nous perdons pied dans l'échec, sa voix ferme nous prévient du mensonge du ressentiment. Son souffle apaise le nôtre et rythme la traversée victorieuse de l'épreuve. Que l'Esprit saint démasque l'esprit de mort derrière ce qui fascine, Ignace de Loyola en fit l'expérience à Manrèse. À l'issue de révélations divines, il découvrit que la vision, qui l'accompagnait souvent de ses reflets scintillants, était un fruit du démon et il décida de la chasser. Mais notre avocat nous aide bien au-delà d'une prévention des pièges de l'Ennemi. Notre défense la plus sûre repose sur la recherche inlassable de la vérité et du bien, jusque dans les affrontements les plus durs et jusque dans l'hostilité, à l'image de celle qu'a connue Jésus. L'Esprit de Dieu nous découvre les ressources d'amour qui transforment en promesse toute situation de détresse : • Promesse de retrouver les traits du Ressuscité dans le visage de ceux qui sont détruits par la violen...
UNE SPIRITUALITÉ AU FÉMININ
CHRISTUS N°255
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Remi de Maindreville
  Évoquer une spiritualité au féminin conduit à accueillir la tradition spirituelle comme un bien partagé. Tout ce qui vient enrichir une présence évangélique dans le monde, toute manière singulière d'écouter et de mettre en œuvre la parole de Dieu portée en Église par des hommes ou des femmes, profitent à tous et font croître le règne de Dieu. Aider à naître et faire naître dit quelque chose du féminin, sans exclusivité. C'est l'art de permettre à d'autres de mettre au monde du nouveau, jusqu'à croire qu'un commencement est possible même là où tout semble pourtant fermé : le matin de la Résurrection, mais déjà avant, avec la Syro-Phénicienne, une étrangère, qui a élargi l'écoute de Jésus pour le salut de tous. C'est aussi la grâce du rythme et du savoir du corps, propre aux femmes, qui favorise une manière d'accueillir dans leur chair une vie de l'Esprit venant de plus loin. Soutenu par une intimité relationnelle qui le protège et le fortifie, ce souffle anime le monde. Il devient alors le chemin de voisinage avec Jésus, ouvert par les femmes de l'Évangile, où se partagent avec lui une compréhension mutuelle et une affinité charnelle qui nourrit le d&e...
L'INTRANQUILLITÉ
CHRISTUS N°255
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Remi de Maindreville
  Dans un petit livre bref et vif, Marion Muller-Colard nous emmène dans un lieu d'inconfort qu'elle aime tant, car c'est là que le Christ nous rejoint et nous ouvre des espaces de respiration infinis, en nous révélant à nous-mêmes. L'intranquillité, « cette impatience de l'âme contre elle-même » (Fernando Pessoa) qui nous habite depuis la naissance, rien, aucune paix n'assure contre elle. C'est bien pour cela que le monde d'aujourd'hui, et nous-mêmes par toutes nos fibres, cherchons à la fuir ou à nous en prémunir par toutes sortes de pratiques tranquillisantes, y compris religieuses. Pourtant, se laisser inquiéter, toucher, nous fait prendre le chemin d'un Dieu qui a choisi le risque d'une Parole qui dérange et la fragilité de la vie humaine pour se révéler. Un Dieu qui, en Jésus, choisit l'intranquillité des rencontres, plutôt que les certitudes affirmées, pour faire de la confiance le lieu du vrai repos intérieur qui nous sort de nos sentiers étroits et battus. Mais n'était-ce pas déjà l'expérience de Jacob au gué du Yabboq : à jamais blessé mais béni, par cet Autre qui dérange et fait vivre ? Un tout petit livre si simple et si juste, spirituel.
21 JUIN, FÊTE DE LA MUSIQUE, FÊTE DE SAINT LOUIS DE GONZAGUE (JÉSUITE)
21 JUIN 2017
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Remi de Maindreville
      Aucun rapport entre les deux sinon le choix arbitraire d’une date : début de l’été pour l’une, canonisation pour l’autre. Et pourtant …  Ces deux fêtes portent en elles des rencontres inouïes et imprévisibles. La musique impulse en nous un rythme, des sons, une cadence qui nous ouvrent et nous mettent au diapason des autres qui sont là. On est touché,  on bouge, on en parle, on admire ou on se bouche les oreilles, mais la musique crée de la relation,  délie les langues, anime les corps, ouvre à la joie, bien au-delà des différences culturelles. Au point que le grand chef d’orchestre Lorin Maazel, en tournée en Chine au début des années 80, voyait dans la musique le lieu d’une liberté qu’aucune frontière n’arrête. Héritier d’une des plus grandes familles européennes de son temps, le jeune Louis de Gonzague demeure à jamais celui qui refusa un rang, une carrière, une destinée programmés d’avance,  pour offrir, à 17 ans, toute sa vie à ceux que lui présenterait le Christ. Ce fut  un malade de la peste qui lui transmit la maladie à 23 ans, alors qu’il le portait à l’hôpital sur ses épaules. Il la reçut comme un chemin de...
FONDER UNE NOUVELLE SOLIDARITÉ ?
