L'enfance des arbres, « Poésie et intériorité », 2021, 360 p., 21 €.

Après avoir affirmé depuis longtemps que « nul ne peut prétendre posséder la voie, mais qui accepte de s'y perdre trouve un peuple d'amis, de frères », le poète et essayiste Jean Lavoué a ouvert depuis ses premières publications un véritable chemin d'intériorité où il invite le lecteur à le retrouver en toute liberté, mais avec l'œil vigilant.

Fidèle à sa ligne d'écriture, il livre aujourd'hui ses Voix de Bretagne, celles d'une dizaine de poètes et d'artistes tous enclins, mais sans certitude aucune, à « libérer le divin » en eux. L'ouvrage est d'une forte densité : « Le chant des pauvres », en sous-titre, définit dès l'accroche la couleur du propos. Il pourrait encore se dire « Chant de la terre », comme affleurent ici ou là des « accents teilhardiens » dans les œuvres en cause.

Parce qu'il y a « un impératif de vivre » et ne craignant jamais, avec Maurice Bellet, de rejoindre « l'épaisseur d'humanité qui [les] habite », l'auteur, manifestement imprégné de l'itinéraire et de l'œuvre de ses figures « chair des hommes qui est la chair de Dieu », trace en fratrie et dans une « géographie intime » de beaux visages (Michel Le Bris, Armand Robin, Yann-Fañch Kemener, Anjela Duval, Eugène Guillevic, Jean Sulivan, René Guy Cadou, Max Jacob, Georges Perros, Xavier Grall) sous des traits de la tendresse – et ce même si le parcours des intéressés, souvent blessés, s'est heurté à des champs de ronces et de doutes extrêmes, à de multiples entraves, le tout bordé d'incompréhension voire de rejet, jusqu'à être « dévorés par l'inconnu » ou encore aller au sacrifice. Pourtant, si l'on comprend Lavoué, leurs heures sont proches de l'éternité car ils sont tous de « complicité intemporelle » et réparent « la mémoire des morts » avec « des lettres de feu ».

Il y a très certainement dans la matière de ce livre tout ce qui donne à vivre en captant « l'éclair de l'instant ». Lavoué en fait une véritable offrande ; il révèle et confie que, là où sont les pauvretés, mûrissent les vraies richesses qui nourrissent le poème du monde, lui donnent chair et souffle. Ces voix de Bretagne – de cette terre où « il y a un absolu » – ont alors une résonance universelle. L'auteur cite Cadou qui peut le chanter ainsi : « Ô crieurs de journaux intimes seuls prophètes / Seuls amis en ce monde et ailleurs. » Un livre-source. Un livre-référence pour l'histoire de la littérature.