Natalie HÉRON

RENONCER À LA VENGEANCE
CHRISTUS N°228
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Natalie HÉRON
Après Bye bye Africa primé à Venise en 1999, puis Abouna présenté à Cannes en 2002, Daratt – Saison sèche, qui obtint en 2006 le Prix spécial du Jury à Venise, est le troisième long-métrage du réalisateur tchadien Mahamat-Saleh Haroun. Saison aride, affrontements tendus, plans rapprochés, cadrage frontal, montage cut, Daratt – Saison sèche, à l’image du titre, et jusque dans son style, est sec. Ou plutôt, sobre. Sans pathos ni dénonciation manichéenne, Haroun choisit la fiction plutôt que le documentaire pour proposer une « utopie » 1, entre western et fable. Comment continuer à vivre après tant de violence et de morts, lorsque justice n’a pas été rendue, ou reste inexistante ? Peut-on décider et imposer la paix ? Peut-on se faire justice soi-même ? Telles sont les questions auxquelles nous renvoie ce film, qui tient aussi du récit d’initiation. À l’origine de Daratt, explique le réalisateur dans un entretien, il y a « cette réalité quotidienne que j’ai l’habitude de côtoyer. Une vie en fait hantée en permanence par cette guerre civile qui dure maintenant depuis plus de quarante ans et qui a vu beaucoup de victimes, silencieuses, à qui personne ne pense, parce qu’aucune justice n...
Mots clés : Art (cinéma, peinture, sculpture) Liberté Mal Paix Pardon Paternité Réconciliation (confession) Sagesse
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PLUS HAUT ET PLUS INTIME
CHRISTUS N°228
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Natalie HÉRON
Trad. A. Bernard. Cerf/Éditions franciscaines, coll. « Épiphanie », 2009, 160 p., 14 euros. Franciscain, l’auteur est professeur d’éthique et d’anthropologie philosophique à Ljubljana et à Toulouse. Ces dix petits essais nourris d’une grande culture, et dans une belle écriture, allient réflexion philosophique et spiri-tuelle, d’une manière dense et accessible, savoureuse. À l’image de la paume ouverte, une anthropologie de la connaissance est visée, qui ne veut pas posséder mais caresser et se laisser toucher. Elle interroge notre manière de « comprendre », notre rapport à l’Autre et les questions fondamentales de l’existence humaine. Au regard du récit de la Genèse, Edvard Kovac réfléchit à la question du mal et de la douleur, relit l’épisode des tentations de Jésus dans le récit de Luc, qui va jusqu’à la tentation, suprême, d’« exempter le Fils de Dieu lui-même de la mort ». Le Christ, « nouvel Adam », comme le dira Paul, « renonce à connaître même la cause de la souffrance » et « la douleur se découvre au Christ dans sa totalité comme un mystère que nous ne posséderons jamais ». Dans la lignée de Levinas, l&rsq...
Mots clés : Livres
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PLUS HAUT ET PLUS INTIME
CHRISTUS N°227
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Natalie HÉRON
Trad. A. Bernard. Cerf/Éditions franciscaines, coll. « Épiphanie », 2009, 160 p., 14 euros. Franciscain, l’auteur est professeur d’éthique et d’anthropologie philoso­phique à Ljubljana et Toulouse. Ces dix petits essais appuyés sur une grande culture, et dans une belle écriture, allient réflexion philosophique et spirituelle, d’une manière dense et accessible, sa­voureuse. À l’image de la paume ouverte, une anthropologie de la connaissance est visée, qui ne veut pas posséder mais caresser et se laisser toucher. Elle inter­roge notre manière de « com-prendre », notre rapport à l’Autre, aux questions fondamentales de l’existence hu­maine. Au regard du récit de la Genèse, Edvard Kovač réfléchit à la question du mal et de la douleur, relit l’épisode des tentations de Jésus dans le récit de Luc, qui va jusqu’à la tentation, su­prême, d’« exempter le Fils de Dieu lui-même de la mort ». Le Christ, « nouvel Adam » comme le dira Paul, « renonce à connaître même la cause de la souf­france » et « la douleur se découvre au Christ dans sa totalité comme un mys­tère que nous ne posséderons jamais ». Dans la lig...
SUR LES SENTIERS DE QOHÉLETH ; SOUFFLES
CHRISTUS N°226
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Natalie HÉRON
SUR LES SENTIERS DE QOHÉLETH Le corridor bleu, 2007, 93 p., 12 euros. SOUFFLES Même éditeur, 2009, 121 p., 14 euros. L’auteur, familière et spécialiste de l’Évangile de Luc qui lui avait inspiré une relecture poétique (Le pas du temps, Le corridor bleu, 2006), publie deux autres petits livres chez le même éditeur. Le premier, sous le signe du palimp­seste, offre des réécritures de Qohélet. Palimpseste I égrène douze poèmes autour du motif sapientiel de la « buée » – terme qu’elle préfère, avec Henri Meschonnic, à celui, abstrait, de « vanité » – et dont la belle langue réus­sit à s’accorder à l’esprit et à la lettre, à la scansion du texte biblique, tout en en proposant une parole originale et pro­fonde : « Et voici, je me suis retourné : / j’ai su que tout est buée / le rire, le travail / la peine, le plaisir / tourment de vent qui vente / brume évanouie / sitôt levée / sur l’océan. » Dans Palimpseste II, la lettre d’une correspondance imaginée entre deux condisciples de l’auteur pré­sumé de Qohéleth réfléchit aux thèmes du livre. Les poèmes de Palimpseste III, enfin, font r&...