CHRISTUS N°231
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Remi de Maindreville
Remettre l'homme au centre de l'activité économique et sociale apparaît, pour un nombre croissant de personnes, comme l'unique perspective capable de sauver la planète et de fonder une nouvelle solidarité. Pour y parvenir, il ne suffit pas de combattre des structures d'injustice au nom de valeurs plus justes, plus écologiques et démocratiques. Dans la mesure où il s'agit de changer de manière de vivre, ce combat éthique a aussi nécessairement une dimension personnelle. C'est en soi-même qu'il s'agit d'abord de mener le combat contre les forces et les pesanteurs, les contraintes et les intérêts qui nous délogent de notre dignité et nous exemptent de nos responsabilités. Il est plus facile d'accuser le financier cupide, intraitable et sans visage, que de reconnaître ma complicité avec un système spéculatif dont, même très chichement, je profite. Il est plus aisé de dénoncer les industries trop gourmandes en eau que de changer ma propre consommation. Là s'affirme pourtant la vérité d'une conversion et d'une solidarité durable. Il existe une très courte prière qu'Ignace invite à faire préalablement à tout "exercice spirituel". Il s'agit de demander à Dieu la grâce d'être mis en sa présence : recevoir et ré-accueill...
LE GOÛT DE LA LOUANGE
01 AOÛT 2017
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Remi de Maindreville
En nous libérant de nos occupations habituelles, le temps de vacances invite à raviver en nous le goût de la louange. Célébrer l’amour de Dieu, chanter sa louange va bien au-delà  d’une forme particulière de prière. Louer Dieu, c’est le fruit d’une rencontre heureuse, amoureuse, à faire déborder le cœur. On ne peut s’empêcher de raconter ce qui nous arrive, d’en exprimer tout le bonheur éprouvé, comme pour mieux révéler l’inattendu, la gratuité, la source de ce qui a été reçu et sur quoi on ne peut refermer la main sans le pervertir,  l’anéantir : l’amour, avec le souffle et la joie qu’il met en nous. Cet inouï de l’amour,  l’Ecriture nous le fait entendre dans toutes les circonstances possibles où nous met la vie. Le psalmiste est par excellence celui qui chante et appelle la présence du Dieu qui l’aime et lui échappe toujours,  dans les situations les plus humbles et élémentaires, quotidiennes, d’une vie humaine : « je te chante car tu m’as libéré, mis au large », « Bénis sois-tu », « Viens à mon aide », « oh Dieu si  tu pouvais… », «&nbsp...
RÉFORMER, SE RÉFORMER
04 SEPTEMBRE 2017
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Remi de Maindreville
Le temps est à la réforme. Dans la société et dans l’Eglise, dans les manières de travailler ou de procéder, il faut réformer. Cela s’impose dans les esprits comme une nécessité, mais aussi comme une sorte de mot de passe, un signe de reconnaissance. Ainsi en allait-il aussi à l’époque de Luther et d’Ignace de Loyola, où l’esprit et la nature des réformes touchait des réalités et des circonstances bien différentes. Mais pour Ignace, il s’agit d’abord de se réformer soi-même, en revenant à la source intérieure de tout renouveau : l’action de l’Esprit Saint en chacun de nous. Dans les Exercices spirituels (n° 189), au moment où l’on prépare les décisions qu’on désire soumettre à la lumière de l’Esprit, Ignace invite celui qui n’a pas à faire de choix de vie irrévocable, à « amender et réformer  sa propre vie et son état ». Pour cela, il lui faut « bien considérer et ruminer » son mode et son train de vie, sa manière de gérer ses affaires et d’habiter ses relations, son attention aux pauvres, etc., en se posant  la question : dans ce domaine de ma vie, qu’est-ce qui gouverne mes pens&ea...
UNE RENCONTRE INTÉRIEURE
CHRISTUS N°256
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Remi de Maindreville
Méditer est une expérience spirituelle, même si elle ne requiert aucune conviction religieuse particulière. Mais, plus qu'une voie, la foi chrétienne reconnaît dans cette respiration intérieure une initiative de l'Esprit de Dieu. Dans la paix que procure la méditation, la foi voit les fruits d'une rencontre avec Dieu qui s'incarne dans nos vies.   La méditation recouvre aujourd'hui une réalité multiple et vaste, car il y a bien des manières et des raisons d'être tout entier recueilli, attentif à un objet qui nous mobilise et nous unifie intérieurement. Intensément présents à nous-mêmes à travers ce qui nous habite, nous semblons pourtant totalement absents, coupés de ce qui nous entoure et nous occupe habituellement. Méditer est une expérience spirituelle, même si elle ne requiert aucune conviction religieuse particulière. Mais plus qu'une voie, la foi chrétienne reconnaît dans cette respiration intérieure une initiative de l'Esprit de Dieu. Dans la saveur et la paix intérieure que procure la méditation, la foi nomme les fruits d'une rencontre heureuse avec Dieu. Cette conscience d'une Parole qui porte la nôtre lui donne une résonance infinie, « des mots enrobés de silence » comme l'écrit Etty Hillesum. Elle nous r...
RÉFORMER, SE RÉFORMER
CHRISTUS N°256
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Remi de Maindreville
Le temps est à la réforme. Dans la société et dans l’Eglise, dans les manières de travailler ou de procéder, il faut réformer. Cela s’impose dans les esprits comme une nécessité, mais aussi comme une sorte de mot de passe, un signe de reconnaissance. Ainsi en allait-il aussi à l’époque de Luther et d’Ignace de Loyola, où l’esprit et la nature des réformes touchait des réalités et des circonstances bien différentes. Mais pour Ignace, il s’agit d’abord de se réformer soi-même, en revenant à la source intérieure de tout renouveau : l’action de l’Esprit Saint en chacun de nous. Dans les Exercices spirituels (n° 189), au moment où l’on prépare les décisions qu’on désire soumettre à la lumière de l’Esprit, Ignace invite celui qui n’a pas à faire de choix de vie irrévocable, à « amender et réformer  sa propre vie et son état ». Pour cela, il lui faut « bien considérer et ruminer » son mode et son train de vie, sa manière de gérer ses affaires et d’habiter ses relations, son attention aux pauvres, etc., en se posant  la question : dans ce domaine de ma vie, qu’est-ce qui gouverne m...
