Préface de Trinh Xuan Thuan, Labor et fides, 2019, 264 p., 24 €.
 

Le livre se présente comme une autobiographie. Mais il s'agit en fait du cheminement spirituel d'un homme marié et père de famille, Genevois et protestant, que ses responsabilités financières ont conduit aux plus hautes instances de la gouvernance mondiale. Il relit sa vie tissée de rencontres fécondes au cours des neuf dernières décennies. Il n'est pas si rare qu'un responsable économique ou politique fasse part d'un retour spirituel sur tout ou partie de sa vie, souvent au bénéfice d'attitudes morales, appuyées sur des pratiques de foi ou d'attention évangéliques, dans le périmètre de ses responsabilités ou plus largement. Ce qui tranche chez Yves Oltramare, c'est la dimension mystique du regard qu'il porte sur sa vie et sur celle du monde. Loin de chercher à vérifier ou à confirmer des certitudes religieuses ou morales, c'est son questionnement qui l'unifie intérieurement : questionnement que l'autre – toute personne, toute réalité d'un monde en évolution rapide et, au cœur de cela, Dieu – vient susciter, affiner, nourrir en lui. C'est une histoire de la foi comme désir de Dieu en toutes circonstances, un Dieu qui se révèle fugitivement sans se laisser circonscrire, comme pour mieux éveiller le désir de le rencontrer encore. « Tu seras rencontreur d'Homme » sont les mots que l'auteur entend au cœur des Exercices spirituels de saint Ignace, découverts et expérimentés à la mi-temps de sa vie, grâce à un jésuite qu'il croise sur sa route. Cette voix intérieure et déterminante lui permet de donner tout son sens à sa vie passée (partie 1), tout en l'engageant pour l'avenir (partie 3) à marcher vers une unification intérieure toujours plus large et plus simple commencée avec les Exercices (partie 2). À une époque où l'on tend à séparer Celui qu'on adore de l'action qui nous compromet, voici un cheminement qui creuse, élargit, relie et fait du bien.