« Ton peuple sera mon peuple et ton Dieu mon Dieu. » Sur ces paroles, Ruth décide de suivre Noémie (Rt 1,16). Quittant son pays et ses dieux, elle devient étrangère dans le pays de sa belle-mère, se met sous la protection du Seigneur et trouve une fécondité qui lui avait jusque-là été déniée par la mort de son mari.

Le livre de Ruth est un petit livre : quatre chapitres seulement ! Avec le livre de Job, il est le seul à porter le nom d'une personne étrangère au peuple d'Israël. Car Ruth est Moabite. Sa figure se détache peu à peu sur fond d'une migration familiale qui a viré au cauchemar.

Élimélek – nom qui signifie « Dieu est roi » – quitte Bethléem avec sa femme, Noémie, et ses deux fils. Il prend cette décision car il y a famine au lieu même où l'on devrait trouver du pain (un des sens possibles de Bethléem est « maison du pain »). Le texte débute donc sur des contradictions insoutenables : Dieu est-il vraiment roi alors que la mort menace cette famille du peuple d'Israël ? Les lieux d'enracinements et d'histoires sont-ils des leurres s'ils ne peuvent plus nourrir la vie ? Ce départ s'accompagne d'emblée du poids de ces lourdes questions. N'est-ce pas parce qu'il se sent abandonné qu'Élimélek abandonne ses racines et sa terre ?

Tout espoir perdu

Il va à Moab, dans cette terre qui, jadis, a voulu maudire ce peuple de migrants sortant du désert, peuple dont il est issu. Car le roi de Moab a voulu maudire ses lointains ancêtres pour leur barrer tout avenir. Selon certains textes, les Moabites sont exclus à jamais de toute relation suivie avec le peuple d'Israël.

Jamais l'Ammonite et le Moabite n'entreront dans l'assemblée du SEIGNEUR [YHWH] ; même la dixième génération des leurs n'entrera pas dans l'assemblée du SEIGNEUR , du fait qu'ils ne sont pas venus au-devant de vous avec du pain et de l'eau sur votre route à la sortie d'Égypte, et que Moab a soudoyé contre toi, pour te maudire, Balaam, fils de Béor, de Petor en Aram-des-deux-Fleuves. Mais le SEIGNEUR ton Dieu a refusé d'écouter Balaam, le SEIGNEUR ton Dieu a changé pour toi la malédiction en bénédiction, car le SEIGNEUR ton Dieu t'aime. Jamais tu ne rechercheras leur prospérité ni leur bonheur, tant que tu seras en vie.1

Mais là-bas, il y a du pain… Le texte ne porte aucun jugement sur ce départ. Les difficultés contin...

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