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RENCONTRES AU FIL DE L’EVANGILE DE JEAN & L’EAU… ET LE SANG
CHRISTUS N°225
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Natalie HÉRON
Rencontresau fil de l’Evangile de Jean, Parole et silence, 2009, 238 p., 21 euros. L’eau… et le sang, Desclée de Brouwer, 2009, 111 p. 13euros. La lecture attentive par Michel Kobik de quelques-unes des rencon­tres de Jésus dans l’évangile de Jean renvoie fréquemment au texte grec ou à sa traduction littérale, de manière tou­jours éclairante et aisée. Nicodème, la Samaritaine, l’infirme de Bethzada, la femme adultère, l’homme né aveugle, Lazare… Pour chacun, la rencontre avec Jésus transforme son existence en son lieu même : l’infirme porte son grabat, fardeau devenu signe de son salut, la Sa­maritaine laisse au puits sa cruche pour accueillir en elle l’eau vive. L’indétermi­nation qui accompagne ces récits où le nom de la plupart des personnages n’est pas donné, où Jésus répond par « qui­conque » à Nicodème, invite le lecteur à venir lui-même y prendre place. Ce qui frappe, c’est combien les atti­tudes des corps (rester prostré, se lever, écouter, quitter, sortir) sont déjà des attitudes spirituelles. Jésus appelle à la verticalité ou au mouvement l’infirme, Lazare et sa soeur Marie, il se baisse pour se retirer du cercle de la condamn...
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CÉLÉBRATION DE LA GRATITUDE
CHRISTUS N°225
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Natalie HÉRON
Presses de la Renaissance, 2008, 250 p., 17 euros. L’avant-propos de l’ouvrage sonne comme une profession de foi. Dans un monde en feu, aujourd’hui comme hier, ce livre est celui d’un croyant à qui l’on ne peut ôter la joie et l’espérance. Entre l’essai et la méditation, Dominique Ponnau, historien de l’art réputé, ex­prime sa gratitude, qui n’est ni le merci ni la reconnaissance, pour recueillir souvenirs et témoignages de rencontres, d’échanges, de partages. Certains chapitres proposent une réflexion sur l’apprentissage du dessai­sissement, l’adoration, l’eucharistie, le sourire ou les larmes, ou sur des lectures comme la parabole du fils prodigue, l’épi­sode de la tempête apaisée ou l’aventure de Jonas. Mais c’est lorsqu’elle porte sur un tableau que cette méditation touche le plus. Ainsi du Diogène de Poussin, du Christ de Maurice Denis ou de la Vierge à l’Enfant avec sainte Anne et quatre saints de Pontormo, dans lequel le bon larron auquel sourit l’Enfant est « pardonné pour toujours ». À la conscience inquiète d’un monde douloureux, ces moments offrent de respirer, s’il est vrai que la « beauté de l’art » est « à cette désespé­rance »...
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HISTOIRE DE L’APÔTRE PAUL OU FAIRE CHRÉTIEN LE MONDE
CHRISTUS N°223
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Natalie HÉRON
Desclée de Brouwer, 2007, 264 p., 19 euros.   L’auteur a pendant trente ans accom­pagné comme conférencier les pèleri­nages-croisières « Sur les pas de saint Paul ». Publiées d’abord en 1991, ces conférences sont ici offertes dans une nouvelle version revue et augmentée. Depuis la prédication à Antioche en 44 où les disciples de Jésus prennent le titre de « chrétiens » et où Paul « a conquis le titre d’apôtre des nations païennes qu’il gardera à jamais », cette biographie très documentée se lit avec grand intérêt parce qu’elle rend bien compte du cheminement intérieur de Paul. Le martyre d’Étienne qu’il approu­ve est comme une première « énigme » qui « travaille » en lui la question du rapport aux païens et de l’identité chré­tienne. À l’Assemblée de Jérusalem en 49, il pose la question de l’évangélisation des incirconcis. C’est « la seule foi en Jésus et l’effusion de l’Esprit donnée par le baptême [qui] déterminent l’identité chrétienne ». À Athènes, le décalage en­tre l’Évangile et les philosop...
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LETTRES ET CARNETS
CHRISTUS N°223
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Natalie HÉRON
Préf. et trad. P.-E. Dauzat. Éd. I. Jens. Tallandier, 2008, 367 p., 23 euros. Le 18 février 1943, alors qu’ils lâchent dans l’université de Munich des tracts appelant à lutter contre la terreur nazie, Hans et Sophie Scholl, étudiants en médecine et en philosophie, sont arrêtés. Condamnés pour haute trahison, ils se­ront guillotinés quatre jours plus tard. Cette sentence expéditive par crainte de contagion manifeste bien la force subversive d’esprits libres et le geste po­litique qu’est la contestation. Comment de très jeunes gens qui ont grandi dans l’Allemagne des années 30, enrôlés dans les mouvements de jeunesse hitlériens, s’affranchissent de l’esprit du temps : tel est l’itinéraire bouleversant que l’on découvre à la lecture de ces lettres et carnets rédigés entre 1937 et 1943, et qui témoignent de leur prise de conscience, à travers un cheminement intérieur et spirituel. Ces grands sportifs, qui aiment pas­sionnément la musique et la nature, sont aussi d’insatiables lecteurs. Dotés déjà d’une solide culture classique, ils manifestent un étonnante ouverture. Lire constitue un premier acte de résis­tance par rapport à l’esprit de masse, dont ils souffren...
