Michel Fédou

L’ODYSSÉE
CHRISTUS N°219
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Michel Fédou
Ulysse venait de rentrer dans sa patrie d’Ithaque après vingt ans d’absence. Habillé en mendiant pour ne pas se faire reconnaître, il s’approchait du palais où demeurait son épouse Pénélope, convoitée par un certain nombre de « prétendants » qui voulaient la prendre pour femme et s’emparer du trône – car ils étaient persuadés que le héros était mort. Or voici qu’au seuil de la maison « un chien couché leva la tête et les oreilles » :    « C’était Argos, le chien que le vaillant Ulysse achevait d’élever, quand il fallut partir vers la sainte Ilion, sans en avoir joui. Avec les jeunes gens, Argos avait vécu, courant le cerf, le lièvre et les chèvres sauvages. Négligé maintenant, en l’absence du maître, il gisait, étendu au-devant du portail, sur le tas de fumier des mulets et des boeufs où les servants d’Ulysse venaient prendre de quoi fumer le grand domaine ; c’est là qu’Argos était couché, couvert de poux. Il reconnut Ulysse en l’homme qui venait et, remuant la queue, coucha les deux oreilles : la force lui manqua pour s’approcher du maître. Ulysse l’avait vu : il détourna la tête en essuyant un pleur… » 1. Le chi...
Mots clés : Amour Espérance Imagination Mariage Mémoire Religions Sagesse Littérature
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LE COMBAT SPIRITUEL
CHRISTUS N°209
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Michel Fédou
Vie chrétienne, 2005, 82 p., 13 €. Une illusion guette parfois les chrétiens croire que leur vie de baptisés les protège du « combat spirituel ». La nouvelle publication de Léo Scherer rappelle qu'un tel combat est une réalité inévitable : il l'est humainement, car l'être humain doit consentir à certains renoncements pour trouver le chemin d'une juste relation à autrui ; il l'est spirituellement, car c'est à travers lui que nous apprenons, « de morts partielles en résurrections ébauchées », à nous laisser conduire par l'Esprit jusqu'à l'ultime « lâcher prise » qu'est « la remise de notre souffle dans les mains d'un Autre ». Le parcours est nourri de la Parole de Dieu. L'auteur évoque d'abord les combats de Jacob et Moise, puis s'arrête sur le Christ lui-même et sur l'épreuve des tentations au désert. Par là se dévoile l'enjeu radical du combat spirituel, qui se joue au croisement de la condition humaine et de la filiation divine. Ce combat se poursuit « dans l'histoire et dans les coeurs », comme l'attestent des témoignages aussi divers que ceux d'Antoine, d'Ignace de Loyola, de Silouane ou de Madeleine Delbrêl. D'autres témoignages anciens ou contemporains sont également invoqués tout au long du par...
Mots clés : Livres
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JUIFS ET CHRÉTIENS
CHRISTUS N°194
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Michel Fédou
Postf. R. Krygier. L'Atelier, coll. « Questions ouvertes », 2001, 159 p., 14,48 €. De grands progrès ont sans nul doute marqué, depuis des décennies, les relations entre chrétiens et juifs. En témoignent la déclaration Nostra aetate de Vatican II, le passage d'un « enseignement du mépris » au souci de la connaissance et de l'estime réciproques, la visite de Jean-Paul II à la synagogue de Rome et son voyage en Israël, les démarches de « ,'repentance » pour les diverses formes de complicité avec l'antisémitisme, ou bien encore, du côté juif, l'intérêt renouvelé pour Jésus de Nazareth... Le livre de Geneviève Comeau rend compte de ces progrès, mais, pour autant, n'élude pas les questions délicates > qui subsistent entre juifs et chrétiens. Ainsi confronte-t-il leurs positions sur la loi et le Christ, sur les Ecritures, sur la corporéité et sur le messianisme, en invitant tout à la fois à dépasser les malentendus et à identifier les divergences. Il retrace aussi l'histoire des relations entre juifs et chrétiens, depuis les origines jusqu'à l'époque contemporaine on trouvera là d'excellents développements sur la question des « racines » (en référence à Rm 11,18)...
