Nos situations professionnelles sont diverses, et je ne crois pas qu’il y ait une seule « spiritualité du travail ». Pour chacun de nous, se disposer à y accueillir l’action de Dieu, se joue différemment selon la nature et les conditions de travail (secteur d’activité, res­ponsabilités exercées, pénibilité, rémunération, précarité…), selon qu’on y trouve de l’intérêt ou qu’on le subisse comme une néces­sité pour vivre, selon qu’on y trouve du sens ou pas, selon qu’on est travailleur indépendant ou salarié. L’Esprit Saint rejoint avec respect la situation de chacun, qu’il soit employé d’un call center, ouvrier de production, intérimaire manutentionnaire, enseignant, publicitaire ou dirigeant de grand groupe financier... Il le fait en s’adaptant à son tempérament, à sa personnalité et à son histoire. Ces pages sont marquées par ma propre expérience. Puissent-elles rejoindre d’autres chercheurs de Dieu.
 
Je travaille depuis dix ans comme cadre de ressources humaines, surtout à des postes fonctionnels, au sein d’une grande entreprise. Je découvre toujours plus combien notre vie au travail concerne notre relation à Dieu. D’abord parce que nous participons à une activité immense, celle de la construction du monde. Mais aussi parce que tout travail est un travail « vivant », fait par un homme unique et vivant. Lors de l’échange des marchandises, la trace du travail vivant sera absorbée et disparaîtra (qui se souciera que ce soit X ou Y qui ait fait telle voiture ?). Pourtant, le travail engage celui qui s’y livre bien au-delà de ce qu’il fait, dans son être même. Et Dieu se souvient de ses enfants les hommes qui mettent au tra­vail leurs compétences, leurs efforts, leur souffrance parfois, qui y cherchent du sens, y rencontrent d’autres personnes, y exposent leur chair, leur être.
 

Que mon coeur ne se taise pas


Il m’est arrivé souvent, après des temps spirituels forts, de souhai­ter conserver la vie spirituelle nouvellement reçue… et de constater, après quelques jours ou semaines, que j’étais retombé dans un morne train-train. Les journées et les rencontres avaient perdu leur saveur. Parfois, le rythme était si soutenu que je me suis surpris à rentrer chez moi abruti, indisponible à toute vie. Il a été décisif, alors, de ne pas feindre d’ignorer la soif de l’âme, de repérer ces successions de consolation et de désolation, et d’en tirer profit.
Comment réagir ? Il s’agit de laisser le goût de Dieu nous repren­dre, et de prier pour que la continuité des heures et des jours de travail laisse la place à des moments humains qui valent la peine, à des temps de passages en Dieu et vers Dieu. Qu’on éprouve au travail bonheur ou lassitude, cette prière maintient l’âme en éveil. Même la souffrance ou le dégoût peuvent être offerts à Dieu. Laisser Dieu les rejoindre, c’est déjà les rendre moins inhumains. Simone Weil note l’usage de ce dégoût à propos du travail manuel : «...
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