Marie ACHET-HAUSHALTER

Professeure agrégée d’histoire, doctorante en histoire à Sorbonne Université, prépare une thèse sur la douceur dans le christianisme antique.
"SOYEZ LEURS FRÈRES PAR VOTRE DOUCEUR"
CHRISTUS N°275
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Marie ACHET-HAUSHALTER
La douceur chrétienne, à laquelle exhortent les Pères apostoliques, se distingue de la vertu des philosophes non chrétiens qui est orientée vers l'accomplissement individuel d'un idéal moral. Chez les Pères, elle est plutôt un effacement de soi pour mieux rejoindre l'autre. Les Pères apostoliques, premiers pasteurs, penseurs et écrivains chrétiens après ceux du Nouveau Testament, posent les fondements de la doctrine et de la spiritualité chrétiennes, en guidant la vie des premières communautés. S'appuyant sur l'héritage biblique et surtout sur la mémoire des paroles de Jésus, ils ont donné à la douceur chrétienne des contours distincts de la vertu que les philosophes « païens » célébraient sous ce nom. Ils ont ainsi fait de la douceur un aspect incontournable de la vie morale, de la spiritualité et de la mission chrétiennes. Être doux à l'égard de l'autre et de Dieu L'invitation à la douceur naît de la remémoration des paroles et de l'attitude de Jésus : elle découle de la centralité de la personne du Christ, de son enseignement et de son exemple dans la spiritualité des premiers chrétiens. Ainsi, le premier auteur patristique, Clément de Rome, s'adresse-t-il aux chrétiens de Corinthe (vers 90) en leur rappelant que Jésus enseignait et recommandait la douceur : Souvenons-nous surtout des paroles du Seigneur Jésus, qu'il a dites lorsqu'il enseignait la douceur et la patience ; en effet, il parla ainsi : « Soyez miséricordieux, afin d'obtenir miséricorde. Remettez, afin qu'...