Geneviève Comeau

LECTURES JUIVES DE LA BIBLE
CHRISTUS N°225
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Geneviève Comeau
Depuis quelques décennies, la lecture juive de la Bible suscite un grand intérêt chez de nombreux chrétiens. Elle renouvelle leur propre compréhension du texte, leur ouvre des possibilités d’interprétation qu’ils n’avaient pas soupçonnées jusque-là, et leur redonne goût pour la lecture et la méditation de la Bible. Ce phénomène est lié au rapprochement entre juifs et chrétiens dans la deuxième moitié du XXe siècle. Le Concile Vatican II, dans son texte sur le judaïsme, n’a-t-il pas recommandé que grandissent entre juifs et chrétiens la connaissance et l’estime mutuelles grâce à des étu­des bibliques et théologiques 1 ? Les textes du philosophe Emmanuel Levinas ont pu contribuer à cet intérêt des chrétiens pour l’exégèse juive – ainsi que, de manière plus médiatique, l’émission télévisée À Bible ouverte de Josy Eisenberg. Il s’en dégage une impression de grande liberté : la parole du Dieu vivant peut être entendue de diverses manières. Cependant, cette lecture peut aussi déconcerter. Elle ne livre pas immédiatement ses secrets…   Une ou des lectures juives de la Bible ?   Faut-il parler au sin...
Mots clés : Bible Démon Jésus-Christ Judaïsme Tradition
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PEUT-ON DONNER SANS CONDITIONS ?
CHRISTUS N°223
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Geneviève Comeau
Dans la vie en société, tout n’est pas gratuit, loin de là ! Mais n’ima­ginons pas non plus que rien ne le soit. En fait, s’y combinent du contractuel, donc du « soumis à condition », et de l’inconditionnel. On trouve cela dans tous les types de relations, selon des propor­tions diverses. Par exemple, dans une famille, l’amour conjugal, ou l’amour des parents pour leurs enfants, n’est pas soumis à condition. Un enfant n’a pas à « mériter » l’amour de ses parents ; au contraire, cet amour est là dès le début et l’aide à grandir. Cependant, une dimension contractuelle est présente dans ces relations : il y a cer­taines règles à respecter, qui, dans le cadre de l’éducation, peuvent amener récompenses ou sanctions.   Le conditionnel et l’inconditionnel Cette double dimension, inconditionnelle et conditionnelle, est présente à des degrés divers dans toutes les relations sociales, y compris dans la vie professionnelle. Cette dernière est régie par un contrat de travail : car il ne s’agit pas de vivre son métier comme un « sacerdoce » où l’on « se donnerait » à corps perdu ! Pourtant la dimension de l’inconditionnel est ce qui permet de vivre accueil de l’...
Mots clés : Amour Charité Eucharistie Grâce Justice Pardon Pauvreté
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L'ESPÉRANCE, OU L'OUVERTURE DE L'AVENIR
CHRISTUS N°246
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Geneviève Comeau
Ce texte reprend une conférence prononcée lors de l’Assemblée générale de la Conférence des religieux et religieuses de France (Corref), à Lourdes, en novembre 2014. Commençons par décrire l’espérance, en la distinguant de l’espoir. Distinction classique, mais qui permet de comprendre ce qu’est l’espérance. Certes, la distinction entre espoir et espérance est propre à la langue française, mais toutes les langues ont une distinction équivalente, d’une manière ou d’une autre – ne seraitce qu’en disant « espérer que », avec un complément d’objet, ou simplement « espérer », sans complément. Le philosophe Gabriel Marcel distinguait « j’espère que » de « j’espère », pris absolument, et il repérait une différence de tonus entre les deux. L’espoir a un objet, alors que l’espérance n’en a pas : on espère quelque chose, mais on vit dans l’espérance. L’espoir est soumis à l’échéance du « ou bien, ou bien », l’espérance au contraire se maintient dans l’ouverture… L’espoir vise un futur escompté, l’espérance se vit au présent. L’espoir est une a...
Mots clés : Espérance
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A L'ÉPREUVE DU DIALOGUE INTERRELIGIEUX
CHRISTUS N°250
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Geneviève Comeau
Le respect, cela semble aller de soi dans les religions. Le « Principe et Fondement » des Exercices Spirituels d’Ignace de Loyola ne commence-t-il pas par : « L’homme est créé pour louer, respecter et servir Dieu notre Seigneur… » ? Et en islam, le respect de Dieu tient une très grande place ; car les musulmans ont une conscience très aiguë de la transcendance divine. Mais du respect de qui parle-t-on ? Respect de Dieu, d’accord. Qu’en est-il du respect de l’être humain ? Dans la foi chrétienne les deux commandements de l’amour sont semblables : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu » et « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Peut-on dire autant pour le respect ? Respecter Dieu implique sans doute de respecter l’être humain ; il semble, en première approximation, que les monothéismes s’accordent là-dessus. Cependant, est-ce bien la réalité de ce qui est vécu ? Et de quel être humain parle-t-on ? De celui qui a la même religion que moi, ou, dans une perspective universelle, de toute personne ? Nous commencerons par réfléchir à nos manières de traiter l’autre, pour discerner peu à peu ce qu’elles r&e...
