Au XVIIe siècle, le saint jésuite Pierre Claver s’est mis au service des esclaves qui débarquaient sur le continent américain. Par sa vie même, il a dénoncé prophétiquement l’aveuglement social d’une époque qui instituait l’esclavage, et a fait ainsi preuve d’un véritable génie évangélique.

Lors de ses rencontres avec les jésuites pendant ses voyages récents en Colombie, au Myanmar et au Bangladesh, le pape François a parlé de Pierre Claver d’une manière qui invite à relire la vie de ce saint1. Le pape a employé l’expression de « charisme ». Mais il n’a pas parlé du charisme de Claver : il a plutôt présenté sa personne même comme un charisme. Claver s’est fait « esclave des esclaves », devenant pour eux un vrai « paraclet » (consolateur, avocat, intercesseur). Ainsi, c’est par sa vie même qu’il a dénoncé prophétiquement l’aveuglement social d’une époque qui a institué l’esclavage des Noirs.

Le pape a affirmé : « Il y a un charisme de base du jésuite colombien : c’est une personne, et elle  s’appelle Pierre Claver. Je crois que Dieu nous a parlé à travers cet homme. » Et, tout de suite après, il a décrit avec des images ce qui le frappait le plus quand il pensait à Claver :

"Voilà ce qui m’impressionne : c’était au fond un gamin fluet, un jeune jésuite en formation mais qui parlait beaucoup avec le vieux portier. Et le vieux portier alimentait ses aspirations. Comme ce serait beau que, dans la Compagnie, nos anciens se mettent devant et que les jeunes marchent derrière eux. Alors s’accompliraient les paroles de Joël : « Les anciens auront des songes, et les jeunes prophétiseront » (Jl 3,2). Donc, il faut prophétiser, mais en parlant avec les anciens."

Dans la vie de nos deux saints, il y a un épisode emblématique. Claver allait se promener avec le frère Miguel Serra. Alphonse, le portier, était toujours à son poste.

Un jour, il vit ces jeunes qui sortaient et, dans une illumination, une fois encore, dit cette phrase un peu mystérieuse, en montrant d’abord la poitrine de Claver : « Ici, le Père », puis son compagnon : « Ici, le Fils » et mettant ensuite ses mains entre les deux : « Ici, le Saint-Esprit ». Et il avait à peine prononcé ces dernières paroles qu’il resta suspendu en l’air, sans connaissance. Quand il avait montré le Saint-Esprit, il avait semblé que venait sur les troi...


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