CHRISTUS EN TERRE SAINTE !
27 SEPTEMBRE 2017
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Remi de Maindreville
  Jour 5 : Jardin des Oliviers Et voici le jardin des Oliviers où Jésus aimait se rendre avec ses disciples. Belle eucharistie aussi à Saint Pierre en Gallicante chez les Assomptionnistes, autour de l'échange de regard entre Jésus et Pierre, qui donne à celui-ci de reprendre confiance et de pleurer son reniement. Jour 4 : Tibériade D’où viennent ces larmes qui montent à mes yeux, alors que je marche sur tes pas, Seigneur, sur ce rivage de Tibériade ? Quelles sont ces bouffées d’émotion qui m’étreignent en parcourant les rues de Capharnaüm, entre synagogue et maison de Pierre (et de pierres) ? Et du haut de ce mémorial des béatitudes, dans la splendeur des bougainvillées et des oliviers gorgés de fruits, est-ce toi que j’aperçois au loin sur la barque, m’appelant à te rejoindre au large ? Je mets mes pas dans les tiens, en cet endroit où tu passas et repassas, vivant puis ressuscité. C’est là, au creux du désespoir des lendemains de la mort sur la Croix, que les apôtres s’étant levés pour aller pêcher te reconnurent à ton appel depuis la rive. Oui, ce sont des larmes de joie qui montent en moi, de la joie ineffable dont la source est cette force de vie que tu as mise en chacun de nous, toi Seigneur qui, to...
LA SAINTETÉ N’EST PAS UN PROGRAMME DE PERFECTION !
27 OCTOBRE 2017
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Remi de Maindreville
        Etre en paix avec soi-même et autrui, maîtriser et orienter son énergie au prix d’une ascèse souvent sportive, ou encore gagner en harmonie et en douceur dans les relations, ces quêtes ne s’expriment aujourd’hui plus guère dans les mots de la foi, la sainteté par exemple, mais stimulent le mode de vie de beaucoup. Elles sont comme l’expression d’un désir de perfection de soi au service d’une qualité de vie affective et sociale. Ce qui demeure pourtant constant, c’est la volonté d’accomplir cela par soi-même, au moyen de techniques et d’exercices aussi performants qu’éprouvés : grandir et nous dépasser par nous-mêmes, devenir par nous-mêmes ce que nous nous sentons appelés à être. A nos propres yeux. La foi chrétienne, en sa mémoire spirituelle, vient ici rappeler et éclairer un autre chemin intérieur à chacun de nous. La sainteté n’est pas un programme de perfection et de développement personnel soutenu par la volonté ou un désir de maîtrise de soi. Elle est la lumière diffusée par nos actes et nos paroles, nos blessures et nos talents, quand ils sont les fruits d’un amour qui nous dépasse et nous emporte ; quand l’expérience d&rsquo...
VEILLEZ…  COMME UN PORTIER ! (MC 13, 33-37)
01 DÉCEMBRE 2017
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Remi de Maindreville
Dans ce premier dimanche de l’Avent (année B), St Marc nous invite à rester éveillés pour veiller et accueillir le Sauveur quand il viendra, à la manière d’un maître qui retrouve les siens. L’éveil est une condition de cette attente, et l’attente, active, fait passer de l’éveil à la veille. Veiller, c’est être attentif, tous nos sens en éveil, à ce qui peut se passer, advenir. Ici : la venue toute proche de quelqu’un que nous reconnaitrons car il ne nous est pas étranger. Veillez ! Mais comment veiller, concrètement ? A quoi être plus particulièrement attentifs ? Et quelle est notre charge ? St Marc donne une indication précieuse : le portier, celui qui veille à la porte de la maison et la surveille. Il questionne, il ouvre ou ferme selon de qui il s’agit. Cette image du portier qui veille à la porte et attend la venue du maître a une postérité spirituelle immense. Depuis les Pères du Désert, elle nous invite à être le portier de notre cœur  pour veiller sur ce qui y entre et ce qui en sort. Une circulation intense de pensées, de réactions, de projets  emprunte notre porte intérieure, celle-là même où Jésus aussi vient frapper pour s’asseoir pr&egrav...
LE DÉSIR DE CONVERSION NOUS HABITE
11 DÉCEMBRE 2017
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Remi de Maindreville
Le désir de conversion nous habite. A notre insu, parfois. Il nous fait désirer  de changer en nous un défaut qui nous gêne ou nous obsède, et qui souvent  met à mal, à nos yeux, notre réputation, la bonne image de nous-même devant les autres. Mais est-ce vraiment  ce que Dieu attend de nous ? Est-ce vraiment sur ces points peut-être douloureux, ou même humiliants parfois,  que le Seigneur m’appelle à dépenser mes forces et mon énergie, à centrer mon attention et mener le combat ? Les textes liturgiques de ce 2e dimanche apportent ici une aide appréciable. D’une part, ils nous invitent à « préparer le chemin du Seigneur »  là où nous avons soif de simplicité, de droiture, de vérité. De ce point de vue, notre défaut récurrent et déplaisant peut être une aide. Si nous l’abandonnons à la patience de Dieu, nous sommes plus libres et décentrés de nous-même pour orienter notre effort à simplifier et enrichir notre « humus », notre cœur, au bénéfice de Dieu, des autres, de nous-même. Et dans l’Evangile, Jean-Baptiste nous désigne le Christ à venir : « derrière moi vient celui qui est plus grand que m...
LE SEIGNEUR EST PROCHE, IL EST AU MILIEU DE NOUS !