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À L’ÉCOLE DE BARTIMÉE
CHRISTUS N°222
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Natalie HÉRON
Préf. M. tenger.  Médiaspaul, 2007, 110 p., 11,50 euros. L’auteur, responsable de Libera-Associa­tion et chiffres contre les mafias après avoir été coordinateur national de Pax Christi en Italie, se met à l’écoute, pas à pas, verset par verset, du récit de Marc 10,46-52. Bartimée, personnage mineur du récit évangélique, nous apprend « la manière de rencontrer le Christ et de donner à la vie son véritable sens ». Son histoire, finalement plus proche d’un récit de vocation que d’un récit de miracle, est celle d’un appel qui redonne goût à la vie. Crier, se lever, jeter son manteau, bondir de joie, comme en une résurrection. Le miracle de la foi, c’est que Bartimée ose demander, et que la réponse de Jé­sus aille au-delà de sa requête explicite, comme une libération de tout son être. « Jésus ne dit pas : “Viens, ta foi t’a sau­vé” », mais « Va » signe authentique d’une « foi qui rend libre ». La structure même de ce petit li­vre rend bien compte de ce qui anime l’auteur : « Il ne saurait être question de faire des pages de l’Évangile une simple lecture. Il faut les prier et les méditer longuement ;...
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IMAGINER, UN LIEU DE VÉRITÉ
CHRISTUS N°221
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Natalie HÉRON
Au coeur du mensonge (1998) de Claude Chabrol constitue avec L’Enfer (1993) et Merci pour le chocolat (2000) une trilogie sur « l’enfer du doute ». Entre mélodrame et policier, ce film « noir », de l’avis de Chabrol lui-même, est comme la descente aux enfers d’un couple, dans une petite ville de Bretagne (Saint-Malo), où le meurtre d’une fillette engendre la suspicion. Au coeur du doute donc, un peintre, René Sterne (interprété par Jacques Gamblin) et sa femme Viviane (Sandrine Bonnaire) attirée par le très médiatique journaliste parisien Desmots (Antoine de Caunes). La jeune com­missaire Lesage (Valeria Bruni-Tedeschi) veut faire la vérité sur le drame dans cette petite ville où tout le monde ment, et se ment à soi-même, où plus on cherche à y voir clair, plus on s’enfonce dans le mensonge. À travers les fils de l’intrigue policière, le film interroge le rapport de l’imagination à la vérité. « L’imagination, c’est pas vraiment le mensonge, c’est même le contraire », affirme le peintre au journa­liste lors du dîner qui les mettra face à face.   L’ombre du doute   Le film s’ouvre sur le visage en gros plan d’une petite fille qui dessine avec application à une tabl...
Mots clés : Art (cinéma, peinture, sculpture) Images Imagination Vérité
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LE BON SAMARITAIN
CHRISTUS N°221
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Natalie HÉRON
Bayard, coll. « Évangiles »,  2007, 197 p., 19,90 euros. L’ouvrage d’Yves Saoût, bibliste, pro­pose ici « une étude biblique mais sans termes techniques » de la parabole du bon Samaritain. La première partie introduit à une méthode de lecture de la parabole. L’auteur étudie son contexte immé­diat (le dialogue avec le légiste) et plus large (l’envoi des soixante-douze disci­ples, l’épisode de Marthe et Marie), la construction du texte en deux parties, son genre littéraire (un dialogue didacti­que), la citation de l’Écriture (Dt 6,5 et Lv 19,18), et il montre comment la parabole s’inscrit dans le troisième évangile (celui de la miséricorde). Un chapitre expose les interprétations allégoriques des Pères de l’Église, dans un sens christologique (le Samaritain, c’est le Christ) ou ec­clésiologique (l’auberge, c’est l’Église), dont les excès ont été combattus pour donner un sens moral à la parabole. Le bon Samaritain devient alors figure de miséricorde pour nombre de saints dans l’histoire, et pour notre temps. Il est « modèle et règle de la spiritualité du Concile Vatican II », selon Paul VI, et selon Benoît XVI dans sa premi&egrave...
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LE CINÉMA, INVITATION À LA SPIRITUALITÉ
CHRISTUS N°219
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Natalie HÉRON
Préf. J. Tulard. L’Atelier, 2007, 157 p., 17,90 euros. Dans la lignée des spécialistes du spirituel au cinéma que sont Agel, Ayffre, Bedouelle, Collet, Marty ou Sullivan, Michèle Debidour, diplômée de théologie et de cinéma, s’interroge sur le rapport du cinéma au spirituel. Un film « spirituel » n’est pas un film « religieux » ou « religieusement correct », ni même explicitement religieux, mais ce rapport peut être implicite (Fellini, Bresson) ou paradoxal (Dreyer, Bergman). Parce qu’il est toujours un regard porté sur le monde, le cinéma est porteur d’un questionnement d’ordre éthique et même spirituel et peut « être inspiré sans faire explicitement référence à une religion, quelle qu’elle soit ». Les films de Wim Wenders, de Kieslowski, de Rohmer ou des frères Dardenne, par exemple, montrent une espérance qui n’est pas forcément référée, « une espérance à l’état pur ». Dans un style clair et pédagogique, plus technique quand il le faut mais sans jargonner (on trouvera à la fin un petit glossaire très bien fait), les chapitres ouvrent des pistes de réflexion (sur la pluralité de sens, le langage symbolique, le risque de &la...
