Nouvelle Cité, « Racines », 2019, 376 p., 23 €.

Professeure à l'Université de Lorraine, spécialiste des Pères de l'Église et directrice de l'Encyclopédie saint Augustin parue au Cerf en 2005, Marie-Anne Vannier signe ce nouveau volume consacré à l'évêque d'Hippone. À rebours d'une simple introduction à son œuvre, elle rassemble ici de nombreux articles qui tentent de cerner les trois grandes dimensions de saint Augustin, « pasteur, théologien et maître spirituel ». Si le genre littéraire du recueil montre ses limites, les contributions étant ici d'une longueur et d'une technicité inégales, aboutissant aussi à de nombreuses redites, ce travail invite néanmoins à s'arrêter sur nombre d'aspects d'une pensée foisonnante et toujours à approfondir. Alors que la biographie d'Augustin propose à sa manière une herméneutique de la conversion, manifestée notamment à travers ses Confessions, tout à la fois vues comme aveu des fautes, profession de foi et louange au Créateur, elle invite très vite aussi à considérer le pasteur qu'il fut. C'est cette dimension pastorale, premier temps du présent ouvrage, qui conduit Augustin à témoigner d'un grand souci du peuple de Dieu, à expliciter les Écritures, à prêcher avec sollicitude comme sur une « échelle » qui irait sans cesse « de bas en haut et de haut en bas », à proposer une mystagogie efficace. Dans une deuxième partie, la plus fournie, l'auteure aborde la dimension théologique, nécessairement attendue : si le Père de l'Église ne propose pas une approche construite et systématique du contenu de la foi, il propose cependant une vision anthropologique articulée autour des termes de creatio, conversio et formacio. Pour Augustin, en effet, l'homme est cette créature appelée à revenir vers son Créateur et ainsi atteindre un plein épanouissement d'elle-même en Dieu, qu'il nomme « forme » ou formacio, justement. Si son célèbre traité Sur la Trinité, déploie une approche intersubjective et relationnelle que nos philosophes contemporains, tels les personnalistes, ont su redécouvrir, son œuvre s'attache aussi à nourrir la réflexion ecclésiologique et penser la place de l'Esprit saint. Enfin, une dernière partie beaucoup plus courte évoque le maître spirituel, celui que le regretté Lucien Jerphagnon appelait, en une jolie formule, le « pédagogue de Dieu ». C'est lui qui invite, à l'écoute du « maître intérieur », à percevoir cette Lumière que nous avons à accueillir au plus intime de nous-mêmes, à se faire des inlassables méditants des psaumes, cette prière qui ouvre à la louange, mais aussi à la présence du Christ qui prie en nous. Au total, de ce vaste volume plus fait pour la consultation que pour une lecture en continu, se dégage un leitmotiv insistant : Augustin est en état de constante conversion et la propose à tous.