Jean-Marie Donegani

Professeur émérite à Sciences Po Paris, professeur invité au Centre Sèvres – Facultés jésuites de Paris et à l’Institut catholique de Paris, psychanalyste.
A publié Aux frontières des attitudes entre le politique et le religieux (L’Harmattan, 2002) et La laïcité, une religion nationale (Salvator, 2021).
SORTIR DE L'INDIFFÉRENCE
CHRISTUS N°200
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Jean-Marie Donegani
L’indifférence religieuse peut être considérée comme le stade ultime du processus de sécularisation qui marque l'évolution des sociétés occidentales. Ultime, non parce qu'il s'agirait de la fin avérée de la religion, mais parce qu'elle apparaîtrait comme l'implication la plus aboutie des traits qui donnent son identité profonde à la sécularité contemporaine : désinstitutionnalisation et pluralisation d'une part, subjectivisme et relativisme d'autre part. La croyance peut se découpler de la pratique, et le sentiment religieux se vivre hors de toute obligation ; l'absence de participation cultuelle peut s'accompagner de la conviction d'être pourtant un pratiquant : c'est l'autorité de l'institution et sa légitimité à prescrire ou interdire qui sont tranquillement ignorées. On est dehors sur un point et dedans sur un autre On est finalement ni dedans ni dehors, tant la problématique de l'appartenance religieuse est délaissée par le plus grand nombre au profit d'une logique de l'identité, ou plus exactement de l'identification, partielle et révisable. La désinstitutionnalisation du sentiment religieux s'accompagne évidemment de la pluralisation des identités, puisqu'aucun critère objectif ne permet de cerner de l'extérieur les contours du groupe...
Mots clés : Catholicisme Eglise Evangélisation Indifférence Liberté Conversion
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LA FOI A L'ÉPREUVE DU SUBJECTIVISME CONTEMPORAIN
CHRISTUS N°276
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Jean-Marie Donegani
L'expérience personnelle a toujours travaillé de l'intérieur l'identité chrétienne. Mais, aujourd'hui, cette expérience devient le premier critère d'évaluation de la foi, ce qui conduit à sa pluralisation et même à son émiettement, rendant difficile le pouvoir recteur de l'institution. Avant même les grandes élaborations doctrinales du IVe siècle, la foi chrétienne s'est présentée comme le récit de l'expérience spirituelle vécue par les disciples de Jésus, expérience qui les conduisit à le confesser comme Christ et Seigneur. D'âge en âge, la tradition chrétienne s'est transmise comme souvenir, mais aussi comme actualisation et renouvellement de l'expérience des premiers témoins. Pourtant, l'effort de l'institution ecclésiale a plutôt consisté à objectiver le contenu de l'expérience chrétienne dans des énoncés dogmatiques censés ramasser le message premier sous la forme de vérités à croire. C'est ainsi que la dimension proprement expérientielle de la foi a pendant très longtemps été occultée au profit d'énoncés impersonnels qui présentaient l'avantage pour l'institution d'installer facilement son pouvoir recteur en distinguant objectivement orthodoxie et hétérodoxie. Mais le subjectivisme, issu de la théologie augustinienne, a toujours travaillé de l'intérieur la pensée chrétienne, notamment la mystique rhénane, jusqu'à la crise moderniste qui vit s'opposer l'objectivisme catholique et le subjectivisme protestant. Ce qui est alors violemment rejeté par le magistère, c'est...