Voici cinquante ans que le P. René Bernard vit au contact des Tsi­ganes, à partir de l’amitié nouée avec quelques familles d’Avignon. Père spirituel au collège jésuite, il s’installe dans un logement tout proche qui lui permet d’accueillir en toute sécurité des personnes, des couples, des familles ayant besoin d’aide, de dialogue, d’hos­pitalité ou de protection. En quelques années, le P. Bernard voit sa vie tout entière occupée par l’accueil et le service des populations tsiganes, élargies ensuite aux réfugiés asiatiques. Dans les années 70, il anime, développe et organise l’Aumônerie nationale des Gi­tans, Nomades et Gens du Voyage, qui devient un Mouvement au sein de l’Action catholique. Connaissance de la culture tsigane et action sociale sont les deux ressorts de sa présence évangélique auprès de populations subissant le rejet.
Sa principale mission consiste à désenclaver la population tsi­gane de ses seuls repères et traditions, et à désenclaver la société de ses préjugés et de ses peurs vis-à-vis des gitans. Voilà pourquoi il jugeait cette mission compatible avec son appartenance au collège d’Avignon et avec son animation d’équipes du MCC (Mouvement Chrétien des Cadres et Dirigeants).
Aujourd’hui en résidence à Montpellier, le P. Bernard continue de partager son expérience humaine et évangélique au service des populations en difficulté au sein de diverses instances dans l’Église (Conseil Pontifical pour la Pastorale des Migrants et des Personnes en déplacement) et en Europe (Conseil de l’Europe).


Christus :
Depuis une cinquantaine d’années, vous fréquentez les gitans, les tsiganes. Qu’est-ce qui vous a poussé à les rencontrer et que vous a apporté leur fréquentation ?
René Bernard : Après mon troisième an en 1958, je me suis de­mandé comment vivre mon voeu de pauvreté en étant en relation avec une population pauvre, et pas simplement avec le clochard du coin. Le provincial m’a alors chargé de la formation spirituelle et sociale de la division des grands au collège Saint-Joseph d’Avignon. Mais je ne voulais absolument pas d’une formation toute théorique. Je ne connaissais pas Avignon, si ce n’est par la chanson. Alors je suis allé m’y promener. Ce fut un choc, car, au centre ville, il y avait d’un côté le Palais des Papes, qui gérait tout le tourisme ; et de l’autre côté de l’esplanade, on tombait par des petites rues sur un autre monde, le monde des tsiganes, mais aussi celui des Français pauvres et des Maghrébins. Les taudis étaient tous pleins. J’ai mis trois ans à y pénétrer, parce que la plupart se demandaient qui j’étais : un policier déguisé, un enquêteur des allocations familiales, voire un « mac » ?
 

L’hospitalité


Christus : Puis les événements se sont enchaînés…
R. Bernard : Mon implantation dans une petite maison près du collège a été un...
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