15 DÉCEMBRE 2017
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Remi de Maindreville
Ce 3e dimanche de l’Avent invite à la joie car le Seigneur est tout proche. Déjà la lumière adoucit l’horizon. Elle éclaire tous les germes de justice que font lever les amoureux de Dieu pour faire de ce monde un jardin où tous exulteront du bonheur et de la vie donnés, cultivés, partagés. Ils sont nombreux ces germes, bien plus qu’on ne pense, associations, mouvements, communautés de toutes sortes, où ceux qui d’ordinaire ne comptent pas sont accueillis avec leur manque et leur art de vivre. La semence semble moins lever dans des personnalités hors du commun, ces prophètes qui hier  initiaient l’action et alertaient l’opinion, Mother Teresa, l’Abbé Pierre, J. Wresinski, Soeur Emmanuelle, etc. Aujourd’hui, grâce à eux, elle rejoint ceux qui se laissent toucher par la peine de l’autre. Elle creuse en leur coeur le sillon où elle fructifie, et elle nourrit la joie qui la communique avec discrétion et réalisme. Elle apprend à « discerner la valeur de toute chose ». Jean-Baptiste nous indique un chemin intérieur de la joie lumineuse et féconde, dont l’Avent fait mémoire chaque année : renoncer à être celui ou celle que nous ne sommes pas, renoncer à trop nous identifier  à tous ces rôles que le qu...
EN PLEINE LUMIÈRE
CHRISTUS N°257
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Remi de Maindreville
Avec ces carnets, Christiane Rancé offre une série de méditations lumineuses qui donnent à l'ouvrage l'allure d'un vitrail. Il recouvre presque deux années de la vie de l'auteure mais, plus que les événements qui la marquent, l'important est ici la lumière de l'amour, qui donne sa couleur et son éclat particulier à chaque moment de l'existence, à commencer par les plus douloureux. « Peut-être toute ma joie se joue-t-elle dans la région du malheur », écrit-elle en relatant dans les premières pages la maladie et la mort de sa sœur, sa confidente et amie. Et, à l'autre bout du livre, ou presque, elle nous dit qu'après la mort de sa dernière fille, c'est le refus d'abandonner son amour maternel au désespoir et au procès contre Dieu qui la sauve d'une colère longue et tenace, et lui donne d'aimer sa fille jusque dans sa disparition. « La victoire sur soi-même que suppose la joie est un surcroît de vie. » D'un bout à l'autre, des méditations aussi savoureuses que diverses, font de ces « carnets spirituels » un hymne à la joie, qui est « la présence de Dieu ». On goûtera particulièrement les passages sur « la douceur qui apprivoise », la manière « arti...
UNE MÉMOIRE À DILATER
CHRISTUS N°257
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Remi de Maindreville
Relire nos vies et partager nos histoires à partir de ce qui peut être utile à d'autres, comme le faisait saint Ignace, pourraient être le chemin d'une mémoire commune plus accueillante pour l'avenir.   Il y a une joie que nul ne peut ravir à des parents, des éducateurs, des accompagnateurs ou tout simplement des amis, c'est celle de voir un proche (re)prendre sa vie en main, (ré)orienter une destinée dont il devient l'auteur. Cette liberté qui s'engage rejoint et touche ceux qui en sont les témoins. Quels qu'aient été le rôle de ces témoins, la qualité de leur écoute, de leurs conseils, voire la pertinence de leur approbation ou de leurs mises en garde, les voici en effet, face à une personne qui choisit la liberté, pose des actes et s'affirme ainsi dans son identité, unique auteur des choix qu'elle assume et raconte. Naître à la liberté et à la mémoire Ceux qui écoutent cette personne qui vient de choisir la liberté sont renvoyés à leur propre histoire. Cela peut nous advenir à nous aussi quand la nature et les circonstances d'un tel choix libre dont nous sommes témoins viennent éveiller et éclairer sous un jour nouveau la mémoire de nos propres décisions. Une lecture nouvelle peut alors s'élaborer et enrichir le regard...
LA CRÉATION DE CHRISTUS
CHRISTUS N°257
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Remi de Maindreville
Si Christus n’est pas d’abord l’oeuvre d’un homme mais le fruit d’un discernement commun, à la suite d’une longue gestation, on comprend à cette petite histoire de la fondation de la revue que le père jésuite Maurice Giuliani en a cependant été un acteur essentiel. De 1952 à 1962, le père Maurice Giuliani anima et développa la rédaction de Christus dont il fit paraître trente trois numéros trimestriels, y publiant une vingtaine d’articles, auxquels s’ajoutent les liminaires qu’il rédigea dans chacun de ces numéros1. En 1959, il crée, chez Desclée de Brouwer, la collection « Christus » destinée à faire connaître les sources de la spiritualité ignatienne et, cette même année, il en fit paraître le premier volume, Le journal spirituel de saint Ignace, introduit, traduit et annoté par ses soins. Dix années à Christus, dix années de fécondité débordante et de grande créativité ! Mais le plus précieux et le plus novateur réside moins dans cette densité spirituelleet éditoriale que dans le style qu’il imprima à la revue et l’orientation qu’il lui donna : faire de l’acte de lecture un « exercice spirituel ». On a souvent vu...
