Labor et Fides, 2021, 160 p., 18 €.

« Peut-on parler d'espérance hors de la théologie chrétienne et de la foi ? » Le livre de Janique Perrin n'est pas seulement intéressant pour ses propositions, mais aussi pour sa démarche. Désirant vérifier théologiquement une « intuition personnelle », la pasteure, docteure en théologie, a mis à l'épreuve sa définition de l'espérance comme « la présence de l'avenir dans le présent » par un travail littéraire pensé comme une « expérience ». Elle confronte notamment sa lecture du Lambeau de Philippe Lançon (Gallimard, 2018) et du Patient anglais de Michael Ondaatje (McClelland & Stewart, 1992), avec le récit de la guérison du possédé de Gérasa (Mc 5, 1-20) qui est, selon elle, un récit de l'espérance comme « désincarcération de soi-même », pour montrer comment ces textes littéraires, en dehors de toute référence à la Résurrection, recèlent « une puissance d'énonciation eschatologique ». Ainsi, quand l'auteur du Lambeau « jongle à la fois avec l'avenir et avec la précarité » et, ayant traversé une expérience de mort, parle de « la vie enrichie d'un surplus de vie », non seulement il relate une expérience du surgissement de l'avenir dans le présent, mais il le fait d'une manière telle que les lecteurs peuvent faire eux-mêmes l'expérience d'une espérance. Le patient anglais met, quant à lui, en récit « l'inconnu à venir de la vie », « l'émergence d'une tension entre le monde de la réalité et une transcendance ». Ces lectures amènent l'auteure à penser l'espérance autrement, en restant au plus près de « celui qui espère ». Ce dernier « renonce à connaître ce qu'il espère, et seul ce renoncement lui permet d'espérer ». Janique Perrin poursuit en interrogeant le cœur même de l'espérance chrétienne : dans un monde « sans avenir », où l'espace a supplanté le temps, est-elle encore seulement possible ? Comment comprendre aujourd'hui que « le Christ est notre espérance » ? Dans une partie plus théorique, elle discute notamment la proposition de la théologienne Kathryn Tanner, qui préconise d'ancrer l'action humaine, non pas vers un avenir transcendant, mais dans un « présent transcendant ».

Le propos de l'auteure est subtil et elle fait une place importante aux objections qui pourraient être faites à son travail, comme de faire dire aux textes, malgré eux, ce qu'ils ne disent pas. D'une part, la capacité du texte littéraire à « ouvrir le temps comme un fruit » n'est pas considérée comme intrinsèque au texte, mais elle se joue au moment de sa lecture, analysée comme une « expérience où la souffrance et la mort sont à la fois dévoilées au lecteur et dépassées par son imagination ». D'autre part, le texte littéraire contemporain n'est pas vu comme une illustration d'un concept théologique, mais bien comme un élargissement et un enrichissement du champ d'expression de la théologie. Ce détour par la littérature, s'il donne matière à débat, contraint en tout cas la théologie à un dialogue nécessaire si elle veut faire connaître ses trésors et prendre une place d'interlocutrice dans la société contemporaine.