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VERS LA SOURCE VIVE
CHRISTUS N°217
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Natalie HÉRON
Bayard, coll. « Christus », 2007, 118 p., 19,80 euros. Marie-Thérèse Abgrall, membre de la Communauté Saint-François-Xavier, enseignante et accompagnatrice spirituelle, nous introduit ici de manière vivifiante à l’aventure spirituelle : ni un « ailleurs » de la vie, ni un plus qui la ressourcerait, mais le tout de la vie relu à la lumière de l’Esprit. Car la vie spirituelle n’est « pas autre chose que la vie humaine dans sa totalité » : non une « sphère spéciale mais son accomplissement, sa plénitude », elle « prend toute la vie, non un moment de l’existence ». Dans cet ouvrage, pour lequel ont été revus des articles notamment publiés dans Christus, on retrouvera certains thèmes comme l’« amitié », la « grâce de l’âge » et « du consentement », « faire la vérité dans sa vie », dans un style qui est propre à Marie-Thérèse Abgrall, ciselé, à la fois ténu et grave, de cette gravité qui a du fond. Convaincue que « le travail de la grâce en nous donne à chacune de nos existences singulières un poids et une profondeur d’humanité singuliers eux aussi », l’auteur choisit trois entrées pour...
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LE POTENTIEL RELIGIEUX DE L’ENFANT
CHRISTUS N°217
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Natalie HÉRON
Trad. M. Grazzini. Desclée de Brouwer, 2007, 252 p., 23 euros. Voici un livre passionnant pour ceux qu’intéresse l’éveil à la foi des tout-petits. Fruit d’une expérience de plus d’une trentaine d’années, il est singulier par la tranche d’âge retenue et par ce qu’il propose. Pas de lectures bibliques ou d’activités pratiques (bricolages, coloriages...) mais une réflexion qui témoigne des facultés spirituelles de l’enfant : « Avec les enfants, il ne faut ni bêtifier, ni sous-estimer ce qu’ils peuvent saisir en toute sa grandeur. » À l’oeuvre donc une pédagogie réfléchie, inspirée de la méthode Montessori, et respectueuse du mystère de la relation du petit enfant à Dieu. La figure centrale du Bon berger, qui a donné son nom à cette catéchèse fondée sur l’annonce du kérygme, gratifie l’immense besoin d’amour de l’enfant. Sans être réductrice, elle est propre à s’approfondir et à accompagner la croissance spirituelle de l’enfant. Déjà, il est capable d’élaborer des rapprochements, d’interpréter en profondeur les signes liturgiques des sacrements qui offrent « une théologie concrète ». Des chapitres...
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RETOUR AU CAMBODGE
CHRISTUS N°216
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Natalie HÉRON
Éditions de l’Atelier, coll. « Témoins d’humanité », 2007, 221 p., 17 euros. Claire Ly est déjà connue pour son premier livre, Revenue de l’enfer (Édi­tions de l’Atelier, 2002). Elle y racontait l’itinéraire qui, dans son combat pour survivre dans les camps des Khmers rouges entre 1975 et 1979, l’avait menée du bouddhisme au catholicisme. Sa révolte et son désir de vivre l’avaient alors écartée du détachement enseigné par sa tradition pour la conduire au « Dieu des occidentaux ». Réfugiée en France en 1980, elle y découvre l’Évangile et Jésus-Christ. Comme l’éprouvante métamorphose qui avait fait de l’intellectuelle aisée une paysanne manuelle devant passer pour illettrée, cette conversion posait déjà la question, pour elle cruciale, de son identité. Dans ce second livre, Retour au Cambodge, cette question est toujours plus vive, et, à travers elle, celle d’une « fidélité paradoxale » dans une identité en devenir. Alors qu’elle pensait avoir définitivement quitté le Cambodge il y a plus de vingt ans pour reconstruire sa vie en France, Claire Ly ose affronter son passé en revenant, par étapes, sur les lieux de son histoire. Ell...
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LE PAS DU TEMPS
CHRISTUS N°215
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Natalie HÉRON
Le Corridor bleu, 2006, 184 p., 16 euros. Agnès Gueuret, qui a déjà mené deux travaux de recherche sur l’évangile de Luc, en offre ici un commentaire libre et poétique. Libre dans sa manière d’alterner des passages narratifs ordonnés à une lecture linéaire du texte évangélique avec des pauses plus méditatives, convoquant Théophile, le dédicataire de cet évangile, et invitant à « relire », à « recommencer », comme Jésus lui-même a « redit » et « répété ». Par une lecture horizontale de la vie de Jésus, l’auteur fait une grande place aux récits de guérison et aux paraboles, aux disciples et aux grands prêtres. Cette lecture se mêle à une autre, verticale, des échos dans l’Écriture que suscite telle ou telle scène. Ainsi, Jésus lisant dans la synagogue de Nazareth les versets d’Isaïe se souvient d’Élie et d’Élisée, prophètes qui n’ont pas été accueillis dans leur propre pays ; ainsi, sa pâque fait mémoire de celle d’Égypte, de la multiplication des pains, du repas partagé chez Lévi. L’image de la pierre tombée dans l’eau, où elle ricoche en ce...
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SCÈNES DE LA VIE CONJUGALE
CHRISTUS N°213
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Natalie HÉRON
Avec Scènes de la vie conjugale, feuilleton écrit pour la télévision en 1973, Ingmar Bergman met en scène un couple qui se déchire, dans un film long (environ 2h50 dans sa version cinématographique abrégée sortie en 1974) et éprouvant, où les affrontements ne seront ni éludés ni édulcorés. Mais si, comme le disait Renoir, « l’art du cinéma consiste à s’approcher de la vérité des hommes et non pas à raconter des histoires de plus en plus surprenantes », Bergman y réussit là magnifiquement, en mettant ses personnages à l’épreuve de la passion qui détruit le couple et rompt l’engagement promis pour toujours, en révélant leur désir de venir à la vérité, fût-ce à travers un chemin chaotique et douloureux. Tout le film est une passion au sens propre 1 : il fait tomber le masque d’une image idéale, mais non moins fausse pour dévoiler la vérité en chacun. « Voyons maintenant ce qui se passe » 2...   Comme en un miroir Le couple de Johan (Erland Josephson) et Marianne (Liv Ullman) accumule tous les signes extérieurs d’une réussite telle que « c’en est indécent », reconnaît Johan. Ils sont « d’accord sur...