DIEU TIENT PROMESSE
22 DÉCEMBRE 2017
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Remi de Maindreville
La dernière semaine de l’Avent ne dure que quelques heures, cette année. Du coup, la liturgie nous offre à 12h de distance  un raccourci saisissant du mystère de l’Incarnation. Dimanche, le récit de l’Annonciation, et la nuit suivante celui de la Nativité. L’annonce et l’accomplissement, selon le même évangéliste, Luc. De ce rapprochement inhabituel, nous pouvons tirer un grand profit spirituel au bénéfice de notre prière et de notre action. Dieu tient Parole et L’accomplit en la confiant à Marie et Joseph pour Lui donner chair et corps dans notre monde. Mais saurons-nous, comme eux, le reconnaître dans l’enfant qui vient au monde et ouvre l’avenir ? Parviendrons-nous, comme des pauvres, à l’écouter dans l’espérance des bergers qui vivent déjà de sa joie communicative ? Oserons-nous, comme tous auprès de lui, goûter le réconfort de sa présence dans sa manière d’accueillir avec douceur l’inconfort des circonstances, d’offrir sa tendresse à la violence des situations et à l’agression des comportements ? La lucidité et la foi de Marie nous ouvrent un chemin sûr. Nous ne sommes pas maîtres des temps ni des lieux où Dieu choisit de manifester aux hommes la vérit&ea...
UN APPEL, UNE AVENTURE
16 JANVIER 2018
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Remi de Maindreville
"Vouloir ce que Dieu veut". La formule est provocante. Elle peut évoquer un certain fondamentalisme religieux avec son cortège de revendications de cette volonté qui s'exerce au mépris des libertés les plus fondamentales. Elle peut aussi réveiller ce vieil imaginaire qui empoisonne souvent la recherche d'une vocation ou d'un appel : Dieu aurait-il sur moi, sur l'humanité, une volonté cachée à laquelle je devrais me rendre en sacrifiant ma liberté, mon désir de vivre ? Au demeurant, toute la tradition spirituelle témoigne du bonheur fécond et de la liberté accrue qu'il y a à "chercher et faire la volonté de Dieu". Expression de l'amour créateur pour nous, cette volonté ne se déchiffre qu'au prix d'une démarche de foi. Elle ne peut donc se reconnaître dans cette verticalité dominatrice et perverse qui rend esclave. Pour autant, l'identifier à une simple sagesse des Ecritures éclairant notre propre volonté serait encore ignorer tout le mouvement de Dieu qui sauve les hommes de la mort en créant un monde promis à l'amour et à la vie. La volonté de Dieu est d'abord un appel, peu perceptible mais aussi doux et encourageant que le "murmure d'une brise légère" (1 R 19,22). Et elle se donne à entendre dans l'Alliance qu'elle rend vivante : "Ma nourriture...
SEMAINE DE PRIÈRE POUR L’UNITÉ DES CHRÉTIENS
18 JANVIER 2018
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Remi de Maindreville
La semaine de l’unité des chrétiens s’ouvre aujourd’hui. Le pape François nous invite à faire de la prière le ciment de notre unité. Son intention pour ce mois de janvier : que les chrétiens et toutes les minorités religieuses puissent vivre leur foi en toute liberté dans les pays asiatiques. Le site EDA (Eglises D’Asie) des Missions Etrangères de Paris (MEP) nous aide à cela en donnant ce jeudi 18 janvier une analyse très documentée et intéressante des diverses communautés chrétiennes de Chine, bien propre à donner à notre prière plus d’actualité et de chair. Son auteur écrit : « Lorsque nous prions pour l’unité des chrétiens, en Chine ou ailleurs, il est important de prendre le temps d’écouter et de regarder la variété des facteurs qui déchirent le manteau du Christ ». Bien unis à vous dans la prière, avec l’aide de l’Esprit Saint qui travaille sans cesse à l’unité, dans le fond des cœurs comme dans le monde entier ! *** Ci-après le texte de Michel Chambon du site Eglises d'Asie des Missions Etrangères de Paris :  Semaine de prière pour l’unité des chrétiens : que pouvons-nous apprendre de la diversité...
COMME UN TEMPS DE FIANÇAILLES...
14 FÉVRIER 2018
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Remi de Maindreville
Le Carême est comme un temps de fiançailles. Un temps de connaissance mutuelle où, animés d’un même désir de s’ajuster à celui de l’autre, on se laisse ouvrir par lui. On met sa joie à le connaître et à se laisser connaître avec les beautés qui nous habitent, mais aussi avec le risque d’exposer nos failles. Laisser Dieu dans son amour nous mettre en lumière devant lui, nous fait gagner en liberté et en confiance, comme le peuple hébreu dans le désert. C’est le sens de la prière où s’affine notre écoute de la Parole et de la présence de Dieu dont nous désirons vivre toujours plus ardemment. Ce temps ouvre alors un espace en nous, celui de l’autre et de son amour, que chacun a à cœur d’élargir et d’approfondir en soi, avec la grâce de Dieu. C’est tout le sens de nos efforts de Carême : aider le Seigneur à dégager ce qui fait obstacle ou résiste à sa venue libératrice en nous et parmi nous. Saint Ignace nous invite ici à faire preuve de réalisme spirituel, et sa pédagogie peut nous être précieuse. Nous aimerions changer d’un coup notre cœur mal aimant. Et surtout ce qui, en lui, nous semble le plus désaccordé à l’amour de Dieu, ...
