On trouverait bien des passages bibliques pour encourager à la bienveillance. Nous allons plutôt suivre un autre chemin, peutêtre plus difficile, mais en fin de compte plus riche : en lisant trois récits de l’Ancien Testament où s’affrontent vrais et faux prophètes, nous allons montrer comment ils offrent à leur lecteur une pédagogie expérimentale de la bienveillance. Ces textes jouent, en effet, avec les idées du lecteur pour l’aider à devenir davantage bienveillant. Et par la fragilité qui relie leurs éléments, par le « jeu » qui s’y manifeste, ils construisent pour le lecteur un chemin d’expérience intérieure.
 

Une certaine manière de raconter


Signalons d’emblée quelques difficultés. Ces prophètes, vrais ou faux, prononcent des paroles qui parfois disent du bien, parfois du mal ; parler alors en accord avec Dieu, est-ce annoncer malheur ou bonheur ? Cela a à voir avec une attitude bienveillante : quelle parole cette attitude nous dicte-t-elle face à celui qui souffre ? Mais paradoxalement, alors que les vrais prophètes annoncent fréquemment le malheur, ce sont souvent les faux prophètes qui annoncent le bonheur !
D’autre part, nous devons mesurer la distance qui nous éloigne du monde biblique. Nos préoccupations psychologiques et spirituelles d’aujourd’hui se disent dans un langage éloigné de celui de la Bible. Quant à la vocation prophétique, la Bible la présente comme une réalité très rare, et n’ayant plus cours depuis l’accomplissement des promesses en Jésus-Christ. Enfin, les histoires bibliques sont écrites de manière orientée : plutôt que de nous présenter vrai et faux prophètes à égalité, leurs auteurs ont déjà pris parti pour l’un contre l’autre.
Ces précautions prises, considérons l’ambivalence de la prophétie : à côté des prophètes qui transmettent la parole de YHWH, se trouvent des faux prophètes dont la dénonciation se poursuivra jusque dans le Nouveau Testament. Trois récits mettent en scène une opposition entre vrais et faux prophètes. Commençons par évoquer brièvement les deux premiers. En 1 R 13, un vieux prophète de Béthel conduit un « homme de Dieu » au péché en le faisant renoncer au jeûne ordonné par YHWH. Dans un étrange retournement, c’est ce vieux prophète qui reçoit alors l’authentique parole par laquelle YHWH condamne à mort celui qui a rompu le jeûne. Un lion rencontré sur la route se charge d’exécuter la sentence. Ce vieux prophète n’aura-t-il pas été malveillant en invitant à satisfaire les légitimes appétits du corps, et bienveillant en annonçant la sanction divine ?
Un peu plus loin, 1 R 22 raconte une bataille menée par les rois Akhab d’Israël et Josaphat de Juda. Avant la bataille, ils consultent 400 prophètes qui assurent d’une victoire à Ramoth-en-Galaad ; mais pris d’un doute, Josaphat consulte un autre prophète, Michée, qu’Akhab déteste « car il ne prophétise pas sur moi du bien, mais du mal ». Michée se retr...

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