Marcher à la suite du Christ et se mettre au service du bien commun, chacune de ces démarches engage un combat spirituel qui n'obéit pas à la même finalité dans l'un et l'autre cas. Cependant, ces deux combats se croisent et s'éclairent mutuellement.

Servir le bien commun, c'est vouloir faire grandir et fortifier les liens qui nous unissent au sein d'une société, pour notre bien à tous. Nous voici alors engagés dans un combat pour une société où tous et chacun puissent être reconnus dans leur humanité, leur désir d'une vie plus digne, plus libre. L'engagement en lui-même provoque un premier type de combat, plus intérieur et personnel. Mais, pour tenir, la visée du bien commun et l'action qui en découle appellent un discernement commun et un combat idéologique sur les orientations et la mise en œuvre d'une plus grande justice sociale. C'est dans la dynamique d'une écologie intégrale que celle-ci peut aujourd'hui déployer l'espérance dont elle est porteuse. Prendre soin de l'autre et de l'environnement, comme on est attentif à une sœur ou à un frère, fait naître, au cœur même de changements éprouvants, la force qui permet de les affronter et de les traverser. Ces trois figures du combat – sortir de soi, choisir le chemin de la justice, traverser les épreuves – sont expérimentées par celui qui désire donner sa vie avec le Christ. Le service du bien commun n'appelle pas seulement des valeurs éthiques qui inspirent un combat social ou politique. Il sollicite nos ressources spirituelles les plus profondes. C'est ce que nous souhaitons éclairer dans les lignes qui suivent.

Un combat contre qui ?

Il y a beaucoup d'appels et d'entrées différentes pour se mettre au service du bien commun dans la société ou dans l'Église. Mais les récits de démarches d'engagements humanitaires ou sociaux donnent à sentir, au point de départ, une même vibration intérieure à la situation de l'autre. Qu'elle s'exprime en passion, en compassion ou en indignation, selon les cas, qu'elle monte doucement en nous ou qu'elle soit un choc qui nous retourne, elle évoque ce « goût de l'autre », selon les mots d'Elena Lasida. Elle nous sort de nous-même pour rejoindre l'autre, être présent dans son épreuve, crier et chercher justice avec lui ou simplement apprendre de lui la saveur d'une vie qui nous est étrangère. L'attirance éprouvée creuse ainsi un désir assez fort pour y engager ne serait-ce qu'une part de notre liberté.

C'est là que s'ouvre un combat intérieur, décisif. Quand nous avons été pris aux entrailles, quand nous sommes déjà engagés ou sur le point d...


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