La serrure émet un cliquetis alors que tourne la clé. A hauteur des yeux, tel un trou percé dans le blindage épais, un œilleton est là pour signifier que cette porte n'est pas n'importe quelle porte, mais celle d'une cellule de prison. Quelqu'un, de jour comme de nuit, peut surveiller sans être vu ce qui se passe à l'intérieur. À droite de cet œilleton, sur une bande de papier cartonné orangé, un nom et un numéro d'écrou. Le surveillant, dans un geste tant de fois répété, vérifie que la porte est bien fermée. Pour lui, ce geste est habituel, mais, pour Juan qui vient tout juste d'arriver, il est encore insupportable. Il se sent nerveux et tellement vulnérable. Du regard, il balaye les murs sombres et sales où de nombreux graffitis, comme autant de témoins muets des passages successifs, semblent lui dire : « Oui, toi aussi, te voilà dans cette galère ! »
Juan frissonne, la fenêtre qui donne sur le terrain de football n'a plus de vitres. Un carton posé tant bien que mal entre les barreaux tente de barrer l'accès à l'air glacé de cette journée de décembre. Tout semble hostile, impossible. Juan, assis sur le bord du lit, reste là un long moment, prostré. Puis, soudain, un cliquetis : la cellule s'ouvre, et le surveillant aidé d'un détenu annonce le repas. Une gamelle chaude lui est servie, mais il n'a pas faim. Il désire seulement pouvoir communiquer avec sa femme et ses enfants, leur dire où il est, leur dire de ne pas s'inquiéter : il est en vie. Il tente de faire comprendre cela au surveillant, mais en vain. Il lui faudra attendre le lendemain. La porte se referme. Juan, accablé, se rassoit, la tête entre les mains, et, comme un enfant, se met à pleurer. Il pleure sur lui, sur sa malchance, sur les siens qui doivent se demander ce qu'il est devenu.
Comment faire comprendre le désarroi qui l'envahit soudain ? Il se sent seul, abandonné. La nuit qui suit est ponctuée de cauchemars et de réveils en sursaut. Au petit matin, Juan est épuisé. La vie lui semble lourde, brutalement à l'arrêt, sans espoir. Le petit-déjeuner lui parvient dans un demi-sommeil et le café a un désagréable goût d'amertume. Pour beaucoup comme pour Juan, les premiers temps de l'arrivée en prison sont une réelle épreuve. Bien sûr, l'histoire et le tempérament de chacun la feront traverser de diverses façons, mais la toute première incarcération est toujours une épreuve de taille. Pour avoir des chances de la traverser sans être englouti, très vite il leur faut apprendre comment obtenir un peu de tabac, des timbres..., mais aussi comment reconnaître les codes, le langage spécifique de la prison : quand il est nécessaire de se taire, quand il est nécessaire de mentir sur les vraies raisons de son incarcération, etc. Autant de choses pour survivre dans cet univers où tout peut si facilement devenir hostile pour celui qui se montre trop faible, trop vulnérable. Ici, tout s'achète, et malheur à celui qui n'a pas d'argent ! Ils sont nombreux, ceux qui durant des mois...
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