Monique LUIRARD

QUAND LES FEMMES REÇOIVENT ET DONNENT LES EXERCICES
CHRISTUS N°236
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Monique LUIRARD
Pourquoi mettre l’accent sur leur relation avec les femmes alors que les Exercices spirituels sont destinés à « se vaincre soi-même et ordonner sa vie sans se décider par quelque attachement qui serait désordonné » (n° 1), sans autre précision concernant les personnes susceptibles de les recevoir ? Il n’empêche que les femmes, comme nous allons le voir, ont joué un rôle dans leur élaboration, puis, peu à peu, dans la manière de les donner. Des « exercices » aux « Exercices » Ignace eut du succès auprès de ses auditrices. À Manrèse, « le jour ou la nuit, des femmes accouraient auprès de lui bouche bée et toutes mourantes d’entendre les exhortations et les paroles spirituelles qu’il ne cessait de leur adresser » 1. On leur avait même donné le surnom péjoratif d’Iñigas ! À Alcalá, « des femmes lui demandait qu’il leur enseignât le service de Dieu. Elles lui disaient les peines qu’elles éprouvaient et lui, il les consolait » 2. Lorsqu’il fut incarcéré, certaines de ses auditrices vinrent lui rendre visite. Ce succès finit par donner naissance à des racontars et sembla d’autant plus suspect aux inquisiteurs que certaines des dévotes d’Alca...
Mots clés : Exercices spirituels
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UNE MYSTIQUE DU SERVICE
CHRISTUS N°237
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Monique LUIRARD
Dès le début de son évangile, Luc révèle que Dieu comble de biens les affamés (Lc 1,53) : entre les riches et les autres, Dieu a fait son choix et les pauvres sont privilégiés. L’attention au prochain a toujours été constitutive d’une vie chrétienne. Au XVIe siècle, les individus les moins bien nantis ne pouvant compter que sur leur travail pour vivre et entretenir les leurs, le recours à la charité était une nécessité quand les forces venaient à manquer. Celle-ci était assurée par les congrégations religieuses qui avaient fondé des institutions susceptibles de fournir aux nécessiteux le couvert et le gîte. Les laïcs faisaient des dons à la mesure de leurs moyens et de leurs convictions. À Loyola, à Aravalo, chez le grand argentier de Castille, à Pampelune, chez le vice-roi de Navarre, Ignace a pu voir les maîtresses de maison accueillir les mendiants et leur donner l’aumône. Dans les châteaux et les fermes, les vagabonds pouvaient toujours trouver une botte de paille et un coin pour passer la nuit. La charité était un devoir social tout autant que religieux. Celui et celle qui y avaient manqué tentaient, à la veille de leur mort, de mettre un terme à leur mauvaise conscience en faisant des donations en fa...