Mots clés : Affectivité Art (cinéma, peinture, sculpture) Chair Famille Mariage Désir Cinéma
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JE SUIS CATHOLIQUE ET J’AI MAL
CHRISTUS N°213
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Natalie HÉRON
Seuil, 2006, 203 p., 17 euros. Que le lecteur ne se laisse agacer ou arrêter ni par le titre accrocheur, ni par les premières pages inutilement provocantes. Parce qu’elle a divorcé très jeune, Christine Cayol (la cinquantaine) a éprouvé très tôt sa différence : « pas exclue mais loin de l’Église ». Une Église qu’elle continue cependant à fréquenter, malgré l’ennui qu’elle éprouve à la messe, malgré les raideurs de l’institution qu’elle dénonce — une Église hospitalière, qui ouvre les portes de ses monastères ou de son confessionnal. Peu à peu, elle abandonne le ton de la récrimination pour dire combien ce qui se joue dans les grands et les petits événements de la vie (une naissance, une amitié qui se brise, un repas de famille) peut s’éclairer à la lumière de ce que dans la Bible, la personne de Jésus nous révèle. Par sa manière d’être en relation avec la femme adultère, avec Marthe, ou avec son Père à Gethsémani, Jésus nous découvre ce qu’est l’amour en vérité. Quand, dans notre vie, tant d’occasions où nous croyons aimer, donner, pardonner, faire la volonté du Père, nous...
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RICOCHETS DE LA PAROLE
CHRISTUS N°211
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Natalie HÉRON
Vie chrétienne, 2005, 112 p., 13 euros. Corine Robet est enseignante de lettres et anime des ateliers d’écriture. Dans ce recueil, ses « ricochets » font résonner l’Écriture : dix-huit textes s’y déploient à partir de récits bibliques familiers, de paraboles ou de versets seuls. Textes à la fois construits et fluides, ces poèmes en prose allient la liberté de la prose à l’organisation rigoureuse du poème. Corine Robet use de procédés formels variés : prosopopées de la barque et du filet dans l’appel de Simon-Pierre, anaphores des belles litanies de la porte du chapitre 3 de l’Apocalypse : « Porte de vos jours, certains jours porte de l’usure. (...) Porte des idées noires qui s’agitent en eaux troubles et entraînent vers le fond. (...) Porte de vos jours diligents, quand à pleine volée vous voulez ouvrir au Maître. (...) Porte de la toute douceur, dans la délicatesse d’un conditionnel : “Si quelqu’un entend ma voix et ouvre.” » Dans les commentaires du reniement de Pierre ou de la résurrection de Lazare, dans la contemplation et la composition de lieu ignatiennes de la Visitation ou de l’apparition au lac de Tibériade, les sens sont convoqués : « Je me tiens devant la scène. (...) Je...
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AUTOUR DE L’OEUVRE DE DIDIER RIMAUD
CHRISTUS N°211
-
Natalie HÉRON
Médiasèvres, 2005, 115 p., 11 euros. L’oeuvre du jésuite Didier Rimaud (1922-2003) est bien connue, et nos assemblées, en puisant fréquemment dans son répertoire, nous l’ont rendue familière. Ce n’est pas le moindre mérite de cette publication des actes d’une journée d’études, qui s’est tenue en janvier 2005, que de nous aider à creuser ce que l’on croyait connaître : l’apparente évidence de ses textes. Cet hommage chaleureux intéresse par la diversité des interventions qui révèlent toutes les facettes de son travail : témoignages de ceux qui ont collaboré avec lui pour la liturgie de l’Église comme Jean-Claude Menoud, Jo Akepsimas, ou pour la liturgie monastique comme Philippe Hémon ; analyses de sa poétique par Nathalie Nabert, Patrick Goujon, de l’inspiration biblique et de l’arrière-plan théologique de son oeuvre par Anne-Marie Petitjean. En prenant au sérieux l’importance, que le Concile ratifierait, de la voix du peuple de Dieu, Rimaud a contribué au renouvellement de la liturgie : « tenir dans la liturgie le langage du monde », tout en restant ancré dans la tradition de l’Église. La « langue du temps présent » ne cède pour autant jamais à la fa...
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DANS L'ÉCLAT DE L'INSTANT & PERROS, BRETAGNE FRATERNELLE
CHRISTUS N°209
-
Natalie HÉRON
Dans l'éclat de l'instant coll. « Petite bibliothèque de spiritualité », 2005, 141 p., 17 €. Perros, Bretagne fraternelle L'Ancolie, 2004, 118 p., 16 €. Dans un court recueil de textes et de poèmes, Jean Lavoué fait mémoire de ses lectures et rencontres fondatrices : écrivains et poètes, mais aussi amis ou proches, bretons comme lui pour la plupart. D'où l'intitulé de la première partie, Racines, dans laquelle il évoque Guillevic, René-Guy Cadou, Xavier Grall, ou bien l'itinéraire singulier de Max Jacob, Edith Stein et Etty Hilesum, ces grandes figures de judéité « jetées soudain hors de leur attaches et de leur tradition ». Expériences du déracinement, qui creusent en chacun l'espace intérieur et ouvrent à la vie, comme l'auteur l'a aussi appris de ses rencontres décisives avec Jean Sulivan ou Henri le Saux. Leurs livres, en passeurs, font oeuvre de transmission — au sens fort d'éveiller un autre. Cette quête confère à ces pages une dimension spirituelle forte qui se déploie dans la seconde partie, où Jean Lavoué s'interroge sur son art poétique, où il relit et relie les signes qui accompagnent un départ, un chemin spirituel, comme autant de « soleils », et proclame face aux blessures ins...
