Si la Bible ne propose pas de traités de l'abandon, elle offre, tout au long de ses pages, de nombreuses illustrations de ce que peut signifier s'abandonner à Dieu. Quelques-unes de ces figures sont données ici à méditer dans leur grande variété.

La Bible ne nous offre pas de traité de l'abandon, comme l'ont fait Jean-Pierre de Caussade ou, à sa manière, Jean de la Croix. Ce n'est pas trop la manière de faire de la Bible, dans le vécu et l'expression de la foi. Il est clair, cependant, que cette expérience de l'abandon – entendue comme un renoncer, un laisser, un quitter, un « ne plus s'occuper de », voire « un se détendre en se laissant aller1 » – est éprouvée par l'homme biblique, dans sa relation aux autres, à la création, à Dieu. Proposons-nous donc de percevoir, peut-être de « sentir et goûter », les diverses facettes de cette expérience qui sollicite, à certains moments de leur vie, quelques personnages bibliques.

« Il partit sans savoir où il allait » (He 11,8)

Abraham, migrant et croyant, première grande figure de la Bible. Migrant, si souvent sur le départ, que la parole divine invite à « quitter » pays, famille, relations pour s'engager sur la route d'un avenir encore invisible. Certes, Abraham vit un arrachement, comme les migrants au long de l'Histoire jusqu'à aujourd'hui, un arrachement qui imprime douloureusement la vie à venir. Mais un arrachement qui est tout autant une sortie (Gn 12,4 : « quand il sortit de Haran ») d'un lieu de mort et d'impasses. La parole divine soutient une sortie, parce qu'elle est une parole de promesse. Abraham, migrant et croyant, invente peu à peu l'attitude de croire qui répond à la promesse qu'il a entendue (Gn 15,6), et qui se dévoile progressivement. C'est d'une alliance qu'il s'agit, une parole qui répond à une parole, au cœur d'une nuit ténébreuse (Gn 15,12).

La parole divine n'a pas seulement invité Abraham à sortir de Haran et à s'en arracher, elle a aussi ouvert un avenir vers des générations et vers la bénédiction, en réciprocité avec les nations. Comment la promesse pourra-t-elle s'accomplir, par la grâce de quelle naissance ? L'enfant du rire est donné à Abraham et à Sara en Genèse 21 ; mais aussitôt, en Genèse 22, survient l'épreuve au sujet de son fils unique, Isaac, qu'il aime (cf. Gn 22,2). Si le lecteur entend généralement que l'ordre divin est de sacrifier l'enfant, le texte hébreu laisse ouverte une ambiguïté : « fais-le monter en montée...

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