Anne Lécu

DES LARMES
CHRISTUS N°238
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Anne Lécu
Cet essai d’une grande densité, dont la tonalité pastorale utile et bienvenue n’échappera à personne, rappelle opportunément que l’expérience spirituelle s’accomplit, plus encore que dans l’espace de la pensée, dans celui des affects (cela même que réveillent ou provoquent les sens spirituels). Elle ne s’en soucie pas moins d’une attention au symbolisme qui habite le réel et le revêt de sens et de significations. On comprend dès lors que les larmes, fait banal de l’existence humaine, constituent (et peuvent être comprises comme) une manifestation spirituelle de première importance. Encore faut-il consentir au mystère qu’elles attestent, celui de l’intériorité qui, en elles, s’exprime, indéchiffrable au regard scientifique s’employant à les analyser comme pur phénomène physiologique ou, au mieux, comme indice d’un bouleversement psychologique. Ainsi sont-elles les gardiennes du mystère de l’être, dont elles rappellent l’obstinée présence, nous interdisant la tentation scopique qui saisit le discours médical en mal de systématisation explicative, à défaut de compréhension. Les larmes qu’approchent validement phénoménologie et métaphysique et, plus encore,...
MARCHER VERS L'INNOCENCE
CHRISTUS N°247
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Anne Lécu
  L’auteure, religieuse dominicaine, exerce comme médecin depuis dixsept ans dans une maison d’arrêt. Elle a publié, entre autres, un essai sur les larmes en 2012 et propose dans cet ouvrage une lecture spirituelle de l’évangile de Jean. Écrite pour le carême, comme en témoigne l’organisation du livre en quarante chapitres et six haltes, cette lecture peut aussi bien se faire à un autre moment puisqu’elle ne suit pas la liturgie, mais va et vient dans l’évangile de Jean. Anne Lécu montre ainsi comment le lecteur peut occuper la place que dessinent l’emploi d’une périphrase « le disciple qu’aimait Jésus » au lieu de son nom, la figure polyvalente de Marie de Magdala à laquelle la tradition a assimilé plusieurs femmes de l’Évangile, ou encore les multiples visages de ceux qui se tiennent au pied de la croix : autant de procédés qui permettent à chacun de se tenir à cette place. Au terme de sa lecture, relisant la promesse de Jésus : « Je vais vous préparer une place » (Jn 14), Anne Lécu affirme que, si les demeures sont nombreuses, ce qui est offert à tous, c’est une place « près de lui », « la place royale que de toute éternité il a préparée pour nous ». Pierre,...
VA VERS TES FRÈRES, ET DIS-LEUR...
CHRISTUS N°255
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Anne Lécu
Autrefois, dans l'Antiquité grecque d'Hippocrate, le pouvoir n'était pas organisé dans la maisonnée, comme il pouvait l'être dans la Cité des citoyens libres. Là, dans la maisonnée, c'était un pouvoir « nu », parfois tyrannique. Celui qui y régnait était le despote domestique. Quant à la gardienne du secret, celle qui veillait sur la naissance et sur la mort, celle qui connaissait les secrets de l'alimentation, des remèdes (et peut-être du poison ou des potions abortives), c'était la femme. Et, au cœur de la maisonnée, il y avait le « secret du secret », le corps de la femme, son ventre, lieu de l'intime par excellence. La sage-femme connaissait ce que les médecins entre eux ne se transmettaient que par ouï-dire. Les hommes de science, les obstétriciens, ont fini par coloniser ce domaine dont ils étaient exclus mais, s'ils ont étendu leur savoir technique au corps des femmes, il n'est pas sûr qu'ils aient épuisé ce qu'il contient de mystère et peut-être bien de sacré, fascinant et terrifiant à la fois. Il se peut que les hommes de foi aient eu parfois la même ambition. Mais l'Évangile est pour tous, et tous sont requis pour, ensemble, le transmettre et en vivre. Le corps des femmes Les femmes ont un savoir du corps qui n'es...
DONNER LA PAROLE À DIEU
CHRISTUS N°256
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Anne Lécu Jean-Alexandre DE GARIDEL RUEL Élie
Une bénédictine, une dominicaine et un carme ont été réunis par la revue Christus pour échanger librement sur le rapport à la prière de leurs familles spirituelles respectives et dire ce qu'évoque le terme « méditer » pour eux. Christus : Qu'évoque le mot « méditation » pour vous ? Quelle forme prend la prière dans votre ordre ? Sœur Élie Ruel : Je suis bénédictine à Notre-Dame de Jouarre en Seine-et-Marne depuis 1984. Ce matin, une sœur me demandait ce que j'allais bien pouvoir vous dire sur la méditation ! En principe, nous ne faisons pas de « méditation » ; en tout cas, le mot n'est pas dans notre vocabulaire quotidien. En même temps, la meditatio, pour les anciens moines, c'est la mémorisation de l'Écriture – mémoriser et laisser l'Écriture se redire en nous au fil de la journée. Pour nous, c'est le but de la lectio et de l'office. Je mets donc sous le terme de méditation à la fois la lectio et la prière liturgique, comme deux formes d'écoute de la parole de Dieu. La distinction entre lectio, meditatio et oratio mise en place par Guigues le Chartreux est rassurante car elle semble offrir une voie de progression certaine, par étapes successives. Mais, à vrai dire, je ne sui...
