Travailler à se reposer. Pour un peu, l’entreprise semblerait rejoindre les défis qui font la gloire de grands artistes : peindre l’obscurité, raconter l’indicible, mettre en musique le silence… Plus que la gloire cependant, les pages qui suivent voudraient suggérer que ce travail et ce repos concernent le bonheur. Elles présenteront, pour nous donner du cœur à l’ouvrage, un lecteur attentif de la Bible et des femmes du temps de Jésus. Puis s’approcheront des petits enfants : irions-nous les en empêcher ?


Se reposer comme Dieu

Entrons, tout d’abord, dans cette question avec les Écritures : s’agissant du repos, au commencement est le sabbat. Au mont Sinaï, lorsque Moïse transmet solennellement à son peuple dix paroles de la part du Seigneur (le Décalogue), celle qui institue la loi du sabbat est de loin la plus développée. Elle est aussi la seule à fournir une justification du commandement qu’elle édicte. La Parole vient du fond des âges, la Loi relève du devoir de mémoire : à l’aube des temps, Dieu a vécu le sabbat, l’homme vivra donc le sabbat.
 
Tu te souviendras du jour du sabbat pour le sanctifier. Pendant six jours, tu travailleras et tu feras tout ton ouvrage ; mais le septième jour est un sabbat pour le Seigneur ton Dieu. Tu ne feras aucun ouvrage, toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni tes bêtes, ni l’étranger qui est dans tes portes. Car, en six jours, le Seigneur a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qu’ils contiennent, mais il s’est reposé le septième jour, c’est pourquoi le Seigneur a béni le jour du sabbat et l’a consacré (Ex 20,8-11).
 
Ce mimétisme de rigueur ne surprendra pas le familier de la Bible, il y est souvent confronté : « Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint » (Lv 19,2), ou : « Soyez miséricordieux comme votre père est miséricordieux » (Mt 5,48). Il est souvent demandé à l’homme de régler son comportement sur celui de Dieu : qu’il se rappelle comment agit son Seigneur, et qu’il fasse de même. À propos du sabbat, il s’agit donc de se rappeler la Création. Précisément, le premier récit qui nous en est donné où Dieu s’accorde le repos du sabbat. Selon ce récit, la parole créatrice fait l’homme « à l’image, comme à la ressemblance de Dieu » (Gn 1,26). Là, sans doute, se fonde l’imitation du Créateur par sa créature. Cette imitation apparaît comme le signe, le fruit, la traduction en acte de la ressemblance originelle qui les unit. Dans le respect du sabbat, il s’agira moins pour l’homme d’observer un commandement que d’obéir à sa nature profonde. L’aptitude à se reposer par choix est inhérente au statut de l’humanité au sein de la création, elle dit notre dignité de créature distinguée entre toutes, appelée à être l’icône du Créateur.
Qui néglige le sabbat va donc se renier lui-même. Sa vie bafoue la hiérarchie des créatures établie par Dieu. Du sommet de la création où il a...
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