La conversion de François d'Assise se cristallise autour de ces mots « répare mon Église ». Pour lui, dès le début, l'appel porte une résonance collective. Un événement personnel pour un bien universel.

C'est une histoire vieille de huit siècles, mais d'une portée tellement contemporaine ! Celle de l'un de nos saints les plus célèbres qui, commençant par vivre un chemin de conversion personnelle, entraîne à sa suite des cohortes d'hommes et de femmes dans une démarche collective qui marque très profondément l'Église de son temps.

De ce dernier point de vue, tout commence par un appel, un malentendu et… un larcin, digne de Robin des Bois !

Au printemps de l'année 1206, François Bernardone, fils d'un riche drapier d'Assise, longtemps adepte, jeune homme, d'une vie de luxe, de fête et de ripaille, sort tout juste d'une période complexe et progressive de transformation intérieure, qui l'a amené à découvrir tout à la fois le goût de la sobriété, de la prière et, malgré sa répugnance initiale, du service des lépreux de sa région. Au cours de ce printemps, le hasard mène ses pas solitaires, à travers les champs d'oliviers de la campagne d'Ombrie, vers une petite église délabrée, Saint-Damien. François y entre et se met à prier lorsque, agenouillé devant un crucifix byzantin, il entend, stupéfait, le Christ l'appeler par son nom et prononcer par trois fois ces mots qui deviendront légendaires : « François, va et répare ma maison qui, tu le vois, tombe en ruines1. »

L'homme prend d'abord à la lettre cette sollicitation divine comme étant une injonction à trouver, seul, et vite, les moyens de retaper les murs et le toit de la chapelle. La boutique de son père n'est pas loin, il y court, fait main basse sur une belle quantité de coupons d'étoffe précieuse, enfourche son cheval et galope vers un marché où il trouve preneurs pour la marchandise et même pour le cheval. Il revient aussitôt remettre l'argent récolté au prêtre indigent qui dessert l'église, lequel – effrayé – refuse et laisse François jeter négligemment cette bourse dont il n'a que faire dans un coin de fenêtre, « avec autant de mépris que pour de la boue2 », nous dit son biographe saint Bonaventure.

Réparer ensemble l'Église du Christ


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