Guilhem CAUSSE

REGARDS CROISÉS
CHRISTUS N°230
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Gaspard-Hubert Lonsi Koko Guilhem CAUSSE
Être exilé, c’est perdre ses racines, son environnement, toute une part de son identité et du lien à sa terre, à ses valeurs, à ses symboles… C’est aussi être motivé par l’espoir d’une vie meilleure, quand ce n’est pas simplement la condition d’une survie, ou encore l’espoir d’un salut pour soi-même, sa famille, son peuple ; et plus avant, l’espoir d’un retour possible. À ces réalités complexes répond dans nos sociétés une recherche d’accueil, de compréhension et de « vivre ensemble », digne et juste, avec des populations qui s’installent de manière brève ou durable. Afin de nous aider à regarder ces réalités en face, nous convions le lecteur, sans autre préambule, à une longue contemplation à travers trois expériences : d’abord le récit d’un réfugié politique congolais (Gaspard-Hubert Lonsi Koko) qui nous fait partager son long parcours d’exil en France et les leçons qu’il en tire aujourd’hui ; ensuite, celui de Guilhem Causse, jésuite, qui trace le portrait de deux demandeurs d’asile qu’il a été amené à accompagner dans le cadre d’associations (JRS et Pierre Claver) ; enfin, celui d’un couple dont...
Mots clés : Catholicisme Charité Ecoute Epreuve Justice Louange Pauvreté Politique Promesse Service
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SAINT JACQUES BERTHIEU
22 OCTOBRE 2012
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Guilhem CAUSSE
  Jacques Berthieu est né en 1838 près de Polminhac dans le Cantal. Ordonné en 1863, il exerce dix ans avant de répondre à l’appel à la vie missionnaire jésuite. Après le noviciat et une courte théologie, il part pour l’île Sainte-Marie où il reste jusqu’à son expulsion en 1880, en application du décret visant les Jésuites. Il est alors nommé près de Fianarantsoa. Il en est expulsé en 1883 avec tous les Français en représailles d’une intervention de la marine française. Fin 1885, la paix signée, il part à Ambositra puis Anjozorofady, au nord de la capitale. La guerre reprenant, il s’en va pour ne revenir qu’en 1895. La paix est fragile et les Menalamba, une tribu des environs, se soulèvent. Le 6 juin 1896, le Colonel Combes décide le repli sur Tananarive. Il part en tête avec ses hommes, laissant la colonne s’étirer dangereusement. Le Père chemine avec les derniers. Soudain les Menalamba attaquent. Les militaires sont trop loin. Le groupe, réfugié dans un village fortifié, a le temps de célébrer une messe. Le Père renvoie ensuite les Malgaches qui sont avec lui : aucun ne sera pris. Il est alors capturé, insulté, frappé. Sur le chemin, on le fait trébucher, on lui reti...
Mots clés : Compagnie de Jésus Courage Eglise Mission Sainteté
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LA CHARITÉ, LA CHASTETÉ ET LA FOI
08 NOVEMBRE 2012
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Guilhem CAUSSE
     Tout d’abord, il convient de reconnaître que malgré l’ampleur de l’événement, (150 000 personnes étaient rassemblées pour la célébration de l’eucharistie sur le lieu du martyr, le 21octobre, avec 17 évêques, le nonce apostolique, le Premier ministre malgache et l’Ambassadeur de France), Jacques Berthieu est encore peu connu dans la Grande Ile. Sa canonisation a cependant mis en avant trois éléments, qui gardent toute leur valeur pour aujourd’hui : la charité, la chasteté et la foi. La charité : si, à l’appel d’un vieil homme épuisé, il n’avait pas quitté l’avant du convoi et la protection des militaires pour se rendre à l’arrière avec les derniers, Jacques Berthieu n’aurait pas été pris par les Menalamba et tué. Le pays est aujourd’hui dans une situation dramatique : la pauvreté s’aggrave, les personnes âgées longtemps l’objet d’un grand respect dans la culture traditionnelle, sont en train de perdre cette protection, les plus faibles sont les premières victimes. L’action de Jacques Berthieu peut inspirer l’Eglise dans son attention aux plus petits et dans la remise en valeur d’éléments fondamentaux de la culture m...
Mots clés : Amour Catholicisme Charité Eglise Foi Sainteté Voeux
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DES VOEUX POUR LA GRANDE ÎLE
08 NOVEMBRE 2012
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Guilhem CAUSSE
Tout d’abord, il convient de reconnaître que malgré l’ampleur de l’événement, (150 000 personnes étaient rassemblées pour la célébration de l’eucharistie sur le lieu du martyr, le 21octobre, avec 17 évêques, le nonce apostolique, le Premier ministre malgache et l’Ambassadeur de France), Jacques Berthieu est encore peu connu dans la Grande Ile. Sa canonisation a cependant mis en avant trois éléments, qui gardent toute leur valeur pour aujourd’hui : la charité, la chasteté et la foi. La charité : si à l’appel d’un vieil homme épuisé, il n’avait pas quitté l’avant du convoi et la protection des militaires pour se rendre à l’arrière avec les derniers, Jacques Berthieu n’aurait pas été pris par les Menalamba et tué. Le pays est aujourd’hui dans une situation dramatique : la pauvreté s’aggrave, les personnes âgées, longtemps l’objet d’un grand respect dans la culture traditionnelle, sont en train de perdre cette protection et les plus faibles sont les premières victimes. L’action de Jacques Berthieu peut inspirer l’Eglise dans son attention aux plus petits et dans la remise en valeur d’éléments fondamentaux de la culture malgache. La chastet&ea...
