Comment permettre aujourd’hui de véritables réconciliations entre personnes, entre groupes… ? Dans des sociétés instables, mobiles à l’excès, l’apprentissage de la responsabilité de ses actes et de la restauration de la communion sont des processus complexes. Les chemins de la réconciliation ne sauraient se limiter à des mécanismes exclusivement juridiques. Dans ce cas, quelles alternatives envisager aux processus sans fin de judiciarisation de la vie ?
Toute solution durable à ces questions suppose de réfléchir en profondeur aux mécanismes de violence, souvent cycliques, qui font obstacle à une restauration de liens pacifiques. Mais il paraît aussi nécessaire de s’interroger sur les « figures du pardon », parfois trompeuses, qui sont généralement mises en avant. En particulier le pardon, dont l’essence est d’origine religieuse, est-il transposable sur le terrain politique ? Si oui, à quelles conditions ?
Mais avant de s’engager sur ce terrain, il faut essayer de comprendre la violence. Nous en parlerons ici en privilégiant le terrain sociopolitique africain notamment dont les progrès sensibles en la matière méritent une attention soutenue.

Comprendre la violence
 

La violence, c’est bien connu, engendre la violence, comme un « cheval en furie », selon la métaphore de Clausewitz dans sa tentative de comprendre la guerre face à la « montée aux extrêmes » entre deux partenaires décidés à vaincre coûte que coûte. Comment mettre un terme à cette logique de la surenchère ? Comment la combattre efficacement, tout en essayant de réconcilier deux personnes dont les différends ont pu exacerber une violence sans cesse renaissante ?
Certes, il paraît indécent et utopiste de proposer à tout bout de champ, comme le font certains politiques, des démarches de « réconciliation » ou de « pardon », comme si ces démarches n’avaient pas à venir des personnes concernées elles-mêmes. Trop souvent utilisées comme des alibis pour se disculper ou chercher à cerner avec précision les responsabilités, elles omettent le respect d’un certain nombre d’étapes indispensables.
De fait, au long de l’histoire, les « sorties » de la violence se sont souvent résumées au droit des plus forts et des mesures de clémence : l’amnistie qui efface les traces du passé, la prescription qui suspend le temps et la grâce qui porte sur l’exécution d’une peine. La personne ou la collectivité décident à un moment donné de ne plus poursuivre les crimes afin de mettre un terme aux revanches sans fin. Dans le souhait de réprimer les crimes les plus graves, la création, en 1993, du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, puis en 1994 pour le Rwanda, et, tout dernièrement, pour le Cambodge ont permis des progrès significatifs. Ces instances ont beaucoup travaillé au rétablissement des liens sociaux, à l’harmonie et à la paix civile dans chacun de ces pays. Mais est-ce suffisant ?
En dépit de l’opposition farouche de...
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