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UNE PLUS SECRÈTE LUMIÈRE
CHRISTUS N°230
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Natalie HÉRON
Préf. J.-P. Lemaire. Lethielleux/Parole et Silence, 2010, 78 p. 17 euros.   Dans une contemplation, plus qu’une méditation de l’Écriture, où bruit aussi l’écho de ce monde, Marguerite Léna laisse résonner des récits ordonnés par le calendrier de l’année liturgique. De l’Avent à la saint François-Xavier, la Nativité et l’Épipha­nie, le Carême, les jours saints et le jour de Pâques, l’Ascension et la Pentecôte, l’Assomption, la Toussaint sont autant d’événements et de récits qui jalonnent un chemin. Dans l’avancée des jours, à la lumière – au sens propre – de l’Écriture, ces textes invitent à l’écoute et au recueillement, au double sens du terme d’entendre intimement et d’en recevoir les fruits. Pourquoi la montée du jour de Pâques à Jérusalem nous touche-t-elle si profondément ? Quelque chose s’y raconte d’une Espérance universelle, un même désir de paix s’y incarne. À travers des signes de pardon, fragiles mais réels, et malgré les obscurités qui l’empêchent le plus souvent, nos yeux, comme ceux des disciples d’Emmaüs, s’ouvrent, et alors nous le reconnais­sons...
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NOTRE ÉCOLE A-T-ELLE UN COEUR ?
CHRISTUS N°232
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Natalie HÉRON
Bayard, 2011, 127 p., 16 euros.   « Faire germer de la profondeur dans les êtres, […] les aider à se construire un espace interne et singulier qui en fasse, autant qu’il est possible, des personnes plus justes et plus spiri­tuelles », telle est aussi l’exigeante tâche qui incombe aux professeurs. Évelyne Martini, professeur de lettres et ins­pecteur d’académie à Paris, spécialiste de l’enseignement du fait religieux, propose dans cet ouvrage une réflexion qui intéressera au-delà du cercle de ceux que l’enseignement concerne, car il s’agit bien ici des enjeux de l’éducation et de la transmission : quelles personnes souhaite-t-on former ? À la lumière de sa propre expérience et de ce qu’elle observe aujourd’hui dans les classes, l’auteur s’interroge sur les conditions de possibilité pour les jeunes de se construire cet espace intérieur. Sans polémique mais avec vigueur, elle montre la difficulté de la tâche aujourd’hui. Car plus encore que l’absence de motivation ou de concen­tration, c’est la culture contemporaine – où matérialisme, hyperviolence et hypersexualité se sont banalisés – qui oppose à l’effort et à l’élévation morale – requis par...
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À TAIRE ET À PLANTER
CHRISTUS N°233
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Natalie HÉRON
Desclée de Brouwer, coll. « Littérature ouverte », 2010, 253 p., 17 euros. Voilà un recueil, de belle écriture, de poèmes et de notes de voyages, un peu à la manière d’un Réda ou d’un Jaccottet. Certains textes empruntent aux comptines enfantines, d’autres, à l’adolescence, à l’écriture plus recherchée, naissent à l’ombre des grands : le Rimbaud des villes et des voyelles, où déjà s’affirme l’acuité d’un regard, le désir de se faire voyant. D’autres encore, la plupart, à l’écriture plus épurée, simplifiée, livrent une expérience, où le désir se laisse travailler par le réel, où l’accueil des sensations creuse l’intériorité. Il faut prendre le temps d’entrer dans cette langue, subtile et variée, fluide, à la fois littéraire et facétieuse (goût de la pirouette, liberté de la forme ou du mètre dans les sornets) et qui célèbre les couleurs, les saveurs, les éléments (l’eau, le feu, la terre, et le ciel) entre lesquels les motifs de l’arbre, du puits, de l’échelle, du pont, de l’île, établissent des passerelles. Les oxymores (« ineffable douleur &raq...
Mots clés : Livres
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D’UN ÂGE À L’AUTRE
CHRISTUS N°236
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Natalie HÉRON
Après Le Pas du temps à propos de l’évangile de Luc, Sur les sentiers de Qohéleth, et Souffles sur le livre des Actes des Apôtres, l’écriture poétique d’Agnès Gueuret poursuit son travail de relecture de l’Écriture. Le sous-titre de ce petit recueil, Généalogies, vient nous rappeler, si besoin était, que la Bible est pleine d’histoires d’hommes et de femmes qui lui donnent chair. Les disciples d’Emmaüs aux coeurs endeuillés, les femmes au tombeau au matin de la Résurrection, Job ébranlé jusqu’« à l’intime des os», Caïn qui rumine en luimême et frappe son frère (« D’un coup, la mort sur le vivant !»), Tamar qui trompe Juda pour recouvrer son droit, Ruth qui décide de suivre Noémi, David qui pleure la mort d’Absalom, Juda qui se repent, Nathanaël, Nicodème…, chacune de leur histoire, racontée, parfois en je, ou simplement évoquée, dit la profondeur de l’être humain.   Le lecteur entend dans ces textes variés, qu’ils reprennent seulement quelques versets (Sa mère, ses frères) ou prennent la forme d’un long poème narratif (Tamar), les injonctions prophétiques et bibliques à préférer le droit à l’inj...