SEMAINE SAINTE : LUNDI SAINT
26 MARS 2018
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Remi de Maindreville
Lundi saint : le parfum de Béthanie (Jn 12, 1-11).   L’entrée dans la Passion n’a rien de médiatique, comme le serait un débat public et attendu entre Jésus et les pharisiens. Non, elle se fait à Béthanie, dans la douceur du havre familial et chaleureux de ses amis les plus chers, Marthe, Lazare et Marie. Jésus aime s’y arrêter avec ses disciples. C’est pourtant de cette intimité que jaillit une tension à propos d’un parfum de grand prix entre Marie et Judas. Tension qui avive le cœur de Jésus lui-même : l’amour vécu gratuitement jusqu’à l’extrême donne à toute vie son prix et sa saveur incomparables, tandis que le soin des pauvres appelle constamment à la justice, à une sobriété de vie sans gaspillage ni fête superflue. Jésus est-il lui-même le salut de Dieu donné au monde, comme le croit Marie, ou vient-il apporter au monde un chemin de salut, une éthique juste, qui provoque la trahison de Judas ?   Qu’en est-il pour nous ? Quelle odeur répand ma vie, quel parfum précieux livre-t-elle et auprès de qui ? Parfois c’est l’arôme inoubliable d’une rencontre qui nous laisse profondément heureux. Parfois aussi, peut-être, l’odeur plus lourde de l’...
SEMAINE SAINTE : MARDI SAINT
27 MARS 2018
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Remi de Maindreville
« Là où je vais, vous ne pouvez me suivre ». (Jn 13, 21-38) Aimer jusqu’à l’extrême ? Comme Pierre, nous aimerions suivre Jésus jusqu’au bout dans sa Passion. Peut-être même  nous sentons-nous prêts, en des occasions exceptionnelles, à donner notre vie pour lui. Mais comme Pierre nous entendons la voix du Seigneur dans l’Evangile de ce jour : « là où je vais, vous ne pouvez pas me suivre ». D’une part, parce que le désir le plus pur n’empêche pas le reniement, comme Jésus le fait remarquer à Pierre, nous ne maîtrisons pas les circonstances de notre suite de Jésus-Christ. Mais d’autre part, suivre le Christ qui aime ses disciples « jusqu’à l’extrême » ne nous appartient pas plus qu’à Jésus lui-même. C’est la volonté et le dessein du Père qui en décident ultimement comme l’expriment les versets sur la glorification du Fils de l’homme et de Dieu. C’est une grâce, un don, et non un acte de loyauté héroïque, qui serait encore une manière de refuser que Jésus et son œuvre de salut soient soumis à la mort. Jésus seul L’épisode avec Judas le montre et en donne le sens. &laqu...
L'ESPRIT DES FONDATEURS
CHRISTUS N°258
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Remi de Maindreville
À travers les siècles, la vie religieuse n'a cessé de se réinventer. À l'origine des refondations, des hommes et des femmes poussés par l'Esprit éprouvent la nécessité de trouver une réponse nouvelle aux besoins nouveaux que chaque époque suscite. L'esprit des fondateurs est lui aussi un esprit de renouvellement et de jeunesse. Une des manifestations les plus claires de la jeunesse spirituelle dont fait preuve la foi chrétienne à travers les âges se donne à voir dans la fécondité abondante et diverse de l'Évangile. La suite du Christ dans le monde n'a cessé de donner naissance à des formes de vie nouvelles qui sont autant de manières d'incarner la présence du Ressuscité au service des hommes et de la gloire de Dieu. Cette fécondité témoigne de l'attrait toujours neuf de l'Évangile qui inspire des fondations sans cesse originales et ajustées aux attentes de salut des hommes. Mais elle nous parle aussi d'une jeunesse qui n'est pas seulement un âge de la vie, fût-elle spirituelle. Car elle est plus encore le fruit d'une écoute de l'Esprit et d'une vie transformée par son souffle. L'Esprit fait toutes choses nouvelles, il fait naître et renaître à la liberté du Fils de Dieu et il donne l'audace de reconnaître et d'aimer tout...
LA PAROLE POUR SEULE FORCE
CHRISTUS N°258
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Remi de Maindreville
Il y a cinquante ans, la jeunesse étudiante prenait la parole jusqu'à faire vaciller sur ses bases une société en pleine prospérité. En quoi s'agit-il donc d'un événement susceptible d'intéresser une revue spirituelle comme Christus ? C'est exactement la question que se posa la rédaction de la revue à l'époque, ce qui la fit entrer de plain-pied dans la contestation lancée par les étudiants. Car poser cette question revient à se demander : « Où se situe aujourd'hui le langage spirituel ? De quoi, sur quel ton et à quelles fins doit-il parler ? » (Christus, n° 60, octobre 1968, liminaire). Les faits sont passés, les acteurs sont âgés ou décédés, les mots sont usés. Mais demeure la force du symbole : la jeunesse n'avait que la parole pour dissuader la société de s'enfermer sur elle-même et pour repenser le sens d'une vie quotidienne bouleversée par la consommation. Aujourd'hui, le pape François n'a pas d'autre force que celle de la parole pour nous sortir de nos impasses et nous appeler à vivre ensemble, dans un plus grand respect de la dignité de chacun et de l'avenir de la planète. La parole s'offre à ceux qui la prennent. Il est nécessaire que tous y aient droit et soient écoutés pour qu'e...
SEMAINE SAINTE : MERCREDI SAINT
28 MARS 2018
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Remi de Maindreville
« Serait-ce moi ? » (Mt 26, 14-25) L’Evangile de ce jour nous met devant la trahison de Judas. Mais il souligne particulièrement  la tristesse et la réaction étonnée des disciples « serait-ce moi, Seigneur ? », et plus encore,  la manière étonnante dont Jésus en désigne l’auteur « celui qui s’est servi en même temps que moi ».  Et par ce geste surprenant et très simple, tendre le plat, donner la bouchée,  nous pouvons rejoindre  Jésus très concrètement dans sa Passion aujourd’hui.   Dans l’évangile de Mathieu, l’annonce de la trahison  ne provoque pas l’indignation des disciples mais une grande tristesse qui les remet chacun personnellement en question. La fragilité humaine rend tout baptisé capable de se reconnaitre en Judas, et de trahir le Christ dans sa vie personnelle ou dans celle de l’Eglise. Et nous le savons bien, aujourd’hui comme hier, trahisons, scandales, perversions de toutes sortes travestissent douloureusement le visage du Christ dans notre monde et par nos soins à tous.   Mais si chacun est alors invité à s’examiner, « serait-ce moi ?», quel geste inattendu et stimulant que celui de Jésus qui donne le pain &...
