Il apparaît très vite que se disposer, cette manière d’être si indispensable pour qui souhaite accomplir une tâche de façon fructueuse, est essentielle, au sens propre du terme, pour le chrétien qui veut et désire vivre selon l’Esprit au cœur même de son existence quotidienne. Mais, en cela, ne retrouvons-nous pas toute la spiritualité qu’Ignace veut nous faire découvrir et expérimenter en nous proposant sa pédagogie de l’exercice spirituel qu’il définit comme étant « toute manière de préparer et de disposer l’âme pour… » trouver Dieu en toute chose ?

 

Une capacité humaine

Lorsque nous abordons une tâche – et ceci est d’autant plus tangible qu’elle est nouvelle –, il nous appartient de faire appel à notre capacité à nous disposer. Pour ce faire, nous ne commençons pas par nous engouffrer avec précipitation dans sa réalisation, au risque de perdre de vue ce que nous cherchons. Au contraire, nous prenons le temps de nous poser, de nous mettre dans un état d’esprit propice à la réussite de l’œuvre à entreprendre. Pour cela, nous nous rassemblons intérieurement, canalisons notre énergie, apaisons, autant que possible, notre appréhension ou notre enthousiasme, selon notre tempérament et les circonstances, en mettant à distance ces sentiments désordonnés. Nous libérons ainsi nos capacités et facultés de toute gangue parasitaire et nous nous ouvrons à la nouveauté, encore informelle, qui va se présenter.
L’expérience antérieure, au lieu de nous bloquer, va pouvoir enrichir de son acquis la nouvelle. La fine pointe de notre être peut alors, dans un élan maîtrisé, donner le meilleur d’elle-même. Cette manière d’être, nous pouvons l’observer, par exemple, chez les sportifs au moment où ils affrontent la compétition : dans un ultime effort de concentration, ils rassemblent intérieurement tout leur être en vue de la victoire.
 

S’habiller le cœur

Se disposer revient, en quelque sorte, à « s’habiller le cœur », comme dit le renard au Petit Prince et, pour cela, chacun trouve les « rites » qui lui conviennent. Ainsi, une psychothérapeute, qui reçoit toute la journée des personnes, nous partageait qu’avant d’accueillir un nouveau patient, elle prend le temps de déplisser le tissu du fauteuil où s’est assise la personne précédente. Pour elle, la matérialité de ce geste est une manière de tourner mentalement et physiquement la page de l’entretien qui vient de s’achever et de s’ouvrir à la personne qui va entrer dans la pièce. Son choix de placer un bouquet de fleurs sur le guéridon est aussi pour elle un moyen de demeurer ouverte à ce qui est dit, tout en contribuant à mettre de la couleur et de la chaleur dans le monde douloureux des personnes qui viennent la rencontrer.
Mais s’habiller le cœur n’est pas chose aisée lorsqu’une inquiétude nous ébranle profondément face à une situation déstabilisante. Une laborieuse et patiente mise en condition est alors nécessaire...
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