Extrait de Marie Noël et Abbé Mugnier, J'ai bien souvent de la peine avec Dieu. Correspondance, Cerf, 2017, pp. 115-116.

Ces certains jours-là sont ceux où je suis reprise de deuils, d'angoisses, où je me débats… Ils passent… je le sais maintenant… ce ne sont que des orages qu'il faut endurer sans abri. Après, je reprends la plume. Ainsi, je lutte pied à pied avec le mauvais quart d'heure […].

Je communie moins régulièrement depuis un peu, par fatigue du matin – ou mollesse. Et je vais à Dieu sans prière… mais j'y retourne toujours comme à mon seul refuge. Je Lui porte mon âme à moitié morte. Quand Il l'a dans les mains, je suis tranquille – j'ai même toujours un peu l'espoir qu'il me la rendra quelque matin, pleine de je ne sais quoi dont je serai joyeuse. Ils sont si beaux parfois mes jours de petit enfant qui se réveille !

Et voilà […], mon inventaire spirituel de fin d'année : peu de foi, une espérance intermittente, pas d'amour… surtout pas d'amour. C'est là qu'est ma ruine. Autrefois, j'aimais si facilement, sans m'en apercevoir !… Mon cœur portait tout, soulevait tout ! Maintenant aimer pas à pas, terre à terre, jour par jour est une œuvre difficile de volonté. Je commence à comprendre que la charité soit une vertu.

Je suis une valeur chrétienne en baisse et tout mon courage et ma résignation en sont réduits à accommoder des restes. Si cela suffit à Dieu, ça me suffit aussi.

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