SEMAINE SAINTE : JEUDI SAINT
29 MARS 2018
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Remi de Maindreville
« Si je ne te lave pas, tu ne peux avoir part avec moi »   (Jn 13, 1-15)   Du dernier repas avec Jésus, l’évangéliste Jean n’a retenu que le geste du lavement des pieds. Il le raconte en lieu et place de l’eucharistie dont il ne parle pas explicitement. Car pour le disciple que Jésus aimait, consentir à ce geste qui incline et abaisse Jésus, avec douceur et délicatesse, aux pieds des disciples dont il est le Maître et le Seigneur et manger le pain qu’il leur donne comme son corps livré, c’est « avoir part », ici comme là, à cet extrême de l’amour qui est sa vie et dont il « désire ardemment » que nous vivions nous aussi.   En établissant un lien d’équivalence entre le geste du lavement des pieds et le don du corps du Christ comme nourriture, Jean nous suggère que l’Eucharistie est l’actualisation pour chacune et chacun d’entre nous de ce geste du lavement des pieds habité par un amour porté à l’extrême de soi. Seule la dynamique d’un tel amour, qui est Dieu lui-même, pouvait conduire Jésus avec justesse en un tel abaissement : jusqu’à mourir d’amour pour se donner en nourriture. Seule la dynamique d’un tel amour pouvait, en cette mort, l&rs...
SEMAINE SAINTE : VENDREDI SAINT
30 NOVEMBRE -1
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Remi de Maindreville
« Il remit l’esprit » (Jn 19, 29) Suivre Jésus dans sa Passion, mettre nos pas dans ceux de l’évangéliste Jean, nous conduit au pied de la croix auprès de sa mère. Dans le regard de Jean, nous les voyons avec la sœur de sa mère et Marie de Magdala, se soutenir et tenir debout dans la douleur, jusqu’au bout. Comme tous ceux, les humbles, qui savent d’expérience qu’ils ne peuvent survivre et espérer qu’en se consolant et en se soutenant les uns les autres. Nous entendons Jésus, suspendu à la croix, les unir dans le lien d’enfantement et de filiation qui fut le sien. Sa mort affranchit Jésus  de toute limite et les liens intimes  dans lesquels il a accompli sa mission s’universalisent et tissent le fondement de l’Eglise. Ainsi, « tout est achevé » dit-il encore, avant d’incliner la tête et de « remettre l’esprit ». Dans le silence et l’immobilité de la mort, le dernier souffle du Christ, l’Esprit du Père qui animait la vie du Fils, est remis, rendu, au monde, aux hommes, à la vie bruissante qui continue,  au Père, source de toute vie. Pas comme à la Pentecôte avec toute sa force d’envoi et de communication. Ici c’est l’Esprit qui travaille la foi de l’int&eacut...
LA RÉSURRECTION !
01 AVRIL 2018
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Remi de Maindreville
« Il vous précède en Galilée » (Mc 16, 7) Suivre le Christ jusqu’au bout… Mais quand il meurt, quand le projet s’effondre et qu’avec lui se diluent les liens tissés ? Quand le temps de l’absence de Dieu se fait pesant et laisse la souffrance, la violence, le manque d’espérance nous excéder ?  Quand les pratiques vieillies s’amenuisent et que les institutions décalées tombent en ruine, qu’est-ce alors que suivre ? Nous pouvons réagir en fermant les portes par peur, comme l’écrit D. Aleixandre, la pierre du tombeau étant trop  grande et lourde pour nous. Nous pouvons être tentés de  prolonger le samedi en nous réfugiant dans l’entre nous  d’une spiritualité sans consistance, ou de prendre des chemins d’Emmaüs qui fuient la violence, la mort et les combats. Nous baissons les bras devant un ordre du monde trop injuste, une violence trop enracinée, une foi trop incongrue… Mais il y a le chemin alternatif du « premier jour de la semaine ». Chemin de ceux qui marchent dans l’obscurité de la nuit mais s’approchent des lieux de mort, justement pour arracher à celle-ci quelque chose de sa suprématie, pour l’empêcher de ronger et contaminer la vie. Comme ces femmes ave...
TELLE EST LA PORTE DU BONHEUR
06 AVRIL 2018
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Remi de Maindreville
Pour rendre hommage au P. Maurice Bellet, nous republions ci-dessous l’un textes les plus célèbres qu’il ait écrit « ... Car vous commencerez par le respect » (oct. 1974), qui résonne un peu comme le revers de la question du pape François : « Qui suis-je pour juger ? »   Le P. Maurice Bellet est décédé le 5 avril 2018 à l’âge de 94 ans, des suites d’un accident vasculaire cérébral. De 1965 jusque dans les années 2000 il fut un membre très actif et un auteur particulièrement fécond de la revue Christus. Prêtre, théologien et psychanalyste, son souci constant et jusque dans ses derniers livres les plus récents, fut de développer une foi chrétienne, intelligente et critique, appelant à une conversion continue et qui permette à tous de progresser dans une vie authentiquement spirituelle et très incarnée. Son bureau à la revue ne désemplissait pas des nombreuses personnes qui recherchaient son écoute et ses conseils.     ... Car vous commencerez par le respect. Telle est la porte du bonheur … Car vous commencerez par le respect. Vous ne direz point : la vieille qui brûle un cierge et marmonne est une superstitieuse. Ou : cet homme amoureux d'un enfant n'est qu'un péd&eac...
