Marie-Hélène Boucand

DANS LE MONDE DES SOUFFRANTS
CHRISTUS N°225
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Marie-Hélène Boucand
La confrontation du monde des malades ou des personnes en situa­tion de handicap m’a beaucoup interrogée sur ma perception de la présence de Dieu dans ces lieux de l’« en bas ». Comment, dans les lieux de souffrance, le souffle de l’Évangile s’invite-t-il pour qui veut le reconnaître ? Pourtant, si je prends le temps de relire mon expérience de médecin puis de malade, et de contempler le monde des souffrants, je peux reconnaître la Parole de Dieu qui prend chair, doucement, hum­blement, silencieusement. Je vous invite avec moi à cette relecture.   Par le regard de l’imagination Je peux, par le regard de mon imagination, faire mémoire des lieux connus, des lieux où j’ai travaillé, où je suis allé rendre visite à un proche, des lieux vus à la télévision… La route, l’accident. Les pompiers, puis le Samu, arrivent. Une salle d’attente. Tous ont rendez-vous avec un professeur de renom. Ils espèrent la proposition d’un acte chirurgical salvateur. La grande esplanade. Des centaines de pèlerins. Des dizaines d’enfants avec de lourds handicaps. Des parents derrière la pous­sette. Ils attendent. Le centre de rééducation. Des jeunes en fauteuil électrique. Un plongeon en eau peu profonde les a paralysés à v...
Mots clés : Charité Dieu Evangile Maladie Parole de Dieu Parole d’homme Souffrance
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LE REGARD SUR LA PERSONNE HANDICAPÉE
CHRISTUS N°195
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Marie-Hélène Boucand
Si la question du respect se pose face à la personne handicapée, c'est probablement parce qu'en l'occurrence le respect ne va pas de soi. Le respect étant posé comme fondateur de la relation à autrui, pourquoi est-il opportun de se questionner sur ce principe face à l'autre, porteur d'un handicap ? Pour tenter une approche plus parlante, nous évoquerons les conditions du respect face à une personne porteuse d'un très lourd handicap mental, moteur ou de communication. De façon paradigmatique, je propose aussi de nous situer dans le cadre d'une relation de soin, qui a été le lieu de mon expérience auprès de personnes cérébro-lésées. La pitié et l'ignorance Les positions habituellement évoquées dans le face à face avec une personne handicapée oscillent entre la pitié et l'ignorance. Arrêtons-nous sur chacune d'entre elles :     • La pitié est ce sentiment — si mal vécu par les personnes qui l'inspirent — réduisant la personne handicapée à la souffrance, aux difficultés qui apparaissent immédiatement au regard que l'autre pose sur celle-ci. Cette commisération est parfois emprunte de mépris : « Le pauvre, vous avez vu dans quel état il est !... » Nous sommes ici dans le jugement de val...
Mots clés : Corps Espérance Images Justice Souffrance Tentation Temps
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MON DÉSIR DE SOIGNANT
CHRISTUS N°183
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Marie-Hélène Boucand
Soignant-soigné, soigné-soignant, je suis au carrefour de deux mondes, l'un au service de l'autre Touchée par la maladie depuis cinq ans, la relecture de ma vie professionnelle devient tout autre. Jeune médedn, après qu'un événement familial m'eut fait vivre le drame d'un acddent vasculaire chez une personne jeune, j'ai choisi assez rapidement de me destiner à la rééducation des malades ayant eu un acddent neurologique. Ma voie était, semble-t-il, tracée. Après trois expériences de médedne en Inde et en Afrique noire mon désir d'aller hors frontière pour aider les plus pauvres s'est converti. Je pouvais trouver ma voie en France et cela m'a conduit à me « consacrer » aux personnes malades les plus démunies. Une fois l'orientation neurologique choisie un concours de drconstances m'a amenée à travailler dans un service hospitalier, dans le Var, auprès des personnes cérébro-lésées, vasculaires ou traumatisées crâniennes. Apprendre des autres Ce fut pour moi toute une école que d'apprendre ce qu'était la personne avec un traumatisme crânien, ce que vivait l'entourage, quelles étaient leurs demandes, leurs attentes. Il m'a fallu apprendre aussi que le pouvoir de la médedne devait êtte partagé : je n'étais pas se...
INCERTITUDE ET MALADIE
CHRISTUS N°261
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Marie-Hélène Boucand
Parfois la maladie s’invite sans donner son nom. Les personnes ainsi atteintes de troubles inconnus, ou mal connus, connaissent l’errance dans le diagnostic, ce qui apporte une souffrance supplémentaire aux maux du corps. L’auteure s’appuie ici sur sa double expérience de médecin et de malade, à partir d’un travail de recherche dans le cadre d’une thèse de philosophie.     Attendre, se sentir malade et ne pas savoir ce dont je suis atteint… Une situation rapidement résolutive et connue de nombre d’entre nous dans l’attente d’un diagnostic d’une maladie, lorsque celle-ci est connue. Mais qu’en est-il lorsque aucune maladie ne peut être évoquée parce que la symptomatologie est mal connue ou reconnue et que tous les examens d’exploration biologique ou d’imagerie ne parlent pas. C’est souvent l’expérience vécue par les personnes touchées par une maladie rare génétique dont la symptomatologie est souvent subtile, mais suffisamment insidieuse et dérangeante pour que la personne sente ou perçoive que « quelque chose ne va pas ». C’est ce temps de l’errance et de l’attente que nous nous proposons d’explorer à partir de notre propre expérience  et d’un travail d’entretiens1 avec des parents ou des...
L'EVANGILE AU CŒUR DE LA MALADIE
CHRISTUS N°263
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Marie-Hélène Boucand
La question de la présence de Dieu au cœur de l'épreuve est une interrogation qui habite déjà les pages de l'Ancien Testament. C'est avec cette question que l'auteure propose ici une relecture de l'expérience du handicap ou de la maladie.   « Maintenant, je crois que je vais vivre ma vie comme une célébration. » Anonyme   « Le Seigneur est-il au milieu de nous, oui ou non ? » (Exode 17,7). La question de la présence de Dieu au cœur de l'épreuve est ancestrale puisque déjà le peuple juif de l'Ancien Testament se la pose. C'est donc avec cette question que je propose une relecture de la présence de Dieu au cœur de l'expérience du handicap ou de la maladie. Oh, rien d'évident, pas de conscience sur le moment mais un regard posé sur l'expérience et les signes donnés et relus a posteriori, fruit de l'exercice de relecture auquel nous invite la spiritualité ignatienne. Accompagner des situations désespérées J'ai exercé comme médecin hospitalier, spécialisée en médecine physique et réadaptation, auprès des personnes cérébrolésées, en éveil de coma ou en état végétatif ou pauci-relationnel. Nous devions investir dans le petit progrès, la petite r&eac...