LE DÉMON DE MIDI
01 AVRIL 2020
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Anne Lécu
Les moines des premiers temps du christianisme avaient un nom pour décrire ces questions : l'acédie. La pensée de l'acédie, intrusive, vise à expulser le moine de sa cellule, alors qu'il l'avait choisie comme le lieu d'unification de sa vie devant Dieu. L'acédie, qui peut frapper chacun de nous, vise à expulser du temps présent et du lieu où est celui qu'elle attaque. Elle le fait regretter le passé, remettre en cause son choix, trouver l'herbe plus verte dans le champ d'à côté. La question qu'elle pose, insidieuse, se déguise : « Ne devrais-tu pas partir, pour ton bien, pour le bien des autres, pour la gloire de Dieu ? » Alors qu'en fait, au fond, la véritable question est la même qu'au premier jour : « Que veux-tu ? »Le démon de l'acédie, qui est appelé aussi « démon de midi » est le plus pesant de tous ; il attaque le moine vers la quatrième heure et assiège son âme jusqu'à la huitième heure. D'abord, il fait que le soleil paraît lent à se mouvoir, ou immobile, et que le jour semble avoir cinquante heures. […] En outre, il lui inspire de l'aversion pour le lieu où il est, pour son état de vie même, pour le travail manuel et, de plus, l'idée que la charité a disparu chez les fr&egrave...
VIVRE L'EFFONDREMENT
01 AVRIL 2020
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Anne Lécu
Toute existence peut connaître un jour l'effondrement : exil intérieur, rejet d'un style de vie, impossibilité soudaine à éprouver la fécondité qu'il y a à rester fidèle. Que faire quand la vocation, la vie choisie librement un jour devient un fardeau ?Une personne décide un jour d'emprunter ce qu'elle reconnaît comme un chemin de vie. Elle décide de se marier, de fonder une famille, de s'engager dans la vie religieuse. C'est un pari, concrétisé dans une parole reçue, donnée, sous la forme d'une promesse : « Je me donne à toi pour toujours », « Entre tes mains, je fais vœu d'obéissance ». Qu'est-ce qui permet ce geste et cette parole ?La parole qui engage un choix de vie est plus réelle, plus dense que toute signature de contrat. C'est une parole qui répond à une parole. Certes, il s'agit d'un choix, incarné dans une décision libre, autant qu'il est possible. Et, en même temps, et plus profondément, c'est une réponse à une forme de nécessité intime que Michel de Certeau a su dire : « Je ne peux pas faire autrement. » Le paradoxe de toute « vocation », que ce soit celle du poète, celle du couple ou celle du religieux, tient dans ce que la plus haute liberté répond...
LE DÉMON DE MIDI
CHRISTUS N°266
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Anne Lécu
Les moines des premiers temps du christianisme avaient un nom pour décrire ces questions : l'acédie. La pensée de l'acédie, intrusive, vise à expulser le moine de sa cellule, alors qu'il l'avait choisie comme le lieu d'unification de sa vie devant Dieu. L'acédie, qui peut frapper chacun de nous, vise à expulser du temps présent et du lieu où est celui qu'elle attaque. Elle le fait regretter le passé, remettre en cause son choix, trouver l'herbe plus verte dans le champ d'à côté. La question qu'elle pose, insidieuse, se déguise : « Ne devrais-tu pas partir, pour ton bien, pour le bien des autres, pour la gloire de Dieu ? » Alors qu'en fait, au fond, la véritable question est la même qu'au premier jour : « Que veux-tu ? » Le démon de l'acédie, qui est appelé aussi « démon de midi » est le plus pesant de tous ; il attaque le moine vers la quatrième heure et assiège son âme jusqu'à la huitième heure. D'abord, il fait que le soleil paraît lent à se mouvoir, ou immobile, et que le jour semble avoir cinquante heures. […] En outre, il lui inspire de l'aversion pour le lieu où il est, pour son état de vie même, pour le travail manuel et, de plus, l'idée qu...
Mots clés : acédie
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VIVRE L'EFFONDREMENT
CHRISTUS N°266
-
Anne Lécu
Toute existence peut connaître un jour l'effondrement : exil intérieur, rejet d'un style de vie, impossibilité soudaine à éprouver la fécondité qu'il y a à rester fidèle. Que faire quand la vocation, la vie choisie librement un jour, devient un fardeau ? Une personne décide un jour d'emprunter ce qu'elle reconnaît comme un chemin de vie. Elle décide de se marier, de fonder une famille, de s'engager dans la vie religieuse. C'est un pari, concrétisé dans une parole reçue, donnée, sous la forme d'une promesse : « Je me donne à toi pour toujours », « Entre tes mains, je fais vœu d'obéissance ». Qu'est-ce qui permet ce geste et cette parole ? La parole qui engage un choix de vie est plus réelle, plus dense que toute signature de contrat. C'est une parole qui répond à une parole. Certes, il s'agit d'un choix, incarné dans une décision libre, autant qu'il est possible. Et, en même temps, et plus profondément, c'est une réponse à une forme de nécessité intime que Michel de Certeau a su dire : « Je ne peux pas faire autrement. » Le paradoxe de toute « vocation », que ce soit celle du poète, celle du couple ou celle du religieux, tient dans ce que la plus haute liberté rép...