Le 5 janvier 2008 se réunira à Rome la 35e Congrégation générale de la Compagnie de Jésus qui devra élire le 30e Préposé général. Dans l’histoire de l’Ordre, un tel événement permet aux jésuites d’aujourd’hui de revivre la délibération et le discernement de leurs compagnons accomplis en 1539. « Allons-nous rester unis alors que nous sommes déjà envoyés en mission dispersés ? Si oui, allons-nous promettre l’obéissance à l’un d’entre nous ? »
Cette expérience fondatrice a été mise en forme dans les trois dernières parties des Constitutions de la Compagnie de Jésus. La IXe définit, avec sa dynamique interne, la tâche propre du supérieur général : être « responsable de tout le corps » et « se consacrer au bien universel ». Elle décrit aussi les qualités du Préposé général « en vue de l’édification ». Sa qualité spirituelle et morale, avec le sérieux de sa formation et la clarté de son jugement, lui permettra de servir ses compagnons et d’orienter leur travail apostolique. Le texte précise : « Si manquaient quelques-unes des qualités énumérées plus haut, que ne manquent pas du moins une grande bonté et un grand amour pour la Compagnie. » Mais cette remarque ne prend-elle pas tout son sens dans ce qui est dit dans les Exercices spirituels : « L’amour consiste dans une communication mutuelle » ? Ignace ainsi a voulu mettre en place un système d’autorité qui, loin de supprimer les relations, les stimule. Le Préposé général, appelé à être sans cesse en état de discernement et d’« élection », doit toujours être prêt à déléguer dans la confiance. Là se trouve son secret.
Nous devons maintenant vérifier si ce portrait – qui est celui d’Ignace lui-même – a inspiré les trois supérieurs généraux qui ont joué un grand rôle dans l’histoire de la Compagnie en des temps difficiles : Claudio Aquaviva (1545-1615), Jan-Philip Roothaan (1785- 1853) et Pedro Arrupe (1907-1991).
 

Aquaviva, un héritier tourmenté


Élu Préposé général à trente-six ans en 1581, Aquaviva demeura dans cette charge pendant trente-quatre ans et accomplit le plus long généralat de l’histoire de l’Ordre. De ces années, on se souvient des aventures missionnaires et des envolées mystiques qui les accompagnent. Mais la Compagnie traverse aussi alors des moments difficiles. Le temps des premiers compagnons est loin désormais et leurs héritiers doivent faire face à de fortes incompréhensions. En Espagne, les véhémentes campagnes de Cano ont produit leurs fruits, et les dominicains ne cessent de croiser le fer. Mais Mariana, un jésuite, leur emboîte le pas et demande une réforme de l’Ordre, ce qu’approuvent l’Inquisition et Philippe II. Sixte-Quint (1585-1590) exige à son tour des réformes. Aquaviva tente d’obtenir un sursis mais en vain. Agacé de voir des cardinaux défendre les jésuites, le pape demande au Préposé général de rédiger lui-même le décret ordonnant à son Ordre de changer de nom. Sur ces entrefaites, Sixte-Quint meurt...
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