Joseph Moingt

LE MÉMORIAL EUCHARISTIQUE
CHRISTUS N°219
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Joseph Moingt
Le christianisme est fondé sur un devoir de mémoire : « Faites cela en mémoire de moi. » Ce sont les derniers mots de Jésus à ses disciples attablés autour de lui avant qu’il soit « livré », des paroles d’adieu, un ultime message, son testament. La singularité du christianisme tient fondamentalement à la manière de s’acquitter de ce devoir. Dans les récits de la Cène transmis par les trois évangiles de Matthieu, Marc et Luc, l’acte de mémoire consiste en un double faire : faire mémoire de Jésus en refaisant ce qu’il dit de faire. Il s’agit d’abord de se souvenir de sa personne, et surtout de ce qui va lui arriver et qui est évoqué par les paroles qu’il prononce au même moment sur le pain et le vin : « Mon corps donné pour vous, mon sang versé pour vous. » Il s’agit ensuite de répéter ce qu’il fait à cette table, d’accomplir ce qu’il prescrit, qui est l’acte de partager un repas : « Prenez et mangez, prenez et buvez. » Le premier faire donne sens au second, celui-ci donne effectivité à celui-là, ils sont inséparables l’un de l’autre. Or, l’apôtre Paul, chez qui nous lisons le tout premier récit de la Cène du Seigneur, p...
Mots clés : Eglise Eucharistie Evangélisation Jésus-Christ Justice Mémoire Passion
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LES PÈRES DE L'EGLISE
CHRISTUS N°202
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Joseph Moingt
Écrivant des admonestations sévères aux fidèles de Corinthe, l'apôtre Paul se défend de vouloir les humilier : il ne fait que leur donner des avertissements « comme à ses enfants bien-aimés ». En effet, poursuit-il, « auriez-vous des milliers de pédagogues en Christ, vous n'avez pas plusieurs pères : car c'est moi qui vous ai engendrés en Christ Jésus par l'Évangile » {1 Co 4,14-15). Là est l'origine du nom « Pères de l'Église », dont nous étudierons la signification et la fonction. Précisons d'abord le sens qu'il reçoit du contexte. Paul a appris que les chrétiens de cette communauté sont divisés en factions et se réclament, les uns des ministres qui les ont baptisés, les autres des docteurs qui les ont instruits ; moi, leur dit-il, je ne vous ai pas baptisés, je n'ai pas été envoyé pour cela, mais pour évangéliser, je n'ai pas non plus cherché à vous enseigner des doctrines savantes : rien d'autre que le « langage de la croix » (1,14-18) ; je me suis contenté de « planter », de « poser le fondement » sur lequel votre foi reposera solidement, afin que vous apparteniez au Christ et que son Esprit habite en vous (3,8-16). L'Apôtre ne revendique donc pas une paternit&eacut...
Mots clés : Eglise Evangélisation Foi Paternité Théologie Tradition Trinité
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LA GUÉRISON DU LÉPREUX
CHRISTUS N°2
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Joseph Moingt
 C'est une histoire toute simple, et toute merveilleuse1. Saint Luc la commence par trois petits mots qui lui sont familiers : "et factum est". "Et il arriva... il y avait une fois..." : ainsi débutent les faits divers, et les contes de fée. Un miracle parmi tant d'autres que fit Jésus, mais le Mystère s'y dévoile, la Bonne Nouvelle y éclate, arrachant l'histoire humaine à la lèpre de son péché. Un lépreux vient à Jésus, et le supplie à génoux : "si tu le veux, tu peux me guérir". - "Je le veux", répond Jésus en le touchant, plein de compassion. Et il le renvoie, guéri, avec l'ordre de se taire et de se montrer au prêtre. L'épisode est à peine daté et situé. Il se place au début de la manifestation de Jésus, quand les foules le suivaient dans un enthousiasme naïf, et dans cette excitation bruyante que soulèvent fatalement les discours d'un réformateur et les prodiges d'un guérisseur. Et les gens sages observaient, réservés, méfiants. Il est peu probable que notre lépreux ait et l'audace de s'aventurer en plein village, ou dans une foule. Sans doute, comme tant d'autres malades, alerté par la renommée de Jésus, attendait-il son passage, tapi au bord de la route, à l'entrée d'une bourgade, honteux, anxieu...