Daniel Desouches

LES TROIS TEMPS DE L’ÉLECTION
CHRISTUS N°238
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Daniel Desouches
Après avoir balisé les conditions dans lesquelles se prépare et peut se vivre une « saine et bonne élection » (Exercices spirituels, 169- 174), la matière sur laquelle peut porter cette décision, et ce qui peut arriver quand la prise de décision n’est pas droite (Ignace parle alors d’élection « oblique »), les Exercices nous décrivent la manière dont il peut être habituellement donné de faire élection : « Trois temps en chacun desquels on peut faire une saine et bonne élection. » « En chacun desquels » : non pas trois temps successifs, mais trois manières différentes de vivre dans le temps le moment du choix. Je vais les prendre l’une après l’autre, en donnant quelques exemples qui peuvent éclairer tel ou tel aspect de ce que suggère Ignace.   Premier temps, ou première manière Quelque chose est donné immédiatement ou, comme diraient les règles de discernement de deuxième semaine, « sans cause préalable », c’est-à-dire gratuitement : cela n’apparaît pas comme le fruit d’un travail de réflexion. La personne est saisie, comme le montrent les exemples bibliques de Paul et Matthieu. Cela ne peut être attribué qu’à Dieu qui « meut et attire...
SE REMETTRE À LA CONDUITE DE L'ESPRIT
CHRISTUS N°267
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Daniel Desouches
Dans l'expérience spirituelle, sont distingués classiquement trois niveaux : l'expérimenter, la raconter, la transmettre. Ici, nous pouvons découvrir comment saint Ignace propose au retraitant de pouvoir s'abandonner lui aussi, tout au long des Exercices spirituels, dans une démarche qui ne cesse de l'engager. « Il suivait ce que l'Esprit lui disait, il ne le précédait pas. C'est ainsi qu'il était conduit là où il ne savait pas, suavement, il ne pensait pas alors à l'institution d'un ordre religieux ; et pourtant, pas à pas, il préparait la voie, et faisait route vers cela, comme par une sagesse qui tâtonnait, dans la simplicité de son cœur dans le Christ. » Jérôme Nadal, en parlant d'Ignace Celui qui s'adonne aux Exercices spirituels, se voit invité d'emblée à offrir à Dieu « tout son vouloir et toute sa liberté, pour qu'il se serve de sa personne aussi bien que de tout ce qu'il possède conformément à sa très sainte volonté » (Ex. Spi., 5,21). Cette visée, reprise dans l'explicitation du terme « exercices » (1), habite les moindres détails d'une pédagogie aidant à se décider sous la mouvance de l'Esprit (« l'élection »). Au-delà même des Exercices, elle ouvre à une manière de vivre et d'agir selon l'Esprit en toutes choses, en cherchant à accorder sa liberté à la volonté divine. Jérôme Nadal l'appelait « contemplation dans l'action » : il s'agit moins de tirer un enseignement ou une pratique de ce qu'on a contemplé (contemplata tradere), que de continuer à laisser vivre...
COMME UN SOURCIER
CHRISTUS N°266HS
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Daniel Desouches
Le trac, il est toujours là, même au seuil d'une retraite ou d'une session « rodée ». Sa disparition, maintenant, m'alerterait : signe que la routine s'installe, que je pense désormais savoir faire, qu'inconsciemment je crois maîtriser l'inconnu, oublieux de l'aventure nouvelle qui va s'ouvrir ? Le trac est plus intense lors de retraites lourdes de décisions, impliquant un accompagnement plus intensif, ou prolongé. Mais il n'y a pas de rencontre sans enjeu : les entretiens épisodiques, la conversation isolée, requièrent sans doute davantage du côté de l'écoute ; même importance, en tout cas, du premier abord, des premiers mots entendus (ou mal entendus), des premières impressions. Cette personne qui se cramponne sur son siège, calée face à vous, tout cela est déjà porteur de sens ou de questions.Donne-moi un cœur qui écouteEn y revenant par la suite, si l'écoute se fait difficile, je m'apercevrai que je n'y avais pas été assez attentif, que s'y disait déjà quelque chose qui maintenant s'impose. Appel, donc, au recueillement préalable pour accueillir l'étranger inconnu, autant que celui dont on s'est peu à peu approché pour dépasser peurs, insouciance, routine ou lassitude. Indépassable, cette prière de Salomon : «&nb...
LES TROIS TEMPS DE L'ÉLECTION
CHRISTUS N°258HS
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Daniel Desouches
Après avoir balisé les conditions dans lesquelles se prépare et peut se vivre une « saine et bonne élection » (Exercices spirituels, 169-174), la matière sur laquelle peut porter cette décision, et ce qui peut arriver quand la prise de décision n'est pas droite (Ignace parle alors d'élection « oblique »), les Exercices nous décrivent la manière dont il peut être habituellement donné de faire élection : « Trois temps en chacun desquels on peut faire une saine et bonne élection. » « En chacun desquels » : non pas trois temps successifs, mais trois manières différentes de vivre dans le temps le moment du choix. Je vais les prendre l'une après l'autre, en donnant quelques exemples qui peuvent éclairer tel ou tel aspect de ce que suggère Ignace. Premier temps, ou première manière Quelque chose est donné immédiatement ou, comme diraient les règles de discernement de la deuxième semaine, « sans cause préalable », c'est-à-dire gratuitement : cela n'apparaît pas comme le fruit d'un travail de réflexion. La personne est saisie, comme le montrent les exemples bibliques de Paul et de Matthieu. Cela ne peut être attribué qu'à Dieu qui « meut et attire la volonté de telle sorte que, sans douter ni pouvoir douter, l'âme fidèle suit ce qui lui est montré » (Ex. sp., 175) : la confirmation semble alors intérieure à la décision, il n'y a donc rien à ajouter sur le moment, les Exercices n'en disent pas plus. Il m'est arrivé d'accompagner quelqu'un qui me disait avoir fait, précédemment, une...