La vocation d’Abraham est-elle une vocation tardive ? À 75 ans, avec sa femme, il répond à l’appel de Dieu et part dans l’inconnu, vers le pays que le Seigneur lui fera voir (Gn 12,1). Abraham a-t-il « refait sa vie » à cet âge avancé ? L’itinéraire spirituel, suivi par le père des croyants, dessine les contours de ce qui se joue dans la vie d’un homme ou d’une femme qui, en milieu de vie, prend de manière inattendue le chemin du monastère, du séminaire, mais aussi du mariage. La liberté humaine, au regard de Dieu, est sans cesse capable, non pas de réécrire une vie, mais de répondre à l’appel qui ouvre des pages nouvelles.

La richesse d’un choix adulte

Aujourd’hui, l’âge moyen, dans bon nombre de séminaires en France, se situe autour de 28-30 ans (c’est aussi l’âge moyen du mariage), mais cette moyenne cache une situation assez contrastée 1.
Depuis un certain nombre d’années, à côté de séminaristes très jeunes (20 ans), entrent des candidats relativement âgés – entre 35 et 50 ans – aux parcours de vie très divers. Certains ont exercé très tôt leur métier et possèdent une longue expérience professionnelle (cuisinier, boucher, mécanicien…) ; d’autres, après des études plus approfondies, ont construit leur carrière (juge, enseignant, ingénieur, militaire…). De même, dans les paroisses, se présentent des hommes et des femmes d’âge mûr, qui, après des années de vie célibataire, se disent prêts à vivre un engagement nouveau dans le mariage.
Tous ont vécu un tournant important dans leur existence : ils décident un jour d’arrêter leur profession, de quitter un certain mode de vie et de vivre autrement leur insertion sociale. Que signifie, après des années passées comme gendarme ou chercheur en physique, de changer ainsi de vie pour devenir prêtre ou religieux : quitter une certaine routine ? refaire sa vie ? répondre à un long discernement ?... Le premier constat est qu’il s’agit d’adultes ayant déjà fait un choix de vie quant à l’exercice d’une activité professionnelle et, pour certains, d’engagements associatifs, ecclésiaux ou autres. De plus, sur le plan affectif, beaucoup ont vécu des expériences diverses (structurantes ou non), y compris celle de vie de couple, et appris à être lucides sur leurs propres forces ou fragilités. Ainsi, un trait commun à beaucoup de ces vocations « tardives » est qu’elles sont loin d’être dues à un simple coup de coeur ou à un rapide trait tiré sur le passé. « On ne refait pas sa vie ; on la vit autrement », disait l’un d’eux.
Avec la volonté, parfois surprenante, de renoncement et d’adhésion qu’entraîne ce tournant de vie, émerge souvent la découverte personnelle d’une capacité d’adaptation à la situation nouvelle qu’ils épousent. L’appel de Dieu suscite une prise de conscience de ses propres potentialités affectives, spirituelles mais aussi intellectuelles : « Difficile de se r...
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