Mots clés : Livres
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LE SOI VÉRITABLE
CHRISTUS N°188
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Michel Fédou
Aujourd'hui plus que jamais, la question du « souci de soi » doit être envisagée dans le vaste horizon du débat interreligieux et, tout particulièrement, du dialogue avec le bouddhisme. Il n'y va pas seulement de l'attrait que celui-ci exerce, en Occident comme en Orient, sur un grand nombre de nos contemporains. Il y va surtout d'un défi radical qui est posé par le bouddhisme à travers sa doctrine du « non-Soi ». En contraste avec cette doctrine le christianisme apparaît couramment comme une religion qui, en dépit de son enseignement sur l'amour du prochain, met fortement l'accent sur l'individu, sur la permanence de l'identité personnelle, sur l'attention qu'il convient de porter à soi-même et à sa propre destinée. Et si certains considèrent qu'une telle insistance est tout à l'honneur de la tradition chrétienne, d'autres y voient au contraire une limite fondamentale par rapport à la ttadition bouddhique, qui, elle, a su prôner un radical détachement vis-à-vis du Soi. On ne peut vraiment avancer dans ce débat que si, renonçant aux comparaisons superficielles, on tente d'engager un dialogue de fond entre les deux traditions en présence. Cela impliquera d'abord une tentative pour comprendre avec justesse la doctrine bouddhique du non-Soi. Nous verrons ensuite comment les questions pos&e...
Mots clés : Ascèse Catholicisme Dialogue interreligieux Dieu Doctrine Jésus-Christ Sagesse Théologie Trinité Conversion
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SUR L’À DIOGNÈTE
CHRISTUS N°230
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Michel Fédou
MICHEL FEDOU S.J. Théologien, Centre Sèvres – Facultés jésuites de Paris.Traducteur d’Origène, il a récemment publié : Regards asiatiques sur le Christ (Desclée, 1998), La voie du Christ : genèses de la christologie dans le contexte religieux de l’Antiquité du IIe siècle au début du IVe siècle (Cerf, 2006) et L’Église des Pères : initiation à la théologie patristique (Médiasèvres, 2007).Dernier article paru dans Christus : « L’Odyssée : poème de la victoire sur l’oubli » (n°219, juillet 2008). Le christianisme est né à une époque où les mouvements de populations étaient fort nombreux. Certaines villes étaient par­ticulièrement cosmopolites : ainsi Alexandrie, où affluaient des commerçants de toutes parts, et qui était comme un pont entre l’Occident et l’Orient ; ainsi surtout la ville de Rome, où arrivaient de nombreux immigrants venus des différentes régions de l’em­pire – apportant avec eux leurs langues, leurs coutumes et leurs traditions religieuses. Ces immigrants étaient certes de conditions très différentes (certains, par exemple, étaient esclaves, tandis que d’autres avaient été affranchis). De soi,...
Mots clés : Catholicisme Corps Eglise Esprit Incarnation Politique Réalité Théologie Tradition Vérité
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LA SYMBOLIQUE DE L'AMOUR
CHRISTUS N°234HS
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Michel Fédou
Fédou s.j. Théologien, Centre Sèvres – Facultés jésuites de Paris. Traducteur d’Origène, il a récemment publié : Regards asiatiques sur le Christ (Desclée, 1998), La voie du Christ : genèses de la christologie dans le contexte religieux de l’Antiquité du IIe siècle au début du IVe siècle (Cerf, 2006) et L’Église des Pères : initiation à la théologie patristique (Médiasèvres, 2007). Dernier article paru dans Christus : « Sur l’À Diognète : être dans le monde sans être du monde » (n°230, avril 2011). Parution initiale du présent article : juin 1993.   N’est-il pas périlleux de soumettre à la réflexion théologique un texte qui n’est pas ordonné à une réflexion de ce type, mais qui se présente d’abord comme un « exercice spirituel » ? Ne se met-on pas en contradiction avec la visée propre de tels « exercices », qui désignent selon la première annotation « toute manière d’examiner sa conscience, de méditer, de contempler, de prier vocalement et mentalement, et d’autres opérations spirituelles » (Ex. sp. 2) ? Que penserions-nous en tout cas d’un retraitant qui voudrait faire ces exerc...
HENRI DE LUBAC ET LA SPIRITUALITÉ CHRÉTIENNE
CHRISTUS N°236
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Michel Fédou
« Ceux qui n’ont jamais vu la mer croient que rien n’est plus monotone, – alors que rien n’est plus varié, rien ne réserve plus de surprises. Ainsi pour la vie intérieure et la contemplation de Dieu… » 1. 1. Henri de Lubac, Nouveaux paradoxes, Seuil, 1959 (OEuvres complètes [OC], t. XXXI, Cerf, 1999), p. 152.   Ces simples lignes – et bien d’autres encore dans les recueils de « Paradoxes » que nous a laissés le cardinal Henri de Lubac (1896- 1991) – suffiraient à attirer l’attention sur la portée spirituelle de son oeuvre. Cette oeuvre a certes abordé les champs les plus divers : l’athéisme moderne, la compréhension de l’homme devant Dieu, l’histoire de l’exégèse, le mystère de l’Église, le christianisme et les autres religions… Mais tous les écrits du P. de Lubac reflètent une attitude spirituelle qui, comme on le verra, s’éclaire ultimement par sa réflexion sur « mystique et mystère ». L’attitude de fond Le premier livre d’Henri de Lubac, Catholicisme (1938), manifeste d’emblée une attention aiguë aux problèmes du temps présent, et le souci d’y répondre en recueillant le meilleur héritage de la Tradition. L’auteur réagit co...
