Les situations de perte auxquelles nous pouvons être confrontés à tout moment sont innombrables (santé, sécurité, travail, pays…). Qu'est-ce qui fait cependant que certains vont parvenir à traverser la perte pour renaître à quelque chose, trouver la paix et le désir d'aller de l'avant, tandis que d'autres bloqueront, refuseront le changement et s'enfermeront dans une sorte de mort ?

L'inconnu a le pouvoir de nous faire rêver et aussi de nous faire peur. Quitter le lieu d'où l'on vient ébranle nos références et met donc en question notre identité.

La souffrance de l'émigré
Où est le cœur de celui qui quitte ?

Le lieu d'où nous sommes, auquel nous appartenons, n'est-il pas d'abord celui où est notre cœur ? Où est le cœur de celui qui quitte ce qui est sa vie : dans ce qui est derrière ou dans ce qui est devant ? Comment vivre le présent si cet entre-deux est arrachement au passé et incertitude de l'avenir ? N'est-ce pas alors mourir, car personne ne peut vivre sans lien. Aller vers ce qui est étranger, partir, dépasse la question des émigrés et concerne chacun de nous dans les diverses étapes de sa vie, dans les événements marquants mais aussi dans les petites choses en ce qu'elles nous délogent de nous-même. Que de fois nous sommes habités par le « je ne comprends pas, je ne sais pas » avec, sous-jacente, la peur qu'il n'y ait personne pour nous, comme l'enfant qui, dans son lit, est seul pour lutter contre les monstres prêts à lui sauter dessus. Dois-je me débrouiller seule, puis-je faire confiance à l'autre ? Qui est cet autre ? L'autre me renvoie au radicalement Autre, à ce que l'on ne maîtrise pas, à ce qui nous dépasse et peut-être même nous submerge. L'autre m'interroge : « Qui es-tu ? Dis-moi ton nom. » Suis-je les étiquettes dont on m'affuble, suis-je ce à quoi je m'identifie ou suis-je autre ? Quelle place y a-t-il pour moi si je suis ballottée par les vents divers de ce monde ? Ce ne sont pas les événements, changeants par essence, qui nous donneront notre place mais le fait de devenir nous-même. Nelson Mandela, au sortir de ses nombreuses années de prison, pouvait dire : « Je suis maître de mon destin et capitaine de mon âme. » La lecture de cet article est réservée aux abonnés.