Mots clés : Catholicisme Charité Dieu Famille Foi Mission Sainteté Voeux
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LA MANTE RELIGIEUSE, UN FILM DE NATALIE SARACCO
21 MAI 2014
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Guilhem CAUSSE
Ce film, La mante religieuse, pourrait diviser les spectateurs. Certains entreront d’emblée dans l’œuvre, pris de sympathie pour Jézabel et son éprouvant chemin de rédemption. D’autres risquent de la rejeter : plus en empathie avec David, ils réagiront au poids de mort de cet itinéraire. C’est là qu’il importe d’insister sur le mouvement du film : il dirige d’emblée notre attention non sur le prêtre mais sur Jézabel et son parcours. Le douloureux écart initial entre ce qu’elle exprime et ce qu’elle ressent pourra-t-il être comblé, jusqu’à la joie ? Son autoportrait apparaît, visage plein cadre, vibrant d’émotions contradictoires. Lorsqu’elle crée, elle dit vrai, elle est cet être aux traits troublés, terrorisée, « poupée cassée » en quête d’identité et en fuite des autres. Mais dès qu’elle quitte son atelier, elle sombre : les plans se multiplient où elle marche dans un tunnel, sur un trottoir, ces couloirs qui interdisent de tourner à droite ou à gauche, obligeant à avancer vers le lieu où elle ne veut pas aller. La scène inaugurale est en cela remarquable : elle entre dans la galerie où se déroule le vernissage...
Mots clés : Cinéma
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CE QUI CIRCULE ENTRE NOUS
CHRISTUS N°250
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Guilhem CAUSSE
Voici quelques années, devant parler du respect à une classe d’élèves en troisième professionnelle, je leur ai proposé de jouer des saynètes de la vie quotidienne : « j’arrive en même temps que quelqu’un devant une porte », « je vois quelqu’un jeter un papier dans la rue », etc. La même scène était jouée plusieurs fois, donnant lieu à une diversité étonnante de propositions. Le reste de la classe observait, puis chacun pouvait réagir. À la fin, nous avons cherché à rassembler l’expérience en une phrase. La première qui a surgi est : « le respect, c’est me faire respecter ». Au fil des débats, une autre a peu à peu émergé, et c’est sur celle-ci que nous avons fini par nous entendre : « le respect, c’est se parler ». Ces deux définitions illustrent bien le mouvement qu’est le respect : il circule entre moi et l’autre par la parole. À l’inverse, l’absence de parole est souvent signe d’irrespect. Le respect, en effet, est comme une pièce à double face. D’une part, il est une demande : si la demande n’est pas entendue ou si elle ne sait pas se dire, elle peut se durcir en exigence...
Mots clés : Bien commun Fraternité Respect Relation
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PASSAGES VERS L'UNITÉ INTÉRIEURE
CHRISTUS N°260
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Guilhem CAUSSE
Le temps peut se vivre comme une tension, une alternance entre unité et dispersion. L'expérience du mal se loge au creux de cette tension lorsque la dispersion l'emporte. Pourtant, des passages vers l'unification s'ouvrent à nous : créer, célébrer, faire œuvre de justice et de miséricorde, se recevoir, donner… Nous sommes dans le temps, comme en un vaste fleuve qui nous emporte, parfois avec une lenteur majestueuse, parfois dans des rapides où nous manquons de nous briser. Nous voguons sur un fleuve qui a la largeur de l'océan, sans rives à l'horizon, et nous sommes embarqués sur de frêles esquifs dont nous apprenons, cahin-caha, le maniement. Et bientôt, alterneront des jours où nous serons comme un pilote maîtrisant sa navigation et d'autres où nous verrons, impuissants, la barre qui tourne en tous sens, sans possibilité de la saisir. De ce fleuve, non seulement les rives, mais aussi la source et l'embouchure nous échappent. C'est vrai pour chacun d'entre nous, aussi bien que pour l'univers tout entier. Pour l'univers, inutile d'épiloguer : la question de son origine est des plus hypothétiques. Quant à celle de sa fin, les hypothèses sont encore plus hasardeuses. Entre unité et dispersion Même si nous nous en tenons plus modestement à l'échelle de notre vie, l'heure de notre mort no...
SE DÉPASSER VERS SOI-MÊME ?
CHRISTUS N°264
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Guilhem CAUSSE
Se dépasser, c'est mener une forme de lutte qui peut être portée par une volonté de domination de l'autre ou de soi ou, au contraire, par un désir d'accueil de l'autre. L'amour et le pardon qui nous ouvrent à autrui sont les plus grands de tous les dépassements. « Dépasser » est un beau verbe de la langue française, composé du préfixe « dé » qui marque l'intensification et du verbe « passer » qui vient de « pas », synonyme de « marcher ». Dépasser, c'est étymologiquement marcher plus vite, presser le pas, passer devant les personnes qui nous précèdent. Et c'est au prix d'un effort : nous prenons pour un moment un rythme plus intense. Dépasser et se dépasser sont alors liés. À ce sens littéral s'adjoint un riche sens figuré : dépasser les limites (ou, plus familièrement, les bornes), l'attendu, l'habituel, le permis, le possible, le concevable, l'entendement, l'imagination, les espérances… Ici, dépasser et se dépasser peuvent aussi être liés : lorsque quelqu'un dépasse ce qui était attendu de lui, c'est qu'il était en quelque sorte identifié à un ensemble de capacités, de potentialités. En les dépassant, i...