Mots clés : Livres
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LES NOCES DE FIGARO À L'OPÉRA BASTILLE
12 DÉCEMBRE 2012
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Natalie HÉRON
  Le désir amoureux donne à Chérubin qui le découvre, l'audace de chanter devant sa marraine, ce qu'il a d'exubérant et d'impérieux : "Non so più cosa son, cosa faccio","Voi, che sapete che cosa é amor" (actes I et II). Le comte, poursuivant Suzanne de ses assiduités, et Marceline, prétendant  contraindre Figaro à l'épouser, cherchent à empêcher, ou du moins à retarder,  le mariage de Figaro et de Suzanne. Tous ces obstacles tomberont avec autant de facétie que dans les scènes de reconnaissance des comédies de Molière, offrant   en un dernier coup de théâtre à Figaro les parents et l'argent qui lui manquaient. Une note plus grave vient de l'amour blessé de la comtesse, délaissée par un mari inconstant autant que jaloux, et sa plainte "Porgi, amor, qualche ristoro" (acte II) trouve des accents universels qui touchent profondément. Cette femme trahie et cet homme volage ne sont pas sans évoquer  ceux du Don Giovanni. Mais le Comte inquiète moins que le "grand seigneur méchant homme" de Molière ; berné par Figaro, Suzanne et la comtesse, il ne cesse de jurer qu'il se vengera, sans toutefois parvenir à ses fins. Et si dona Elvire poursuit sans trêve don Juan pour le punir,...
Mots clés : Art (cinéma, peinture, sculpture) Musique
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LES REPAS AU CINÉMA.
CHRISTUS N°238
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Natalie HÉRON
L’acte de se nourrir, essentiel dans la vie, tient aussi une grande place au cinéma qui « imite » la vie ; et de nombreuses scènes de repas, clichés ou morceaux de bravoure, nous viennent spontanément à l’esprit. Dans ces scènes, le rapport des personnages à la nourriture révèle toujours plus que ce qui est montré, donnant au spectateur le plaisir de l’imaginer. Car se nourrir, ce n’est pas seulement satisfaire un besoin élémentaire, c’est le lieu premier du désir, qui humanise notre relation à la nourriture et donne le goût de la vie. C’est sous cet angle que nous essayerons de regarder quelques scènes qui disent quelque chose de cet acte vital, de la manière dont l’apprentissage de règles y éduque à un vivre-ensemble, et comment celui-ci est toujours menacé, pour montrer enfin que le repas a toujours à voir avec le don.   Manger, un acte vital et humain Dans Los Olvidados de Buñuel (1950), l’action se situe dans la banlieue pauvre de Mexico, où la nourriture manque et les enfants sont livrés à eux-mêmes. Au marché, un gamin venu de la campagne attend, en vain, le retour de son père, qui l’a peut-être abandonné, suggère l’aveugle : il y a trop de bouches à nourrir. La m...
Mots clés : Art (cinéma, peinture, sculpture)
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SUR LE CHEMIN DE L'ÉCOLE, PASCAL PLISSON.
07 NOVEMBRE 2013
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Natalie HÉRON
Un jeune garçon creuse avec application un trou dans le sable, trouve l'eau, se désaltère, lave son linge, remplit un jerrycan et se remet en route. Jackson, est l'un des quatre enfants que le film de Pascal Plisson, a choisi de suivre, comme l'indique le titre de son film, sur le chemin de l'école. Quatre enfants âgés de 10 à 13 ans, dont nous découvrons le périple quotidien car pour chacun d'eux, ce chemin représente un défi, voire expose au danger dans une nature impressionnante. Chaque matin, au Kenya, Jackson 10 ans, marche 2h dans la savane avec sa petite soeur, Carlos 11 ans, fait avec la sienne en 1h30 à cheval les 18 km qui les séparent de l'école à travers les plaines de Patagonie, quant à Samuel 13 ans, qui vit en Inde, ce sont ses jeunes frères qui poussent pendant plus d'une heure son fauteuil pour faire 4 km. Zahira 12 ans quitte son village escarpé de l'Atlas marocain pour rejoindre avec ses deux amies l'internat qui se trouve à 4h de marche. Sans forfanterie, et avec la fraîcheur de leur âge, ils se montrent aussi braves que dégourdis, pour fuir les éléphants ôter la pierre du sabot du cheval ou sortir le fauteuil de l'ornière. Leur courage, leur maîtrise de soi, et plus encore leur solidarité et leur sens de la responsabilité envers le plus jeune ou le plus vu...
L'EXERCICE DE L'ETAT OU L'HYBRIS DU POUVOIR
CHRISTUS N°246
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Natalie HÉRON
Avec La Conquête de Xavier Durringer et Pater d’Alain Cavalier, sortis la même année en 2011, L’exercice de l’État de Pierre Schoeller montrait l’intérêt du cinéma français pour le politique. À la différence du premier qui pastichait le parcours de Nicolas Sarkozy et du deuxième qui interrogeait les codes du pouvoir, le film de Schoeller est une « fiction documentée » [1]. Moins film politique que film d’action en politique, « inscrit au plus près d’une réalité contemporaine sans que ce soit de l’actualité » et donc « dégagé de toute idéologie » [2], le film parvient à « incarner » le rapport à la chose politique de manière tout à fait crédible dans une intrigue où les personnages n’ont plus à conquérir le pouvoir mais à l’exercer. Il montre ainsi la politique « de l’intérieur », avec ses retentissements dans des histoires personnelles [3]. Le film, et c’est là où il est juste, ne se veut pas une dénonciation. Ni idéaliste ni caricatural, il propose une chronique, plausible et convaincante, du quotidien d’un ministre. Un quotidien fait de crises à gérer : urgences de l’actualité, liens avec...
