Jean-Marie Tézé

LA GLOIRE DU SENSIBLE
CHRISTUS N°211
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Jean-Marie Tézé
Cet article a paru dans Christus en juin 1970 au sein d’un numéro consacré à « L’art et la foi ». Il est considéré par beaucoup de chrétiens comme un des plus grands textes esthétiques de cette époque. Nous nous faisons une joie de le faire découvrir à une nouvelle génération de lecteurs, tant le regard et les intuitions du P. Tézé restent d’actualité. On a l’habitude de considérer l’oeuvre d’art sous le double aspect de la forme et du sensible qu’elle organise. Mais on oublie souvent le plus important. Dès que cette organisation est parfaite, un troisième facteur surgit, essentiel, et qui englobe tout : « splendor formae », le resplendissement de la forme (saint Thomas) ou le rayonnement du sensible (Baudelaire), car les deux ne font qu’un.   Resplendissement de la forme En tant qu’il est forme, organisation du sensible, figure déterminée, le beau est saisissable. On peut le calculer, l’enseigner. On peut le soumettre à toutes les analyses que l’on voudra : en faire ressortir les motivations profondes, établir les liens qui le rattachent à un niveau culturel, économique et même politique donné. Sous cet aspect, l’objet esthétique est situé dans l’espace et le temps....
Mots clés : Art (cinéma, peinture, sculpture) Esprit Expérience spirituelle Gloire Images Incarnation Jésus-Christ Résurrection Sagesse Temps
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LE DOIGT DE DIEU
CHRISTUS N°205
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Jean-Marie Tézé
Un songe les ayant avertis de ne point retourner chez Hérode, ils prirent une autre route pour rentrer dans leur pays » (Mt 2,12). « Un songe », littéralement : « pendant leur sommeil », nous dirions aujourd'hui : « pendant un rêve ». Les Anciens attribuaient aux rêves une très grande importance. Ils croyaient que les songes les mettaient en rapport avec le monde surnaturel et en communication avec des êtres surhumains, et certains d'entre eux, influencés par l'Orphisme, pensaient que l'âme s'éveille seulement lorsque le corps est endormi. Les songes sont fréquents dans la Bible, particulièrement dans l'Évangile de l'Enfance de l'apôtre Matthieu qui, pour bien marquer leur origine divine, fait intervenir des Anges. Pas toujours, il est vrai, et notamment dans le réveil des Mages. Cependant, quitte à enfreindre le texte, l'imagier du Moyen Age recourt à la figure de l'Ange afin de visualiser l'avertissement céleste. L'Ange et les Mages Sur une miniature du Sacramentaire de Robert de Jumièges, qui date du début du XIe siècle, un Ange plane au-dessus des Mages qui, sous une même couverture, dorment tous les trois. Au chapiteau d'Autun, un Mage se dresse, son bras sort, ses yeux s'ouvrent : il est réveillé. Il ne s'est pas réveillé de lui-même, mais par l...
Mots clés : Ange Art (cinéma, peinture, sculpture) Tradition Conversion
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LE BOUDDHA ET LE CHRIST
CHRISTUS N°192
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Jean-Marie Tézé
Certaines figures condensent, autant qu'il est possible, la doctrine et l'esprit d'une religion. Telles sont celles de Bouddha et du Christ. Il se trouve qu'elles sont aussi des attitudes de non-violence, toutes deux exemplaires, mais combien différentes sinon opposées.   LE BOUDDHA Bouddha fut représenté de bien des manières : debout, assis ou même couché, seul ou entouré de personnages. Mais son attitude la plus connue est celle de la « posture du lotus » : il est assis à même le sol, légèrement incliné, les jambes croisées et repliées sur lesquelles viennent reposer ses mains. La plus connue est aussi la plus significative, car elle exprime au mieux l'état d'absorption auquel parvient Bouddha dans sa méditation, tout particulièrement dans, les oeuvres de l'art khmère, pétries d'humanité. « Qui les aura comprises aura compris tout le bouddhisme » (Grousset). Si la position du corps penché, frontal, surnaturellement immobile, rend déjà compte de la spiritualité bouddhique c'est dans l'expression du visage qu'elle apparaît davantage et par deux traits marquants : ceux des yeux et des lèvres.   Les yeux Le bas des paupières supérieures vient à mi-chemin du front aux narines. Ce n'est pas tant l'effet d'un relèvement...
Mots clés : Croix Dialogue interreligieux Incarnation Jésus-Christ
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L'ART ET LE REGARD
CHRISTUS N°181
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Jean-Marie Tézé
— L'image, dit-on, reflète l'imaginaire d'une société. En quoi l'art peutil aider à le comprendre ? Les artistes ou les poètes ne sont pas des voyants ou des prophètes qui auraient reçu le don mystérieux de prédire l'avenir, ainsi que l'a prétendu toute une littérature romantique. « L'artiste n'augure pas l'avenir », dit fort bien, à la manière d'une devise Alain Roger, « il l'inaugure. » Il l'inaugure c'est-à-dire qu'il commence à mettre en oeuvre le regard, l'écoute et toute une manière de sentir et d'appréhender le monde d'une époque. « L'art est un miroir qui avance, comme une montre parfois » (Kafka). L'artiste (qu'on pense à Monet à Van Gogh, à Cézanne) est celui qui indte ses contemporains — et cela prend souvent du temps — à voir autrement à informer, au sens le plus fort du mot, le futur. A propos de l'oeuvre d'art, le philosophe Heidegger parle très justement d'« emprise », c'est-à-dire d'« une avance dans laquelle tout à venir, encore que voilé, se trouve déjà devancé ». — Comment la peinture instaure-t-elle une vision nouvelle au tournant du XX' siècle ? Je dirais d'abord par le « sensorialisme », pour ne pas avoir à dire &la...