Françoise MIES

Bibliste et philosophe, chercheur qualifié du Fonds National de la Recherche Scientifique (F.R.S.-FNRS) aux Facultés Universitaires Notre-Dame de la Paix (Namur). Co-directrice de la collection « Le livre et le rouleau » chez Lessius, elle a publié : De l’autre, essai de typologie (PUN, 1994) et L’espérance de Job (Peeters, 2006).
Dernier article publié dans Christus :
« Le Fils et Serviteur humilié » (n°208, octobre 2005).
L’ADORATION DANS LA BIBLE
CHRISTUS N°227
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Françoise MIES
Dans le langage ordinaire, on adore aussi bien le chocolat, son cheval, ses enfants, Zidane, et Dieu même : indice qu’il faut travailler la notion d’adoration. Avoir un goût prononcé, voire excessif, pour ; aimer d’une affection passionnée, voire désordonnée jusqu’à idolâtrer ; rendre un culte intérieur dans une attitude de recueillement. Mais encore. Quand j’ouvre la Bible, je reste perplexe : des traductions se risquent bien à traduire ici ou là des verbes hébreux et grecs par « adorer », mais une recherche un peu sérieuse montre que la plupart du temps, cette traduction est inadéquate. Bref, nous voilà partis pour une vraie enquête : à la recherche de l’adoration dans la Bible, c’est-à-dire de quelque chose qui n’existe pas ou, en tout cas, qui ne trouve pas de mots spécifiques pour se dire. Les mots de l’Ancien Testament Voyons dès lors une constellation de mots : l’adoration devrait se situer quelque part entre eux, dans leur croisement, tel un travail sur soi demandé à l’être humain. Le premier mot, comme une étoile polaire, est le verbe « aimer » (’ahav) : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de toute ta force » (Dt 6,5). C’est le Seigneur qui co...
Mots clés : Amour Bible Dieu Doctrine Evangile Jésus-Christ Père Sagesse
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LE FILS ET SERVITEUR HUMILIÉ
CHRISTUS N°208
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Françoise MIES
L’idée d'humiliation inclut celle d'abaissement. L'humiliation peut être objective ou subjective. La première désigne ! l'acte d'abaisser, dans une violence s'exerçant métaphoriquement de haut en bas ; la seconde désigne le sentiment d'être abaissé, à ses propres yeux ou à ceux d'autrui. L'humiliation peut s'exercer ou être ressentie à propos de l'avoir, du pouvoir, du savoir, du rang social, mais elle touche toujours l'identité de la personne, sa dignité, la manière dont elle se perçoit, dont elle conçoit le sens de sa vie et les valeurs auxquelles elle croit. Elle porte atteinte à l'estime de soi. Comme acte, elle inclut souvent la volonté que l'autre se sente humilié, atteint dans son estime de soi. La distinction entre humiliation objective et subjective est à maintenir, car elle possède un caractère opératoire : elle donne les moyens conceptuels pour combattre les injustices. Mais elle n'est pas à absolutiser : elle est fonction de l'échelle des valeurs à laquelle on se réfère, et fonction aussi du point de vue : qui détermine ma position dans l'être ? aux yeux de qui suis-je ultimement jugé, honoré ou déshonoré ?   Jésus humilié Dans l'ordre de l'avoir et du rang social, Jésus ne fut pa...
Mots clés : Dieu Exercices spirituels Humilité Jésus-Christ Mourir Père Passion Prêtre Prophète Salut Service Souffrance
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LE TRÈS-HAUT DANS LE TRÈS-BAS
CHRISTUS N°195
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Françoise MIES
Chapeau bas ! Le respect se présente moins comme l'acceptation de l'existence d'un égal que comme un consentement devant la « hauteur » ; un consentement où l'esprit s'incline devant l'autorité, mieux, devant la hauteur de l'autre, l'autre comme Dieu ou comme autrui, l'autre que je suis à moi-même, l'autre qu'est la loi. Respect du Très-Haut en Dieu, en autrui, en moi-même, dans la loi morale Respect de la hauteur Dieu est le « Très-Haut » (Gn 14,18-20), « le Seigneur ». Même si Dieu est créateur du ciel et de la terre, il entre davantage dans l'espace symbolique de la verticalité et de la hauteur signifié par le « ciel ». Dieu a donné sa loi au Mont Sinaï, il a fait du Mont Sion sa demeure. A la source de l'univers, Dieu doit être à la source du sens ; il donne sa loi qui organise l'univers cosmique et éthique, il est celui qui enseigne, ébranle l'homme dans ses prétentions et le remet à sa place : après avoir voulu avoir raison contre Dieu, Job s'est laissé ébranler par la parole de Dieu ; il s'incline et consent (« je t'interrogerai, et tu m'instruiras ») : il consent à la hauteur de Dieu comme Maître de sagesse (42,4). Devant le Seigneur, l'homme s'incline et se prosterne, signifiant ainsi jusque dans son corps le respect que Dieu...
Mots clés : Bible Dieu Humilité Jésus-Christ Mal Pardon Prophète
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