Paul Valadier

L’AUTORITÉ BOUSCULÉE
CHRISTUS N°218
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Paul Valadier
On la conteste et on la souhaite. Ainsi de l’autorité dans une société moderne. Que l’on conteste assez généralement l’autorité et les autorités relève du fait divers ; les journaux annoncent de loin en loin que « les symboles de l’autorité » deviennent les « cibles de la violence », et de fournir nombre d’informations sur des dégradations d’édifices publics, sur des attaques d’autobus urbains ou de cars de police, plus étonnant encore contre des pompiers appelés pourtant au secours dans des situations difficiles et dont les interventions n’ont rien d’« autoritaires », mais relèvent plutôt de l’aide humanitaire. Quel est l’enseignant qui ne s’est pas plaint du manque de respect de la part de ses élèves, voire des parents, comme si son autorité n’impressionnait plus ou n’appelait que la contestation, la dérision, voire le mépris ? Or les attaques contre les « symboles de l’autorité » accroissent l’insécurité, au point que le nombre de personnes ayant été témoins d’actes de délinquance ou se sentant peu assurées dans leurs domiciles ou dans leur quartier ou leur village ne fait que croître. Ces mêmes personnes déplore...
Mots clés : Catholicisme Doctrine Eglise Liberté Loi Obéissance Politique Sagesse Interdit
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NOUVELLES FORMES DU MÉPRIS DE L'HOMME
CHRISTUS N°208
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Paul Valadier
Les artistes sont souvent les témoins géniaux des phénomènes de société. A regarder les plus créateurs parmi les cinéastes, les metteurs en scène, les romanciers ou les peintres, on découvre souvent avec étonnement leur pénétration pour dénoncer les formes nouvelles du mépris de l'homme. Ainsi, chez l'un d'entre eux, le plus significatif sans doute de cette tendance, le peintre britannique Francis Bacon, découvre-t-on un traitement impitoyable, systématiquement horrible et repoussant, du visage humain. Ses tableaux dépeignent des êtres écrasés, pulvérisés, broyés, certains corps étant aspirés par des bidets de WC comme des déjections repoussantes. Une humanité sans apparence humaine, un peu comme le Serviteur souffrant d'Isaïe ou le Christ de certaines représentations de la fin du XIVe siècle. Horreur rehaussée, si l'on ose dire, par la beauté des couleurs et la sublimité des encadrements qui momifient encore un peu plus ou pétrifient ces loques et ces débris d'hommes. De tels tableaux bousculent une vision lénifiante et apaisante de notre humanité ; ils nous renvoient une image qui n'est pas sans faire penser aux visages des prisonniers de camps de concentration. Une telle peinture est-elle une dénonciati...
Mots clés : Art (cinéma, peinture, sculpture) Athéisme Corps Humanisme Humilité Images Mal Réalité Sagesse Tradition
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MENACES DE DILUTION
CHRISTUS N°200
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Paul Valadier
Les Actes des Apôtres posent un lien significatif et très fort entre les persécutions dont souffre la communauté primitive et son expansion parmi les païens 1. Bientôt on admettra presque comme une évidence que le sang des martyrs fructifie en nouveaux catéchumènes. Faudrait-il conclure que nos efforts d'évangélisation sont quasiment voués à l'échec ou à des succès mitigés et limités à quelques-uns, puisque nous ne subissons plus de persécution ouverte ? Mieux même : ne faut-il pas se demander si l'indifférence religieuse dans laquelle nous sommes plongés ne contribue pas à dissoudre du dedans l'identité chrétienne et à défaire les énergies croyantes ? Aussi, en tentant d'analyser certains aspects de cette indifférence, nous ne décrivons pas une situation qui nous serait extérieure, que nous pourrions ou devrions condamner en nous repliant dans le bastion de la foi, mais nous nous interrogeons finalement sur nous-mêmes : sur notre difficulté à croire et à témoigner comme chrétiens dans la société comme elle va. Désinvestissement Les thèses sur la déchristianisation de nos contemporains ne sont plus de mise et sonnent étrangement « datés » : comment d&...
Mots clés : Athéisme Catholicisme Foi Loi Mal Politique Religions Vérité
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LE DIEU EXCENTRÉ
CHRISTUS N°195
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Paul Valadier
Beauchesne, coll. « Le grenier à sel », 2001, 130 p., 14,64 €. Rares sont ceux qui s'aventurent de nos jours à parler de Dieu. À en parler avec la rigueur d'un discours de raison, et non pas seulement à partir des élans du cœur ou des enthousiasmes de la sensibilité. Bref, à en traiter en philosophe. Or cette tâche importe à plus d'un titre. D'abord, à une époque de frilosité religieuse et de repli sur la sentimentalité, ou même de peur pour ce qui est intelligence de la croyance il est essentiel de manifester qu'un discours de raison concernant Dieu est possible et ouvre des voies sensées à quiconque veut bien le prendre en compte. Essentiel encore car il importe que l'homme par tout lui-même, et donc aussi par son intelligence, rende hommage à Dieu, à ce que notre langage le plus commun appelle Dieu. C'est bien de ce langage que part ici la réflexion du philosophe pour exhumer en quelque sorte une présence qui se tapit au cœur de toute existence. Il ne s'agit pas de la « prouver », ni de la démontrer par voie de nécessité, mais de permettre son écoute, et donc aussi de déployer les dimensions de toute existence humaine pour l'ouvrir à un plus grand que soi qui ne lui est pourtant nullement étranger. Aussi importe-t-il d'assumer les v...
