Dès le début de son évangile, Luc révèle que Dieu comble de biens les affamés (Lc 1,53) : entre les riches et les autres, Dieu a fait son choix et les pauvres sont privilégiés. L’attention au prochain a toujours été constitutive d’une vie chrétienne. Au XVIe siècle, les individus les moins bien nantis ne pouvant compter que sur leur travail pour vivre et entretenir les leurs, le recours à la charité était une nécessité quand les forces venaient à manquer. Celle-ci était assurée par les congrégations religieuses qui avaient fondé des institutions susceptibles de fournir aux nécessiteux le couvert et le gîte. Les laïcs faisaient des dons à la mesure de leurs moyens et de leurs convictions.
À Loyola, à Aravalo, chez le grand argentier de Castille, à Pampelune, chez le vice-roi de Navarre, Ignace a pu voir les maîtresses de maison accueillir les mendiants et leur donner l’aumône. Dans les châteaux et les fermes, les vagabonds pouvaient toujours trouver une botte de paille et un coin pour passer la nuit. La charité était un devoir social tout autant que religieux. Celui et celle qui y avaient manqué tentaient, à la veille de leur mort, de mettre un terme à leur mauvaise conscience en faisant des donations en faveur des plus démunis. Mais la pratique de la charité pouvait être vue dans une autre perspective, quand une personne souhaitait mettre de l’ordre dans sa vie et suivre de plus près Celui qui s’était identifié aux affamés, aux assoiffés, aux malades et à ceux qui étaient nus (Mt 25,31-46).
 

Les rêves d’exploits


Après avoir été blessé au siège de Pampelune en 1521, alors qu’il avait environ 30 ans, Ignace de Loyola a fait une forte expérience spirituelle dont nous connaissons les étapes grâce au récit qu’il en a donné vers la fin de sa vie 1. Au cours de sa convalescence au château familial, en constatant les effets qu’avaient sur lui les souvenirs des romans de chevalerie qu’il avait appréciés auparavant et la lecture de La Vie du Christ de Ludolphe le Chartreux et de La Légende dorée de Jacques de Voragine, les seuls livres qui étaient alors à sa disposition, il avait commencé à éprouver ce qui était de l’ordre du discernement des esprits. Sa réflexion, soutenue par La Légende dorée qui évoquait la vie des saints, l’avait porté à rêver aux exploits qu’« un coeur généreux et enflammé de Dieu désire ordinairement faire » (R 9). Finalement, il prit la décision de quitter la maison natale pour se rendre à Jérusalem. Mais il le fit discrètement, monté sur une mule, avec les armes et les vêtements qui disaient sa naissance et sa réputation.
À Montserrat, Ignace commença une nouvelle vie. Le 25 mars 1522, il se dépouilla de tous ses vêtements, comme l’avait fait François d’Assise, mais d’une manière moins théâtrale que ce dernier ; il se revêtit d’une toile grossière et donna ses vêtements au premier pauvre venu. Mais ce don, symbolique de sa conversion, ne fut pas sans conséquence...
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