Jean Druel

QUAND LES VOILES SE PRENNENT POUR LE BATEAU
CHRISTUS N°270
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Jean Druel
À 18 ans, l'auteur – aujourd'hui dominicain – a fait une expérience bouleversante de Dieu, il pose ici la question de la pertinence du récit de conversion. Que faut-il raconter ? Que peut-on dire de nos aventures intérieures les plus intimes ? Pour quel bien collectif ? Mon premier réflexe a été de ne rien raconter à personne. C'était un réflexe de survie. Je ne voulais pas qu'on me prenne pour un fou. Dieu venait d'entrer dans ma vie (dans ma chambre, pour être plus précis) et je lui avais dit oui, j'avais plongé en lui, sans savoir ce qui allait se passer. À 18 ans, je savais que j'étais en train de vivre ce qui m'arrivait de plus réel depuis ma naissance, mais je sentais qu'il fallait que je n'en dise absolument rien et à personne, pour ne pas qu'on me prenne pour un fou. Non pas que je craignisse moi-même d'être fou. Au contraire, de là où je me tenais désormais, dans le puits sans fond où j'avais plongé, je voyais les choses avec infiniment plus de lucidité qu'avant. Je ne craignais pas d'être fou, mais qu'on croie que je le fusse devenu. Était-ce de la vanité ? Ou simplement un manque total de culture générale en mystique et en vie spirituelle ? Manquais-je de confiance en l'aumônier et en sa capacité à comprendre ce qui m'arrivait ? Était-ce les mots qui me manquaient ? Un peu tout à la fois, c'est trop évident. Le fait est que je n'ai jamais raconté à personne ce qui s'est passé ce jour-là dans ma chambre à l'internat. J'ai seulement dit à l'aumônier, le soir même...