Mots clés : Livres
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LA VERTU DE FORCE
CHRISTUS N°192
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Paul Valadier
Convenons-en : ni la vertu ni la force n'ont bonne réputation. Que dire alors de la vertu de force ? De vertu, en ce cas, nul ne souhaite entendre parler, tant le mot semble dévalué, hors jeu, suranné, à peine intelligible, sinon en un sens péjoratif ; et il est bien significatif que le très classique Catéchisme de l'Eglise catholique (1992) ne connaisse aucune entrée sous ce terme... Quant à la force, le mot et la réalité qu'il recouvre sentent le soufre. Forcer quelqu'un à se plier à un comportement ou à adopter une idée qu'il refuse, voilà qui ressemble à un viol de la liberté, acte suprême d'infamie et pour le moins d'inconvenance, de nos jours. Pourrait-il y avoir une vertu à forcer, donc à contraindre autrui ? N'est-il pas antinomique de joindre ainsi une qualité morale (la vertu) à un comportement de coercition (la force) ? Une mauvaise réputation Il est vrai que le mot « force » évolue dans un milieu sémantique suspect. Il voisine, on vient de le voir, avec les termes de contrainte, de coercition, d'imposition d'une volonté sur une autre ; il évoque la domination du fort sur le faible ; il renvoie donc à des rapports hiérarchiques et inégalitaires, voire à l'oppression où l'un bénéficie d'une situati...
Mots clés : Eglise Passion Volonté de l'homme
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LE MAL QU’ON NE VEUT PAS…
CHRISTUS N°237
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Paul Valadier
Nous pensons spontanément que personne ne peut vouloir faire le mal de manière délibérée. Si quelqu’un tue, vole ou viole, c’est, suppose-t-on, parce qu’il ne pouvait pas faire autrement, à cause de ses antécédents biographiques, de son manque d’éducation, ou de sa situation financière. Une prise en considération superficielle des sciences humaines ou des déterminismes divers qui nous conditionnent entretient aussi une telle position. On juge alors qu’il ne faut justement pas juger, pas condamner des gens qui sont sans doute mus par des motivations secrètes ou inconscientes dont ils ne sont pas réellement responsables. Il faut dire qu’il ne s’agit pas là seulement d’un préjugé moderne ; une longue tradition de pensée nous a inculqué l’idée que « nul ne fait le mal volontairement », qu’au fond, même dans le mal, c’est encore le bien que l’on vise. Le voleur ne vole pas pour voler, mais pour nourrir sa famille, ou pour satisfaire des pulsions non maîtrisables. Mais ce n’est pas le mal qu’il veut en lui-même. Position qui a l’avantage d’interdire des condamnations trop rapides, trop tranchantes, et qui oblige donc à un examen plus fin et plus nuancé des actes humains. Il y a plus subtil aussi : bien...
ON NE PEUT SE PASSER D'AVENIR
CHRISTUS N°257
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Paul Valadier
Dans la durée de ce confinement, redécouvrons ce qui est un moteur indispensable dans nos vies : espérer, c'est-à-dire ouvrir des perspectives d'avenir. Bientôt nous retrouverons une capacité d'action. Tirons profit de ces semaines pour pouvoir continuer alors à habiter le présent !    Raconter ensemble notre Histoire commune passe par une intégration saine du passé et du présent, en vue d'ouvrir un avenir. C'est l'espérance qui nous porte et nous fait vivre.   Nos sociétés démocratiques ont-elles un avenir ? La planète elle-même, cette bonne vieille Terre que le pape François appelle « notre maison commune » est-elle vouée à la disparition par épuisement de ses ressources vitales, par cataclysme naturel, par erreurs humaines (guerre nucléaire, insouciances écologiques, etc.) ? Y a-t-il même un futur à l'Histoire humaine en général ? Ces questions, qui peuvent paraître purement abstraites, ou seulement dignes de conversations de salon, taraudent en réalité nombre de nos contemporains ; elles entretiennent sourdement une angoisse dévastatrice, d'autant plus que de nombreux experts en diverses disciplines pensent pouvoir fonder ces inquiétudes sur des données « objectives », donc «&...