LA JOIE DU SEIGNEUR EST NOTRE REMPART ! (NE 8, 10)
01 MAI 2018
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Remi de Maindreville
Quand la tristesse, la morosité ou la colère emprisonnent nos cœurs, nous croyons spontanément qu’il faut les combattre pour que la joie de vivre jaillisse à nouveau en nous. Et même, plus vite on l’entreprendra, moins nous laisserons ce terreau du repli nourrir en nous le défaitisme, le négatif, ainsi que la victimisation, l’avidité, l’avarice, etc. qui vont avec. On le mesure aujourd’hui comme hier aussi bien dans l’espace personnel que dans la vie sociale. Mais combattre la tristesse pour trouver la joie ne marche pas plus pour nous que cela n’avait marché pour Caïn, le premier fils d’Eve : « le péché, la bête tapie qui te convoite, pourras-tu la dominer ? » (Gn 4, 7), et on connait la suite, le meurtre d’Abel, l’errance insensée et pénible de Caïn. La joie n’est pas fille du combat mais de l’amour qui appelle à combattre les forces qui le détruisent. Elle ne résulte ni de nos calculs aussi intelligents soient-ils, ni de la puissance de notre volonté aussi bonne soit-elle. Elle sourd gratuitement et comme à l’improviste d’une rencontre où se dit, où se  sent, combien nous sommes aimés. Elle dit la présence de l’autre, tellement espérée et toujours inattendue...
« PRENEZ SOIN DE VOTRE ÂME » !
29 JUIN 2018
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Remi de Maindreville
A l’aube des vacances qui se profilent, voici une invitation suggestive, qui lie dans un même appel l’injonction quasi-médicale et le conseil spirituel. Le repos d’été, c’est fait pour l’âme autant que pour le corps, car sans repos de l’âme, sans paix intérieure, il n’y a pas de vraie détente du corps. Et sans repos suffisant du corps, il est bien difficile de prendre soin de son âme, de la nourrir  de ce qui l’apaise au plus profond et qui nous met tout entier, corps et âme, dans une écoute juste du monde et des autres. C’est à cela  et encore bien plus, que nous invite le dernier livre de Jean-Guilhem Xerri, médecin biologiste et psychanalyste, qui fut aussi responsable de « Aux captifs la libération », association au service des gens de la rue. Un livre bien profitable à lire cet été.   Prenez soin de votre âme. Petit traité d’écologie intérieure. Cerf, 2018. Ce  n’est ni un livre difficile comme le laisseraient croire ses 400 pages, écrites gros, dans un style très alerte et même oral parfois, ni un manuel de développement personnel que pourrait évoquer sa couverture d’allure méditative et connectée…  C’est un véritable ouvrage spirituel, lumine...
POUR UNE EXISTENCE SPIRITUELLE
CHRISTUS N°259
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Remi de Maindreville
Ce livre court et accessible est une « invitation », comme l'indiquent à la fois son titre et la conclusion de son auteur. Il invite le lecteur à faire de sa vie « une existence spirituelle ». Et cette intention révèle d'abord un parti pris heureux. L'auteur, Henri Laux, est jésuite et enseigne la philosophie au Centre Sèvres. Mais il est aussi un lecteur assidu des auteurs mystiques, particulièrement de Jean de la Croix et de Jean-Joseph Surin dont il a édité Questions sur l'amour de Dieu en 2008, dans la collection « Christus » (DDB, n° 95). L'expérience mystique fonde l'invitation de l'auteur à faire de la vie, dans toutes ses dimensions, une réponse à Dieu qui invite lui-même toute personne à vivre de son Esprit. Voilà qui, dès le premier chapitre, met à distance des nombreuses voies spirituelles, aussi honorables et pertinentes soient-elles, qui s'offrent aujourd'hui à quiconque cherche du sens et un mieux-être intérieur. La singularité de la spiritualité chrétienne est celle d'une écoute et d'une rencontre vivante « avec celui qui est et désignera jusqu'au dernier jour le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14,6). Ce qui fait obstacle à une existence spirituelle aujourd'...
DÉCENTRÉS POUR AIMER
CHRISTUS N°259
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Remi de Maindreville
Se décentrer de soi-même est un appel audacieux mais nécessaire, adressé à l'Église et à chacun. En effet, dans un monde de plus en plus « liquide », seules les attitudes les plus élémentaires du Christ témoignent de l'expérience personnelle et communautaire d'un Dieu qui nous aime jusqu'à donner sa vie pour nous. « Aller aux périphéries » consiste à suivre le Christ sur des chemins inhabituels où Jésus rencontre les hommes et les femmes de son temps dans leur quotidien, parlant avec eux de ce qui les préoccupe. Ces « périphéries » sont « existentielles » autant que spatiales. S'y rendre, c'est mettre au centre de nous-même et de la société ce qui fait notre fragilité, nos pauvretés et, du coup, notre soif d'autres possibles. La fraternité que nous invoquons et craignons à la fois serait-elle alors le nouveau nom de l'évangélisation, quand se discernent en elle la présence du Ressuscité et les fruits de foi et d'amour de la Bonne Nouvelle ? Elle a le visage et la douceur du Samaritain, ce marcheur étranger qui, à l'image de Jésus, se fait le compagnon de l'homme blessé et s'inquiète de son avenir. Une seconde conversion se découvre...