A L'IMAGE DE DIEU
CHRISTUS N°249
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Michel Fédou
La notion de bienveillance était déjà attestée dans l’Antiquité grecque ; ainsi Eschyle avait-il écrit, au Ve siècle avant J.-C., une tragédie intitulée Les Euménides, où l’on voyait des divinités renoncer à leur colère pour assurer le bonheur des Athéniens ; et un siècle plus tard, Aristote avait consacré toute une analyse au sentiment de « bienveillance » (eunoia). Le Nouveau Testament, quant à lui, n’utilise que deux fois ce dernier mot ou le verbe de même racine : Jésus demande que l’on se mette vite « dans de bonnes dispositions » avec son adversaire (Mt 5, 25), et Paul invite à servir le Seigneur « avec bienveillance » (Ep 6, 7). Mais le mot « eudokia », qui peut aussi se traduire par « bienveillance », est employé à plusieurs reprises ; ainsi lorsque Jésus dit à son Père : « c’est ainsi que tu en as disposé dans ta bienveillance » (Lc 10, 21), ou lorsque Paul évoque le dessein bienveillant de Dieu (Ep 1, 5 ; Ph 2, 13). De plus, il faut prendre en considération d’autres textes qui transmettent une idée assez proche ; « ne pas juger pour n’être pas jugé » (Mt 7, 1) ; « regarder les autres comme plus méritants &r...
Mots clés : Amour Dieu Discernement Bonheur Bienveillance Charité
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LA VIE CHRÉTIENNE, UN EXODE
CHRISTUS N°253
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Michel Fédou
          Dès ses premiers siècles, à travers la sagesse des Pères notamment, l'Église envisage la vie chrétienne comme un itinéraire vers Dieu. Ainsi, très tôt, se révèle le lien profond et spirituel entre déplacement géographique et mouvement de l'âme. La condition du disciple du Christ est de « quitter son pays ». L'appel que Yhwh avait adressé à Abram a été entendu par nombre de chrétiens qui, dans les premiers siècles, durent souvent quitter leur terre d'origine. Ils y furent d'abord conduits par l'exigence d'annoncer l'Évangile en d'autres lieux : ainsi Justin, natif de Palestine, ouvrit-il au IIe siècle une école de philosophie à Rome ; un peu plus tard, Irénée, originaire d'Asie mineure, se rendit en Gaule où il devint évêque de Lyon ; et, dans les siècles suivants, d'autres chrétiens gagnèrent de nouvelles régions telles que l'Arménie, la Perse, voire l'Extrême-Orient dans le courant du VIe siècle. Parfois aussi, ce furent des persécutions qui contraignirent des chrétiens à quitter leur terre : c'est ainsi qu'Ignace d'Antioche, au début du IIe siècle, fut emmené à Rome pour y subir le martyre ; ou encore, au I...
Mots clés : Evangélisation Théologie Témoignage
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TRÉSORS SPIRITUELS DES CHRÉTIENS D'ORIENT ET D'OCCIDENT DE MARTIN DE LA RONCIÈRE
CHRISTUS N°263
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Michel Fédou
L'ouvrage propose, pour chaque jour de l'année liturgique, un texte d'un Père de l'Église ou d'un auteur spirituel d'une époque ultérieure ; ce texte est complété par une brève prière (le plus souvent rédigée par l'auteur du livre). Pour l'Avent, Noël, le Carême et le Temps pascal, les extraits retenus sont directement liés à ces temps liturgiques. Pour le Temps ordinaire, les lectures abordent des thèmes très variés : ce sont des méditations sur un article de la foi, des conseils pour la vie chrétienne, des exhortations spirituelles sur tel ou tel sujet (ainsi trouve-t-on, pour la 17e et la 32e semaine, une série de textes sur les demandes du Notre Père). Des lectures sont aussi proposées pour les fêtes de la Vierge Marie et de certains saints. On doit être reconnaissant à l'auteur de faire ainsi connaître des « trésors » de la spiritualité chrétienne. L'une des caractéristiques majeures du recueil est que, comme l'indique le titre, les textes sont empruntés aux traditions chrétiennes « d'Orient et d'Occident ». Le lecteur découvrira, à côté de Pères de l'Église ou d'auteurs spirituels dont les noms lui sont familiers, quantité d'auteurs peu connus o...