Gérard Billon

« ET LA MER N’EST PLUS… »
CHRISTUS N°243
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Gérard Billon
Le livre de l’Apocalypse, rédigé au tournant du 1er siècle de notre ère, enchaîne les visions tour à tour lumineuses et terrifiantes, espérant de ses lecteurs et auditeurs un engagement résolu à la suite du Christ, Agneau immolé et vainqueur. Tout est vu du « ciel », lieu qui domine la création et qui n’est descriptible que par touches impressionnistes. L’univers céleste, accessible par la seule bienveillance divine, est à différencier du ciel visible qui, avec la terre et la mer, est l’espace occupé par les humains. La cosmographie renvoie ici à la Genèse, Dieu ayant suscité, pour les êtres vivants, un ciel au deuxième jour de la création, la terre et la mer au troisième (1,8.10). Selon l’Apocalypse, ce monde visible, miné par les puissances du mal et jugé par Dieu, va craquer et disparaître pour laisser place à un monde régénéré de fond en comble. Le ciel et la terre sont nouveaux et « la mer n’est plus » (21,1). Pour l’Apocalypse, livre chrétien tissé de motifs juifs tramés d’éléments grecs, la mer est en effet le lieu de toutes les richesses et de tous les dangers.  L’au-delà de la blancheur marine Jean, le vi...
QUAND DIEU SE FAIT PROCHE
CHRISTUS N°259
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Gérard Billon
Le Dieu d'Israël est un dieu itinérant qui chemine fidèlement avec son peuple en vertu de l'Alliance qu'il a nouée avec lui. La demeure de Dieu parmi son peuple, c'est un habitat mobile et extensible : une tente. En Jésus Christ, Dieu a posé sa tente parmi nous et s'est lui-même fait l'acteur d'une proximité à laquelle nous sommes tous conviés.   En ouverture du récit de l'Évangile selon Jean, le Prologue est tout en mouvement. Mouvement de l'écriture, rythmée, musicale. Mouvement du personnage principal, le Verbe de Dieu (Logos) qui se déplace dans le monde même qu'il a créé. Il y révèle Dieu et transforme l'existence de ceux qui mettent leur foi en lui. Dans ce mouvement, il y a un tournant narratif : « Et le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous et nous avons vu sa gloire, cette gloire que, Fils unique plein de grâce et de vérité, il tient du Père » (Jn 1, 14). Le grec eskénosèn (« il a habité ») se traduit littéralement : « il a planté sa tente ». Voyage, errance, précarité. Un peu plus avant, le premier contact du Verbe-Jésus avec le temple de Jérusalem (bâtiment qui inscrit la présence de Dieu dans son peuple) est pour en chasser les march...