Éric CHARMETANT

Jésuite, professeur de philosophie au Centre Sèvres – Facultés jésuites de Paris, sur l’éthique et l’anthropologie des sciences et techniques contemporaines, et sur la spiritualité écologique.
Paru dans Christus « L’animalité humaine » (n° 241, janvier 2014)
L’ANIMALITÉ HUMAINE
CHRISTUS N°241
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Éric CHARMETANT
Dès la naissance de la philosophie grecque au VIe siècle av. J.-C., l’homme a pensé son identité en relation aux autres espèces vivantes et aux dieux. Comme le dit Épictète au Ier siècle de l’ère chrétienne, l’être humain est un « mélange de deux éléments : le corps, qui nous est commun avec tous les animaux, la raison et la pensée, que nous avons en commun avec les dieux ». Ce caractère hybride de l’être humain entre les dieux et les animaux, ou à l’image et à la ressemblance de Dieu dans la Bible sans être totalement divin, est une invitation permanente à penser et repenser l’identité humaine toujours mystérieuse et en manque de fondements. Bien des marqueurs de l’identité humaine – en termes de « différence essentielle » dans la catégorisation « genre et espèce » ou de caractéristiques « propres » non essentielles – furent avancés dans l’histoire de la pensée : par exemple, l’animal « ayant la raison et le langage » (logon ekhôn) d’Aristote, l’animal politique (zôon politikon) d’Aristote, la capacité à fabriquer des outils (Ho...
DE LA RÉPÉTITION DANS LES SOCIÉTÉS CONTEMPORAINES
CHRISTUS N°273
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Éric CHARMETANT
Le mode de vie des sociétés contemporaines semble mettre l'humanité en difficulté dans son rapport au temps. Le repos, l'ennui et le lien communautaire durable semblent quasiment interdits. Et voici réapparaître de nouveaux rituels. Signe d'une nécessité bienfaisante de la répétition ? Au vu du flot continu et ininterrompu des nouvelles s'affichant jour et nuit sur nos écrans, nos fils d'information, des alertes sur nos téléphones, nous pourrions, tels des Héraclite postmodernes, confesser que « tout s'écoule » (panta rhei). Nul point fixe, nulle répétition dans ce mouvement continuel, si ce n'est l'accueil perpétuel de la nouveauté et du flux des vies qui s'écoulent, instant après instant. Pourtant le diagnostic de notre époque ne serait pas complet sans ajouter l'accélération du mouvement, du flux. Comme l'a bien observé le sociologue et philosophe allemand Hartmut Rosa1, le sujet contemporain est confronté à un manque perpétuel de temps : il doit agir de plus en plus vite pour faire face à l'explosion des choix et des sollicitations apportés par l'accélération des nouveautés techniques et l'accélération des changements sociétaux. Hartmut Rosa voit dans cette accélération une nouvelle forme de l'aliénation humaine, mais d'autres, comme l'ingénieur et inventeur Ray Kurzweil, y voient un signe de la transition vers la singularité2, ce moment où le premier homme abandonnera la lenteur désespérante de notre corps biologique et de notre cerveau pour se transférer dans une ma...