Mots clés : Politique Volonté de l'homme Pouvoir Exercice du pouvoir
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SOUS LE FIGUIER
CHRISTUS N°249
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Natalie HÉRON
Que ce soit l’évangile de Luc, les Actes des Apôtres ou Qohéleth, Agnès Gueuret étudie et médite inlassablement l’Écriture pour en proposer une réécriture, ou pour mieux dire une rumination. Comme elle prévient le lecteur dès l’avertissement, son livre ne se veut pas « une traduction au sens littéral du terme », mais « un exercice de l’esprit et du coeur » qui veut « s’accorder à ce qui a été entendu » pour « transmettre à d’autres ce que l’on a contemplé ». Son livre n’est pas en effet une nouvelle traduction, mais un travail d’appropriation dont l’écriture, poétique, travaillée sans maniérisme, fait entendre de manière à la fois neuve et fidèle la prière familière des psaumes. La composition même de l’ouvrage semble renouer avec la forme chantée (le mot « psaume » vient du grec psalmos qui veut dire « chant ») jusque dans la structure et la scansion du recueil : « Ouverture », « Sous le figuier » (Ps 119), « Interlude I », « Psaumes des Montées » (Ps 120 – 134), « Interlude II », « Appel » (Ps 6), « Émerveillement » (Ps 139), « Où...
PETITE THÉOLOGIE DU CINÉMA
CHRISTUS N°249
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Natalie HÉRON
Cet ouvrage reprend, sous forme d’entretiens, des échanges entre Jean Collet, critique de cinéma, et Michel Cazenave, producteur de l’émission « Les Vivants et les Dieux » sur France Culture. Pour Jean Collet, la dimension spirituelle du cinéma ne vient pas d’un contenu qui serait religieux, mais de l’ouverture qu’il crée. Lorsqu’il permet au spectateur, non pas de s’abstraire du réel pour un imaginaire fascinant ou insignifiant, mais de « mettre à profit [cet] espace ouvert de la fiction pour prendre conscience de tout ce qu’[il est] virtuellement », le cinéma questionne plus qu’il n’affirme. Sur l’écran, les images parlent, mais n’expliquent pas, elles ne s’adressent pas à la raison mais à l’esprit. Elles nous rendent interprètes et même créateurs à notre tour. Réfléchissant à ce qui fait une oeuvre véritable, Jean Collet montre que l’essence du cinéma, comme de tout art – Flaubert disait s’être toujours efforcé d’aller « dans l’âme des choses » tient à ce pouvoir de révélation, au sens fort. Nous croyions connaître les films de Rossellini, de Buñuel, de Mankiewicz dont il parle ; en l’écoutant, nous re-découvrons c...
SIGNE DANS LA BIBLE
CHRISTUS N°252
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Natalie HÉRON
  Le lecteur trouvera ici – ou retrouvera dans un livre, cette fois – les 90 méditations de la première saison de Signe dans la Bible, données en ligne de juin 2014 à février 2015. Ces courtes méditations spirituelles veulent « aider à découvrir comment la Bible parle de Dieu et des hommes à travers des images et des situations de la vie quotidienne » et, si elles sont « enracinées dans le réel », c'est que rien dans nos vies n'est étranger à Dieu. Les différents chapitres de ce livre s'organisent donc autour de huit thèmes : autour des pierres et de ce que l'on bâtit (la Tente, le Temple ou la tour), autour des plantes et de la moisson, des animaux (les vaches maigres et grasses du songe de Pharaon, les petits chiens, les poissons de Jonas ou de la pêche). Les autres s'articulent autour de la famille et de la société, des sens du corps, puis du vent, de la lumière et des anges dans un chapitre joliment intitulé « Grâce au ciel », autour enfin des gestes du quotidien : se nourrir, veiller et se réveiller. Ces méditations sont aussi poétiques, elles créent un véritable espace où se déploie un imaginaire. Le lecteur appréciera d'entendre ces textes résonner avec son ex...
VERTIGES DE L'AMOUR
CHRISTUS N°261
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Natalie HÉRON
Le personnage principal du film Phantom Thread est un grand couturier qui essaie de se réfugier dans un monde dépourvu de toute émotion. Les conflits, l'expression des sentiments, le mouvement qui « perturbent » les rapports humains empêchent le processus créateur. Or, vouloir y échapper n'est-ce pas refuser de vivre ? Phantom Thread de Paul Thomas Anderson, sorti en salles en 2018, s'impose magistralement par l'émotion qu'il suscite à la première vision. Le film éblouit par sa beauté plastique, comme par la musique très romantique de Jonny Greenwood, et par les mouvements de caméra fluides. Cette émotion, dont l'impression demeure par-delà la première vision, rejoint la définition du sublime comme catégorie esthétique, telle que l'ont formulée les classiques comme Boileau1. Mais une émotion plus subtile anime le spectateur devant le parcours des personnages qui, tels de prodigieux patineurs, se livrent à des figures aussi audacieuses qu'énigmatiques. Le spectateur est ému, au sens propre, mis en mouvement, comme le rappelle l'étymologie latine : emovere, « ôter d'un lieu », d'où « ébranler ». Le film, s'il se conclut par un mariage, loin de proposer le happy end d'un équilibre retrouvé, maintient un &e...