Mots clés : Foi Bien commun Fraternité Respect Relation
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COLETTE KESSLER
01 JUILLET 2016
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Geneviève Comeau
Le livre s’ouvre par une belle biographie écrite par Marguerite Léna, mettant l’accent sur la quête spirituelle de Colette Kessler et sur sa vocation spécifique : répondre aux demandes chrétiennes de connaître le judaïsme. C’est dans le cadre de ces demandes que Colette Kessler a donné une session sur saint Paul, plus précisément sur 2 Corinthiens 3, texte difficile s’il en est pour les relations entre juifs et chrétiens ! Mais Colette Kessler ne cherchait pas tant à venir à bout des difficultés, qu’à les traverser et aller au-delà. C’est ce que relate Le passage de la gloire, longue exégèse de cette péricope paulinienne, éditée par Marguerite Léna. Colette Kessler entraîne ses lecteurs dans les chapitres 33 et 34 de l’Exode : superbe lecture du personnage de Moïse, de sa relation avec Dieu et de la gloire dont rayonnait son visage. En suivant de près les textes (Exode 33–34 et 2 Corinthiens 3), elle en fait jaillir beaucoup de sens, et montre l’enracinement de Paul dans la Torah et dans la tradition juive. Colette Kessler rejoint l’interprétation d’Origène sur 2 Corinthiens 3 : il n’y a pas d’un côté les juifs, l’Ancien Te...
COLETTE KESSLER
CHRISTUS N°251
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Geneviève Comeau
Préface de Mgr Jean-Marc Aveline. Chemins de dialogue, 2015, 150 p., 16 €. Le livre s’ouvre par une belle biographie écrite par Marguerite Léna, mettant l’accent sur la quête spirituelle de Colette Kessler et sur sa vocation spécifique : répondre aux demandes chrétiennes de connaître le judaïsme. C’est dans le cadre de ces demandes que Colette Kessler a donné une session sur saint Paul, plus précisément sur2 Corinthiens 3, texte difficile s’il en est pour les relations entre juifs et chrétiens ! Mais Colette Kessler ne cherchait pas tant à venir à bout des difficultés, qu’à les traverser et aller au-delà. C’est ce que relateLe passage de la gloire, longue exégèse de cette péricope paulinienne, éditée par Marguerite Léna. Colette Kessler entraîne ses lecteurs dans les chapitres 33 et 34 de l’Exode : superbe lecture du personnage de Moïse, de sa relation avec Dieu et de la gloire dont rayonnait son visage. En suivant de près les textes (Exode 33–34 et2 Corinthiens 3), elle en fait jaillir beaucoup de sens, et montre l’enracinement de Paul dans la Torah et dans la tradition juive. Colette Kessler rejoint l’interprétation d’Origène sur2 Corinthiens&n...
CET ÉTRANGE BESOIN DE MÉDITER
CHRISTUS N°256
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Geneviève Comeau
De nombreuses offres de méditation relèvent d'une inspiration bouddhiste plus ou moins marquée. Dans ce contexte, la soif de méditer n'est probablement pas le signe d'une quête de transcendance ; et si elle est une quête de salut, c'est d'un salut sans « sauveur », à la différence de la foi chrétienne où le salut est donné.   Dans le métro parisien, de grandes affiches publicitaires ont fleuri en 2016, incitant à acheter des livres sur la méditation – et ces livres occupent des rayons entiers de librairies ! En mai 2017, « un événement exceptionnel » a eu lieu à la prestigieuse salle Pleyel : « Les grands noms de la méditation seront réunis pour vous proposer une journée de réflexion, d'initiation et de pratique », était-il annoncé. La page publicitaire signalait : « Se mettre à l'écoute du corps et de la respiration pour mieux s'apaiser, mobiliser nos forces intérieures pour soigner le corps, c'est le sens aujourd'hui de cette pratique qui intègre toute la personne : corps, esprit, émotions… » Bref, la méditation a le vent en poupe ! Mais… que cherchent donc nos contemporains ? Les quêtes de nos contemporains Deux de mes amies, connues par le biais de...
FIERTÉ DE L'ESPÉRANCE
CHRISTUS N°268
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Geneviève Comeau
D'où vient ce titre ? L'auteur, familier des Écritures, le prend d'Hébreux 3,6 : « Sa maison, c'est nous, pourvu que nous gardions l'assurance et la fierté de l'espérance. » Quant à la structure du livre, elle est donnée par Éphésiens 3,18 : Il s'agit d'envisager les quatre dimensions que sont la hauteur, la profondeur, la largeur et la longueur de l'amour de Dieu – le tout dans un style savoureux et existentiel, pétri de Bible. La hauteur, d'abord. C'est celle de l'amour de Dieu, qui vient de très loin, des origines de l'humanité, et qui nous conduit loin. Elle va de pair avec la grandeur de l'être humain. Elle invite à une libération. Que l'Église n'étouffe pas la parole de Dieu ! La profondeur, celle des profondeurs de notre être, où l'Esprit mène combat avec nous. Jusqu'à nous conduire à une révolution, signifiée par le lavement des pieds : « Non pas d'abord la tête, mais les pieds ; non pas d'abord le temps, mais la vie quotidienne ; non plus l'autel, mais le frère » (p. 80). La largeur élargit nos horizons. « Mon prochain n'est pas la personne qui m'est proche, mais celle dont je m'approche » (p. 108). Avec beaucoup de finesse, l'auteur présente ce que peut être l'amour des ennemis. La longueur, enfin, est celle de la durée, de l'engagement. L'auteur y interpelle les chrétiens. Avec Marie de la Trinité, il réfléchit à la vocation filiale de tout être humain et au sacerdoce de tous les baptisés. Ce livre n'est pas seulement une méditation biblique et spirituelle : c'...