Pour certains, la réponse à l'appel de Dieu s'incarne dans le choix de la vie religieuse. Dieu continue à appeler la personne consacrée tout au long de sa vie afin qu'elle ne cesse de se convertir et de se tourner vers lui pour ne jamais éteindre la fécondité première.

Les sources franciscaines rapportent cet épisode de la vie de saint François. Je l'ai entendu une première fois alors que, adolescent, je faisais un pèlerinage vers Assise avec un groupe de jeunes.

Un certain jour de Pâques, les frères de l'ermitage de Greccio avaient dressé la table avec plus d'apprêts que de coutume : il y avait des serviettes et des verres. Le Père [saint François], descendant de sa cellule, vit la table somptueusement garnie et décorée, mais ce spectacle riant l'attrista. En cachette et sur la pointe des pieds, il se retira, se coiffa du chapeau d'un pauvre qui se trouvait là présent, se munit d'un bâton et sortit. Debout, près de la porte, il attendit que les frères se fussent mis à table : on n'avait pas l'habitude de l'attendre, s'il ne se rendait pas au signal donné. Ils venaient de commencer, quand ce pauvre authentique se mit à crier de la porte : « Pour l'amour du Seigneur Dieu, faites l'aumône à un pèlerin pauvre et malade ! – Entre donc, brave homme, lui répondent les frères, pour l'amour de celui que tu as invoqué ! » Il entra aussitôt et se présenta aux frères attablés : quelle stupeur pour ces bourgeois à l'arrivée de ce pèlerin ! Sur sa demande, on lui donna une écuelle : il s'assit par terre dans un coin et posa l'écuelle sur le sol. « Maintenant, dit-il, je suis assis comme un vrai frère mineur ! » Et, se tournant vers les frères : « Nous devons, plus que les autres religieux, nous sentir tenus d'imiter les exemples de pauvreté que nous a donnés le Fils de Dieu. Cette table garnie et décorée, je l'ai jugée indigne de pauvres qui s'en vont mendiant de porte en porte. »1

La radicalité de François m'avait alors enthousiasmé : « Voilà un homme qui ne fait pas de compromis. Voilà un homme qui n'a pas peur de dénoncer les infidélités de “ces bourgeois”. Voilà un homme qui ne lâche rien, qui ne fait aucune concession pour être fidèle à la vocation que le Seigneur lui a adressée : embrasser les lépreux, bâtir la paix, réparer sa maison, suivre à la lettre le Saint Évangile comme “un vrai frère mineur”. Cet exemple d'une alternative de vie possible et joyeuse m'a bousculé et m'a donné le courage de poser un choix vocationnel fondamental par lequel j'ai engagé toute ma vie : suivre Jésus en frère mineur. »

Après mon noviciat, j'ai réentendu cette histoire au même endroit : étant passé de l'autre côté du miroir, j'accompagnais un groupe de jeunes. J'étais heureux de retourner sur ces lieux qui avaient tant marqué mon adolescence. J'étais impatient de revenir à ce premier élan qui m'avait fait tout q...

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