Jean Caron

L'ATTENTION AU PRÉSENT
CHRISTUS N°191
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Jean Caron
Il n'y a qu'un seul temps : le présent. Le passé n'est plus et le futur n'est pas encore ; ils ne peuvent être saisis, vécus, ils ne peuvent être que dans la mémoire ou dans l'attente, c'est-à-dire au présent et pour une conscience. Seule la présence du présent — la présence au présent — donne réalité à la totalité du temps et consistance au flux du devenir. Approfondissant les paradoxes de la condition temporelle de l'homme, saint Augustin, au livre XI des Confessions, vient convertir notre appréhension du temps en nous découvrant le privilège insigne du présent. Et pourtant : « Que chacun examine ses pensées, écrit Pascal, il les trouvera toutes occupées au passé et à l'avenir. Nous ne pensons presque point au présent » 1. Incapables de nous « tenir au temps présent », nous sommes accaparés par un passé qui nous retient et par un avenir que nous anticipons constamment, comme si nous brûlions d'être où nous ne sommes pas. Car si le présent est bien le point de tangence de l'être et du temps, il est aussi cette tête d'épingle, ce fil de rasoir tranchant où nous ne pouvons pas nous installer ; il manque à l'instant présent la durée qui permettrait de l'habiter afin de...
Mots clés : Désolation Souffrance Vanité Temps
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LES CONTRADICTIONS DE L'INDIVIDUALISME
CHRISTUS N°232
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Jean Caron
 JEAN CARON Philosophe, Centre Madeleine Daniélou, Rueil-Malmaison. Dernier article publié dans Christus : « L’attention au présent : “Donne-nous notre pain de ce jour” » (n° 191, juillet 2001).   «C’est à ces causes qu’il faut attribuer la mélancolie singulière que les habitants des contrées démocratiques font souvent voir au sein de leur abondance, et ces dégoûts de la vie qui viennent quelquefois les saisir au milieu d’une existence aisée et tranquille » 1. Dès 1840, Tocqueville, de retour des États-Unis, fait l’hypothèse de l’avènement d’un type nouveau de société, marqué par l’égalité des conditions et l’affirmation de l’individualisme, et qui conduit à la conjonction, apparemment paradoxale, d’une expérience de libéra­tion par rapport aux cadres disciplinaires des sociétés traditionnelles et d’une relation à soi marquée par la mélancolie, voire le dégoût de la vie. Et il propose de chercher les causes de ce sentiment de vide intérieur dans le caractère insatiable d’une quête centrée sur soi-même et sur la recherche des biens matériels. Agitation et mélancolie… Étonnammen...
Mots clés : Corps Humanisme Psychologie Réalité Souffrance Conscience
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UNE VERTU QUI ÉDUQUE ET S'ÉDUQUE
CHRISTUS N°249
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Jean Caron
Évidence et problème… La bienveillance, quand elle devient l’objet conscient de la réflexion éthique, confronte d’emblée à un paradoxe : en effet, si l’on est attentif à son étymologie – vouloir le bien – et à sa définition « disposition d’esprit favorable, indulgente, envers quelqu’un [1] » elle apparaît comme orientée au bien et la condition même du bonheur. Que chacun pense à sa propre expérience et à ce qui suscite la vie en lui : il découvre qu’elle est comme le milieu nourricier qui permet de soutenir et d’accroître l’action en libérant le meilleur de ce que nous sommes.   Le fondement d’une « vie réussie » Lorsque la bienveillance de l’autre ou du groupe n’est plus perçue et que la méfiance et la malveillance dominent, mon agir et jusqu’à ma tendance au bien se trouvent comme atrophiés, paralysés. Un « climat » bienveillant qui, au contraire, passe par l’accueil, l’écoute, l’empathie, le conseil et le soutien, vient libérer en moi l’énergie vitale en suscitant ma liberté. Pourtant, perçue souvent comme une simple « disposition », voire un trait de caractère, la bienveillance se tr...
Mots clés : Connaissance de soi Bonheur Epanouissement personnel Bienveillance Education
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