« Apprends-nous la vraie mesure de nos jours. » Le psaume 89 exprime d’une façon très existentielle l’inquiétude de l’homme parvenu à l’automne de sa vie. Voici qu’il prend vive conscience de la fuite du temps, comparée à l’éternité de Dieu : « De toujours à toujours, toi, tu es Dieu… Mais à tes yeux mille ans sont comme hier, c’est un jour qui s’en va, une heure dans la nuit. » Et nous, devant ta face, nous sommes comme l’herbe des champs : « Elle fleurit le matin, elle change, le soir elle est fanée, desséchée. » Telle est notre condition : « Nos années s’évanouissent dans un souffle… elles s’enfuient, nous nous envolons. » Mais cette douloureuse prise de conscience suscite la confiance chez le psalmiste : « Apprends-nous la vraie mesure de nos jours, que nos cœurs pénètrent la sagesse. Si tu nous rassasies de ton amour au matin, alors nous passerons nos jours dans la joie et les chants. »
Après les temps de la croissance et de la fécondité, se pose un jour de façon plus cruciale la question du sens : que reste-t-il de nos vies quand nous nous envolons ? On était parti, plein d’audace et d’ambition, explorer les mers jusqu’au bout du monde, avec le désir de ce développement dont la modernité a fait une ardente obligation, et que le pape Paul VI lui-même exaltait en affirmant que « la croissance humaine constitue comme le résumé de nos devoirs » (Populorum Progressio, 16). Et l’on rêvait comme Ulysse de revenir un jour à la maison pour y jouir d’un doux repos…

Et puis est retourné plein d’usage et raison
Vivre entre ses parents le reste de son âge.

 
Le reste de son âge, voici qu’il apparaît plutôt comme une sorte d’épreuve quand viennent les années du déclin. « Car, que reste-t-il à l’homme de toute sa peine et de tout l’effort pour lequel il a peiné sous le soleil ? Oui, tous ses jours sont douloureux et sa tâche est pénible. Même la nuit, il ne peut se reposer… Tout cela aussi est vanité »
(Qo 22-23). Mais ces considérations pessimistes, au lieu de conduire au découragement, tournent l’attention du sage vers la mémoire de Celui qui est à l’origine de la vie : « Souviens-toi de ton Créateur au jour de ton adolescence avant que viennent les jours mauvais et qu’arrivent les années dont tu diras : je ne les aime pas. » (Qo 12,1).


« Que nos cœurs pénètrent la sagesse »

Cette sagesse dont parle l’Écriture, c’est la façon de comprendre et d’agir en fondant sa vie sur le roc. C’est la capacité de sentir et d’user des choses que le Créateur a mises à la disposition de l’homme pour l’aider à poursuivre sa fin, comme l’exprime le « Principe et fondement » des Exercices de saint Ignace.
Déjà, les stoïciens distinguaient dans l’usage des choses celles qui dépendent de nous et celles qui ne dépendent pas de nous, dans le cours des événements heureux ou malheureux, succès ou échecs, santé ou maladie, abondance ou pénurie, vi...
La lecture de cet article est réservée aux abonnés.
COMMENTAIRES
Vous devez être connecté pour poster des commentaires.